‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 11 sur 74 · LE SONNET DE L'IDEE M · texte numérisé non relu

LE SONNET DE L'IDEE M

Si nostre vie est moins qu'une journée En l'éternel, si l'an qui faict le tour Chasse nos jours sans espoir de retour, Si périssable est toute chose née.

Que songes-tu mon âme emprisonnée?

Pourquoi te plaist l'obscur de nostre jour, Si pour voler en un plus cler séjour Tu as au dos Taele bien empanée?

Là est le bien que tout esprit désire, Là, le repos où tout le monde aspire, Là est l'amour, là le plaisir encore.

Là, ô mon âme, au plus hault ciel guidée,

Tu y pourras recongnoitre l'Idée

De la beauté, qu'en ce monde j'adore.

(L'Olive.) Joachim du Bellay.

(1) Les sonnets de l'Olive (celui-ci est le 113') sont dédiés à une demoiselle de Viole, dont le poète avait fait sa platonicienne maîtresse.

Théoricien de « la Pléiade », Joachim du Bellay (vers 1525- 1560) négala point, dans ses poèmes, les beaux principes qu'il propageait si vaillamment. Il disait que les vers n'étaient pour lui qu'un passe-temps à ses occupations auprès du cardinal du Bellay, et, en effet, bien qu'il donna le meilleur de sa passion aux lettres, sa poésie souvent dissimule sous l'apprêt la tendance naturelle au pittoresque. Mais du Bellay apporta plus qu'aucun autre, dans la poésie amoureuse, cette note grave, ce platonisme, qui transfigure le sentiment en pure abstraction et qui brille dans le « Sonnet de l'Idée ». La pièce du « Bayser » montre bien le côté agréable et mutin du talent de lAngevin.

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