‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 5 sur 74 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Se j'ay le cuer dolent je n'en puis mais, Car mon ami s'en vait en Angleterre, Ne je ne scay quant le reverray mais Le bel et bon qui mon cuer tient en serre; Car entre luy et moy ara grant barre ; Mais jamais jour joye ne bien n'aray, Jusques a tant que je le reverray.

Et quand je pense a ses gracieux fais Doulz et plaisans, trop fort le cuer me serre; Et comment pour morir, certes, jamais Ne me courçast, et on pourroye querre Nul plus plaisant? or vueil je Dieu requerre, Qui le connoit; mais dolente seray, Jusques a tant que je le reverray.

Or est mon cuer charg-ié de pesant fais, Dont plains et plours me feront dure guerre : Et en lui seul seront tous mes regrais ; Car je l'aim plus que riens qui soit sus terre.

Si convendra que le renvoyé querre, Ou a douleur et meschief languira}, Jusques à tant que je le reverray.

(Le Livre des Cent Ballades.) Christine de Pisan.

Christine de Pisan. née à Venise vers 1363, morte vers 1431, suivit son père, Thomas de Pisan, astrologue et médecin de Charles V en 1368. Elle se maria avec un gentilhomme de Picardie, Etienne Castel. qui mourut peu de temps après leur mariage. Elle en conçut un vif chagrin et dut subvenir aux besoins de sa mère, de ses frères et de ses enfants. Ses premiers poèmes où. avec sincérité et simplicité, elle avait pleuré son époux ayant beaucoup plu. elle fit métier d'écrire, si bien que Ton peut dire que le premier « homme de lettres » fut une femme. Elle mourut dans un monastère où elle s'était retirée, laissant nombre d'ouvrages en prose ou en vers, dont la plupart n"ont pas encore été publiés.

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