‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 59 sur 74 · A UNE AME · texte numérisé non relu

A UNE AME

Grande âme que dévore une ardeur éternelle, Le même javelot céleste m'a touché, Et je sens naître en moi le feu qui vous rend belle, Du véritable Eros véritable Psyché.

Quand vous m'avez parlé, de cette voix meurtrie Où vibraient la souffrance et l'extase à la fois, Le deuil d'être exilé de la même patrie A frémi dans mon cœur comme dans votre voix.

J'ai lu dans vos regards la brûlante pensée, Qu'excepté le retour au Pays, tout est vain : Puis vous vous êtes tue, âme deux fois blessée, Par l'ennui de la terre et par l'amour divin.

Parlons, parlons encor du martyre ineffable Où votre amitié chaste est mon unique appui, Jusqu'à l'heure où, l'Amour ayant dressé la table, Nous pourrons aller boire et manger avec Lui.

Nous saignons tous les deux : mêlons le sang qui coule De nos fronts douloureux et de nos cœurs navrés ; Montrons-nous, loin des yeux de la cruelle foule, Le dard mystérieux qui nous a déchirés.

Mais vous, que le Vainqueur terrassa la première, Pour qu'un jour, par la Mort, au seuil de notre Roi, J'arrive comme vous, chère âme de lumière, Eclairez le chemin, en montant devant moi.

(Poèmes.) Louis Le Gardonnel.

Mercure de France, édit.

Après avoir erré des petits cénacles du Quartier Latin au Chat Noir, dune première inclination mystique vers de nouvelles équipées littéraires, Louis Le Cardonnel, devenu prêtre, vivant avec exaltation la vie douce de Saint-François à Assise même, ou à Rome, a donné au mysticisme tout son lyrisme. Ce beau poème est, assurément, dans son cœur, vibrant du seul amour divin, mais, ce n'est pas blasphémer, que de noter discrètement et respectueusement ici la fraternité entre l'amour terrestre et l'amour sacré qui constitue parfois une sorte de dilection suprême.

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