‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 7 sur 74 · SONNET POUR HELENE W · texte numérisé non relu

SONNET POUR HELENE W

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant, Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant : Ronsard me célébroit du temps que j'estois belle.

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Déjà sous le labeur à demy sommeillant, Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille réveillant, Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre et fantosme sans os,

Par les ombres myrteux je prendray mon repos :

Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

[Les Amours.) Ronsard.

(1) Hélène était Mlle Hélène de Surgères, fille d honneur de Catherine de Médicis, pour laquelle Ronsard brûla jusqu'à sa mort d'un feu tout platonique. Ronsard eut raison et ce ne fut pas seulement Hélène mais surtout Ronsard qui durent l'immortalité à ces quatorze vers si simples, si émouvants, si beaux.

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