ODE
Le petit enfant Amour Cueillait des fleurs à Tentour D'une ruche, ou les avettes Font leurs petites logettes.
Gomme il les alloit cueillant, Une avette sommeillant Dans le fond d'une fleurette Luy piqua la main douillette.
Si tost que piqué se vit :
Ah! je suis perdu (ce dit); Et s'en-courant vers sa mère Luy montra sa playe amère :
Ma mère, voyez ma main Ce disoit Amour tout plein De pleurs, voyez quelle enflure M'a fait une esgratignure i
Alors Vénus se sou-rit, Et en le baisant le prit, Puis sa main luy a souflée Pour guarir sa playe enflée.
Qui t'a, dy-moy, faux garçon.
Blessé de telle façon?
(1) Cette délicieuse piécette est en maints endroits imitée d'Anacréon.
Sont-ce mes Grâces riantes De leurs aiguilles poignantes?
Nenny, c'est un serpenteau, Qui vole au printemps nouveau Avecque deux ailerettes Ça et là sur les fleurettes.
Ah! vrayment je le cognois (Dit Vénus) ; les villageois De la montagne cTHymette Le surnomment Mélissette (1).
Si donques un animal Si petit fait tant de mal, Quand son halesne espoinçonne La main de quelque personne;
Combien fais-tu de douleur Au prix de luy, dans le cœur De celuy en qui tu jettes Tes venimeuses sagettes?
(Odes.) Ronsard.
(1) Miel, en grec : Méli.
Nous n'avons pas à dire ici quel fut Ronsard le Vendômois (1524-1585) à qui Ion doit, ainsi qu'à Du Bellay, l'une des plus importantes transformations qui aient agité les belles-lettres françaises. Gentilhomme et lettré de la plus noble souche, le chef de la Pléiade garde toujours, même dans la sensualité, le ton le plus discret, allié à une hauteur et à une sensibilité dont la distinction constitue le charme essentiel. Ses poèmes, où l'appareil mythologique est la seule gêne à une inspiration vive et somptueuse, rappellent ces bas-reliefs de notre Renaissance dont la grâce vigoureuse fait oublier l'archaïsme un peu monotone.