LE CONSEIL
Quand les sénateurs dont se composait ordinairement le conseil entrèrent, le front soucieux, dans le salon que venaient de quitter les courtisans, le premier objet qui
UN von cquBoiiirf. AT
frappa leurs yeux ce fut le jeupe roi, çouçljé sur la table pêle-mêle avec des verres, des bouteilles, des serviettes tachées de vin, des flacons d*oii ruisselaient Teau-de-vie ej le genièvre. Malgré Timpression douloureuse qu*ils éprouvèrent à Taspect de ce désordre et à la vue de leur souverain plongé dans Tabrutissement de Tivresse, ils firent le tour delà table en s'inclinant avec rpgpect; puis ils se retirèrent dans une pièce voisjne pour attendre que le sommeil léthargique du roi f^t passé.
La salle du festin était retombée dans le sileRpe, el le grand lustre à girandeles de Venise n*éclairait plus d'autre convive (jue Cbajrjes X|I dans cp.loiïg parallélogramme doré et chamarré (i*arabesqiies, lorsqu'une des portes qui s'ouvraient derrière la place, oii il était tourna §ur ses gonds silencieux ; un domestique l'avait discrètement poussée; une femme pnlra sur la pointe des pieds el la porte fut referinée aussitôt. Celte femme, dont les forpies annonçaient |a jeunesse, el la tournure la plps exquise distinction, avait le visage à demi pac}ié par un njasque de velours. Elle s'^pproc^a du roi endoripi, le regafda avec une pitié quig |es mouvements de sa boucjie indiquèrent assez, puis elle lui donna un léger coup sur l'épaule avec l'éventail (qu'elle fenajt à la main. Le roi demeiir^int insensible , , elle recomifl^nçfi avec plus ^q force ; à la jlrojsiènie jenlalive il se spuleya en surs^nf* ^t regarda dans l'hébétement d'iin sonjmeil d'ivresse )a personne qui osait ainsi l'éveiller.
— Mon arme n'est qij'un év.entail, ef je ne suis qu'nno femme.
— Cette vojx? jo la connais, bégaya le roi eu s'appuyant sur son bras gauche pour soutenir son corps détondu,., oui... je la connais... vous êtes...
• " — La demoiselle d'honneur do la comtesse Aurore de Kœnigsmarck .
48 IlJf POU GOUAOIfNB.
— La belle Georgiaa?. ..
— Oh! belle...
— La plus belle quand ou n'a pas vu votre mailresse. . . Mais pourquoi ce masque?... celte visiteà cette heure?... cette surprise?...
— Pour arriver jusqu'à vous sans être reconnue...
— Mais. . .
— Pour vous voir.
— Vous voulez donc me parler?
— En secret, et vous parler de ma maîtresse, la comtesse de Kœnigsmarck...
' — Qu'elle est belle ! murmura le roi dans Tépanchement que produit d'ordinaire leyin, quelle divine personne que la comtesse de Kœnigsmarck... que de fraîcheur sur son beau visage !.. que d'expression dans son regard !.. Oh 1 qu'elle inspire delà tendresse 1... de la sympathie!... de l'amour I... Oh! oui, de l'amour, répéta le jeune roi dans le murmure confus et passionné de sa parole épaisse, embarrassée, noyée dans les vapeurs de l'ivresse... Il prit la main de celle qu'il croyait être Georgina et qui était la comtesse de Kœnigsmarck ellemême, et il ajouta : Voyez-vous, je l'aime comme j'aime en ce moment le sommeil qui pèse sur mes yeux, qui m*accable^ qui fait doucement tout onduler et trembler autour de moi ; je l'aime comme cette table dont je me détacherais pas pour le meilleur lit de monde... et pour être aimé d'elle je donnerais tout mon royaume, et les deux mers qui le baignent... Oui, je les donnerais pour être aimé d'elle... Que ne donnerais-je pas?
— Ëh bien I vous en êtes aimé, lui dit la femme au masque de velours.
Le roi prit avec une telle force, en entendant cet aveu, le bras de comtesse, qu'elle poussa un cri...
— Je suis aimé de la comtesse I dit-il dans un rire
inr FOU GOUBOffNÉ. 49.
frénétique auquel il était sujet quand ses nerfs étaient fortement agités, je suis aimé de la comtesse !
Et il ne lâchait pas le bras de la comtesse Aurore, qui lui dit ensuite :
— Mais, Sire, votre bonheur, comme tous les bonheurs de ce monde, n*est pas sans mélange.. .
— Que voulez-vous dire?. . .
— Je n'ose... cependant ma conscience... ma franchise..*
— Parlez 1 insista le roi à qui Texcès de la passion prêtait un rayon de lucidité... parlez 1
— D'autres que vous n'ont pu voir la comtesse de Kobnigsmarck sans éprouver le môme sentiment de tendre intérêt. . .
— Est-ce possible?...
— Sire...
— Eh bien ?
— Vous avez un rival...
•^ Un rival ! s'écria Charles XII, despote effréné en toutes choses; un rival! Cette nouvelle produisit sur lui un effet auquel la comtesse s'attendait, quoiqu'elle fût bien loin de le croire si violent II abandonna le bras qu'il serrait avec force, et se rejetant en arrière pour se soulever et s'appuyer sur ses deux poignets, il répéta, les yeux hors de la tête, l'écume au bord des lèvres, la* poitrine en convulsion : Ah! j'ai un rival, et quel est-il? est-ce celui quiestlà-bas7... est-ce celui qui est plus loin? est-ce celui qui est entre ces deux colonnes ? Le roi désignait^ en parlant ainsi, les statues de marbre placées à diverses distances dans la salle où il se trouvait. Qu'on imagine si l'eau-de-vie et le vin travaillaient dans son estomac...
— Ce rival est un de vos courtisans, lui dit tout bas un iromblanl la femme masquée...
tf$ un jton goObobnjb.
-«• Ui^demûstmist...
— Un de vos meilleurs...
— Tu ioeusl dit le roi en portant la main au masque de velours de la comtesse pour l'arracher.
Celle-ci se crut perdue., .elle allait être vue par le rai.
Trop faible heureusement pour se soutenir sur un seul bras, Charles XII en tombant sur le côté, fut obligé d*aal^andonner le masque de ^elours, afin de se retenir. Le masque fut dérangé seulement ; mais la comtesse le remit bien vitâ.
— Le nom de ce rival qui osa aspirer au bien du roi ? dit Charleâ XII ^on nom ?
Placée plus loin du roi, dont elle venait d'éprouyer. les griffes, la fausse Georgina répondit :
— Pourquoi chercher à le savoir ?
— Pourquoi le taire ? répliqua le roi en grinçant des dents comme s'il eût été saisi par un grand froid. Est-ce Renschild ?
— Ohl...
— Est-ce Olof ?
La fausse Georgina rit si fori à câtte seconde qtt^tioji du roi, qu'il demanda rapidemeni :
— Est-ce Miliust Eric?
— Non... non... murmura faiblement la comtesse. ' — Est-ce Megret î. . . Est-ce. . .
La comtesse de Kœnigspiarck se tut entièrement, ep sorte que Charles XII s'imagina un moment que son rival ne pouvait être que l^aventurier français ; ce qui était l'étonnement dans rétoanement poinr lui, car Megjret était fort laid, Vil était spirituel comme tous les joueurs.
Ce n'était pas absolument le fait de la comtesse de laisser se changer en certitude chez le roi la supposition,-née de sa jalouMe, que son rival était le chevalier Megret ; elle ajouta^:
vn von counoNH^. M.
— Non, je tte vous dirai pas son nom... • — Ce n*est pas lui?
— Vous êtes terrible, Sire. . .*
— Mais qui donc alors? demanda le roi, à l'esprit duquel un nom dut venir, qu'il chassa aussitôt comme une mauvaise pensée, et qu'il ne prononça pas.
— Vous croirez tout quançi vous aurez tout découvert vous-même, reprit la fine comtesse de Koenigsmarck eu plongeant de nouveau le jeune roi dans les ténèbres du doute. • ' -
— Majheur !... sij§ trouve I... s'écria le roi... Qhl latrahison !. . . la trahison si près de moi I dans mon palais 1 à ma table I... Il mourra, celui qui m'a ainsi trompé... je vous le jure!... fût-ce Rensch|ld! fûtce Olof... fût-ce Hernjianl fût-ce ce chevalier Megret...
Le roi s'était arrêté à ce nom de Megret, auquel il revenait au grand plaisir de la comtesse. L'aventujrier français, plus^subtil, plus pénétrant de beaucoup que tous les officiers suédois, causait une espèce d^ frayeur |i la comtesse, depuis qu'elle l'avait vu attaché si obstinément à ses pas, surtout pendant la dernière chasse. En Je mettant mal avec le roi, dont elle venait d'exciter la jajousie, elle remplissait un double but. Cependant il lui importait de tenir toujours cette rivalité, ainsi qu'on l'a yu, dans les régions vagues du doute.
JJeSofl que venait de fai^e .Charles XU en s'exaltant, l'alourdit encore davantage^ et il retomba sur la table comme si la fée du sommeil, après l'avoir éveillé un instant, je replongeait avec plus de force dans i'ablme des rêves.
— Il aimait déjà avec fureur Georgina, sous le nom delà comtesse de Êœnigsmarck, dit la comtesse en ôtant son masque de velours pour respirer ; je l'ai rendu ja-
52 UN FOU COUBONNÉ.
loux, ii va Taimer cent fois davantage. Ma conquête était commencée, je viens de rassurer pour toujours. Le lion était déjà enchaîné; je Tai muselé ; on va lui couper les griffes et lui limer les dents. En vérité, se reprit-elle en promenant lin long regard de pitié dédaigneuse sur le roi qui dormait d'un sommeil pesant et agité, valait-il bien la peine qu*on m'employât pour venir à bout d'un tel ejifant? Il est bien mort» et son royaume est à qui le prendra... Qu'on le prenne donc I
La comtesse de Kœnigsmarck reprit ensuite le chemin qu'elle avait suivi en venant. Elle donna deux petits coups avec le manche de son éventail à la porte par où elle était passée : la porte s'ouvrit ; le môme domestique parut. Ils s'éloignèrent tous les deux à travers les détours du palais que la comtesse de Kœnigsmarck avait le privilège de parcourir à toute heuVe comme amie de la sœur du roi, et de faire ouvrir à la demoiselle d'honneur, titre qu'elle avait pris auprès des domestiques.qui l'avaient laissée passer. «
Un quart d'heure aprè^s cette scène, dont le roi ne devait plus se souvenir que comme on se souvient d'un rêve, les conseillers rentrèrent dans la salledubanquet, afinde savoir §'il était un peu plus en état de les recevoir. Le roi dormait encore. Mais leur résolution était prise.
Ils s'assirent tous en silence aux mômes places qu'occupaient il n'y avait que peu d'iiîstants les compagnons de Charles XIL Pendant une demi-heure ils attendirent qu'il daignât leurdemanderlemolif de leur présence; car il n'était pasd'usagequ'ils vinssent ainsi l'entretenir des affaires de l'État au milieu de l'orgie. Il persista dans son immobilité horizontale. Parmi ces graves sénateurs siégeant sur les débris d'un banquet monstrueux dont les chaudes vapeurs obscurcissaient encore les flambeaux et les dorures des lambris, on voyait les douze mnmbres que
ON POO COUBOHNé. 53
le roi avait humiliés dans la journée, ceux qu^l avait indignement traînés à la chasse pour les faire lutter avec un purs. La léthargie de Charles XII se prolongeant audelà des bornes assignées au respect, les conseillers se décidèrent à ouvrir la séance et à agiter la question impérieuse, pressante pour laquelle ils s'étaient réunis. Le salut delà Suède dépendait de leur prompte délibération. Le sénateur Dalberg parla le premier.
— Trois monarques puissants, dit-il, viennent de se liguer contre la Suède : le roi de Pologne, le roi de Danemark et le czar de Moscovie.
Ici le sénateur Dalberg fut obligé de s'arrêter, à cause d'une voix qui, passant à travers la serrure de la porte, vint ajouter un scandale à tant de scandales. Un courtisan en gaieté, qui imitait parfaitement le cri du coq, avait troublé l'orateur en jetant ce cri et toutes ses triomphantes variations ; et les rires de la pièce voisine avaient accompagné cette fanfare moqueuse.
Dalberg reprit sans. s'émouvoir :
— 11 est facile de deviner ce que veulent ces trois rois ligués contre le nôtre , ces trois royaumes en marche vers notre royaume.
— Us veulent s'emparer de la Suède, dit à son tour le conseiller Falkenberg.
— Et se la partager, ajouta le baron Sparre Fabricius avec une indignation que sa voix communiqua aux autres sénateurs.
Le roi Charles XII, qui était couché sur le côté droit, se tourna et se coucha sur le côté gauche.
— Oui, ils projettent froidement de se partager notre patrie, d'où sortit un jour l'immortel Gustave-Adolphe, qui les fit tant trembler.
Au nom de Gustave-Adolphe, tous les sénateurs se levèrent et baissèrent le^front sur Jour poitrine.
54 tm FOU coaj^jsmi.
Çomw i)s accoiDplis9aiept ce noble mouvement, il se glissa par le tpcu de la serrure ua second cri non moins savaqament imiti^ que le premier ; mais cet^ fois c'était le cri de Tape ; l'imitateur égalait Tauteur» o'é}a\i à s'y méprendre, pourtant ce n'était qu'un coiir^isan : gi^ie^es espérances no donnait-il pas ?
— Le partage est déjà arrêté, reprit le sénateur Falkenberg : le czar de Moscovie, notre bon voisin, s'at^bue 1^ Livonie ; le roi de Pologne, Frédéric-Auguste, la $uè4e, eit le ^oi jde D^neipark prend h ^or^ége. £n d'autres temps, celte bravade n'aurai) fait qu'i^^^ci^r le rire de la valeureuse n^^tion suédoise ; mais qui «prait QSj$ se la pjerjppittee e^ d'aubes temps? Sur la ^iT^ comme sur la mer^ notre pavillon inspirait la torpeur à nos ennmi» et commandait le reçpea h nos ^IU.43 ; et pourtant, continua Falkenberg» o^ nous menace aujourd'hui, on nous attaque, on nous envahit, on est chez nous!
— Chez nous 1 redirent dans un murmure étouff4 par la douleur les autres conseillers.
— Les Saxon;» son( entrés dans }a Livonie, poursuivit Falkonberg, et la Livonie est à la Suède comme la fille est à la mère. C'est la première fois que l'éu^anger met le pied chez nous. Il s'encouragera de notre faiblesse...
— De notre indifférence, dit te sénateur Dalberg.
— De notre lâcheté 1 osa dire le baron Sparre.
— Et il marchera sur Stockholm 1 s'écrièrent plusieurs sénateurs à la fois*
Le cri de Tâne et celui du coq avaient été trop bien simulés, pour que le cri du chien ne jouit pas du même honneur. La brûlante indignation du conseil fut accueillie de la pièce voisine par des aboiements si varié?, si nombreux, qu'il était aisé de deviner qu'une seule poitrine ne les produisait pas. Chaque courtisan participait
, I» MO GoraoRKé. M
^u GODe^m en proportion de ses inoifans. Oa eût dit une meute un jour de grande chasse. On ne pouvait désirer un ensemble plus vrai et plus oiiginal.
Quant^u roi, il cessa de demeurer couché sur le flanc gauche pour se retourner et se placer sur le dos.
— Et lorsqu'on songe, reprit Falkenberg dominant du haut de sa dignité la turpitude des courtisans et la honteuse attitude du roi, qu'il s'élève en face de la §uède, de Tauire côté de la mer qui baFgoeses bords, un homme dont le génie âpre et robuste ne s'arrête devant aucun obstacle; que cet homme, sorti d'un marécage, étend son empire de la mer Glaciale à la Médit^ranée> de la Baltique à la Chine, à travers les f4>réts qu'il reaverse; qu'il est à la lois l'empereur, le général, le grand-pr&re, l'amiral, le législateur et le orateur de son peuple : c^ il crée tout, sa capitale, son armée, sa religion, sa flotte, ses Jois et la nation qu'il veut gouvwner ; quand on songe que Pierre Alexio^ib^, que la postérité appdlera sans doute Pierre-le-6rand, est au nomt)re de nos enn^aîs, qu'il est un des trois rois ligués contre la Suède, comment ne pas déplorer le sort de notre patrie exposée à tant de coups redoutables, à tant de malheurs certains? Le vieux conseiller ÂxM, qui jusque4à avait écouté en silence, prit la parole pour dire à son tour qu'il importait tout simplement dans une circonstance ausssi grave, après avoir mesuré toute l'étendue du malheur, de recourir avec la rapidité de cette attaque imprévue aux moyens de la défense : opposer la force à la force, armée à armée, canon à canon, homme à homme.
— Mais qui peut cela de sa volonté unique et souveraine , objecta amèrement Falkenberg , si ce n'est le roiî...
— Eh bien donc I que ce soit le roi !... répliqua avec courage le vieux conseiller Axel.
—- Le roi est bien jeune, dit un autre conseilla avec ironie.
— Le roi est malade, dit un troisième avec quelque pitié...
— Voilà le roi! dit Ténergique Axel, ^ qui portait encore au visage une sanglante égratignure de Tours. Oui, voilà le roi... C'était tout dire; c'était dire : ce tas de membres énervés, crispés,4'amollis par la débauche, brisés par l'excès des liqueurs, c'est le roi que nous avons à opposer à trois rois jeunes, braves, énergiques» dont les armées foulent déjà le sol de Suède. ^
Quand d'audace en audace inspirée par la suprême loi du danger, des conseillers en sont venus à parler ainsi en présence de leur maître, ils ne sont pas loin de toucher aux droits de la couronne pour la sauver en sauvant le pays.
Le vieux sénateur Axel reprit : Si Dieu ne veut pas qu'on dépose les souverains qu'il* a élus lui-même, il ne peut pas vouloir non plus que les États périssent, car ils sont aussi son ouvrage. Il a ménagé des voies de salut aux nations. Voici celle que je propose pour empêcher notre nation de devenir la proie des vautours qui planent en criant sur ces neiges. Nous avons commis une faute en ôtant la régence à la reine douairière Éléonore de Holslein, veuve de Charles X, mère de Charles XI, pour couronner avant l'âge le jeune Charle XII, son petit-fils, qui ne devait être roi qu'à dix-huit ans. Nous sommes sortis de la loi, renlrons-y à l'instant.
— Oter la couronne du /ront de Charles XIÏ l ! ! sVcria un conseiller avec épouvante.
— Pour la lui rendre plus tard, lorsqu'il comprendra les devoirs qu'elle impose. £n attendant, remettons le sceptre et le pouvoir aux mains de sa grand'mère Éléonore de Holslein.
UN FOU GOUHONnÉ. 57
— La reine douairière, répliqua le baron Sparre dans une phrase longuement respectueuse, est sur Textrême déclin de l'âge ; le repos convient peut-être autant à sa tête auguste qu'une couronne...
Un autre i^énateur ajouta, en sorlaot un peu du cercle d'une étroite circonspection :
— La reine douairière est déjà descendue deux fois du trône ; l'y faire remonter une troisième fois est hasardeux et grave : sa présence va rappeler autour d'elle, j'ose le dire, les partisans surannés, aigris de son système de gouverner, qui n'est pas le meilleur, puisque nous lui avons retiré la régence avant le temps.
Un troisième conseiller alla plus loin :
— Opposer la prudence stérile d'une femme âgée à l'ambition hostile, combinée, foudroyante de trois jeunes rois!... songez-y!...
Alors ces paroles sortirent comme des flammes de la bouche du conseiller Axel :
— Connaissez-vous un meilleur moyen de sauver la Suède T proposez-le dans ce cas, car il faut qu'elle soit sauvée promptement, énergiquempnt. La terre tremble sous nos pieds; l'horizon est en feu. En ce moment, l'ennemi viole, saccage, brûle nos villes ; il détruit nos vaisseaux, ces forteresses flottantes de la Suède ; insulte le drapeau, fouette honteusement le léopard, vole à pleines mains les trésors de nos églises, de nos caisses publiques, égorge nos femmes; et nous, que faisons?... Rien I
Il y a toujours de ces nobles vieillards comme Axel dans le moment suprême du danger, à l'heure de l'agonie des nations. Ils s'appellent tantôt le sage Nestor, tantôt Mathieu Mole, tantôt Axel. C'est Dieu /{ui prend leur sublime visage pour inspirer aux tièdes, aux indécis, aux faibles, la grande impulsion de la révolte et de l'insurrection contrôla tyrannie qui s'éveille ou la royauté qui dort.
58 UN FOD COtJ|lpI«|llB.
AçqI )eya epsuite ?es iv^ V^mfjlant^ ai» pîel en versant d^s lames.
Les autres conseillers f urept entraînés ; i|s iayofj^èrent en silence, la poitrine émue, }e ^ecpi||rs 4p I^I^K \ ^^ ^^^^ }e tableau fpt sublime p^r 1§ coptr^^je. ^utppr ji'fu^e table bouleversée par Torgiej d*a\(^u$f9S yig|}lar4S| pèpes jla Ja pairlp, jmploraiept Ip cie), en le ^pppli^nt, par leurs énergiques ^t piepses dou}eup§, de sapver la Suëd^, tandis que le roi couché sur cette t^ble donnait!..*
Tout à coup la pièce voisine trembla au |)ruit formida- ))le des cbants qui éclat^^nt. Bientôt le palais tout entier éprouva cette bruyante secousse, l^s effets de cette tempête intérieure qui voulait briser les mûrs : c'étaient les compagnons du roi, qui, fatigués d'imiter )es cris des divers animaux, — on se lasse des meilleures choses, — chantaient la cynique et populaire chanson suédoise dont le refrain était :
« On ne saurait trop boire! trop boire 1 trop boire I « celui qui résiste, qu'on Vy force : s'il est mblade qu'il « boive I qu'il boive t qu'il boive encore, cela le guérira ; « et si cela ne doit «pas le guérir, il en mourra ; mais « qu'il boive \ ! I Bibat et moriatv/r! »
Ce refrain rauque, vineux, brûlant, entonné d'une façon furieuse et de plus en plus véhémente, fut aussitôt entrecoupé par cette prière cordialement exhalée de la poitrine des sénateurs :
« Qui sauvera notre patrie? Dieu ! nous abandonpcras- « lu î Nous tj3 demandons pardon pour nos fantes : ne << punis pas une grande nation tout entière ; entends no- « tre .lamentable voix! Si tu ne pous sauves pas, mon « Dieu I qui nous sauvera? »
— Aloi 1 s'écria d'une voi^ éclatante comme cell^ de la trompette de la résurrection et en bondissant sur la table
UN vou oouEomnÉ. S9
où il semblait mort, Charles XH, lui-m4ipd» qui tira s% longue épée^ du fourreau.
— C'est le roi I
— Charles XII qui s'éveille I
— Ob 1 mon Dieu 1 nous aurai«'-tu entendus?
— Oui, je vous sauverai I ie sauvei^i la Suède I Us son( trois rois contre nous, ils ont trois armées ; fussentils douze I qu'ils passent la Baltique I qu'ils viennent I Nous avons assez de neige pour enterrer leurs trois armées... Ils ne nous vaincront pas I Je le jure sur cette ëpée. . . Hegdrdez-Ia ! mais regardez-la ! «'est celle de Gustave-Adolphe 1
Le front de Charles XII, dont le développement était, on le sait, prodigieux, parut encore plus grand, plus haut dans ce moment, entre sa bouche frémissante de résolution, et ses cheveux qui étaient droits et roides comme des épis de fer. Cette inferQale ardeur guerri^e qui devait bientôt effrayer l'Europe, se révélait dans ce dôme osseux, illuminé en dessus par deux yeux fixes, larges ovales blancs au milieu desquels bleuissaient du-^ rement deux points brillants comme de l'acier. Son menton, qui était démesurément long et par conséquent disgracieux, ajoutait à l'expression de ses traits ; ce menton était une espèce de proue qui devançait son visage. La blancheur extrême de sa peau attestait en ce moment que tout son sang, comme toute sa colère, ..s'était porté au cœur.
— Messieurs, reprit-il en se transfigurant peu à peu, quoique son réveil eût été complet, vous êtes de bons serviteurs, de sages et courageux conseillers, de loyaux Suédois; vous avez bien parlé, bien agi, vous n'avez pas tremblé. Soyez récompensés : vous l'êtes, vous retrou* vez votre roi !..
««Oui, nous le retrouvons I
60 ON FOC GOUBONMB.
— - LoDgs jours à lui 1
— Que tout ceci ne soit point un rêve ! osa dire conseiller Axel» incrédule encore, en doute du moins è vant ce miracle.
— Ce n*est point un rêve ; je ne sais si c'est un mira cle, dit Charles XII avec un royal sourire de bienveil lance pour Axel, mais c'est une vérité que tout ce q vous voyez. Et remplissant d'eau le plus grand gobel qu'il trouva sous sa main, il ajouta avant de le vider « A votre santé ! Voilà le vin et la liqueur que Charles XII, votre roi, se condamnera désormais à boire, il vous \i jure, tout le reste de sa vie. » Vous pouvez vojis retire^ maintenant, messieurs les conseillers; votre œuvre M courage est achevée, la mienne commence. Comment fiH nira-t-elle ?... Dieu le sait I
Étonnés jusqu'à l'égarement, attendris jusqu'au dé-! lire, enthousiasmés jusqu'à baiser les pieds de leur jeune roi en défilant devant lui, les conseillers, pleins de reconnaissance en même temps pour Dieu qui les avait exaucés, sortirent en silence, le front découvert et rayonnant d'espoir comme les rois mages après avoir vu le jeune Sauveur.
Dès que les sénateurs furent partis, Charles XII alla lui-même ouvrir les portes à ses nombreux amis, qui rentrèrent en tumulte, aussi ivres au moins qu'avant la séance du conseil, n'ayant rien entendu de ce qui venait de se passer entre le roi et ses sénateurs. Il y avait de bonnes raisons pour cela.
— Messieurs, leur dit le roi, réjouissez -vous ; pendant le conseil qui vient d'avoir lieu, j'ai pensé à vous, à vos plaisirs. .. Nous commencions à nous lasser de ne pas en connaître de nouveaux... j'en ai découvert un qui sera assurément goûté de vous tous...
— Et quel est ce plaisir ? demanda Eric en s'appuyant
UN FOU GOUBOlflIB. 64
ur Olof, qui s'appuya surHerman, qni~s'appuya sur legret.
— Parbleu ! cela* se devine; cq nouveau plaisir est une louvelle manière de boire, lui répondit Olof rouge comme te récarlate.
— Non, c'est une nouvelle manière de jouer, interompit Megret dont Tivresse, au lieu d*étre rouge comme ielle d'Olof , était blanche conune de la farine.
— Dites plutôt que c'est une nouvelle manière de îhasser l'ours, répliqua Renschild.
Enfin, chaque compagnon de Charles XII affirma, selon ses goûts particuliers, que le plaisir dont parlait le roi ne pouvait être qu'un raffinement d^is l'oisiveté ou les excès de quelque passion aussi chère.
— Vous n'avez pas deviné, messieurs, leur dit le roi. Le plaisir que je prétends vous faire connaître aujourd'hui est plus vif que le jeu, que la chasse, que l'orgie... C'est un plaisir digne d'un jeune roi et de jeunes et braves gentilshommes comme vous... Ce plaisir... c'est la
Si la débauche avait fatigué et blasé ces essaims de courtisans, elle n'avait pas encore entièrement dégradé leur caractère; et la gloire ressemble trop à la guerre, la guerre ressemble trop à la violente activité de la chasse, pour qu'ils ne s'enflammassent pas, surtout dans Tétat de leur esprit, àla voix du roi leur parlant du plaisir de. la gloire, très-neuf en effet pour eux.
Charles XII reprit avec le même enthousiasme :
— Nous partons dans quelques jours.
— Pour où? s'informèrent tous les courtisans dans îin cri unanime, excepté Réginold, accablé dç ce départ qui démentait la promesse qu'il avait faite à la fausse comtesse Aurore de Kœnigsmarck, d'empêcher ie roi de quitter la Suède.
02 uir mt3 covnofmk.
— Nous partons tous pour la guerre, ajouta Char les XTI.
— Vive le roi, el vive la guerre! sécriferent les compagnons du roi eti mettant la main à leulrs épées après ei avoir longtemps cherché la poignée.
— Jf'alme à vous irouvef ainsi disposés à me seconder.
— Et qui donc veut nous faire la guerre î demanda Renschild d'un œil àtlemi ouvert, est-ce le Danemark?
— Est-ce la Polognet
— Est-ce la Moscovle T
-^ Tous les trois, répliqua Charles XII. Ils nous jettent le gant t »
— Nous le ramassons.
•^ Retiâchild, tu es mon général en chef, -oui, Sire.
' - Lieten^ tu coAitnanderas rartilterle.
— Otii^ Sire.
^ dlof; les dt'ftgoils seront sous tes ordres.
— Oui, Sire.
— Herman, tu commanderas les trotipes de merl la
flotte est à toi.
• —Oui, Sire.
— rtegrôt, je vous nomme mon ingénieur, vous me
construirez des forts.
— Et je vous en prendrai, Sire.
— Et toi, Réginold, lu seras mon aîde-de-camp. Tu écriras mes otdtes, et tu les porteras â travers les balles de l'ennemi. C'est la mission la plus périlleuse.
— Et la plus honorable, Sirê; je vous en remercie, répondit Réginold toujours pâle et soucieux', le cœur brisé par la pensée qu'il ne reverrait plus la fausse comtesse de Kœnlgsmarck, quoiqu'il fût heureux dànssa douleur de la détermination héroïque et soudaine du roi.
m FOU COUBONMB. 61
Ses larmes, car elles glissaient le long de ses joues, étaient glorieuses et amères; il courait déjà au-devant du danger, tandis que son cœur, vaincu par l'amour, s'attachait à la Suède et manquait de force pour la quitter.
— Viennent les ennemis, maintenant! s'écria ïlehschild, nous les recevrons.
— ils sont venus, dit Charles Xlt.
— Vénus ! répétkent les jeunes seigneurs, le^ jeunes chefs que venait de créer de sa royale volonté Charles, leur souverain.
— Ils sont descendus en Livonîe, leur répondit le roi.
— Gourons, cri^rëni-ils en se précipitant vers les fiertés, comme s1l se Mt agi d^aller immédiatement livrer bataille dans la rue ; courons I
— Mes amis, leur dit Charles ^tl en les reteiiantavec peine, je partage votre courageuse impatiehce ; mais il reste des dispositions à prendre pour s'assurer le succbs. D'ailleurs, avant d'accepter définitivement vos services, ]'ai à vous demander, à exiger de vous un serinent.
— Parlez! Sire...
— Uû serment grave, solennel, irrévocable.
— Nous vous écoutons .
— Le prôterez-vous ?
— Quel qu'il soit.
— La mort, je vous le dis d'avancé, à qui le violera.
— La mortf soit!...
— Êtes-vous décidés ?
— Nous le sommes.
Charles XII poursuivit :
— Elle sera très-rude, elle sera excessivement longue peut-être la campagne que nous allons ouvrir dans quelques jours. Pour lutter avec tlrois armées, il faut avoir
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trois fois plus de courage, trois fois plus d'habileté, trois fois plus de discipline qu'elles. Cette rare et ferme supériorité ne peut ^e trouver dans des corps épuisés, dans des âmes surtout habituées à la mollesse. Soyons de fer contre ces trois armées; que nous les brisions en nous en approchant, qu'elles se brisent encore en tombant sur nous. Messieurs, vous savez par expérience les faiblesses, les fautes, les malheurs que causei^t les excès du vin...
— Oui, Sire I
— Oui... cent mille fois oui, répondirent ceux qui en ce moment même prouvaient la vérité du fait.
Olof seul, quoique non moin gris que ses camarades, ressentit une crampe d'estomac en entendant ainsi médire du vin : on calomniait un ami devant lui.
— Eh bien ! jurez tous avec moi de ûe plus boire. -^ Nous le jurons I
— De ne plus boire de quoi? se demanda Olof malgré sa profonde ivresse : est-ce de ne plus boire du genièvre, ou de Teau-de-vie, ou du vin de Champagne? Il faut s'entendre.
Le roi le tira vile de ce doute en ajoutant :
— De ne plus boire que de Teau.
Le serment emporta le commentaire secret et plaintif d'Olof, qui fut entraîné à lever le bras malgré lui et à dire comme les autres : Nous le jurons !
— Vous allez encore jurer, reprit Charles XII, sous la même peine, de ne plus jouer tant cfae durera la longue guerre que nous allons entreprendre.
— De ne plus jouer à quoi?... au lansquenet, au piquet, à Fhombre? se dit à son tour Megret, étonné, effrayé considérablement qu'il pût venir à la tête d*un homme sain d'esprit de vouloir défendre de jouer. Cela lui paraissait tellement impossible...
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— A ton tour, Français, aimable Français, Français trop aimable, dit tout bas Olof à Magret.
Charles XII reprit :
— Vous jurez donc, c'est convenu, de ne plus jouer, comme vous avez juré de ne plus boire que de Teau ?
Et le môme serment fut généralement prononcé :
— , Nous le jurons I
— ^ Il me reste encore, continua Charles XII, à obtenir de vous un troisième serment
Les courtisans, quoique portés, dans la situation morale où ils étaient, à prêter des serments jusqu'au lende^ main et au delà, marquèrent pourtant de la surprise à cette nouvelle promesse qu'allait exiger d'eux le roi, qui leur parla ainsi; mais cette fois la parole tomba affaiblie, découragée et triste de ses lèvres tremblantes ; ses yeux se voilèrent d'un brouillard sombre; et l'on sentait que quelque chose se brisait douloureusement en lui pour être si accablé et si morne tout à coup.
— De toutes les lâchetés du cœur, poursuivit-il en regardant autour de lui comme pour y chercher un coupable, car s'il ne se souvenait pas nettement de la visite mystérieuse de la prétendue Georgina^ l'impression de cette vision lui étaitrestée ; de toutes les lâchetés du cœur répéta-t-il, la plus féconde en bassesses, en trahisons, en crimes, c'est celle de l'amour.
Charles XII s'arrêta pour poser, pour ainsi dire, le doigt de son doute sur chaque front rangé devant lui. Il n'oublia que celui de Réginold, qui portait visiblement sa condamnation écrite.
— : Oui — continua-t-il en éteignant deux larmes brûlantes entre ses paupières d'airain — l'amour fait tout oublier, tout méconnaître, tout perdre. Il fait oublier la dignité du sceptre, méconnaître l'honneur de la couronne ; il perd les États. Du soldat il ne fait qu'un
M \m VOU OOtJHOlINK.
homme, d'un homme un ôtre serviie qui trahirait sa patrie, son roi, son ami, pour le regard d'une femme.
— Sire! s*écria Régiftold épouvanté...
— Tais-toi, Réginold, interrompit le roi; tu ne connais pas ces crimes-Ià« toi dont le eœur pur ne s'est encore ouvert qu'à l'amitié.
Charles XII continua avec la môme énergie, d'un accent ému et féroce à la fois : ^
— Je ne veux pas de l'amour dans mon camp, à ma suite... avec moi... sous mes tentes; et comme je veux des hommes de fer, je ne veux pas de cette rouille. L'amour est une rouille. Jurez dono dans ce dernier serment que j'attends de voui, de rompre avec toutes les passions d'amour^ avec toutes les folies et toutes les in-trigues de cœur que vous pouvez avoir à Stockholm. H est encore temps de renoncer à me suivre, ai vous ne le pouvez à ceprix. Jurez^votisî... Moi, je jurel...
— Nous le jurons I s'écrièrent dans un frénétique délire tous les jeunes chefs de Charles XII.
Réginold aussi jura, sfin de se punir le plus cruellement possible d'avoir failli à Tamitié du roi et d^un roi qui avait été sur le point de découvrir sa trahison.
Au moment où ce dernier et plus grave serment était prononcé, on entendit retentir un éclat de rire moqueur qui sembla tomber du plafond de la salie, de la voûte par où descendait le grand lustre en verre de Venise.
Profitant du moment où toute l'assemblée, même le roi, cherchait, les yeux en l'air, de quel endroit pouvait venir ce rire impertinent, RéginoW se retira. Il murmura en s'en allant : « Je vais me jeter avec confusion aux « pieds de la comtesse pour lui avouer qu'il m'a été im- « possible de détourner le roi de faire la guerre; Qui pou- « vait prévoir la foudroyante transformation de Char- « les Xllt... L'homme s'est déchiré, dt il eq est sorti un
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« héros. * . Il noii9 « ^tonnés» âo^pQiPtés ^yec lui par im < 4a ees eatraioemeot^ imprévu» qui reuvers^at loutea « le$ combinaisons... fille m'enipudra*.. ello me com*- 4 prepdra, jerespère...eUemepar(]onoera*M D^iUeuics, € puisque j'ai juré au roi de ne plus avoir d'ampur-.. J|» « ferai à la comtesse un adieq... un adieu étei:nel|..« « Gourons a son hôtel. »
Megrety qui avait également mi$ à profit pour sortir to moment qù chacun avait le nez en Tair, se disait de son côté : « Le valet de la belle» de la ravissante Georgina, « — c'est convenu avec lui — doit m'ouvrir à cinq heu^ « res du matin la porte secrète de Thôtel de la comtesse « do Kœnigsmarck , pour me mettre en possession du « trésor qui me rendra le plus heurettx des hommes. Il « est cinq heures. Allons. »