LES TROIS REPAS
Quelle que fut la grandeur du désintéressement de Charles XII envers ses ennemis vaincus, il ne lui était pas toujours possible de les mettre à Tabri des conséquences ordinaires de la défaite. Ses soldats étaient des hommes grossiers, et comme tels ils aimaient beaucoup la vengeance et un peu le pillage. La victoire éclatante qu'ils venaient de remporter sous les murs à demi écroulés de Narva, leur souffla dans Tâme une ardeur de rapine qu'augmentait la misère d'un hiver rigoureux. Quelle voix est assez forte, quelques heures après le combat, pour empêcher le soldat vainqueur de prendre à Tennemi son manteau, sa gourde d'eau-de-vie, son argent; sa chaussure, s'il a froid; sa ration, s'il a faim? Les chefs ne sont pas toujours exempts de cetteivresse des soldats. La morale en souffre ; mais qu'a de commun la morale avec la guerre? Le conquérant vole un royaume, le soldat vole, une poule; où est donc la dillérencel Un royaume n'est qu'une plus grosse poule.
Or, après la sanglante bataille de Narva, tandis que celui-ci se revêtait d'une et même de plusieurs pelisses, que celui-là fléchissait sous le poids de manteaux doublés de riches fourrures ; tandis que d'autres dépouillaient les vivants sous prétexte qu'il est permis à la guerre de
dépoullkr \m mottSt Goofusion bien iiAlu?tile, le brave Olof» toujours ivre, il n'est pas besoin de le dire, tirait à lui de dessous les morts et les mourants, un objet dont U ne se rendait pas eneore un compte bien lucide. Ses yeux avaient vu luire sous une voûte de jambes» de bras et de têtes, des reflets d'or, d'argent el de diamant. Enfin, il parvint à attirer à lui ce lot mystérieux que lui faisait la guerre, et il reconnut que c'était un homme à peu près vivant, mais qui, sans lui, allait être étouffé sous le poids des cadavres. L'air le ranima bientôt et une violente secousse le remit sur ses pieds.
Alors Olof put examiner à loisir son étrange capture. Son étonnement fut des plus grands, car son prisonnier, quoique ramassé sous des broussailles de cadavres mos* oovites, était vêtu à l'orientale ; il portait le turban, la veste, la eeinture, la culotte large, les boucles, et le tout d*UQe richesse extra 'trdinaire. Le turban, entortillé d'une forte girandole en diamants, était surmonté d'un croissant d'or, criblé de perles et de pierres précieuses; la veste ne laissait voir que de faibles parties du velours, tant les brillants et les saphirs y occupaient de la place; la eeinture tombait sur un sabre dont la poignée, façonnée en gorgone, était d'or massif, avec des incrustations magnifiques; enfin, ce prisonnier oriental, bronzé comme un canon, ruisselaitde richesse de la tête aux pieds. Olof en fut ébloui ; il n'eut qu'une idée, qu'un désir, celui de s'emparer, au profit de la Suède, représentée par lui-même, de ce superbe plumage, sauf à tuer^l'oiseau s'il résistait. Il porta d'abord une main délibérée sur le turban, mais celui qui le portait, leste autant qu'Olof Tétait peu, fit deux pas rapides en arrière, tira l'éclair d'acier qu'il portait à son c6téj son large cimeterre, et le déploya en cercles flamboyants autour de la tête du géant. Olof eut i peine te tempe de reeotirir à ion sabre pour parer les
Va 900 CStUlOMlA*' tti
eetips multiplia qui lui étaient portés. Ceci le fâeba.
Le jeu n'était pas de saison après la bataille qui venait d'avoir lieu. Cependant Fautre ne cessait de menacer et de fort près le cou du géant, qui, las à la fin de cette réaistanee ajfressive autant qu'intempestive, profita du^ moment où son jeune et alerte adversaire relevait sa formidable lame courbe, pour le saisir, Pétreindre par le milieu du corps et le jeter sur ses épaules. Il l'y tint ren«* versé et fixé comme un sac, cherchant ensuite une tente où le déposer. Le hasard l'amena précisément dans celle qu'occupait le chevalier Megret, aoucbé et encore malade de la terrible blessure que lui avait faite au front la balle du baron de-Sandel. La médecine niait une pareille guérison, ce dont s^inquiétait assez peu du reste le spirituel chevalier. Le bruit que causa l'entrée grotesque d'Olof le fit sortir brusquement de la médiation où il était plongé, au milieu de plusieurs jeux de cartes étalés dans un ordre systématique sur la couverture de son lit. Le crayon à la main, il cherchait, les yeux à demifermés par laréflexion, un coup nouveau, une combinaison inconnue. . . Le crayon tomba de ses doigts amaigris ; il releva sa tête osseuse...'
— Et que m'apportez-vous donc là, capitaine Orof? *-- Ma foi I je n'en sais rien, aimable Français, répondit Olof en couchant le prisonnier par terre et en lui appliquant le pied sur la poitrine de peur qu'il n'eût encore la fantaisie de recommencer la lutte, ce qui était à craindre, car il se tordait et remuait comme un serpent pris sous une grosse pierre. ïout ce que je puis vous dire, c'est que ce drôle est un prisonnier fort mal appris ; je voulais obligeamment l'alléger de son turban et de sa veste, et il m'a menacé de son sabre, dont il se sert fort bien d'ailleurs. Il est très-rétif... tenez I voyez-vous encore?...
Le pridotinier d*était en effet redressé sous le large piecl*
232 1» Bou oevBoniii*
d'Oloft et il tvait enfoncé ses dents dans les chairs du géant, il s'était coUé et enroulé autour de sa jambe qu'il mangeait. "
«— A bas ! dit Olof en saisissant le jeune prisonnier par la nuque. Pris dans ce gantelet de fer, l'Oriental ne remua plus qu'intérieurement. Sa poitrine se souleva, ses dents, qui ne pouvaient plus mordre, laissaient voir une frange d'écume. Il y avait des larmes de rage dans le coin sanglant desedyeux. En un clin d'œil, Olof, qui en était ainsi devenu maître, lui arracha son riche turban, sa veste, son sabre, sa ceinture. Quand il eut fini, il lui dit : — «Maintenant je vais te donner l'adresse de mon tailleur de Stockholm. . . » II lâcha le prisonni^ à demi nu, dépouillé, désarmé, et, pour plus de sûreté, lié fortemenkaux poignets avec une dragonne de sabre.
Quand celui-ci se vit dans cet état de faiblesse et d'humiliation, il prit un visage calme, digne, et murmura, dans une langue qu'Olof soupçonna fort être de Thébr^u, des phrases où le chevalier Megret distinguait les mots czarafis Arlfchelou. La noblesse avec laquelle le captif prononçait ce titre de czarafis, que Megret savait être un titre de dignité, le lui fît considérer beaucoup plus attentivement. D'ailleurs, la somptuosité royale de son costume l'avait déjà fait réfléchir... Megret ne connaissait pas le curde, langue dans laquelle il s'était aperçu tout de suite que le prisonnier avait parlé. Mais il connaissait la langue métisse que baragouinent presque tous les peuples qui avoisinent la mer Noire, espèce de vénitien corrompu, n^ au temps des croisades, langue bâtarde, fille de l'italien et du turc, et d'une foule d'autres pères et mères. C'est dans cette langue qu il interrogea à tout hasard le prisonnier d'Olof.
£t le prisonnier, ravi d'entendre ces sons qui lui étaient en effet très-famiiierS| lui.répondit :
xm FOU G<»jaoii]!Ql. SS8
— Vous dfânandez d'où je viens? — ^Je viens de loin... — ■ Mais de quel pays ?... — Du Caucase, de la Géorgie. — Que faisiez*vous parmi les Russes ?— Je les servais» Ils sont nos alliés contre les Turcs, nos voisins et nos ennemis. — Vous n*êles pas un soldat ordinaire.
• Le prisonnier sourit.
^- Votre costume î — C'est celui d'un chef... — Quel aimable Français que ce Megret I murmurait Olof en admirant et en caressant d'un œil cupide les pierreries du prisonnier; il connaît tous les jeux du monde et parle toutes les langues de l'univers. — Voulez- vous me le faire rendre, ce costume? dit le prisonnier à Megret... Je vous serai reconnaissani. ^- Je ne le puis, je n'ai aucune autorité dansTarmée.— J'y liensplusqu'à la vie...— Est-ce parce qu'il eslriche?— Le prisonnier fil un signe de haut^édain.
•*— Non, mais parce que tous mes aïeux, depuis plus de quatre siècles, l'ont porté.
Megret se souvint, en effet, que chez les Orientaux les costumes passent quelquefois à travers dix ou douze générations.
— Je vous le répète, je n'ai pas le droit de vous le faire rendre. — Tant pis! dit sèchement l'Oriental avec la résignation musulmane. — Savez-vous ce qu'il me demande? dit Megret à Olof. —Non. Que veul-il, ce cuivré?— Que vous lui rendiez son costume... -^Ce Turc est gai... Le lui rendre I j'ai eu bien trop de peine à le déboutonner;..— Il m'a dit de vous dire que Dieu vous bénirait.— Remerciez-le de ma part. — Vous luirendezdonc ses habits?— Non, je lui rends sa politesse.
Le prisonnier voyant à la tournure de le conversation que Megret plaidait inutilement pour lui, s'adressa une seconde fois au chevalier, et lui dit : ,
— Offrez à cet homme, s'il veut me restituer mon costume, l'amitié de mon père.
m mr roD eouioHiti.'
. Megret rëpëla exactement la proposition bizarre de TOriental. Le géant, en se tenant les côtes tant il se prit démesurément à rire de ses offres> répondit !
«-Non. Dites-lui que je tiens plu^ partIcaHèrement à celle de son oncle...
Megret traduisit encore avec la même fldélitéi et la réponse du prisonnier fat :
-^ Je lui promets Tamitié de mon oncle et celle de mon père. — Olof, il vous la promet. — Je veux en outre, reprit le géant, l'estime de ses cousins.
Le chevalier dans une traduction rapide, reproduisit la nouvelle prétention d'Olof.
— Qu'il lui soit accordé l'estime de mes' cousins, dit le prisonnier qui tendit sérieusement la main pour recevoir son costume.
Olof le regarda en croisant les bras, et en riant des pieds à la tête, par tous les muscles.
*— Il se fâche, dit Olof. Continuons la plaisanterie puisqu'il y tient. Aimable Français, demandez-lui qui 19e garantira la valeur de ses promesses, c'est-à-dire l'amitié et Vestime de ses parents, dans le cas où je*consen-* tirais à lui rendre son costume.
Megret fit encore cette traduction ; et sur-le*champ le prisonnier tira de la poche de sa culotte, seul vêtement que lui eût laissé Olof, une écritoire portative comme en ont constamment sur eux les Orientaux, et il se mit en devoir d'écrire, après avoir sorti du tube qui s'adaptait à cette écritoire plusieurs feuilles très-minces d*un parchemin fort doux.
Et il écrivit en caractères curdes, ayant soin de lira en vénitien pour Megret, les certificats suivants :
« À mon oncle, très-^^grand et très-excelleat prince de t Mozdok, cousin de la grande constellation. »
— Prince ! — reprit Olof un peu surpris da Tamplêur du titre; — prince 1...
140 prisonnier continua.
« Recommandons particulièrem^t» 8*ila Tont un jour « dans 1$ pays des montagnes, en Ciroassie, les nom* % més«.. ;^
— Dictez les noms, dit-il à Megrei Megret dicta :
— Olof et le chevalier Magret,
« Recommandons particulièrement, recommença TO- « rîental, le seigneur Olof et le chevalier Megret, fiom- « mes braves, loyaux et cléments, qui, m'ayant vaincu, « m'ont rendu ce que je possédais. Et ceci est bien. Vous <c le reconnaîtrez en leur faisant du» bien si jamais, par « la volonté de Dieu, ils se trouvaient dans mon pays. « Vous leur ferez une nourriture saine, l'ombre douce, « le sommeil agréable ; et quand ils s'en iront, vous les « accompagnerez avec un bâton blanc jusqu'à la dernière « borne, et là, vous leur direz : — Voyageurs, à revoir « un jour dans la Circassie céleste I
« Vous ferez cela parce que cela est juste et que cela « me plaît.
< ÀRTFGHELOU. »
Le prisonnier cîrcassîen plaça ensuite devant îuî un second carré de parchemin, et il écrivît en ayant toujours soin de faire, à mesure qu'il écrivait, une traduction verbale pour l'intelligence du chevalier Megret.
•^« Récommandons particulièrement à mon père, fils « du soleil, Mitteleski, roi deGéorgie, de Circassie, etc. »
Olof releva vivement la tête, et le chevalier Megret, habitué depuis son enfance à tous les respects monarchiques à la cour de Louis XIV, se mit un peu plus sur séant et àta son bonnet.
216 UN FOU couaoRNi.
i L*Oriental continua :
« Les seigneurs Olof et Rlegret, qui m'ont vaincu sous « les murs de Narva, où ils m*ont fait prisonnier. Je les « confie à votre royale protection, parce qu'ils ont été « miséricordieux en me rendant mon costume de prince.
< Vous les recevrez dans votre puissant royaume avec € tous les honneurs et les égards qu'ils méritent pour « cette belle action^ si Dieu, sur lequel je compte dans
< l'espoir d'une prochaine délivrance. les conduit un jour « au milieu do vos États.
« Je vous prie de faire cela, mon glorieux përe, parce « que cela est juste, et que la justice vous plaît.
C ÀRTFCHELOU,
a Héritier présomptif du trâne de Géorgie 9i et de Cireassie» »
— C'est bien, murmura Olof, mais qui me dit qu'iiest réellement fils de roi, et d'ailleurs...
Devinant peut-être les doutes du géant, le fils du roi de Géorgie prit ses deux écrits et les scella du sceau de sa bague qui portait l'empreinte et les devises royales.
Olof, quand tout le cérémonial fut achevé, dit à Megret :
— Je vous demande un peu quel intérêt j'ai à échanger ces splendid^s costumes, dont je ne retrouverai jamais les pareils, contre ces deux lettres de recommandation pour les parents- de ce fils du soleil et ce cousin de la grande constellation? Faites-lui comprendre que la farce est jouée, et que nous nous sommes assez amusés de lui. — Je ne lui dirai certes jamais qela... et il n'en sera rien... je vous jure. — Comment, il n'en serja rien?...
Le géant frissonna de la tôteaux pieds. Le défi produisit sur ses larges joues i'eifet d'un coup de soleil en ^ein mQis d'août.
Ca FOU COUMNKÉ. SST
-«- Non I il û*en sera rien, répéta le chevalier MegreU
— Kl qui donc prétend cela ?... — Moi.^. qui regarde d'abord comme trfes-uliles, maître Olof, de pareilles recommandations, car avec le roi conquérant qui nous conduit, je me nuinirais, si je le pouvais, de lettres pour Fcmpereur de la Chine, où nous irons peut-être, et pour le diable, car je ne répondrais pas non plus que nous n'allions un jour guerroyer aux enfers ; et je considèrerais en outre comme une triomphante lâcheté d'avoir trompé la crédulité et la confiance d'un fils de roi..... — Jo suis donc un lâche ? dit Olof dont le monument menaçait de s'écrouler sur le chétif chevalier malade.. . je suis donc un lâche?...
— Vous le seriez, si vous faisiez ce quevous dites là. ••
— Oh I Français, Français trop aimable, si vous pouviez soulever seulement un pistolet, uneépée... je vous dirais... — Ne dites plus rien I... interrompit Megret, je sais un moyen de vider notre différend sans qu'il soit besoin le moins du monde que je quitte mon lit. — Voyons Ce moyen... — Voici des caries. — Ensuite? — Je vais en composer devant vous un jeu complet ; j'en donnerai ensuite une à vous, une à moi, jusqu'à ce que l'un de nous ait la dame de cœur. Vous comprenez?... — Et ce* lui qui l'aura?... — Aura gagné. — Quoi?... qu'aurat-il gagné T... — Il aura gagné de ne pas boire ce qu'il y â dans cette bouteille, que videra d'un trait celui qui ajira perdu. — Mauvaise plaisanterie l — Je ne plaisante jamais avec les cartes ni avec l'honneur, dit Megret en relevant sa moustache. — Et que renferme, s'il vous plaît, cette maîtresse bouteille ?... Durhum?... de l'eaude-vie ?... — Elle renferme douze médecines, répondit le malade. — Douze médecines I! I — Pas moins. C'est ma ration d'un mois.
Olof porta ses mains sur sa poitrine.
SSS UR vos COOMRNB.
. r-lbis.*. — you8hésitez...vou8quivo^prélende2?... mm Douze médeciaes 1 1 ! — J'ai bien ce courage, moi. «—Mais encore... — Vous ne l'avez donc pas, vous ?... Dites-le, vous avez 'peur 1.,. — Peur I peur ! — Jouez donc ! — £h bien 1 les caries ! — C'est di|. Placez-vous là| et mettons la bouteille entre nous.
Et le chevalier Megret, qui semblait ressusciter chaque fois qu'il touchait aux cartes, prit un jeu, le battit, invita Olof à couper, et commença bravement la partie.
Le prisonnier circassien regardait cette scène, a laquel* le naturellement il no comprenait rien. Olof pfilit tout à coup en poussant un gémissement de taureau... Perdu I s'écria-t-il, perdu ! Douze médecines I douze médecines I Après s'être débattu pendant quelques minutes contre cette horrible obligation de les boire, il dit :
«— Tenez-moi, chevalier, pour un homme de cœur si, ae prenant pas ces douze abominables médecines, je con-* sens à rendre ses habits à ce prisonnier enfumé, que le diable emporte.
— C'est accepté, dit le chevalier Megret à Olof en lui tendant la main. Puis se tournant vers Artfchelou, il lui dit : âabillez-vous, vos habits vous sont rendus. \ Artfehelou ne se le fit pas dire deux fois. ' Ainsi le prince circassien échappa à la rapacité d'Olof, et il put partir le lendemain avec ses riches habits, comme prisonnier de guerre cependant, pour Stockholm. En le voyant s'éloigner, Charles XII dit ces mots qui sont restés historiques : — « C'est comme si un jour j'étais prisonnier chez les Tartares de CriméCv » Et c'est ce qui arriva.
La victoire de Narva apprit à l'Europe le nom de Charles XII, et depuis lors elle ne l'a pas oublié; il s'inscrivit dans l'histoire par ce formidable succès dont Napoléon seul a renouvelé l'exemple, mais à des condi-
m FOU cûUAOïmii . Sd9
ûow différentes. Charles XII n'avait pis affaire à des natiops fort civilisées: on en jugera par eette prière composée par les Russes après la bataille de Narva, qui les consterna comme Teùt fait un déluge ou un tremblement de terre : « 0 toi qui es notre consolateur perpétuel « dans toutes nos adversités, grand saint Nicolas infini-» « ment puissant > par quel péché t'avons-nous offensé « dans nos saorifices, génuflexions, révérences, et actions « de grâces, pour que tu nous aies ainsi abandonnés t « Nous avions imploré ton assistance contre ces terribles, « insolents, enragés^ épouvantables, indomptables des-" « tructeurs, lorsque, comme des lions et des ours qui « ont perdu leurs petits, ils nous ont attaqués, effrayés, « bleasés ,. tués par milliers , nous qui sommes ton « peuple? Comme il est impossible que cela soit arrivé < sans sortilège et enchantement, nous te supplions, 6 « grand saint Nicolas, d'être notre champion et notre « porte-étendard, de nous délivrer de cette foule de sor- « ciers et de les chasser bien loin de nos frontières avec <c la récompense qui leur est due. » Mais avant que cette terreur des armes suédoises se fût répandue sur la surface de la Russie, le czar, confiant dans les troupes qu4i avait laissées à Narva, quoiqu'il ne se fut pas soucié de s'y trouver en personne, se donnait du bon temps à Birzen, petite ville de la Lithuanie, avec le roi de PoIognCi Auguste. C'est de ce même Auguste qu'on a dit :
Quand Auguste buvait, la Pologne était ivre.
A ce compte, la noble Pologne devait l'ôtre 8ouvenl> car Auguste, homme d'une forcé colossale, d'une taille gigantesque, .d'une santé de gladiateur, était d'une in*^ tempérance qui faisait pâlir celle du czar PiBrre. On na connaît guère de lui que sa beauté et son ivresse prover* biales. Mais on les coapait bien en général^ et. ceusi qui
249 m voo couBORwi.
«uiv€int k fil de ces aventures s*en seront facilement aperçus y les princes du Nord, excepté Charles XII, ne pratiquaient pas beaucoup là sobriété au xyii® sfècle. ■ Tandis que ses troupes mal disciplinées se faisaient exterminer à Narva, le czar Pierre et le roi Auguste mangeaient comme des bœufs, si ce n'est pas calomnies les bœufs, et buvaient à proportion à Birzen.
Depuis quinze jours, ces deux souverains ne quittaient la table que pour être portés au lit par leurs domestiques. . C'était le 4 décembre 4700. Ils étaient encore à table, comme la veille et les jours précédents, en compagnie de quelques-uns de leurs officiers, de Jacques Sobieski, fils du roi Jean, prédécesseur d'Auguste, et de Constantin, frère de Jacques : les deux frères suivaient la cour du roi de Pologne, un peu en prisonniers, quoique par leur extrême douceur et leur caraclère ils ne portassent aucun ombrage sérieux à celui qui avait pris la place de leur père sur le trône. En Pologne, d'ailleurs, Tusurpatiôn ne pouvait pas exister puisque la royauté se proclamait par Téleçtion, et que rien n'y était héréditaire, si ce n'est la noblesse. Jacques et Constantin Sobieski ne quittaient cependant pas la cour: Auguste n'était peut-être pas fâché de leur faire partager cette légèreté de mœurs dont on l'accusait, afin qu'on ne leur comptât pas comme une vertu la tempérance qu'ils auraient été tentés d'affecter. Aussi les deux jeunes gens se contraignaient-ils à imiter l'exemple qu'on leur imposait. Au fond, leurs goûts étaient entièrement opposés à ces débauches effrénées du maître.
Ce jour dont nous venons d'indiquer la date, le beau roi Auguste, qui, sauf le casque romain, se costumait comme Louis XIV, dont il avait la noble élégance, prit un lourd flacon de vin du Rhin, qu'un valet avait eu de la peine à poser sur la nappe, et il dit :
UN FOn GODtOlINi.^ 241.
-^ Je gage de boire ce flâicon tout en entier et d*un seul trait à Textermination de l'armée de Charles XII, qui doit ôtre en ce moment sous les murs de 'Narva. — Tu ne le boiras pas, lui dit le czar, tu serais mort avant Textermination des troupes de mon enilemi... Je ne t*en remercie pas moins de ton vœu, mon frère. — Il ne le boira pas , se disait-on autour de la table ; il faudrait' au moins six hommes des plus forts, et qui n'auraient encore rien bu de la journée, pour le vider.
Jacques regardait Constantin son frère avec un air qui pouvait signifier : Qu'il le fasse, et dans une heure le trône de Pologne sera vacant.
— Qu'en pensez-vous, Jacques? demanda Auguste. — Sire, il n'y a que vous au monde pour accomplir un pareil prodige. — ^ Il est vrai qu'Hercule, dit Auguste, n'en a jamais tenté de semblable. — Combien peut contenir ce flacon ? demanda le czar Pierre, jaloux, on s'en apercevait, de celte incroyable jactance. — Nous le saurons quand je l'aurai vidé, répondit le roi de Pologne, en écartant les anneaux de sa perruque.
Saisissant ensuite d*une seule main le goulot spirale, du monstrueux flacon de vin du Rhin, il le souleva à bras tendu ^ l'approcha de sa bouche souriante, et le transvasement commença. v
— C'est beaucoup trop de vanité, pensait le czar» il n'ira pas jusqu'au bout. Orgueilleux !
Les deux frères Sobieski pouvaient bien trouver le trône de leur père dans l'éclat d'une apoplexie foudroyante ; chacun, autour de la table, regardait avidement ce tour de force inouï, renouvelé des Milon et des Gargantuà.
Auguste ne s*arrèta pas une seconde pour respirer ; tout coula du flacon dans sa poitrine comme un ruisseau dans un bassin : il ne changea pas de couleur , il ne
244 mr roo coimomé.
. —Ton maître à table, ton vainqueur I... — ^ Ceci je ne le reconnais pas, mon cher frère de Russie. — Mais ce que je viens de faire... buveur de salon, verre à do*moiselle... — On peut faire mieux, beaucoup mieux, répliqua Auguste, les yeux pleins de défi... »- Toi, mieux? — Moi... — Voyons, fanfaron I — Mon frfere de Russie, tu as bu dans mon casque tout ce qu'il peut contenir de vin du Rhin ; eh bien 1 moi... — Est-ce quo tu voudrais boire dans ma culotte de peau de bulBe 7 — Ote une de tes bottes, mon frère. — Une de mes bottes 1 voyons donc... que signifie?... — Ole une de tes baltes, te dis-je. — Mais*... — Ta botte... — La voilà ! du le ozar en tendant sa jambe à un de ses officiers pour qu'il lui tirât sa botte.
Une botte énorme, de plus de trois pieds de haut, fut posée au milieu de la table comme un trophée. Avec ses évasements renversés en forme d'oreilles, sa couleur gris fauve et ses plis, elle parut être un jeune éléphant.
— Versez dans cette botte tout ce qu^il vous plaira, ditelisuite le rorÂuguste, dans cette botte qui égale au moins en capacité six casques comme celui dans lequel tu as bu, mon frère de Russie... — Allons donc I... — Versez ! — Un hippopotame crèverait, si on la remplissait d'eau seulement et qu'il lui fallût l'épuiser. — Versez ! vous dis-je. — Plaisanterie I — Versez donc ! mais, ver sez donc 1
L'ivresse entraîna l'ivresse, on versa dans la botte lous les vins, toutes les liqueurs qui restaient sur la table, et quand le liquide fut au niveau de la botte, le roi de Pc logne la porta à sa bouche qui s'y colla héroïquement pendant deux minutes. Le czar Pierre eut tout juste assez de force pour suivre les phases de ce phénomène. Arrivé à la dernière gorgée, Auguste tomba d'un côté de la table, tandis que le czar Pierre tombait de Tautret
ON ron comonirf. 245
C'est à ce moment que la comtesse de Kœnigsmftrck arrivait, épuisée de fatigue, à Birzen, et entrait précipitamment dans la salle du banquet où étaient le roi Auguste et le czar Pierre. Elle accourait leur annoncer la complète déroute de Farmée russe sous les murs de Narval
Elle vit rétat dans leque^se trouvait le roi Auguste. •• et pourtant il n'y avait pas un instant à perdre pour réparer ce désastre, pour arrêter un conquérant qui changeait les rôles de la destinée qu'on avait prétendu lui faire; qui d'attaqué devenait agresseur, de conquis, conquérant ; qui, menacé par les Danois, avait soumis en trois jours le Danemark ; provoqué par la Russie, venait de défaire les Russes; qui, insulté parle roi de Pologne, téméraire envahisseur d'une de ses provinces, allait maintenant envahir la Pologne et renverser... La comtesse de Kœnigsmarck savait^ la secrète pensée de Charles XII depuis sa dernière victoire, et elle était accourue à Birzen.
Quand Auguste eut été transporté par ses domestiques dans le palais où il logeait à Birzen, la comtesse s'enferma ayec lui. Elle essaya, de toutes les manières, de dissiper l'épaisse ivresse du roi de Pologne ; mais ni les sels les plus forts, ni les parfums les plus acres, ni les boissons employés en pareil cas, ne réussirent à dégourdir son intelligence. Elle flottait sur un océan de vin. Et pourtant il y allait de sa couronne I II fallait, ^pour conjurer cette catastrophe, ce malheur, une volonté forte, immédiate, émanée de lui, de lui qui ne pouvait pas par- I^... Il fallait sa signature au bas d'un ordre, sa signature royale.. •
La comtesse de Kœnigsmarck fit appeler le premier médecin du roi...
Il vint.
ih
246 UH FOU conBOiciri.
~ Quel moyen aveZ'^vous d'éveiller letoîTr— Un seul» madame la comtesse, mais qui peut causer la mort avant le réveil. — fimpioyez-le, répondit la comtesse en serrant dans sa main humide d'émotion et d'effroi la main inerte du roi de Pologne.— «Mais, madame la comtease....— Employez-le, vous dis-je...
.. Le roi Auguste fut tout i^coup désiiabillé entièrement ot plongé tout nu dans un bain de glace,..
Il s'éveilla en sursaut ; son réveil fut un coup de foudre«
— Où suis- je T s'écria-t-il...
La comtesse de Kœnigsmarck lui présenta une plume et du papier.
— Signez celai'-^C'est vous l-^Signez ! mon ami, signez I Pas de paroles^ pas d'étonnement... Signez I
D!une main indécise, le roi signa ^ et la comtesse plia aussitôt Tordre quelle venait d'obtenir et renferma dans 4»a poitrine.
— ' Mais me direz-vous. Madame ? — ^Je vous dirai que je repars à l'instant... . Je devrais être déjà partie. — Mais, qu'y a-t-il ? —Il y a que le roî Charles XII, avec vingt mille hommes seulemeni, a défait cent tniile Rus* ses à Narva. — Grand Dieu I — Et qu'il, vient d'entrer en Pologne, dans vos États ! •— Quelle force lui opposer? •^ La plus grande de toutes... La finesse. À revoir t
La comtesse de Kœnigsmarck était bien informée, et plus tard l'on saura par qi|i, des intentions politiques et guerrières de Charles XII après la mémorable bataille de Narva. Il parutbientôt sous les murs de Riga, où il battit le prince Ferdinand ; il courut ensuite à Mittau, capitale de la Courlande, et ayant soumis tout le duché de ce nom, villes, villages, places fortes, il se montra dans Birzen, où avait été arrêtée et réglée la convention passée entre le roi de Pologne et le czar moscovite, à ce fameux
xiH vou GouaoïfNii. 247
])anqu6t. Il céda à Torgueil fort naturel de s'asseoir à là môroe table où s'étaient enivrés deux souverains en con^ cluatft leur pacte offensif et défensif. Et là, entouré de ses ofSciersi comme les deux rois $es ennemis s'étaient vus entourés des leurs, il dit dans' un repas qui ne se composait que de légumes et dont la boisson qu'on y servit était de Teau : Je troublerai leur digestion. . Et il monta ensuite à cheval.
Alors commença une course d'un caractère nouveau;
Le roi Auguste, qui avait un jour d'avance sur Charles Xlly fuyait devant lui de toute la vigueur de sa fou* droyante cavalerie.
Dans une des villes de Pologne d'où Charles venait de débusquer Auguste, il demanda, d'un ton gravement bouffon, au gouverneur qui lui remettait solennellement les clefs :
— El votre roi Auguste? — ' Il est passé hier, Sire.— Il se portait bien, je présume? — Un peu fatigué, Sire, •—Et il allait vite? — Ah I Sire, si vile qu'il n'a pas pris le temps de laisser ferrer la mule qu'il montait et qui a perdu un de ses fers d'argent au sortir de la ville# — Remettez«moi ce fer, dit le roi.
On porta respectueusement à Charles XII le fer qu*a*^ Tait perdu la mule royale, témoignage dé la rapidité d'une course emportée.
Dans une autre ville, Charles XII ayant adressé là même question au gouverneur, qui lui offrait pareillemenî les clefs dans un plat d'argent, il en reçut cette réponse :
— > Sire, le roi Auguste, notre maître, allait si vite qu'il n'a pas voulu attendre que les conseillers lui lussent la harangue d'usage. — «Lisez-^la-moi, monsieur le conseil^ 1er, ordonna le roi.
M le bon conseiller lut sans sourciller :
~ « Sire, la noble cité polonaise que vous daigiiet
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€ visiter est glorieuse de vous savoir dans ses murs. Le € calme profond dont jouit votre royaume vous permet € cette visite qui resserrera encore plus étroitement les « liens qui attachent les sujets à leur souverain. Ils vous € sont reconnaissants de Thonneur insigne que vous leur € faites en venant passer quelques jours au milieu d'eux. € Ils se diront éternellement fiers et heureux d'avoir c contemplé les traits de celui qui est la joie de ses su- « jets et la terreur de ses ennemis. »
— C'est fort bien, dit Charles XII, remettez-moi cette harangue, quoiqu'elle ne me fût pas précisément destinée. Et il partit.
La chasse au roi Auguste recommença de plus belle ; enfin le malheureux souverain, en proie aux dissensions de son royaume qui ne lui donnait que des secours douteux, arriva, traqué de ville en ville, à Varsovie, où il se crut enfin en sûreté. Il en fit. soigneusement fermer les portés. Une fois dans son palais, il se livra avec confiance au repos; et il Ta vait bien acheté : il y avait tant de nuits qu'il ne connaissait plus les charmes d'un bon lit I Le lendemain, il voulut aussi se permettre les douceurs d'un excellent déjeuner, arrosé de vins de France. Cet infernal roi de Suède, ce démon, ne viendrait peut-être pas le relancer dans une ville, capitale de son royaume, au milieu de ses troupes, de sa garnison, de ses sujets, derrière son formidable faubourg de Praga. Il se mit donc à table en toute confiance. Â peine rompait-il le pain, que le gouverneur vint, tout pâle, tout haletant, lui dire : Sire! Sire I le roi Charles...
— Encore I — Sire I Sire I le roi Charles de Suède... — Eh bien ! le roi Charles ! le roi Charles ! que me voulez-vous?., je suis à table... je vais déjeuner... — Sire, il vient d'entrer dans Varsovie. — Taisez-vous I est-ce possible ?.• — Sire, avec tout le respect que je vous dois,
TOI ton GOCBORNB. 249
je VOUS répéterai que le roi Charles est dans Varsovie. Le roi quitta sa fourchette et dit :
— Mais les portes? — Sire, il les a enfoncées. Le roi jeta au loin sa serviette.
— Et la garnison? — Sire, elle n'a fait aucune résis* tance.
Le roi se leva avec impétuosité en regardant la porte.
— Et mes troupes? — Elles campent hors des murs, de l'autre côté de la ville.
Le roi s'avança vers le grand escalier d'honneur.
— Sire entendez-vous?.^ — On'est-ce donc? — C'est Charles XII qui approche du palais. — Déjà I — Sire, fuyez I fuyez! — Allons !.. à cheval [..puisqu'il le faut... — Oui, Sire, il le faut.
Et le roi Auguste descendit dans la cour du château, monta un des chevaux qu'on y tenait toujours sellés, et, à la tôte du petit corps de troupes qui étaient hors des murs, il se dirigea à toute bride vers Gracovie, où il s'enferma encore. Il était temps !
Charles XII, dix minutes après^ s'asseyait à la table désertée par le roi de Pologne, et faisait manger à ses officiers suédois le déjeuner royal.
— J'ai dit que je troublerais sa digestion, dit Charles XII, vous voyez que j'ai tenu parole, messieurs. Demain nous marcherons sur Cracovie. \
Gracovie, où se réfugia le roi de Pologne, était fortifiée et à l'abri de toute surprise. Elle avait soutenu plu-* sieurs sièges remarquables. Le roi pouvait donc s'y croire en sûreté, quoique l'amour des Polonais ses sujets n'ajoutât rien à la solidité des remparts. La légèreté, l'insouciance, la vanité, la gloriole, la frivolité de ce peuple si brave, a toujours été un sujet d'étonnement. Un jour, il voulait niourir pour son roi Auguste et la Pologne chérie ; le jouV suivant il refusait de le suivre à la guerre
et Tahandonnait tu milieu du combat. Auguste ne l'^t prouva que trop : ayant appris que Charles XII repoussait toute prososition de paix, et avait répoidu au primat envoyé comme ambassadeur : € Je ne donnerai point la paix aux Polonais qu'ils n'aient élu un autre roi, » il alla courageusement Tattendre. et le provoquer dans une plaine voisine de Clissau, entre Varsovie et Ciracovie. Les deux rois luttèrent de valeur. Malheureusement les soldats Saxons seuls combattirent pour Auguste; lee Polonais s'enfuirent aux premières décharges. Cette défection obligea le roi de Pologne à se replier sur Cracovie, OÙ» comme il a été déjà dit, il se croyait en parfaite su*» l>fté« On barricada les portes de la ville, en entliousiasma la garnison; comme d'usage les bourgeois jurèrent de se (aire enterrer aous les toits des maisons. Et le roi Auguste crut qtt'il allait reprendre sa sécurité accoutumée, qui ae tradui'^ait toujours pour lui nar de longs repas. Il était èpviiiQ^tré dans Cracovie dont lesporteas'étaient fermées derrière lui, qu'il se mit à table pour diner, et oertea il avait gtorieusetnent conquis cette satisfaction, quoiqu'il eût été battu. Il portait la première cuillerée de potage i la bouche, lorsque le gouverneur de Graeovie, empressé oconme l'avait été celui de Varsovie, péaétra dans la salle à manger et dit : .
— Sire ! Sire ! Charles XII est entré dans Craoovie. «*• Dans Varsovie, vous voulez diref *^ Sire, dans Craoovie, -^ Dans YarsovieT -* Sire, il est dans la ville où itpvs sommes, il vous a poursuivi... *— Mais lea portes?.. -^ Il les a brisées,.. **- Cela est impossible, j^aurais entendu les coups de fusil tirés par la brave garnison... -^ U n'y a pas eu de coups de fusil de tirés. .. la fanve garnison a été obasaée k eoups de canne... Fuyasl mais fuye«,$iret ou vous alJei 6tre faitpriaon&ier...-^AUensi ^'écm une si^onde fois le roi Auguita en loupiriftt» U
Q«i dit qu'il ne me laissera jaodais manger en pain I Elit monta à cheval et s'éloigna de Cracovie avec quelques eavaliers restés fidèles à sa mauvaise étoile.
C*est dans Cracovie que Charles XII, vainqueur, dé*^ Clara définitivement Auguste, électeur de Saxe, inhabile è porter la couronne de Pologne.
Tandis que cette déchéance était. publiée, «le roi de Suède annonçait partout que son intention était de don«« Qer la couronne de Pologne à Jacques Sobieski, fils de Jean Sobieski, prédécesseur d*Augu$le; ce même Jac-» que9 que nous avoqs vuavee son frère Constantin assis à Bir^en à la table du roi de Pologne et du ozar Pierre.
Charles avait immédiatement donné Tordre de faire venir Jacques Sobieski de Breslau, pour recevoir, à Cracovie, la couronne d'Auguste, Le jour où les deux en* voyés du roi-de Suède arrivèrent à Breslau, le jeune prince et son frère étaient k la chasse; ils se bâfrent d'aller les prévenir. Jacques et Constantin se rendaienl aux ordres du roi Charles, quand au détour d*un bois, trente cavaliers et une femme masquée les arrêtèrent.
— Que nous veut-on? demandèrent les deux Sobieski.
On ne leur répondit qu'en les enobatnant et en les jetant au fond d'une voiture attelée de six chevaux.
— - Je suis rùi, dit Jacques Sobieski. -*-* Pas encore, dit la femme masquée, mais prisonnier. -*- De qui? •— Du roi Auguste. Voilà son ordre.
Les deux Sobieski furent conduits et emprisonnés à ieipzig.
La colère de Charles XU fut de la fureur, de la rage» quand il sut cet enlèvement qui Tempéchait de disposer à son gré du trône de Suède... Eh bien! je l'enlèverai, lui aussi, s'écria-t-il. J'ai son royaume, c'est sa personne que je veux maintenant. Renschild, à cheval 1
-^ Bfaisi Sire» dit le gébéral Renschild» votts vousétes
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fracassé la jambe, ii n'y a pas encore un mois... — A cheval 1 •— Le médecin défend que vous marchiez. — A cheval! à cheval I et mettez-moi sur la trace du roi Auguste. — Il me le fauti
Réduit à errer dans ses Ëtats^ le roi de Pologne rece^ vait rhospitalité dexhâteau en château, escorté de quel' ques gentils hommes braves et fidèles.— Quand il y avait du péril à demeurer chez ses hôtes, il passait la nuit, comme Charles P' d* Angleterre, dans la forêt et même dans les branches d'un arbre.
Préoccupé d'une semblable crainte, il était sorti un soir d'un château où il avait reçu l'hospitalité, et accompagné de quelques loyaux serviteurs, ii soupait sur l'herbe à la lueur des premières étoiles; Les chevaux étaient attachés aux arbres. Il disait en riant à ses officiers : Mon excelledt frère de Suède m'a pris mon trône, mon royaume, mais il ne me prendra pas ce lièvre rôti dont le fumet...
- — Le pied à l'étrier ! Sire, s'écria de loin une garde avancée, voici les Suédois, — le roi Charles est à leur tête...
« Le roi de Pologne n'eut que le temps de monter à cheval, lui onzième, » dit Voltaire.
Et les voilà courant à bride abattue les uns après les autres à travers bois et vallons, sans s'arrêter ni jours ni nuits, les Suédois après les Polonais, qui n'avaient même pas eu le temps de dénouer leurs serviettes.
Nôn-seulement le roi de Suède avait, selon sa pro^ messe, troublé leur digestion, mais il avait fini parles empêcher de manger.
Attrapera-t-il le roi Auguste, qui n'était plus roi, el qui en ce moment était fort peu auguste ?
UN FOU GOUAONlfi. 253