‹ L'amour des lèvres et l'amour du cœur (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Donne-moi celte fleur meurtrie Entre ta ceinture et ton cœur; le la yeax triste tt sans cooleiiry Donne-la-moi paie et flétrie.

Ni la rose, étemelle fée, Ni le lis qui vient de s'ouTrir, Ne valent le dernier soupir De la pauvre fleor étouffée.

Doux échange qui ravit Tâme, La femme a gardé dans son cœur Le plus doux parfum de la fleur, La fleur, le parfum de la femme.

— Quelle charmante voix il a toujours ! pensa M"»« Brunoy en laissant échapper de ses doigts les dernières notes de r^siccompagnement.

— -Décidément, s'écria le comte enthousiasmé des paroles et de la musique, décidément la romance du docteur est parfaite. Priez-le, en mon nom, de m'en adresser un exemplaire ; je serais flatté...

— Comptez-y, cher comte; mais...

La phrase de M™» Brunoy fut arrêtée sur ses lèvres par l'entrée du valet de chambre qui portait avec beaucoup de soin et un certain mystère un grand carton à

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robe délicatement enveloppé dans une .étoffe de soie grise. *

— Pardon, monsieur le comte, dit André, votre cocher a craint que vous n'ayez oublié de monter ce carton avec vous, et il m'a chargé de...

— Ce carton! ce carton! dit le comte fort contrarié... c'était inutile !... vous n'aviez qu'à le laisser où il était... qui vous priait? redescendez ce paquet !...

— Oui, monsieur le comte.

— Et dites au cocher...

— Oui, monsieur le comte, continuait à balbutier le valet, honteux de son zèle et de son ouvrage.

— Et dites-lui...

— Mais prenez donc garde, intervint M™» Brunoy en s'emparant du paquet qu'elle souffrait de voir ainsi tiraillé entre les mains du comte et celles du valet de chambre ; prenez donc garde l Cet objet paraît fort délicat, ajouta-t-elle en le posant sur un guéridon au grand ébahissement de celui que cette courtoisie ne satisfaisait guère. Quand vous vous en irez, cher comte, ma femme de chambre portera ce carton dans votre voiture.

— Maladroit! murmura le comte en regardant de travers le valet de chambre.

André se retira confus des pieds à la tête ; il se dit à lui-même dans l'antichambre : — Si j'avais eu le projet de faire une bêtise, je crois que je n'aurais pas mieux réussi.

— Vraiment ! reprit le comte avec un demi-sourire, je suis fâché de tout le dérangement que vous cause ce soir ma présence.

— Elle ne m'en cause pas, cher comte.

— Il était bien nécessaire, je vous le demande, de v^ir nous embarrasser de ce carton ! v

— Embarrasser!...

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— Mais sans doute... nous causions... ce yalet importun vient se jeter -au milieu de la conversation, la troubler, et pourquoi ?... pour un carton qui... pour un carton que... pour un carton, enfin...

— Laissez, laissez, une robe de plus ou de moins dans la maison.

— Oh I une robe ! une robe ! •

— Quand ce serait une robe, cher comte ?

— C'est que ce n'est pas...

Le comte perdait les élriers.

— Oh! croyez, poursuivit M™« Brunoy, que je n'ai pas l'indiscrétion de chercher à savoir... Non, je serais désolée...

— Mon Dieu! c'est... c'est... c'est un domino«

— Ah! c'est...

— Oui... une fantaisie.

— Ah! c'est un domino.

— Un domino... rien de plus. Oui! un domino que j'ai apporté avec moi de Rouen, précisément pour... de Rouen, dis-je, oui, dans le but... dans le but de le mettre.

Le comte n'était plus du tout en selle.

— Je vais vous dire... hésita-t-il beaucoup à dire.

— Vous allez donc cette nuit au bal de l'Opéra?

— Oui... répondit d'un ton pénible le comte, le regard au plafond.

^ Gomn\,e vous dites cela en soupirant!

— Ma chère Delphine, avez-vous lu V Histoire de$ Indes?

— J'ai tout lu.

— Alors vous connaissez ces dévots personnages de rinde, ces fanatiques enragés qu'on nomme des fakirs, Bt qui, le front nu en plein soleil, passent toute leur vie debout, tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre pied»

*- Mais c'est un affreux supplice.

ai4 U» MABIAGES AV PASTEL

— Eh bien, vivre pour le monde, aller un jour dans une soirée, dans deux soirées, souvent dans trois soirées; aller le lendemain à un rendez-vous d'amour, le surlendemain à un bal, le surlendemain à un dîner qui ne se termine qu'à minuit; une intrigue de cœur à peine finie, en nouer une nouvelle ; cacher péniblement une infidélité ; sédui# une femme, mentir à toutes : c'est être toujours debout, c'est être un fakir, c'est vivre sur un seul pied. A Paris, nous sommes dix ou douze mille qui vivons ainsi sur un seul pied. Flaignez-nous, plaignez-moi : car le plaisir à perpétuité , c'est absolument les galères à perpétuité.

— Alors, n'allez pas ce soir à ce dernier bal masqué de r Opéra.

— Impossible I impossible I

— Je comprends, vous n'y allez pas seul?

— Nous n'y allons pas seul.

Le comte soupira une seconde fois.

— Est-ce avec celte belle veuve, cette M™» Olympe de Villeneuve, que vous y allez?

— Pas précisément.

— Vous l'adorez cependant?

— Entre nous, ma chère Delphine...

— Ne le niez pas, et ce domino mystérieux est pour elle.

Le comte s'écria :

— Eh bien, non!

— Gomment, non ! Il n'est donc ni pour elle, ni pour

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