IX
Ramené sur l'obstacle .
Dans le parc de La Farlède, sous les marronniers, Pierre de Crécy a disposé sur la table de fer peint une demi-douzaine de petits flacons quil respire Vun api^ès Vautre; parfois, il s'attarde le nez dans Vouverture; parfois, au contraire y c'est à peine sHl débouche la fiole pour la reposer vite et se saisir d'une autre toute proche. Ses mouvements affectent un certain rythme. En ce moment y il semble extafdê au-dessus d'un flacon rempli d'un liquide rosé, Hermine de Réserve s'approche lentement, h' regarde étonnée, puis s'assied non loin de lui. Ety comme Crécy esquisse un vague mouvement pour s'interrompre, elle le supplie de ne pas se déranger. Mais Crécy rebouche cependant sa petite bouteille.
HERMINE
Pourquoi vous dérangez-vous?
CRÉCY
J'avais fini ; j'en étais au dernier accord, au point d'orgue.
HERMINE
Quel accord? Vous laites de la musique?
CRÉCY
Je me jouais une valse de parfums.
(Hermine ouvre de grands yeux.) TeUCZ, CCS trois
flacons-là, c'est la basse : du musc, de Toppoponax et du ylang-ylang; et puis, j*ai ici le chant : Tambre, Tessence de rose, et pour les notes aiguës...
HERMINE, qui s'amuse.
^f"' Du sel anglais?
CRÉCY
Vous riez toujours!
HERMINE
Je suis très sérieuse. Du reste, j'ai lu Huysmans, A rebours. Je suis, par conséquent, renseignée,
CRÉCY
J'ai voulu essayer. J'obtiens déjà un résultat.
C'était une valse que vous vous offriez?
RAMENE SUR L OBSTACLE GRÉCY
Une valse lente. Plus tard, je tenterai une symphonie plus compliquée.
HERMINE
Que je ne vous dérange pas, mon ami !
CHÉCY
Ohl... maintenant, je ne peux plus.
HERMIXE
Je gêne votre inspiration?
CRÉCY
Non pas; mais vous avez sur vous un parfum qui n*est pas dans le ton de ceux que j*ai ici... Je suis en mineur et vous êtes en majeur.
HERMINE
Parfum gai! Je n ai qu'un peu de verveine. Quelle musique feriez-vous avec de la verveine? Une polka?,..
GRÉCY
Ne vous moquez pas de moi. 11 y a dans les parfums tout un monde de sensations qne vous ignorez.
Goog^
HERMINE
Mais je n*ignore pas du tout... ça évoque une foule de souvenirs.
CRÉCY, pénétré.
Une foule de pensées! C'est très intellectuel, les parfums.
HERMINE
Un peu trop immatériel, peut-être.
CRÉCY
Jamais trop, croyez-moi.
HERMINE
Oh! moi, vous savez, j'apprécie assez bien le rêve, mais je ne déteste pas qu'on me réveille.
CRÉCY
Soit. Mais puisqu'il faudra forcément se réveiller, puisque c'est fatal, autant prolonger le rêve le plus possible, reculer le dénouement : l'attente du bonheur vaut mieux que le bonheur lui-même.
HERMINE
A force d'attendre, on se fait
Googk
RAMENÉ SUR L OBSTACLE
chiper par un autre un bonheur qu'on avait sous la main.
CRÉCY
J*ai horreur d'aller vite.
Oui... ce n*est pas comme votre femme, alors.
CRÉCY, avec un sourire de pitié.
Elle?... elle se précipite sur la vie comme si la vie allait lui manquer tout d'un coup.
HERMINE
C'est peut-être plus prudent!
CRÉCY
Je dois dire cependant que, depuis deux ou trois jours, ma femme semble plus raisonnable.
HERMINE, très intéressée.
Allons donc!...
CRÉCY
Oui. Je la trouve moins agitée, moins nerveuse. Elle parle un peu moins et, surtout, elle parle moins vite. C'est très remarquable. On dirait qu'elle est
GoogL^
L AMOLMt DU PROCHAIN