‹ L'amour du ProchainChapitre 5 sur 7 · ALI 2.0N PA S ICI · texte numérisé non relu

ALI 2.0N PA S ICI

apaisée. Hier, elle m'a déclaré qu'elle était fatiguée! c'est extraordinaire !

Alizon fatiguée!... c'est la première fois que je l'entends dire une chose pareille!

Et puis, elle est plus gentille avec moi.

Voilà trois jours qu*elle ne hausse pas les épaules à ce que je dis!

HËRM{NË, heureuse.

Alors... c'est que c'est fait !

CRÉCY

Quoi donc?

HERMINE, se reprenant.

Oh!... rien... quelque chose...

CRÉCY, indifférent.

Au reste, cela ne m'importe guère.

Je ne fais que constater.

HERMINE

Vous verrez que vous finirez par faire un excellent ménage.

CRÉGY, sceptique.

Excellent... excellent... nous n'irons pas jusque-là! II. y a des domaines qui lui seront interdits à jamais. Jamais elle ne comprendra!

RAMENÉ SUR l'oBSTACLE 207

HERMINE

Je suis sûre que, maintenant, elle sera très gentille. J'ai pris le bon moyen!

CRÉCY

Vous l'avez chapitrée?

HERMLNE, bravement.

Oui.

CRÉCY, l'œil reconnaissant.

Un être bien exquis et bien précieux, c'est M™® Ritouret.

HERMINE, vivement.

Viviane!... ah!... quelle femme charmante!... Vous l'appréciez, n'est-ce pas?

et c'est une véritable amie d'âme que je vous ai trouvée là !

CRÉCY

Vous ne vous imaginez pas le gré que je vous en ai. Figurez-vous que nous en sommes arrivés à ne nous parler, presque, qu'en symboles!

HERMINE, effarée.

Diable, (a part.) Il faut que je le ramène de loin, si j'ai l'ambition de le faire agir.

mmmmmm

^mmm

CRÉCY

Et c'est délicieux !

HERMINE

Je n*en doute pas... bien que... des symboles, tout le temps!... Viviane peut trouver que c'est tout de même un peu trop!

CRÉCY

Elle?... Jamais!

HERMINE

Ne vous y fiez pas, ne vous y fiez pas!... Même, si vous vouliez un bon conseil, je vous engagerais à concrétiser de temps en temps!...

CRÉCY

Se serait-elle plainte de moi h vous?

HERMINE, proleslant.

Ltl pauvre petite!... Elle vous admire bien trop!

CRÉCY, extasié.

Je remmène avec moi vers des au-delà vertigineux!

HERMINE

Prenez garde d'être égoïste!

RAMENE SUR L OBSTACLE

Vos envolées vers l'au-delà, c'est très énervant pour un organisme de femme.

GREC Y, montrant quelque inquiétude.

Pourquoi me dites-vous cela?

HERMINE

Mon Dieu... parce que j*ai vu Viviane très vibrante quand elle vous quitte, et qu'il lui est même arrivé de pleurer!

CRÉCY, important.

Oui... c'est la détente..., la retombée sur la terre î

HERMINE

Moi, à votre place, je ferais très attention à ça. Je n'abandonnerais pas Viviane sans transition.

CRÉGY

Quelle transition voulez-vous que je trouve?

HERMINE

Gela vous regarde! Mais, après une mélodie, il y a toujours un accord de résolution.

CRÉGY

Wagner ne résolvait pas... et c'est la mélodie continue.

HERMINE

Wagner résolvait très bien. Chez lui, ça dure plus longtemps que chez les autres, mais il y a une fin tout de même.

GRÉGY

Qu'elle vienne alors le plus tard possible. On a bien le temps ! . . .

Tant que la mélodie dure, elle dure! Et c'est cela de gagné !

HERMINE

Et si on vous lâche en route!

GREC Y, incrédule.

Oh!... oh!...

HERMINE

Ça s'est vu.

GRÉGY, prétentieux.

Nous communions entièrement, M™*^Ritouret et moi.

HERMINE

Voulez-vous que je vous dise? Vous flattez certains côtés de sa petite nature sentimentale et rêveuse... Mais qui vous dit qu'elle n'en ait pas d'autres... moins élhérés?

RAMKNÉ SUR l'oBSTACLE 211

GREC Y, souriant.

Elle?... mais non.

HERMINE

Comment c mais non »? Mais si!

CRÉGY

Je n'ai jamais remarqué ces côtés-là!

HERMINE, ironique.

Et je suis sûre que vous avez la prétention de vous y connaître en femmes!

CRÉGY

J'avoue que j'ai été frappé surtout par le caractère un peu mystique...

HERMINE, agacée.

Mais oui, parbleu! ça n'empêche rien, cela. (Hypocritement.) Au restc, tant mieux, car avouez que je jouais gros jeu en favorisant l'amitié très charmante qui devait naître entre vous. C'est toujours très dangereux, n'est-ce pas, ces amitiéslà entre un homme fort séduisant comme vous... (Grécy s'incline) et uuc femme aussi exquise que Viviane.

L AMOUU DU PUOCIIAIN

CRÉCY, prolestani avec cérémonie.

Oli!.... Chez vous! Auriez-vous pu me croire capable!...

HERMINE, à part.

L'imbécile!...

CRÉCY

Eh bien... cela tient-il justement à la hauteur des spéculations où nous occupions nos pensées, mais jamais je n'ai précisé, dans les sentiments que m'inspire M""^ Ritouret, un désir assez vif...

HERMINE, avec humeur.

Vous êtes difficile, vous! Vous n'avez doncpas remarqué qu'elleétaitexquisel...

CRÉCY, mollement.

D'accord ! d'accord ! . . .

HERMINE

Et faite!... c'est une petite statuette vivante, cette femme-là! c'est la perfection!... Et dans ses yeux qui sont si intelligents...

CRÉCY

Oh!... très intelligents, cela est vrai.

RAMENÉ SUK L OBSTACLE

HERMINE, avec vivacilé.

Eh bien, ils ne sont pas seulement intelligents, mon ami... ils sont très tendres. Avez-vous remarqué qu'ils sont très tendres, ses yeux? Non! vous n'avez pas remarqué ça, vous?...

CRÉCY

Pcut-èlre... oui...

HERMINE, à part.

Alizon a raison. Il est ridicule, cet animal-là! (Haut.) Et son sourire?

CRÉCY, rêveur.

Oui... elle a un sourire séraphique !

HERMINE, avec humeur.

Allons bon ! séraphique, maintenant! Ah çà, pourquoi vous obstiner à ne voir qu'un ange dans Viviane? Il y a une femme aussi!

CRÉCY, mollement.

Peut-être !...

HERMINE, à part.

Il ne se réveille pas facilement. (Haut.) Et c'est bien malheureux que Viviane

soit tombée sur un homme aussi occupé, si sottement ambitieux que son Ritouret de mari, parce qu'en voilà un qui ne connaît pas son bonheur!

CRÉCY

Elle m'a dit ne Tavoir jamais aimé.

HERMINE, à part.

Piquons-le! (iiaut.) Ta! ta! ta!... Elle Ta beaucoup aimé, au contraire.

CRÉCY

Allons donc?

HERMINE

Et comment voulez-vous qu'il en soit * autrement? Voilà une très jolie femme, '*"' bien portante, bien vivante, qui ne

demande qu'à ce qu'on lui donne ce

qui lui est dû...

CRÉCY, réfléchissant.

C'est très drôle... je ne croyais pas du tout M™^ Ritouret préoccupée...

HERMINE

Parbleu | c'est une femme très bien élevée, mon cher ami, et ce n'est pas à

RAMENÉ SUR l'oBSTACLE 215

VOUS qu'elle irait dire ce qu'à peine deux femmes se laissent deviner..,

CRÉGV

Et son mari l'a-t-il aimée î

HERMINE

Au commencement, beaucoup!

CRÉCT

Ah!

HERMINE

Mais beaucoup, vous entendez, (a part.) Dire que ça n'est peut-être pas vrai, ce quejedislà !... (Haut.) Depuis, il a été absorbé par la politique ! Tant pis pour lui, parce qu'un jour ou l'autre...

GRÉGÏ

Quoi?... que voulez-vous dire?

HERMINE

Eh bien, un jour ou l'autre, elle rendra quelqu'un très amoureux... et alors...

CRÉGY

Mais non! M™^ Ritouret a l'àme très haut placée...

L AMOUK DU PROCHAIN

HERMINE

Ça n*a aucun rapport!

CRÉGY

Elle ne cédera pas au premier venu...

HERMINE

Qu'est-ce que ça fait qu'il soit le premier, pourvu qu'il vienne...

C R É C Y , avec un geste de dégoût.

Oh !... l'abandon banal de soi ! cet oubli de toute harmonie ! le consentement veule, fait de faiblesse, celte gesticulation ridicule...

HERMINE, en colère.

Comment!... qui vous parle de banalité, de veulerie ou de faiblesse? 11 y a des actes vigoureux, de belles poussées de volonté vers un but précis qui sont splendides! Et, puisque nous parlons de Viviane, je suis certaine que, si elle aime l'eurythmie de vos communes pensées, tout de même, une action bien franche de temps en temps, la démonstration d'une activité, n'est pas pour lui déplaire.

RAMENE sua L OBSTACLE

GRÉCY

Vous avez eu la preuve de cela ?

HERMINE, élourdimeot.

11 n'y a pas huit jours.

CRÈGY

Ici?

HERMINE

Ici-même.

GRÉCY

Mais nous nous sommes quit jtés à peine, M™® Ritouret et moi.

HERMINE, toujours en colère.

Avec ça qu'il faut longtemps î

' GREC Y, commençant à â'agiter.

Pour quoi faire?

• HERMINE

Mais pour rien faire! Est-ce que je sais, moi? Vous me posez une foule de questions!...

GRÉCY

C'est vous qui me dites qu'ici même, il n'y a pas huit jours...

Goo^-^^

HERMINE, avec humeur.

Eh bien, mettez que je n'ai rien dit.

Mais voulez-vous que je vous conte une histoire? Eh bien, j'ai connu autrefois, — vous entendez : autrefois, — une femme charmante, qui semblait très détachée de tout ce que la vie a d'un peu trop réel, de trop brutal...

C R É G Y , les yeux vagues.

Les réalisations sont toujours si vulgaires!...

HERMINE

Un beau jour, un inconnu est arrivé. Il Ta trouvée très à son goût ei^ sans lui faire de grands discours, il le hii a prouvé... puis il est parti. On ne la plus revu.

CRÉGY, convaincu.

Oh!... la malheureuse I

HERMINE

Elle ne s'est pas plainte si fort!...

CRÉGY

Comment! elle n'était pas soulevée de honte et de révolte?

Goo^^~

RAMENÉ SUR L OBSTACLE

HERMINE

Elle acceptait le fait accompli, ce qui était encore le plus sage, et comme elle n'y était pour rien. .

CRÉCY

Bah!... pour rien, pour rien!... on crie, on appelle !...

HERMINE

Quelquefois, on ne peut pas.

CRÉCY

Alors c'est un viol..., je n'y crois plus.

HERMINE

Ça arrive cependant encore.

CRÉCY

Dans les feuilletons.

HERMINE, qui s'énerve. "

Mais dans la vie aussi !

CRÉCY, l'œil profond.

Du reste, un viol, ce n'est pas laid... un viol, ça ne me déplaît pas... ce n'est pas banal...

HERMINE, naïvement.

C'est même très esthétique !

U©^ lâs

LQ^t^ADâ©

Goo

ââû

CRÉCY, rôveup.

Oui... en y songeant,., il y a là une fougue, une ampleur de manifestation. Je n*ai jamais connu de femme à qui pareille aventure soit arrivée.

HERMINE, à part.

11 n'a pas compris... Je n'ai pas été assez claire. (Haut.) Mais si, justement, Vous en connaissez une.

CRÉCY

Moi?... mais non.

HERMINE

Seulement elle ne vous Ta pas dit.

CRÉCY, \ivement.

Qui est-ce?

HERMINE, protestant.

Oh !... mon ami!... jamais de noms!

CRÉCY

J'aurais pourtant une grande curiosité à savoir...

HERMINE, à part.

Tiens! tiens!... est-ce que cette idée de viol 1. .. 11 est assez détraqué pour ça. . .

RAMENE SUR L OHSTACLK

CRÉCY, insislant.

Je la connais beaucoup?

HERMINE

Beaucoup.

CRÉCY

Depuis longtcnips?

HERMINE

Non; pas trop! Mais voilà assez d'indiscrétions! Contentez-vous de savoir qu'il n'y a pas que dans les feuilletons que ça se passe et que, ces jours-ci...

CRÉCY, l'inlerrompant.

Tout à l'heure, vous m'avez dit que c'était autrefois,... il y a longtemps,

HERMINE, jouant la surprise.

Je VOUS ai dit cela?

CRÉCY, commençant à s'agiter.

Parfaitement... Vous m'avez dit que VOUS aviez connu autrefois .une femme.. .

Ah!.

HERMINE

oui. . c'était une autre!

Googl^

CRÉCY

Vous connaissez donc toutes les femmes qui ont été violées?

HERMINE. rùuU.

C*est une spécialité.

CRÉCY, préoccupé.

Sérieusement... il me semble que je comprends ce que vous voulez me dire...

HERMINE, àpart.

Tiens! tiens!...

CRÉCY, un peu uerTeux.

Voyons... est-ce qu'il ne s'agirait pas justemenl de M™® Ritouret?...

HERMINE

Oh !.. je n'ai pas dit...

CRÉCY, avec force.

Je vous^. assure que je comprends mainlenant !...

HERMINE, à part.

Le voilà réveillé... je savais bien...

s CRÉCY, lui prenant les poignets avec violence.

C'est Viviane,,n'est-ce pas?. . .

Dites... dites-moi...

RAMENÉ SUR l'oBSTACLE 223

HERMINE

Je ne dis rien. Je dis seulement que vous ne faites pas assez attention au bonheur qu'on vous met dans la main et qu'il y en qui peuvent vous le chiper.

Sur ce... bonsoir!... (Waiselle ne s'en va pas et gueUe Crécy du coin de l'œil.)

Violée!..

G RÉCY, concentré.

oh!...

HERMINE, à part.

Diable!... il ne faudrait pourtant pas qu'il veuille tout massacrer!...

CRÉCY

Oh!... l'assouvissement d'une brute sur un être sans défense !... la vie time pantelante, toute brûlante en core de Tétreinte abominable!...

HERMINE, qui a un peu peur.

Mon ami, n'exagérons rien...

CRÉCY, avec violence.

Quoi?... Elle n'a pas été violée

HERMINE

Une tentative un peu brutal peut-être...

Googld

^mf^mm

224 i/aMOUU du PROCHAiri

CRÊCY, l'œil animé el impérieux.

Non! non!... Pas une tentative!... Le fait, le fait accompli ! Leviol!... jeveux le

viol ! ... je veux. . . vous entendez, je veux ! . . .

HERMINE, à part.

Ça y est!... Ces senlimentaux-lk, il n*y a encore que les abominations qui les excitent!... Maintenant, je n'ai plus peur qu'il tue personne.

GREC Y, concenlré.

Et cette idée de la souillure î...

HERMINE, à part.

C'est bien cela!... Le voilà sur l'obstacle. Cette fois, il va sauter !

CRÉCY, le regard flambant.

Où est-elle?...

HERMINE

Mais je ne sais pas, mon ami...

GREC Y, avec un ton de commandement.

Où est-elle?

RAMENÉ SUR l'oBSTACLE 225 HERMINE

Mais... dans sa chambre sans doute...

GRKGY, criant.

Dans sa chambre!... (ll se précipite vers le château en murmurant des phrases incohérentes parmi lesquelles on distingue : « Violée... pantelante... souillure. »j

HERMINE, seule, le regardant courir.

Il n'y a pas à dire... il a pris feu ! Mais j'ai dû employer les grands moyens! Je devais bien cela à Alizon... C'est cette pauvre petite Viviane qui ne va pas savoir d'où ça lui tombe ! Bah! ils s'expliqueront après... l'obstacle sera franchi...

et je suis sûre qu'ils seront si contents!

mm

mm^

Encore une bonne action.

Dans le cabinet de toilette d'Hermine de Réserve^ Hermine est aux mains de sa femme de chambre^ Marinette, petite brune accorte et vive qu'elle a prise à son service jeunefdle et qu'elle a mainéeau père PourlichCy le portier du château, brave homme y fidèle^ honnête et dévoué, dont le seul défaut, pour sa femme, est d'avoir vingt-cinq ans de plus qu'elle. Mainnette est en train de peigner M"" de Réserve.

H E R M I N E , un peu nerveuse .

Marinette, tu n'en finis pas de me démêler I

MARINETTE

Je vais avoir fini, madame.

HERMINE

Tu as le coup de brosse mou, mon enfant, ce matin... *^

MARINETTE, llallcuse.

Je crois que les cheveux de madame deviennent plus épais tous les jours ; j*ai plus de mal.

HERMINE, qui la voil dans la grande glace en fao« d'elle.

Du reste, tu es toute pâle et tu parais très fatiguée. Si tu es souffrante, dis-le; tu te reposeras aujourd'hui.

Madame est bien bonne, comme à son ordinaire ; mais je ne suis pas malade.

HERMINE

Si on regarde tes yeux, ils sont assez luisants pour qu'en effet on ne te croie pas malade ; mais tu es tout de même très pâle.

MARINETTE

Ce n'est rien, madame. Madame veut-elle me passer ses épingles ?

M"»* de Réserve lui passe des épingles ; mais Marineltc, faisant un pas vers une console toute proche pour y prendre un peigne, bute et manque de tomber.

HERMINE

Eh bien!... qu'est-ce qui t'arrive? Ah çà, mais tu ne tiens plus debout, maintenant.

^^mr"

ENCORE UNE BONNE ACTION 229 MARINETTE, avouant.

Je surs peut-être un peu fatiguée, madame.

HERMINE

Ça se voit. Et pourquoi es-tu fatiguée, petite ?

MARINETTE f

Je n'ai peut-être pas bien dormi.

HERMINE

Ce n'est pourtant pas Pourliche qui doit t'empêcher de te reposer, le brave homme !

MARINETTE, avec un demi-sourire des lèvres, mais un franc rire dans les ycuv.

Oh! lui, il ronfle toute la nuit; un coup de canon ne le réveillerait pas !

HERMINE

Alors... tu as des insomnies toute seule ?... Tu devrais avoir honte, à ton âge ! A ton âge, on dort les poings fermés.

MARINETTE

J'ai eu très mal à la tête et je me suis levée.

Goo

HERMINE

On ouvre la fenêtre, on aspire Tair frais pendant cinq minutes et ça passe.

MARINETTE

C'est ce que j'ai fait, madame.

HERMINE

Et ça a continué ?

MARINETTE

Non, madame ; mais je n'ai pas pu me rendormir tout de suite, parce que...

HERMINE

Quoi donc?

MARINETTE

Je ne sais pas si je dois dire à madame...

HERMINE

Comment, tu ne sais pas si tu dois me dire!.;. Mais à qui dirais-tu ?

Eii bien, madame, parce que, en ouvrant la fenêtre, j'avais eu très peur et que j'étais très émotionnée.

Allons donc ! Et de quoi, grands dieux ?...

MARINETTE

Parce que j'avais vu des ombres dans le parc.

HERMINE, intriguée.

Des ombres... quelles ombres ?

MARINETTE

Ahl... ça, madame, je ne sais pas.

HERMINE

Mais où ça, des ombres ?

MARINETTE

Madame sait bien. Où nous habitons, près de la grille, au bout du parc, il y a tout de suite, à gauche, la pelouse qui montejusqu'au petitbois... Eh bien, les ombres se promenaient tout le long du petit bois... on les voyait bien, puisqu'il y avait de la lune et que ça les faisait toutes blanches sur le fond noir des arbres. Ah ! mais oui, j'ai eu peur !

HERMINE, très intéressée .

Quelle heure était il ?

GoogJ^

MARINETTE

Il était une heure, peut-être !

HERMINE

Mais qui étaient ces ombres ?

MARINETTE, prolcstanl.

Oh î... madame, je n*ai pas reconnu !

HERMINE, à part.

Sûrement c'était Grécy et Viviane. Je suis très inquiète. Depuis l'autre jour où Grécy s'est précipité avec tant de fougue, ils ne se regardent plus. (Haut.) Et qu'est-ce qu'elles faisaient, les ombres ?

MARINETTE

Elles se promenaient.

Comment ?

MARINETTE

Elles se tenaient par la taille.

HERMINE

Ah!... Et c'est tout ?

MARINETTE, encouragée.

Je crois bien qu'elles s'em-

brassaient même, de temps en temps, les deux ombres.

HERMINE, riant.

Mais dis-moi donc ça ! Tu me fais le plus grand plaisir.

MARIXETTE

Je craignais que madame ne me gronde parce que j'avais vu ce que, peut-être, je n'aurais pas dû voir.

HERMINE, riaiïL

Mais non ! Et c'est de voir ça que tu as eu si peur ?

MARINETTE, pmiauUlc rassurancn.

J'ai eu peurd'abord, et puis aprè je n'ai plus eu peur. Et puis, après, j'ai même bien ri !

HKiUUNE ^ ^

Qu'est-ce qui s'est donc v^^^^^g^^ passé?... \,\ ^^*^/^ .'":^

MARINETTE

Il ne s'est rien passé ; seulement, c'est eWe qui disait tout le temps : « Je ne vous reconnais plus ! Vous ne me dites plus de vers, et au lieu d'al

1er nous baigner dans les rayons de la lune. . . » C'est drôle de se baigner là-dedans, mais c'est comme ça qu'elle disait, elle.

HERMINE, impatiente.

Et après ?

MARINETTE

Eh bien, elle disait: «... Au lieu d'aller nous baigner dans la lune, vous m'emmenez, maintenant^ au plus épais du bois. » Alors, lui, il lui répondait que ça lui était bien égal, les vers, et la lune, et le reste, et qu'il s'en était trop occupé, puisque pendant qu'il rêvait à tout ça, on était venu la lui prendre... Ça, j'ai pas bien compris.

HERMINE

Et alors?

MARINETTE

Alors, elle répondait que c'était très heureux, car c'était justement pour ça qu'il s'était décidé. Et elle riait. Et puis, lui, il voulait qu'elle lui donne des détails.

HERMINE

Et elle en donnait ?

GOO^--''.:

MARINETTE

Je n'ai pas bien entendu, à ce m oment-là.

HERMINE

Et ensuite ?

MARINETTE

Ensuite, au lieu de descendre la pelouse, ils sont entrés dans le petit bois.

HERMINE, à elle-même, mais tout liant.

Enfin! les voilà heureux!

MARINETTE, avec malice.

Ils en avaient l'air, madame.

HERMINE, qui réllécliit tout d'un coup.

Ahçà! mais, dis donc, Mariiiette, si tes deux ombres étaient près du petit bois, comment se fait-il que tu aies entendu si bien ce qu'ils se disaient de la fenêtre... c'est très loin, en somme, et ils ne devaient pas parler très haut.

MARINETTE se trouble, hésite et ne réitoud pas. HERMINE

Eh bien... veux-tu me répondre ?

MARINETTE, avec hésitation.

Mais, madame, ce n'est pas si loin... et

L AMOUK DU PROCHAIN

puis, la nuit, quand rien ne remue, par les nuits très chaudes...

Il KRMINE, repartie à ses idées; à part.

J'ai bien manœuvré ! Mais, m'a-t il forcée à aller loin, ce Crécy !... C'est parce que je lui ai raconté l'histoire du viol, que ça l'a décidé. (Haut.) Et tu ne me disais rien, toi?...

MARINETTE

Je n'osais pas...

HERMINE

Tu avais tort. Je dois savoir tout ce qui se passe chez moi, et c'est ton devoir de me le dire...

MARINETTE

Eh bien... alors...

HERMINE

Quoi ?. . . tu sais autre chose ! . . .

Oui, madame ; mais celte fois j'ai reconnu qui c'était...

HERMINE

Encore des ombres, d'autres ombres dans le parc ?

GoOgkg^

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