‹ L'amour du ProchainChapitre 6 sur 7 · ENCOKE UNE BONNE AGI ION 2Î7 MARINETTE · texte numérisé non relu

ENCOKE UNE BONNE AGI ION 2Î7 MARINETTE

Oh ! non , pas dans le parc ; au château. /^?\

HERMINE -^ ^ 7^/

Veux-tu me faire croire que le château est hanté ? / [i^^

MARINETTE ' i \^

En passant sous les fenêtres AQ \ \ i du château... vnx "^

HERMINE

Cette nuit ?

Cette nuit, oui, madame ; ch bien, j*ai entendu soupirer au-dessus de ma tête ; alors j*ai levé les yeux et j'ai vu, accoudés à la fenêtre de la chambre

de... (Elle s'arrête.)

HERMINE, impatiente.

De qui ?...

MARINETTE

C'est que madame va ne pas être contente, si je lui dis un nom...

HERMINE

Veux-tu bien te dépêcher, au contraire !...

Googlq

MARINETTE, en conGdence.

Alors, à la fenêtre de M™* de Grécy, il y avait M°*' de Crécy en peignoir blanc.

HERMINE

Et puis ?...

MARINETTE

Et puis... une autre personne, un monsieur I

HERMINE, impatienle.

J'entends bien; mais quel monsieur?

MARINETTE

Ah ! dame, madame, je ne sais pas au

juste.

HERMINE, qui la bouscule.

Mais tu viens de me dire que tu avais reconnu ces deux-là.

MARINETTE

Je ne suis pas très sûre. Ce dont je puis assurer madame, c'est que ce n'était pas M. de Crécy, puisque, lui, il faisait une des deux ombres du petit bois.

HERMINE, sévère.

Ah! ça, qu'est-ce que ça veut dire? Tout à l'heure tu m'assures n'avoir pas reconnu

les ombres du petit bois, et main, tenant !... Pourquoi mens-tu ?

MARINETTE

Vous comprenez... c'est des amis à madame !...

HERMINE

Justement! ça m'intéresse. Alors, le monsieur de la fenêtre... tu ne sais pas ?

MARINETTE

Je crois que c'est M. de Bollène...

HERMINE, avec un sourire.

Moi aussi.

MARINETTE, riant.

Ah !... si madame sait, alors...

HERMINE, sévère.

Qu'est-ce que je saisi... Je ne sais rien!... Continue.

MARINETTE

Mais j'ai fini.

herm;ine Qu'est-ce qu'ils faisaient à cette fenêtre?

MARINETTE

Rien, madame. Ils s'embrassaient.

GooqI

T^^axjKr-

HERMINE

Ta appelles ga rien, toi? Et qu'est-ce qu'ils disaient ?

MARINETTE

Ils ne disaient rien.

Ni l'un ni l'autre ?

MARINETTE

Ils ne disaient rien.

HERMINE, à eUc-môme.

Alors, les destinées sont accomplies ! S'ils se sont décidés à ne plus jacasser tous les deux, à ne plus dire de bêtises...

MARINETTE, qui termine la poiffure de M"« de Réserve.

Madame veut-elle me donner ses petits peignes ?... Madame ne m'en veut pas de ce que je lui ai raconté ?...

HERMINE, ^'panouie.

Je suis très contente de savoir tout cela.

MARINETTE

Madame ne dira pas que c'est moi...

HERMINE 1

Es-tu folle ?... Crois-tu que je vais leur faire des reproches ?

Oh I madame, chacua est bien libre, n'est-ce pas ?

Hermine est presque coiffée ; elle sourit , heureuse ; mais tout à coup elle semble frappée d'une pensée.

HERMINE

Dis donc, Marinette... il y a une chose que je ne m'explique pas bien... Tu es donc sortie de chez toi pour avoir vu ce qui se passait aux fenêtres du château...

MARINETTE, devenant toute rouge.

Mais, madame...

HERMINE

Quoi ?... Tu me dis qu'ayant mal à la tête tu as ouvert ta fenêtre et que tu as aperçu deux ombres... là, c'est simple; le petit bois est devant tes yeux. Je suis bien un peu étonnée tout de même que tu aies pu entendre ce qu'elles disaient, ces deux ombres...

MARINETTE, troublée.

J*ai déjà expliqué...

HERMINE

Enfin... soit! Mais le château, tu en es fort loin. Ta maison est à l'entrée du parc, près de la grille; et il est impossible de voir la façade du château : il y a trop d'arbres... tu es donc allée te promener ?...

MARINETTE, de plus en plus troublée

Oui, madame...

HERMINE

Mais pourquoi es-lu venue sous nos fenêtres?...

MARINETTE, vivement.

Ce n'est pas pour espionner...

HERMINE, réfléchissant .

Et puis... comment as-tu osé venir de chez toi ici, sachant qu'il y avait du monde dans le parc, puisque tu avais vu deux ombres s'y promener ?...

MARINETTE

C'est en revenant que j'ai vu les deux

ombres... et, puisque j*ai avoué à madame que j'étais sortie, c'est parce que je suis passée près des deux ombres que j'ai entendu ce qu'elles disaient.

HERMINE, sévôre.

Marinette, tu ne dis que des mensonges !...

MARINETTE, protestant.

Oh I... madame !...

HERMINE, sévôre

Qu*est-ce que tu faisais dans le parc à une heure du matin ?...

MARINETTE, qui commence à pleurer.

Madame I madame , ne me grondez pas î...

HERMINE

Je veux que tu me dises lu vérité !...

MARINETTE, en larmes.

Ah!... j'ai eu tort de parler!

HERMINE, très sévôre.

Qui es-tu allée retrouver? petite malheureuse !...

MARINETTE, pleuraut.

J'ai eu tort de parler ! Je voyais madame rire de ce que je disais...

HERMINE

Veux-tu bien me répondre ? Qui es-tu allée retrouver ? Un domestique, au moins ?...

MAftINETTE, pleurant, mais avec énergie

Non, madame, pas un domestique...

jamais un domestique !...

HERMINE

Enfin, ça n'est pas un de mes invités, pourtant, puisque les deux hommes qui sont ici, tu me dis toime que tu les as vus occupés...

MARINETTE, en larmes.

Ce n'est pas chez madame...

Pas ici !.. Mais où, alors ?...

MARINETTE, sanglotant.

Dans le champ de luzerne, au tournant de la route, dehors...

Je ne te demande pas où Je te demande qui...

•MARINETTE, en larmes.

Valentin !

HERMINE

Qu'est-ce que c'est que ça ?..,

MARINETTE

C'est un jardinier du bourg. C'est un très bon jardinier... il vient dans le champ de luzerne... et alors, j'ai été le retrouver dans le champ de luzerne...

HERMINE

C'est trop fort ! Et Pourliche, pendant ce temps-là, qu'est-ce que tu en fais?...

MARINETTE, la voix entrecoupée.

Il dort, madame... il ne se réveille jamais, jamais I...

HERMINE, qui regarde MarincUe.

Pauvre petite!... Il ne se réveille ja mais?...

MARINETTE, en larmes

Jamais, madame.

HERMINE

Et Valentin ?

M A R I N E T T E , éclaUnt en sanglots.

Ah !.. . si madame savait I . . .

Quoi ?... si je savais quoi ?...

MARINETTE

II' est si beau î... il est si beau I...

HERMINE

Il est si beau que ça ?... Quel âge a-t-il ?

MARINETTE

Vingt-sept ans, madame î...

HERMINE, sévère.

Et c'est souvent que tu vas te promener dans le champ de luzerne, la nuit ?...

MARINETTE

Ça fait seulement la troisième fois...

HERMINE

Et le jour... la nuit, plutôt, où Pourliche se réveillera...

Goor\-

ENCORE UNE BONNE ACTION 2i7

Ah !.. . il n'y a pas de danger, pour ça !

j'en suis sûre et certaine !

HERMINE, gravement .

Et moi, je n'en suis pas si certaine, je ne veux pas de ces promenades nocturnes.

MARINETTE, pleurant à chaudes larmes .

Si madame savait combien j'aime Valentin !

HERMINE

Oui, oui... et puis on te verra, on te suivra et il y aura un scandale... Pou liche viendra me trouver et ça fera des histoirigs à n'en plus finir !...

MARINETTE

Mon Dieu I que je suis malheureuse I...

HERMINE, attendrie.

Veux-tu ne pas pleurer comme ça...

MARINETTE

Si je ne dois plus voir Valentin, j'aime mieux mourir !...

HERMINE, à elle-même

Dire que voilà encore un ménage qui

Googlei

258 l'amodu du prochain

ne va pas !... Et puis ce vieil imbécile de Pourliche, aussi, qui dort tout le temps!...

C'est bien fait pour lui !

MARINETTE, qui voit que M""* de Réserve n'est pas trop fâchée.

Il faut que madame me sauve !...

HERMINE, sévère.

Vas-tu pas vouloir que je t'aide?... Tu en as un toupet, toi !... Regarde-moi.

Est-ce que je n'aime pas mon mari ?

Est-ce que je songe aie tromper?...

MARINETTE

Oh ! madame est une sainte !... Mais aussi monsieur est si joli !...

HERMINE éclate de rire.

Ah bah!... « Monsieur est si joli ?... »

MARINETTE, se précipitant sur les mains de M"® de Réserve.

Ah !... VOUS n'êtes pas fâchée î...

HERMINE, affectant d'être sévère.

Si fait, madame Pourliche.., et je ne sais qui me tient... Mais je ne veux pas abuser de celte confession ! Seulement i'entends que de pareils faits ne se retiou-

ENCORE UNE lîONNE ACTION 249 Vellent plus ! (Marine Ue se remet ù pleurer.) Une

honnête femme est une honnête femme!...

et ne court pas, la nuit, les champs de luzerne. Voyons... ce Valentin... c'est un jardinier?...

MARINETTE, enthousiaste.

Oh !... Et puis, qui sait si bien son métier, madame !...

Tant que y a ?...

MARINETTE

Il inventerait des fleurs nouvelles!...

H E R M l N E, songeant tout Iiaut.

J'en ai besoin d'un ici... j'ai envie de le prendre à mon service.

MARINETTE, dans un cri.

Madame ferait ga ?...

Envoie-le-moi tantôt.

MARINETTE, heureuse, agitée, toute rougo .

Il fera une rose nouvelle pour madame, une rose comme il n'y en a pas... et on la baptisera du nom de madame î...

HERMINE

Bien !... bien !... Et maintenant, vat'en !...

MARINETTE, pénétrée

On mourrait pour madame, sans regret...

HERMINE

Veux-tu te sauver ?...

MARINETTE, se sauve, très légère, en répéUnt

Sans regret, sans regret !

HERMINE, seule.

Ouf!... Ça va être la maison du bonheur!... Quand mon mari va voir cela!... Dire qu'il ne sera pas ici avant six jours!... Ce que le temps va me paraître long, toute seule!...

La Maison du bonheur

Le château de ■ La Farlède » est en fête. Jacques de Réserve est revenu le matin même. En passant par Paris il a ramené Ritourety le mari de Viviane. Il est trois heures de Vaprèsmidi. Il fait une journée splendide. On a déjeuné longuement, et, maintenant, on prend le caféy servi dans le grand salon. M"» de Rései^e a autorisé le cigare. Chacun s*est installé à sa convenance. Crécy auprès de Viviane, Rollène auprès d'Alizon, Af™® de Réserve va et vient painni ses hôtes. Rilouret est appuyé à la cheminée.

JACQUES DE RÉSERVE, à AHzon.

Voulez-vous fumer?

ALIZON

Volontiers ! (Jacques attire devant elle une table où se trouvent des bottes de cigares et de cigarettes, des

cendriers et une petite lampe d'argent qui brûle.) MCFCi !

El maintenant, une motion! Que Réserve et Hermine nous laissent et aillent se promener où ils voudront.

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