‹ L'amour en partie double C.e d'AmezeuilChapitre 10 sur 15 · LA VEILLÉE DES MORTS · texte numérisé non relu

LA VEILLÉE DES MORTS

Près du lit, où reposait la dépouille mortelle du comte Yaiin de Kcrgall, uu petit vase rempli d’eau bénite, avait été placé entre deux flambeaux, dans lesquels brûlaient des bougies à la lueur tremblotante.

Un prêtre était assis au chevet du lit et il psalmodiait les prières des morts.

Agenouillés à ses côtés, M. de Kernevelan, M. Bodic et Louise priaient également ; placée dans un fauteuil, au coin de la cheminée, Genofsa sanglotait, la figure cachée dans ses doux mains.

Et le prêtre, avec cette sublime insouciance de l’homme habitué à se trouver, chaque jour, face à face avec toutes les laideurs humaines, récitait, d’un ton monotone et lent, les prièi’es qu’en pareil cas l’église consacre à la mémoire de ceux qui ne sont plus.

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L’AMOÜll EN PARTIE DOUBLE

La veillée continuait et le cadavre, obéissant aux lois suprêmes de la nature, se raidissait peu à peu et revêtait cette teinte saù'auée qui lui donne l’apparence d’une figure de cire.

Les yeux se ci'eusaient et s’entouraient d’un cercle plus profond, bleuâtre d’abord, pour arriver en peu de temps à une couleur d’un bistre foncée.

Minuit tinta lugubrement; le prêtre qui s’était assoupi se réveilla eu sursaut, et se prit de nouveau à réciter ses prières. Joannic releva la tète et fit un brusque mouvement, car sur le pas de la porte, pâle et défaite, il venait d’apercevoir Régine agenouillée et priant.

Déjà il se levait, prêt à s’élancer vers elle et à la chasser peut-être, quand un nouveau personnage, jusqu’alors resté dans l’ombre, fit son apparition dans la chambre et l’arrêta d’un geste.

— Je suis, dit-il, le comte de Sommeterre, et, continua-t-il en montrant Régine, cette enfant est ma fille.

Joarmic crut avoir mal entendu.

— Elle? Régine?... dit-il.

, M. de Sommeterre fit un signe affirmatif de la tête.

— Elle ! répéta Joannic.

— M. de Keriuivelan, ce n’est ici, ni le lieu ni le moment d’avoir ensemble nue explication, mais je vous eu coiijure, au nom de ce que vous avez de plus sacré, laissezla prier un instant pour celui qu’elle aimait.

Joannic parut hésiter encore, et ses yeux se portèrent machinalement du côté de Genofsa. "

Celle-ci, à la vue de sa rivalCj s’était tout d’abord lovée et un éclair de haine avait brillé dans ses yeux, mais

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presque aussitôt, par uu puissant effort de volonté, elle l’avait éteint, et, dans une courte prière, elle avait offert à Dieu ce nouveau sacrifice.

A la muette interrogation de Joannic elle répondit par un geste qui semblait dire :

a Tout est maintenant terminé ici-bas, laisscz-la donc faire. »

Régine, n’avait laissé échapper aucun détail de la scène qui venait de se passer, aussi se releva-t-clle vivement, et se dirigeant vers Geuofsa :

— Merci, mademoiselle, lui dit-elle noblement, merci de m’avoir pardonnée. Dieu vous le rendra.

— Vous êtes libre de rester et de prier, madame, lui répondit-elle.

Régine se dirigea du côté du lit et se prit à considérer d’un œil sec les traits décomposés de son amant.

Puis soudain un cri terrible, inénarrable, s’échappa de ses lèvres, et elle se précipita sur cette froide dépouille qu’elle couvrit de ses b:\isers.

— Yaim, dit-elle, Yann pardonne-moi ; c’est moi, moi seule, qui suis cause de ta mort! J’ai été lâche et je me repeu ds amèrement ; ne m’entends-tu pas?... c’est moi, e, 'est ta petite Régine qui te parle... Rien!... rien!... ne veux-tu donc x>as me pardonner?... Oh ! mon Dieu ! il ne me répond pas !...

Et la malheureuse, dont les idées semblaient complètement perdues, cacha sa tête dans les draps.

— Ma sœur, murmura en ce moment la voix douce du prêtre, M. de Kergall ne peut plus vous entendre en ce monde, priez pour son âme.

Ré. iue SC releva comme une lionne blessée.

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