LE DERNIER CHAPITRE D’UN DRAME
Depuis le bal qu’elle avait donné, la vicomtesse de Castel-Brancio était restée sans nouvelle aucune de son amant.
Joannic, en effet, retenu au chevet du malade, n’avait pas une seule fois songé à la belle pécheresse, dont l’amour semblait croitre chaque jour, eu raison même des obstacles qui la séparaient de celui qu’elle aimait.
C’est vainement qu’elle avait couru chez LaBurgotière : celui-ci était parti, et personne ne savait ce qu’il était devenu. Louise n’était plus chez elle; en désespoir de cause, elle s’était, un jour, décidée à se rendre chez la du Breuil; mais là, pas plus qu’ailleurs, sa démarche n’avait aboutie; cette dernière, délaissée par son indigne amant, avait abandonné son appartement de la rue
L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE
de Lamartine, et, suivant la chronique du quartier, elle devait tenir une table d’hôte dans les parages des Batignolles ou de Montmartre.
Désespérée, Régine était rentrée chez elle, et la pensée d’en finir avec la vie s’était de nouveau présentée à son esprit.
Mais, au même moment, le hasard l’ayant placée devant une glace, elle se considéra longuement, puis un triste sourire crispa ses lèvres :
— Pourquoi faire me tuer? dit-elle; ai-je donc encore si longtemps à vivre !
Un mal terrible, en effet, la minait sourdement : Régine était poitriuaLre et elle le savait.
— Mourir! répéta-t-elle, avec un sinistre ricanement. Mourir de la mort des sots et des lâches. Allons dons, est-ce que je voudrais jamais me donner en spectacle ; puisque mes jours sont désormais comptés, mieux vaut mourir le sourire sur les lèvres, au milieu du bruit et de l’orgie; expirer eu reine, comme j’ai toujours vécu.
Et la vierge folle, étouffant. le râle qui lui serrait la gorge, essayait encore de rire.
Mais, malgré tout son courage, la malheureuse était parfois obligée de se déclarer vaincue; et là, où elle s’était figurée trouver plaisir et oubli, elle ne rencontrait • plus qu’une horrible torture qui la jetait brisée sur le sol.
Tout son corps se tordait alors dans un spasme effrayant ; sa souffrance était si terrible qu’elle criait grâce et merci, puis l’accès une fois passé elle recommençait encore j usqu’au j our où elle retombait de nouveau terrassée.
Une nuit, deux de ses compagnons d’orgie la rapportaient mourante chez elle , et lorsque le lendemain elle
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reprenait enfin ses sens, un homme était assis au chevet de sou lit.
— Je ne suis donc pas morte, dit- elle, en passant la main sur son front.
— Régine, mon enfant.
— M. de Sommeterrel dit-elle, en reconnaissant celui qui l’a veillait.
— Pauvre chère, lui dit-ü, d’un ton de doux reproche, pourquoi ne m’avoir point fait appeler?
— Vous êtes bon, vous, dit-elle.
Elle n’osait pas lui avouer qu’elle n’y avait pas songé .
— Oui, vous êtes bon, répéta-t-elle, en lui tendant la mahi, et je vous aime aussi.
M. de Sommeterre saisit cette pauvre main amaigrie et la pressa dans les siennes.
— Pauvre enfant 1 murmura-t-il, effrayé des progrès rapides qu’avait fait le mal.
— Vous me plaignez, lui dit-elle, avec un triste sourire; ohl j’ai bien souffert depuis que nous ne nous sommes vus 1
— Pourquoi u’être pas plus raisonnable, Régine.
— J’ai tant besoin d’oublier.
— Vous l’aimez donc bien ?
— Si je l’aime!... fit-elle avec une fiévreuse énergie, et en se dressant sur son séant, si je l’aime !... mais ne voyez-vous pas que j’en meurs.
— Taisez-vous, Régine, car vous ne savez pas tout le mal que vous me faites.
La jeune femme jeta sur le comte un regard où se peignait tout l’étonnement que lui causait cette exclamation.
— M’aimeriez-vous donc? lui demanda-t-elle curieusement.
Le comte, à son tour, se prit à la considérer attentivement; puis un triste sourire se joua sur ses lèvres.
— Je vous aime, en efifet, Régine, mais ce n’est pas comme vous le supposez.
— Ail! se contenta-t-elle de répondre.
— Vous me rappelez, Régine, une enfant que j’ai perdue, et qui, non-seulement, aurait votre âge, mais qui portait votre nom.
— C’est donc lâ ce fameux secret que vous me cachiez avec tant de soin.
— Pas précisément, mais...
— Expliquez-vous, mon ami, car je ne sais si c’est par suite de mon extrême faiblesse, mais j’avoue que je ne comprends rien absolument à toutes vos réticences.
— Je vais donc m’exprimer plus clairement.
— Je vous écoute, mon ami.
— Vous êtes née, m’avez-vous dit, à Venise ?
— Moi! qui a pu vous faire croire?...
— Comment? interrompit brusquement le comte, n’êtes-vous donc pas la fille de Paolo Justiniani!
Un éclat de rire s’échappa des lèvres de la jeune femme.
— Moi! dit-elle, la fille du comte!... je suis tout au plus la fille d’un humble barcarolle... et encore le suisje réellement ; le comte m’a avoué qu’on m’avait, un jour, trouvée sur la Ripa del Schiavoni... et que, saisi de pitié à la vue de ma misère, et touché, peut-être, de ma gentillesse, il s’était décidé à me recueillir dans son palais.
Sur ces entrefaites, Paola, sa fille unique, étant morte.
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Justbüani, auquel j’avais eu le don de plaire, m’adopta pour sou eufaut, et je passai pour telle jusqu’au jour de sa mort.
M. de SommeteiTC semldait suspendu aux lèvres de la jeune femme; il buvait pour ainsi dire chacune de ses paroles.
— Vous u’êtes pas la fille du comte? répéta-t-il.
— ÎNon...
— Quels étaient alors vos parents ?
— Je vous l’ai dit, je suis une enfant trouvée.
— C’est vrai, je l’avais oublié, mais... n’avez-vous rieu appris?... Ne vous rappelez-vous aucune des circonstances qui ont précédé votre abandon ?
Régine parut réfléchir un instant.
— Je me souviens, dit-elle, qu’avant d’arriver à Vouise, j’avais déjà beaucoup voyagé ; je faisais partie d’une bande de bohémiens qui m’avaient enlevée.
— Et?... s’écria M. de Sommeterre, qui avait peine à contenir soi; i motion. Savez-vous d’oi'i vous arriviez?
— Je me rappelle seulement avoir traversé la mer, et je me souviens que plusieurs fois, pendant la route, j’ai entendu prononcer le nom de la Rrctagne; peut-être arrivions-nous de ce pays.
— Régine, ma fille, mon enfant chérie, s’écria le
comte, hors de lui, eu serrant la jeune femme sur sou cœur. A
Celle-ci étonnée, surprise, se recula effrayée, croyant à un subit acéès de folie.
— Pourquoi t’t^oigner de moi? lui dit -il doucement.
Régine hésita un instant.
— Mon père! s’écria-t-cile enfin.
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Le (!omtei*la coûsidcra longuement.
— Ma ûlle, ma pauvre fille 1 dit-il.
— Je suis bien changée! fit-elle avec un soupir.
M. de Sommeterre la considéra plus attentivement qu’il ne l’avait jusqu’alors fait, et il fut réellement effrayé à la vue de ce pauvi’e corps débile, auquel un faible souffle restait à peine. . ,
— Il faut te soigner, lui dit-il tendrement.
— C’est inutile, répondit-elle.
— Ne parle pas ainsi, ma pauvre chère, ne t’aurais-je donc retrouvée que pour te perdre aussitôt; non, non, c’est impossible, avec des soins, des ménagements, nous arriverons...
Régine secoua négativement la tête. *
— 11 est trop tard ! fit-elle.
— Il n’est jamais trop tard, s’écria le comte; je te soignerai si bien et avec tant d’amour que tu guériras, je le jure.
— Dieu le vèuille, mon père... Mais je vous en *prie, laissons de côté ce sujet... et... dites-moi comment vous avez pu savoir que j’étais?.. .
Le comte sourit et lui raconta une partie de son entretien avec M. Bodic; il esquissa ensuite à grands traits l’histoire de Louise de Kcrsaleun ; il glissa légèrement sur les amours de M. de Kergall, et il termina en lui recommandant, pour l’amour de lui, de se soigner attentivement.
M. de Sommeterre n’avait prononcé aucun nom, et cepenilant Régine, avec cette secrète intuition de la femme qui aime, comprit qu’il était question de Yaim et
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de Geno&a, et elle éprouva au cœur comme une douleiu* aiguë.
— L’a-t-il donc revue? demanda-t-elle anxieusement.
Le comte, pris au dépourvu, balbutia quelques mots
inintelligibles.
— Ohl je me vengerai d’eux, dit-elle sourdement; puis, plus haut, elle ajouta :
— Le comte est-il enfin rétabli ? personne ne vient plus me voir aujourd’liui, et je ne puis plus avoir de ses nouvelles.
— M. de Kergall va mieux.
— Ne me trompez-vous pas?
— M. Bodic m’a même assuré qu’il se trouvait maintenant complètement hors de danger.
— Mon cœur, mon pauvre cœur, dit-elle, en portant la main à sa poitrine.
L’émotion avait été trop forte, elle retomba sans connaissance sur son oreiller.
Quelques soins la ranimèrent promptement, mais le docteur, aussitôt appelé, lui recommanda le repos le plus absolu, et Régine, contre l’attente de ceux qui l’entouraient, consentit à se soumettre à tout ce que l’on exigea d’elle.
M. de Sorameterre s’était installé dans le petit hôtel de la rue de La Bruyère, et il n’en bougeait plus ni jour ni nuit.
Régine semblait peu à peu reprendre ses forces; elle voulait vivre, et sa volonté était telle que la maladie paraissait reculer devant sou énergique désir.
Il n’était plus entre elle et le comte, question de M. de Kergall ; une fois seulement elle l’avait interrogé pour
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savoir où ^fcmeurait Yami, et M. de Sorameterre, qui u’ avait aucune raison pour lui cacher ce qu’était devenu sou amant, lui avait avoué que depuis sa maladie il demeurait rue de la Chausséc-d’Anliu, chez son ami, M. de Keruevehm.
Régine n’avait fait aucune observation ; mais elle avait soigneusement noté l’adresse dans sa mémoire.
Un soir, le temps était très-doux au dehors, l’air était embaumé du parl’um des lilas. Régine qui, depuis deux jours, se sentait beaucoup mieux, exprima le désir de faire une promenade.
— Voulez-vous que je vous accompagne? lui avait demandé le comte.
— Permettez-moi d’ètre seule encore une fois, lui avait-elle répondu d’un air câlin et en déposant un baiser sur le front paternel.
Le cornte, sans défiance, l’avait laissée partir.
Régine, une fois dans la rue Blanche, donna l’ordre de toucher rue de la Chaussée-d’Antin.
C’était précisément ce même jour, où nous avons vu Genofsa se rendre, en compagnie de Joanuic, dans la chamhrette de la rue de Sorbonne; nous avons parlé des tristes pressentiments qui agitaient la jeune femme, pressentiments fort heureusement dissipés à la vue du comte de Kergall, en grande conversation avec la grosse Louise.
Le dinar avait été fort joyeux pour les quatre jeunes gens, et après le repas, Joaimic et Louise étaient sortis, en laissant les deux amoureux en tète-à-tète.
Depuis plus d’une heure ils causaient et devisaient de l’avenir.
Mille projets, plus insensés les uns que les autres, se
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heurtaient et se croisaient sur leurs lèvres, tet comme le plus ordinairement, il arrive en pareille circonstance, ils les rejetaient tous à mesure qu’ils se présentaient à leur esprit,
Yaim voulait aussitôt après leur mariage partir pour ritalie; Genofsa désirait tout bonnement aller en Bretagne.
— Ne serons-nous pas mieux seuls, là-bas, loin du monde dans le charmant petit nid que nous nous ferons arranger au château; j'y veillerai moi-même, car je tiens à ce qu’il soit très-gentil; cli! mais, pourquoi ne ferionsnous pas meubler la petite maisonnette, que tu m’as dit exister au bout du parc, ce serait si amusant.
— Une chaumière et tou cœur, fit Y^aim en souriant.
— Vous vous moquez toujours de moi, s’écria Genofsa avec une adorable moue.
— Non, ma chère petite, non, nous ferons meubler la petite maison du parc... et nous nous y retirerons. Êtesvous satisfaite, méchante?
Un baiser fut la seule réponse de Genofsa.
Oui, reprit Yann en riant, nous ferons meubler la petite maisonnette du parc, j’écrirai même à ce sujet à un tapissier de Nantes, qui jouit d’une certaine réputation, et je lui commanderai, pour le salon, un joli meuble, bouton d’or...
— Du tout, du tout, monsieur, c’est moi que regarde ce soin, et seule je veux m’en mêler.
— Et que désires-tu, mignonne ?
— Je vous trouve bien indiscret !
— Ne m’est-il pas permis de t’interroger?
— Non, car je veux te faire une surprise.
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— Mais si je tenais à mon meuble bouton d’or?
Genofsa fit une moue fort significative.
— Je déteste cette couleur, dit-elle.
— Et pourquoi ?
Genofsa ne ré])ondit pas, mais elle rougit beaucoup.
. . Pouvait -elle donc avouer que le salon de la diva Marie était tendu de brocard bouton d’or, et que tout le meuble était de cette couleur.
Yaun surprit la rougeur de la jeune femme.
— Je... comprends... dit-il, et un nuage de tristesse voilà son front.
— Yann, mon cher Yaiin, s’écria Genofsa, en devenant subitement très-pâle.
— Vous savez bien que je ne me souviens plus, dit-il plus tristement encore.
— Yann, je t’aime !
En prononçant ces paroles, elle se jeta au cou du jeune homme, et une larme tomba l)rûlante sur les mains de son amant qu’elle tenait dans les siennes.
Emu malgré lui, Yann çonsidéra longuement le beau visage de Genofsa; puis, saisissant dans ses deux mains la tète de la jeuue femme, il déposa un ardent baiser sur ce front si pur.
— Ne me rappelle jamais ces souvenirs, dit-il tristement ; ils me font trop de mal.
— Pardonne-moi, mon Yann adoré; je t’aime?
Yann poussa un soupir.
• — Pourquoi suis-je parti? fit-il.
— Qu’il ne soit plus entre nous question de tout ceci, répliqua- t-elle.
«— Nous sommes désormais uuis devant Dieu, s’écria -
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t-il gravement, et bientôt, je l’espère, nous le serons devant les hommes.
— Que le ciel t’entende, mon Yann.
Celui-ci la regarda étonné.
— Ne m’aimes-tu donc plus? fit-il..
— Ne plus t’aimer, moi ! Oh I dis-moi que lu ne penses pas un mot de ce que tu viens de dire.
— Je t’aime, Genofsa, et je le jure, tu seras ma femme.
Un éclat de rire sec et nerveux éclata derrière eux ; tous deux se retournèrent frappés d’étonnement.
Dans l’entre-bàillement de la porte, ime femme ou plutôt un spectre, les bras croisés sur la poitrine, les regardait fixement.
Un nouvel éclat de rire s’échappa de ses lèvres.
— Et moil m’as-tu donc oublié, s’écria une voix stridente.
— Elle ! fit en pôlissant Genofsa qui venait de reconnaître la femme en présence de laquelle, deux fois déjà, le hasard l’avait placée
— Régine! fit de son côté Yann, en se dressant comme mu par im ressort.
— Oui, Régine, que tu as indignement trompée et qui vient te demander compte de ton infâme conduite.
— Régine, balbutia Yann, en faisant un pas vers elle.
— Avoue que tu ne comptais plus me revoir, s’écriat-elle, on s’avançant au milieu de la pièce.
— Par pitié, madame, s’écria Genofsa, en se précipitant vers elle.
Mais Régine l’écarta brusquement, et venant se placer devant le comte.
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— Je t’aimais, dit-elle brnsqiicmeiit, et pour toi, j’aurais tout sacrifié; mais tu t’es raillé de moi, tu t’cs joué de mon amour! et j’ai juré de me venger; iis-tu donc pensé trouver eu moi l’un de ces jouets que l’on brise le jour où l’on n’en veut plus. Oh ! non, non, tu ne connaissais pas le cmur de Régine, de Régine la courtisane 1 C’était une de ce^s femmes qui vendent leur amour, n‘cstce pas, et que l'on paie avec quelques louis; voilà ce que tu te disais, sans doute, pendant que d’un autre coté, tu courais te jeter dans les bras d’une autre. Eh bien! celle que tu dédaignais, s’est vengée! Tu aurais cru salir tou nom eu le lui donnant, et tu ne craignais pas de Tolfrir à une autre femme! Tu la croyais sage, n’est-ce pas? Insensé! Ignores-tu donc qu’une femme, qu’elle quelle soit, s’adiètc; il ne s’agit que de savoir y mettre le prix. Yaun tu as méprisé l’amour do Régine, parce qu’elle était une coin-tisane, quel nom donneras-tu donc à la maîtresse d’un La Rurgotière?
Et le front haut, la lèvre dédaigneuse, elle montrait Genofsa qui, agenouillée à ses pieds, tendait vers elle ses mains suppliantes.
A cette subite révélation, Yanii, mortellement frappé au cœur, essaya de balbutier quebiucs paroles, mais un flot do sang lui monta à la gorge, et il tomba foudroyé sur le tapis.
Une réaction soudaüic s’opéra chez Régine , elle comprit sur-le-champ toute la lâcheté de sa conduite.
— Yanu I Yann 1 s’écria-t-elle, eu tombant à genoux et en cherchant à le ramiuer, je suis un monstre, je t’ai indignement meutie. Oh! mou Dieu! mon Dieu! faites que je ne l’ai pas tué.
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— Vous avez été lâche, madame, fit Genofsa, en essayant de relever son amant.
— Pardonnez-moi, je vous en supplie, s’écria Régine, en se tordant les mains de désespoir.
— Que Dieu vous pardonne comme je le fais, reprit doucement Genofsa.
Aux cris des deux femmes, Yvon était accouru, et presque au même moment entraient Joannic et Louise.
A la raie de Régine et de Yann, que le brave Yvon venait de placer dans un faTitcuil, ils comprirent, sur-lechamp, la scène qui venait de se passer.
— Misérable! qu’avez-vous fait? s’écria Joannic, en saisissant Régine par le bras.
La secousse avait été tro[> forte pour cette dernière; elle venait, à son tour, de s’affaisser inanimée sur le parquet.
Le docteur, immédiatement appelé, reconnut sur-lechamp qu’il n’y avait plus d’espoir.
— C’est un homme mort, dit-il.
Lhie heure après, le comte de Kergall expirait, en effet, sans avoir repris connaissance.
Régine, toujours évanouie, avait été transportée chez elle; quanta Genofsa il avait été impossible de l’arracher de la chambre où gisaient, inanimés, les restes de son amant.
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