‹ L'amour en partie double C.e d'AmezeuilChapitre 7 sur 15 · LE SECRET DE U. BODIC · texte numérisé non relu

LE SECRET DE U. BODIC

L’hôtel de Bretagne avait, depuis quelque temps, perdu de son originalité; rien ne s’y faisait plus comme autrefois, on' n’y retrouvait même pas cette régularité, passée naguère en proverbe dans le quartier.

Seule, Catherine n’avait changé ni au physique ni au moral, elle bougonnait toujours et fumait sans cesse, depuis, cependant, qu’Yvon, obligé de suivre son mjdtre, était allé s’installer rue de la Cfiaussée-d’Antin , on remarquait chez l’excellente fille un grand fonds de tristesse, qui se traduisait par une absorption plus grande de tabac et d’eau-de-vie.

Ainsi que Joannic l’avait écrit à son ami, M. Bodic avait voulu se défaire de l’immeuble de la rue du Plâtre; l’affaire paraissâit même conclue, quand l’acheteur se dédit tout à coup, et, en attendant un nouvel acquéreur,

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le breton avait dû continuer à gérer l’hotel de Bretagne.

Un matin, c’était quelques jours après la scène que nous avons essayé de retracer dans le précédent chapitre, M. Bodic était seul dans la salle à manger de l’hotel, quand Catherine vint l’avertir qu’un étranger demandait à lui parler, et en même temps elle lui remettait une carte.

M. Bodic y jeta rapidement les yeux, et pâlit affreusement en y lisant ces mots- ;

a COMTE DE SOMMETERRE. »

— Enfin, dit-il, en s’élançant précipitamment au devant de l’étranger.

Le comte attendait dans le bureau de M. Bodic.

— Vous m’avez écrit, cher monsieur Bodic, et dès mon retour à Paris, je me suis empressé de venir; en prononçant ces paroles, le comte tendait la main au breton.

— Permettez-moi tout d’abord, monsieur le comte, de m’excuser auprès de vous de la liberté que j’ai prise de vous écrire, répliqua M. Bodic, mais lorsque vous connaîtrez les motifs qui m’ont fait agir, vous me pardonnerez, je l’espère.

— Vous êtes tout pardonné d’avance, mon cher Bodic, parlez donc sans crainte.

— Veuillez passer par ici, monsieur le comte, nous y serons plus à l’aise pour causer.

Et M. Bodic, ouvrant la porte de cette petite pièce dont nous avons naguère parlé, et où nul profane n’avait jusqu’alors pénétré, s’effaça pour laisser passer M. de Sommeterre.

La chambre, où nous introduisons en ce moment le

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lecteur, était fort simplement meublée, et cependant il 'y régnait un certain comfort, qu’on ne s’attendait guère à rencontrer dans l’hôtel de la rue du Plâtre.

Les meubles, quoique en acajou, étaient d’une forme élégante, et ce qui constituait la principale richesse du réduit où M. Bodic avait établi son quartier général, c’était les curiosités sans nombre qui décoraient la pièce ; ici, l’on apercevait un meuble en laque à fermoir d’argent de la plus grande richesse ; de cet autre côté, un bureau en sandal, plaqué d’ivoire, mêlé d’or et d’argent, sortant de la première maison de Yeddo; là-bas, des bronzés du plus pur style Florentin ; un peu plus loin, un bahut en chêne, aux sculptures de la plus grande finesse; puis, des crédences, des émaux, des porcelaines, des armes de tous les âges et de toutes les époques; au milieu de ce capharnaûm, une chose, surtout attirait les regards, c’était une immense toile signée Léon Gmgnet, et représentant l’intérieur d’un vieux manoir, avec personnages de grandeur naturelle.

A droite du tableau, se trouvait debout, les deux mains appuyées sur une table, un jeune officier de marine, à la physionomie des plus fines et des plus distin- ■ guées; en face de lui, assise devant la table sur laquelle on voyait épars quelques feuilles de papier, se trouvait une belle et charmante jeune femme d’une vingtaine d’années ; blonde comme les épis mûris par le soleil, et • dont les yeux d’azur étaient fixés sur une adorable en- faut de quatre ou cinq ans, jouant sur le tapis avec un superbe Terre-Neuve.

Ce tableau, dans son ensemble, d’une adorable simplicité, était frappant de vérité, il semblait que toits les per-

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sonnages allaient s’échapper de leur cadre : on voyait leurs lèvres s’agiter, leur regard parler; en un mot, la vie, le mouvement s’en exhalaient par tous les pores, éclairé, surtout, qu’il était en ce moment, par les rayons du soleil.

Le premier mouvement de M. de Sommeterre, en apercevant les regards fixés sur lui, fut de porter vivement la main sur ses yeux, pendant qu’une pâleur mortelle envahissait tout son visage.

— Eux, toujours eux, dit-il tristement, leur image me poursui\Ta donc partout.

* Et il se laissa tomber dans un fauteuil, en étouffant avec peine les sanglots qui lui montaient à la gorge.

— Monsieur le comte, fit M. Bodic, je viens de vous rappeler un bien triste souvenir; mais au moment où l’heure de l’expiation approche...

M. de Sômmeterre se leva vivement.

— Qiic voulez-vous dire ?

M. Bodic continua eu donnant à sa voix des inflexions plus graves :

— Au moment où l’expiation approche, j’ai pensé que c’était ici, eu présence de ceux que vous avez tués...

— Taisez-voTis, taisez-vous? N’est-ce pas, depuis plus de vingt ans, le remords de ma vie.

— (jiie devait avoir lieu l’explication que j’ai provoquée .

M. de Sommeterre s’apprêtait à répondre, M. Bodic l’arrêta du geste.

— Je n’ai pas besoin, monsieur le comte, de vous rappeler les événements qui changèrent en un éternel deuil la joie de toute une famille; je ne vous dirai pas ce qui

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se passa dans la soirée du 25 mai 1835, vous le savez mieux que moi, peut-être ; mais ce que vous ignorez, c’est qu’à la suite de la fatale catastrophe qui amena la folie du vicomte de Kersaleun et la fuite de notre chère maîtresse, madame Louise, je fus chargé par M. de Kergall, votre cousin, de rechercher les causes qui l’avaient provoquée.

J’étais votre frère de lait, monsieur le comte, je m’étais, en quelque sorte, rendu votre complice, en ne veillant pas, comme j’aurais dû le faire, sur celle que M. de Kersaleun avait confiée à mon honneur, et je n’osais pas prononcer le nom du coupable, que je connaissais cependant, car le hasard m'avait rendu maître de son secret.

Je fus lâche deux fois; en ne vengeant pas l’honneur de celui qui m’avait, moi, simple paysan, élevé jusqu’à lui, puisqu’il m’accordait le titre d’ami, et surtout en me taisant devant de légitimes repressailles.

Je ne soupçonnais pas alors ce qui devait arriver, et rien au monde ne pouvait me faire présager que le mari devait finir dans un cabanon, pendant que l’épouse expirait de misère sur un grabat .

— C’est affreux ! c’est affreux 1

— Tout en essayant de faire prendre le change à M. de Kergall, je me jurai de consacrer ma vie toute entière à réparer le mal causé par ma négligence et par ma sotte condescendance.

— C’est à vous que je dois la vie, je ne l’ai point oublié.

— Ce que j’ai fait est si simple, que je ne juge même pas utile d’en parler.

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— Ne m’avez-vous pas évité le déshonneur?

— C’est la Providence qui a tout fait, en permettant que le premier je parvinsse sur le lieu du crime, trop tard, hélas! pour arrêter madame de Kersaleun; assez tôt cependant pour pouvoir vous sauver.

Longtemps on ignorât ce qu’était deyenue la vicom- . tcsse; on avait tout d’abord songé à un suicide, mais malgré toutes les recherches l’on n’était arrivé à aucun résultat définitif, lorsque, sur des indices à peu près certains, j’obtins la certitude qu’elle s’était enfuie, et que de plus elle s'était dirigée vers Paris. Je me décidai tout aussitôt à partir moi-mèrae, et je courus au château de Kergall informer le comte de ma résolution.

— Pars, me dit-il, en me remettant une certaine somme d’argent, et souviens-toi que, quoiqu’il arrive, tu peux toujours compter sur moi.

Avant de dire un éternel adieu, peut-être, au pays qui m’avait vu naître, il me restait un dernier devoir à remplir, car il y avait là-bas une autre enfant sur laquelle je devais veiller; ne l’avais-je pas juré à la malheureuse mère?... dont j’étais l’unique confident.

— Régine, ma fille, qu’est-elle devenue?... il y a si longtemps que je la cherche aussi.

En prononçant ces paroles, M. de Sommetcrre laissa tomber sa tête sur sa poitrine.

— J’avais juré, à madame Louise, de protéger cette enfant, le fruit du déshonneur, et dont seul je coimais- ’sais l’existence, et, pour la cacher à tous les regards, je l’avais placée comme ma propre nièce chez de braves paysans que je connaissais dems les environs du Pont- Guilmet.

La petite Régine venait à merveHle ; elle allait atteindre à sa deuxième année, et je l’aimais comme on aime son enfant. J’étais donc décidé à la retirer de nourrice et à la prendre avec moi, mais redoutant pour elle les fatigues d’une installation, je me résolus à partir seul pour Paris, bien décidé à profiter ensuite de la première occasion pour la faire venir auprès de moi.

Je quittai la Bretagne vers la fin de 1835, et j’arrivai à Paris le 17 décembre; j’étais, sur la recommandation du comte, qui l’avait naguère habité, descendu dans l’hôtel où nous nous trouvons en ce moment.

Dès mou arrivée, je commençai mes recherches, mais que pouvais-je faire seul, perdu dans la ville immense I Les jours, les semaines, les mois se passèrent sans amener le plus petit résultat favorable; aussi, désespéré de l’insuccès de mes démarches, je m’apprêtais à retourner en Bretagne quand, soudain, la nouvelle de la disparition de la petite Régine parvint jusqu’à moi. ,

Ce fut un coup de foudre pour moi; je m’étais si bien habitué à l’aimer, cette enfant 1 M. de Kergall, qui m’avait fait part du malheur, essayait, du reste, de relever mon courage, en me promettant de faire toutes les démarches nécessaires pour ‘parvenir à la retrouver; vous savez, hélas 1 quel en fut le résultat.

— Mais ne fut-il pas possible de trouver le moindre indice, le plus simple renseignement, qui permit de découvrir les traces de l’enfant ou de ses ravisseurs?

— Tout ce que l’on put savoir, c’est qu’une de ces bandes d’espagnols, comme il s’eu rencontrait alors fréquemment sur les routes de Bretagne, avait été vue dans

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les environs de la ferme ; mais, lorsqu’on parvint à retrou- * ver leur piste, ils venaient de quitter la côte sur un navire qui faisait, disait-on, voile pour l’Italie.

— Pour l’Italie 1 et savez-vous de quel côté de l’Ifalie ?

— Je l’ignore complètement.

— Quel étrange soupçon, lit M. de Sommeterre, en se parlant à lui-mème.

— Que voulez-vous dire?

— Rien, rien, dit-il, continuez votre récit... puis,' plus bas, il ajouta : Oh I je l’éclaicirai, et peut-être...

Un sourire presque joyeux éclaira sa pâle physionomie ; M. Bodic, absorbé dans ses réflexions, ne voyait rien, aussi reprit-il :

— Mon existence n’ayant plus désormais de but réel en Bretagne, je me décidai à rester à Paris, et cet hôtel depuis longtemps en vente devint ma propriété; je m’y installai, très-décidé à y vivre le plus tranquillement possible.

Je ne perdais pas néanmoins de vue les recherches que je m’étais promis de faire ; mais plus de vingt années s’étaient écoulées et pas la plus petite lumière n’était venue percer le mystère qui entourait toute cette triste histoire, quand tout à coup je fus mis sur la trace * de ce que je tenais tant à savoir.

Vous n’ignorez pas que M. de Kersaleun, dont la folie était devenue furieuse, avait été amené de Nantes à Paris; la raison de cette translation était que M. de Kergall, absent presque continuellement de la Bretagne, ne pouvait veiller, comme ü l’aurait désiré, sur son infortuné parent.

Je fus donc chargé de ce soin, et afin d’assurer autant que possible un peu de bien-être au malheureux captif, on lui donna pour gardien un solide gars, ancien marin, aux bons soins duquel on le recommanda d’une façon toute spéciale, sans,, toutefois, lui cxpbquer les motifs de l’intérêt qu’on portait au malade.

Chaque semaine je courais à Bicêtre, et je m’informais des besoins du pauvre fou.

Dans le principe, je me rendais quelquefois auprès de lui, mais ma vue, parait-il, lui rappelait certains souvenirs qui, après chacune de mes visites, amenaient inévitablement des crises terribles, je me .vis donc dans la nécessité de les cesser; je n’en continuai, cependant, pas moins à me rendre à Bicêtre, en me contentant de m’enquérir, auprès de la direction, des nouvelles de l’infortuné.

Par suite de circonstances qu’il serait trop long de rappeler, il m’arriva, l’été dernier, de rester près de quatre mois entiers sans accomplir mon pèlerinage habituel; or, un jour que je traversais le boulevard Saint- Germain, je me vis soudain arrêté par un homme que je reconnus, sur-le-champ, pour le gardien du n" 33, comme on appelait à Bicêtre notre pauvre ami.

— Ah! monsieur, me dit-il, il y a du nouveau là-bas !

— Ou’cst-il donc arrivé ?

Le gars me raconta certaine visite qui avait amené chez le malade une crise dont les résultats promettaient tout d’abord d’être des plus favorables (*), mais qui bientôt s’était changée en une mélancolie douce et en

(■) Voir les àmoi/rs de contrebande, cliap.VI, leFoü

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quelque sorte extatique, dont le malade ne sortait plus qu’à de rares intervalles.

Je questionnai ensuite le gardien sur les visiteurs, et j’appris, non sans surprise, que l’un d’eux était M, de Kergall en personne.

— M. de Kergall! l’amant de Régine, fit tristement M. de Sommeterre.

— Vous connaissez M. de Kergall?

— Je l’ai aperçu certain soir cliez madame de Castel- Brancio.

— Hélas 1 pourquoi la fatalité a-t-elle jeté cette femme sur sa route, fit en soupirant M. Bodic.

— Je ne vous comprends plus, cher monsieur.

M. Bodic parut réfléchir un instant, puis, jetant un long regard sur la franche et loyale figure du comte :

— Ne savez-vous donc pas ce qui s’est passé depuis le jour où les deux jeunes gens se sont rencontrés?

— Je l’ignore complètement, je vous l’avoue.

— Régine ne vous a rien dit ?

— Piien, absolument.

M. Bodic fit alors le récit des amours de Yann ; il raconta le départ de ce dernier ; ce qui s’était passé pendant son absence; le duel de Joannic, et bref il compléta son récit en disant ce qui lui était arrivé chez Geuofsa, et comment il avait* enfin découvert la fille de Louise de Kersaleun, dans la personne de la diva Marie Sorbier.

A mesure que parlait M. Bodic, le comte croyait être en proie à un mauvais rêve, il ne pouvait se figurer que ce qu’il entendait fut l’exacte vérité.

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— Mais c’est impossible, s’écria-t-il, quaud M. Bodic eut cessé de parler.

Pour toute réponse, M. Bodic se leva et allant ouvrir un tiroir il en tira lùi rouleau de papier.

— Lisez, dit-il, eu lui remettant le manuscrit, c’est le journal de madame Louise.

M. de Sommeterre le saisit en tremblant.

— Louise, dit-il, Louise, n’ai-je donc pas encore assez expié mou crime.

— Lisez, reprit M. Bodic.

M. de Sommeterre jeta les yeux sur la bande de papier qui fermait le rouleau et y lut ces mots :

« A ma petite Genofsa, pour eu prendre connaissance après ma mort.

« Louise de Kehsaleün. »

— Mais, interrogea le comte, comment ces papiers sont-ils en.votre possession.

— Dans son délire, Genofsa avait parlé de papiers que lui avait remis l’abbé Leroll... J’avais besoin de voir mes doutes se changer en certitude, et je n’ai pas hésité à prendre connaissance de ceux qui sont contenus dans ce dossier.

— Et?... qu’avez-vous découvert?

— Que Genofsa est bien, en effet, la fille du vicomte et de la vicomtesse de Kersaleun, ainsi que le prouve cet acte de naissance.

Et il tendit au comte un papier jauni par le temps.

O Ce jourd’hui, 17 avril 1832, ont comparu devant nous. Maire de la commune d’Elven, etc., etc,, Louis- Auguste , comte de Kerou , capitaine de vaisseau , et Pierre- André Bodic, aspirant de première classe, qui

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nous ont présenté un enfant, que nous ayons reconnu être du sexe féminin, et à laquelle ils ont déclaré donner les noms de Louisc-Marie-Geneviève, fille née du légitime mariage de Gaston-André-Cbarles, vicomte de Kersaleun, seigneur du Plessis, Tonnor et autres lieux, et de Louise-Anna de Moreville, etc., etc.

— Eh bien, monsieur le comte, qu’en dites-vous?

— Que je bénis la divine Providence qui m’ofifre enfin l’occasion, si ardemment- désirée, de rendre à cette enfant le rang et le nom qui lui appartiennent. M. de Kergall savait-il que cette jeune fille fut sa cousine?

— J’ai tout lieu de le supposer; plusieurs fois, en effet, pendant le cours de sa maladie, ce nom de Kersaleuu . s’est échappé de ses lèvres; mais, lorsque le délire trouble sa raison, il l'applique indifféremment, tantôt à Genofsa, tantôt à Régine, et M. de Kemevelan, auquel

je faisais part de mon étonnement à ce sujet, m’a appris que ces deux femmes, tout en différant essentiellement dans toute leur manière d’être, avaient cependant d’étranges ressemblances entre elles ; le timbre de leur voix est le même ; l’expression du regard, quoique plus tempérée chez l’une que chez l’autre^ a cependant les mêmes effluves magnétiques ; les traits du visage eux-mêmes, plus accentués peut-être chez Régine, ont de certains rapports qui dénotent une même origine, ces deux femmes, en un mot, se complètent fatalement l’une par l’autre. Régine c’est le corps, Genofsa c’est, l’àme, et quiconque les connaît toutes deux, s’explique en quelque sorte ce double amour qui partageait le cœur de ce pauvre Yarm.

— Ce que vous mb dites est étrange, et si mes soup^

çons se trouvent confirmés, il y aura, croyez-le, pour nous ici-bas, quelques jours encore de bonheur.

— Expliquez-vous, car je vous l’avouerai, à mon tour, je ne vous comi)rends plus.

— Plus tard, je pourrai parler peut-être, mais en ce moment je dois me taire; au revoir, cher M. Bodic.

— Vous me quittez déjù, monsieur le comte, et sans m’apprendre ce que vous comptez faire.

— 11 me reste un autre devoir à remplir, devoir plus cruel et plus terrible, peut-être, fit M. de Sommeterre, en se levant, car il s’agit d^une pauvre àme à sauver.

— Régine? fit curieusement M. Bodic. .

— Oui, Régine, reprit avec tristesse le comte, elle aussi soutire cruellement, et son mal est sans remède...

— Pauvre fille!... que n’essayez-vous de distraire son chagrin, en l’arrachant à la vie qu’elle mène à Paris.

— Régine refuse de me suivre, et elle en mourra.

Ces paroles furent prononcées si tristement que M. Bodic en fut ému jusqu’au fond de l’âme.

— Mais quel intérêt, demanda-t-il, vous attache donc à cette femme... l’aimeriez-vous ?

— Oui, je l’aime, reprit fiévreusement le comte, en se rapprochant de M. Bodic, je l’aime comme mi père peut aimer une fille chérie; je l’aime presque malgré moi... et , faut -il l’avouer , un secret instinct m’attache à cette enfant trouvée... Puis, ce nom... qui me rappelle ma fille à moi... car elle aussi s’appelait Régine... C’est en Italie qu’ils l’avaient conduite... et c’est en Italie que, pour la première fois, je rencontrai ma Régine... Tenez... M. Bodic, tout cela me rend fou!... Si c’était ma fille, mon enfant... la fille de Louise... ne m’avez-vous

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pas dit qu’il y avait uuc étrauge ressemblance entre elle et cette autre enfant, née peut-être d’un même sang... Oh! s’3 en était ainsi... cette seule pensée fait battre mon cœur!... et cependant!... — un sombre nuage passa sur le front du comte — mais presque aussitôt etfaeant sous un sourire cette fâcheuse impression... j’oublierai, repritil, et à force de patience et d’amour je la relèverai si bien aux yeux de tous... qu’elle pourra haut encore porter la tète... Au revoir, cher monsieur Bodic, et à bientôt.

Et il s’élança au dehors, en laissant M. Bodic étourdi de tout ce qu’il venait d’entendre.

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