I.'aMmii; ET LE BECAET
• niurdit la m '.islaMie, hau- nies
>t n'.Mit pas la contenance la plue aimal.lc
Alain était à la fenêtre de sa rhamlwv. Jacques lui cria :
— Kli ! bien, ett-ce aujourd'hui que iravail-
Alain répondit :
— Non, pas encore; mais ' • ifii tôt ï
Quand Jenny se fut éloignée, Jacques dit à Mathieu :
— Il m'embête! Je veux bien lui faire so> tableaux, ;nais pas son lit!
Mathieu, qui n'avait pas aimé cette réplique, fit une moue.
Alain n'avait envie «le causer ni avec Mathieu, ni avecpersonne. Il était en gaieté. Même, il était en fatuité, pour ainsi «lire. C'est flatteur, «l'incliner une belle femme à vous aimer; c'est une victoire qu^. dans toute la nature, célèbre sans modestie le combattant masculin. Pour adoucir et tempérer de quelque cérémonie cet orgueil, il y a les sentiments que - nt la présence de la redoutable vaincue, la crainte lui déplaire et d'exciter son esprit de revanche, le prestige «le sa défaite glorieuse, la Gratitude pt la tendre complicité. Mais Juliette n'était pas là. pour intimider son triomphateur naïf: de sorte qu'Alain se livrait Bas vergogne à une ai se un peu
urne s'il venait d'abolir le ; >ar-
raasait plus «le ce mari, «le ce duel et peut-«Mre amant que le duel donnait à supposer. Juliette, aux l'Alain, «latait «le lui. née de la veille et D uur son amour, tout de même que la je* qui Mathieu faisait hnmmase d'un symholo inaugural, était aée prête aux ardeurs du jeune Adam.
A i J8Î Main ne songeait-il plus à tout ce qui naguère alarmait sa ferveur. Si, par hasard, la vue de Mathieu l'avertissait d'y songer, il en souriait d'une façon narquoiso et vaniteuse. Ni le mari défunt ne le gênait; et ni l'amant éventuel. Môme, avec une perversité primesautière, il s'en amusait comme d'incidents où éclatait sa suprématie.
Il se promena tout l'après-midi dans la campagne, seul, marchant d'un pas vif et gaillard.
C'est une erreur de se figurer que la perversité vient tard et est le signe d'une information désabusée. D'ailleurs, Alain n'était point arrivé à son âge sans folâtrer comme les autres jeunes gens ; et, en Orient pendant la guerre, les hasards ne l'avaient pas mal servi. Mais, en Orient et à Paris, les demoiselles de plaisir ont beaucoup plus de bonhomie que de malice et n'enseignent à un adolescent que ce qu'elles savent et qui est bien élémentaire. Elles n'ont de rouerie que le moins du monde et autant qu'il en faut pour se tirer d'affaire en des circonstances peu variées. Quant à l'amour, elles ne l'embrouillent pas de subtile idéologie et le réduisent au principal. Ce n'est point à elles qu'Alain devait aucune perversité : elles sont l'école de l'ingénuité. Mais la perversité d'Alain lui (Hait commune avec toute jeunesse élégante et que la civilisation n'a point laissée à l'état de nature.
Par les chemins et les sentiers, la tête haute, badinant et sifflant, il promenait son esprit de conquête. Et, s'il avait rencontré l'amant de Juliette, — ô Juliette, par.lonnoz-lui! — sans nulle insulte il l'eût pris par le bras et l'eût prié de lui conter le détail du bonheur qu'il se promettait.
Ce fut ainsi, dans un délire assez absurde, qu'Alain
passa le premier jour entier que Juliette ne devait pas être là. Or, il advint que ce premier jour fut le seul de son absence. Vers le soir, et comme Alain sentait son amour gagner tout son être avec une délicieuse abondance, on apporta un mot de Juliette pour Jenny. Elle disait qu'elle était rentrée, un peu lasse d'une journée dans un Paris brûlant. Elle avait très vite achevé sa besogne de signature et bâclé ses courses; puis elle avait pris le premier train pour son retour. On ne dirait pas qu'elle était une flâneuse et qu'elle se fût amusée en route. Elle se couchait. On la verrait le lendemain.
Mme Durny s'écria :
— C'est drôle !
On lit la guerre à Mme Durny sur tant de malveillance. Alain songeait : « 0 ma chère Juliette! » et ne disait rien.
Jenny avait déchiré en quatre morceaux la lettre de Juliette et l'avait jetée dans une corbeille auprès de son petit bureau. Alain désira vivement de posséder ces bouts de papier sur lesquels avait couru la main de Juliette : il se promit de les ramasser quand tout le monde serait parti et d'y pouvoir lire une phrase que sa mère avait seulement résumée, où Juliette annonçait qu'elle était lasse et qu'elle se mettait au lit. Or, il faisait encore jour, le beau grand jour d'après-diner dans la belle saison. Par la fenêtre ouverte du salon, le ciel resplendissait et pourtant n'avait plus son bleu dur de l'après-midi : les teintes s'adoucissaient et l'atmosphère aussi s'alanguissait d'une tiédeur un peu plus fraîche. Les hirondelles volaient haut, se poursuivaient, traçaient de longues lignes et criaient . ; leur chasse ressemblait à un jeu,
l'a M;» LU BT LE S1CWT
Leur « ri h un appel au plaisir acfcevé en plainte mé-
Laneolique «ii passionnée. Alain pensait à Juliette
lichée dès avant la nuit : cette imagination lui était
étrangement voluptueuse, galante à la manière des
vignettes qu'on rencontre en feuilletant les petits volumes libertins ern siècle avant-dernier.
La nuit vînt et fut merveilleusement claire sous la lune et SOUS les et > i !<•-. I>es chauves-souris voletaient sous le feuillage des marronniers, lorsque sortireni • lu >al«»n Jenn\ . Jaequrs et Alain, tandis que restaient à la table de jeu, sous les bougies, Malliieu et le ménage Durny. Jenny, son mari et son fils aimaient à respirer l'air du soir et, quelque temps, firent les cent pas dans une allée du jardin qui était celle par laquelle on gagnait la grand'route. Jenny avait à son bras gauche Alain, son mari à l'autre bras : elle était contente de les réunir ainsi et se faisait bien douce
n de les adoucir tous les deux. Jacque> souhaitait bonnement d'être gentil et pardonné 4e sa mauvai humeur matinale ; de sorte qu'il multipliait, à l'égard d Alain, les paroles qu'il s'avisait de croire le mieux paternelles.
— Si tu veux travailler avec moi, tu sais que tu peux compter sur soi g mime sur un vieil ami. Trop content de t'enseigner...
— Merci ! répondait Alain distraitement.
— ...le peu que je sais. Dame! il est bien eertaifl <ju i mon art vieillit un peu...
Jenny l'accusait eîe coquetterie.
— Mais non! répon lait .Jacques ; et il >'att n farw- , il volontiers sur lui-même. Je ne suis plue à la
aère mode : je deviens suranné...
Comme on oubliait de le contredire, il se défendit :
l'amouh et le secret 55
— Mais quoi! tous les maîtres ont passé par là et ne s'en portent pas plus mal. C'est un bon signe <1 ! maîtrise, quand on garde sa manière en dépit de^ modes nouvelles.
Il développa ce thème, et puis vint à une idée de l'art qui atteint sa perfection chaque fois qu'il est sur le point de se transformer. Est-ce un progrès ? Non pas î mais un changement. L'art ne s'attar jamais à nulle perfection, l'abandonne et en cherchi une autre. L'art n'est jamais tranquille et n'est content qu'un peu de temps et quelquefois.
— Mais il y a pourtant, mon petit, un métier de peindre qui dure sous les espèces différentes, qui doit durer : s'il manque, tout est perdu. Voilà ce que je puis l'offrir : le métier. Tu l'emploieras à ta guise ; et la ne sera pas la mienne.
Alain se confondait en remerciements. Jenny l'excusait d'ajourner le travail : après cinq ans de vit sauvage, il fallait reprendre le fil de sa pensée; il fallait...
— Sans doute! répondait Alain.
— Bref, à ta disposition! Quand tu voudras! concluant Jacques; et il regardait Jenny, de l'air d'un homme qui agit bien.
Alain, cependant, n'avait qu'un souci, qui était de diriger la promenade jusqu'à la grand'route et puis, sur la grand'route, vers la maison de Juliette. Il conduisait sa mère avec une sournoise habileté, de sa main cjui, passanl sous le bras de Jenny, la tenait au poignet. Jacques, tout h - >s dise >urs, suifait, inattentif et docile. Quand parut La maison de Juli itte, Alain vit toutes les fenêtres éteint il songea : « Elle dort! » 11 préférera que ni
mère ni son beau-père ne fit aucune réflexion de genre et dirigea une rapide conversion par le liane gauche : il ne trouva aucune résistance pressa le retour, pendant lequel on ne dit presque
rien, à cause d'un peu de fatigue et à cause de eeite langueur qui vous prend sous l'influence des belles nuits. Jenny sentait à présent la main de Jacques la ramener tendrement à leur chambre, tandis qu'Alain cédait à quelque rêverie. Elle était heureuse et troublée cependant.
Avant de monter à sa chambre, Alain ne manqua point d'un prétexte pour aller quérir les fragments de la lettre de Juliette. Il les assembla et les lut, à sa fenêtre, au clair de la lune sereine... « Bonjour et bonsoir. Je vais me coucher... » Ce peu de mots lui parurent délicieux et lui enivrèrent sa pensée ardente. 11 resta longtemps accoudé devant la lune et les étoiles. Ses yeux, à travers les masses brunes et blanches des arbres, cherchaient, ne voyaient pas et devinaient la maison de Juliette, et Juliette aussi dormante et peu vêtue. 11 envoyait des baisers dans la nuit.
lendemain, dès son réveil, Alain résolut de ne point laisser passer le matin sans avoir revu sa bienaim< dans la petite lettre qu'il avait sous les
yeux, Juliette disait à Jeiiury : c Vous me verrez demain. >) Sans doute viendrait-elle, comme le plus souvent, sitôt après le déjeuner. Tout le monde serait la pour l'aceu illir : Alain ne l'aurait point à lui, au
■i< la nouvelle idée qu'il avait de son intimité
cette jeune femme. En outre, et plus simplement euttOT . son impatience lui donnait de la vivacité. L'absence ne lui avait pas semblé longue ou affreuse, pan e q u'il était alors tout occupé du grand bonheur
i conquête imaginaire ou, du moins, faite en imagination, par une libre décision de son désir, et qui restait à proclamer, à constater d'abord, lndé-
ii.iment de tout ce tracas où le mettait sa faluité de jeune homme, une vraie tendresse l'incitait à n'éin pins séparé deJuli ta complication!
ta pi L8 bizarres de l'amour, il v a toujours les nai'vel'ainuur, comme il y a sous 1" dessin le plus divers <-i sons la tataisie extravagante d'un feuillage
le cours habituel et régulier de la sève qui monte.
Ainsi, Alain se désespérait Je la Lenteur des minutes qui Le mèneraient à dix heur'1-, le plus tôt qu'il cr»>\ -ait pouvoir aller chez Juliette.
Car il n'attendrait pas qu'elle vint : il la devancerait, la trouverait seule et aurait un peu de temps avec elle, probablement. Ce n'était point une hardiesse extraordinaire, au surplus, cette initiative Entre les deux maisons, les allées et venues de voisinage étaient quasi perpétuelles; et lui-même, que de fois avait-il fait ce chemin? Cette fois, il éprouvait un peu d'embarras, se consultait et, s'il n'hésitait pas en fin de compte, il se sentait pourtant pusillanime et de cœur endimanché.
Il eut un soin drôlement inutile de cacher son projet, fût-ce à Jcnny. Cependant, il lui aurait dit : « Je vais voir Juliette », que sans doute elle eut répondu : « C'est une bonne idée », et voilà tout. Mais il voulait ne lui donner rien à répondre ni à penser. Il craignit qu'elle ne le priât, comme la veille, à quelque promenade : alors, il devrait inventer un prétexte à son refus et faire de l'embrouillement où il n'en fal/ait pas.
Il resta dans sa chambre et souhaita d'y rester jusqu'au moment où sa montre marquerait l'approche de dix heures. Mais on vint, pour le ménage : il dut céder la place et, promptement, se retira dans la bibliothèque, à l'étage des greniers. Cette cachette lui parut la meilleure : il ne crut point y risquer une autre invasion que de Mathieu, facile et discret? personne. 11 était là, passé neuf heures, quand du jardin lui arriva le gai appel de sa mère. Il feignit de ne l'avoir pas entendu et soudain regretta de n'être pas
sorti : clans la campagne, on ne l'aurait point rattrapé. Au deuxième appel, il céda, sans bonne humeur.
— Tiens! tu es là-haut? Veux-tu faire un tour?
— Pas ce matin...
— Pourquoi?
— Je lis.
— Par un si beau temps?...
11 n'était pas si grand liseur, à son ordinaire. Son excuse ne valait rien, dont il fut ennuyé : ennuyé aussi d'avoir été peu obligeant et peu adroit. Sortir après cela, une demi-heure ou, plus exactement, vingt-neuf minutes après son refus de sortir, ne serait point aisé.
Il sortit secrètement, tout juste à la minute qu'il s'était fixée; il se sauva, d'une façon rusée et maligne.
Quand il arriva chez Juliette, on le fit entrer dans un petit salon qu'il avait toujours connu et qu'il pensa ne pas reconnaître. Et c'est qu'il ne l'avait jamais regardé, depuis son enfance, ni même les temps derniers. Nous ne sommes pas attentifs et nous avons une propension naturelle à nous accoutumer qui vient de notre paresse et qui nous empêche de rien voir; il faut, pour nous éveiller de notre continuelle indifférence, un changement qui nous étonne et qui, dans le paysage ou les entours de notre vie, soit comme une note aiguë dans le silence ou dans le bruit monotone. Juliette n'avait point changé ses meubles ni leur disposition ; mais Alain nïtait [dus le même et c'est lui, par son changement, qui modifiait le contact des objets et de lui-même. 11 s'en amusa. Toutefois, il avait surtout a calmer une
80 l'aMi.i i; i.i LE H-.< l;i:r
agitation très vive de bod C(BU et de son esprit.
Juliette >•' liL un peu attendre. Alain, souriant, l'accusa <lc paresse et l'imagina qui achevait de s'habiller, qui n'était pas toute habillée; il lui murmurait tout l>a> de venir telle qu'au matin sont les femnitant leur table à coiffer: cette image l'affriolait et cependant l'intimidait. Il n'avait plus son au lace de la veille; et, Qon loin de sa hien-aiméc, il perdit l'assurattee que l'absence lui permettait.
( lr, la voici, la bien-aimée. Elle entre vite; elle dit :
— C'e>t gentil à toi, «l'être venu.
Elle est habillé* cérame l'après-midi et serait toute prête à sortir. Elle a son air déjeune lille et, dan- tea yeux, dans la physionomie et dans la voix, cette liberté gracieuse qui prouve qu'un être n'a rien en secret qui le retarde ou le retienne. Il sufiit de la voir: on n'a pas à l'interroger. Alain, qui s'en aperçoit, n'ose guèr • lui poser les questions qui lui viennent aux lèvres. Mai.-, dans son émoi, il ne sait que dire et dit ce qui tout à l'heure lui semblait si urgant, ce qui maintenant lui parait absurde; il le récite ou le laisse tomber :
— Pourquoi êtes-vous partie, avant-hier?
Elle éclate de rire :
— Tu ne le diras à personne?... Eh! bien, je suis allée à Paris... devine!... pour donner une signature à mon notaire. Et pourquoi je suis revenue dès hier soir?... Parce qu'on étouffe, à Paris!... Tu ne l'as dune pas cru? C'est drôle, qu'on ne vous croie jamais!
Du reste, l'incrédulité du prochain ne l'attristait Rie trouvait le prochain, trouvait Alain déraisonnable et se montrait plus divertie que décoiicr-
l'amour et le secret Gl
tée par la déraison générale. Sa gaieté eut assez vite gagné Alain, qui pourtant voyait s'écrouler tout le roman sur lequel sa joie récente et sa confiance de jeune homme étaient fondées. Ni le départ de Juliette ni son retour n'avaient avec lui aucun lien, ne lui offraient plus aucun signe d'un amoureux sentiment qu'il eût inspiré à Juliette. Et elle le traitait comme un enfant, continuait de le tutoyer et de lui être familière tout simplement.
Si, la veiile, Alain s'était aperçu de ce mécompte et s'il avait soudain vu se défaire sa rêverie, la déception l'eût blessé : ce fut à peine s'il en souffrit, devant Juliette dont la présence lui remplaçait à merveille un mensonge. Il comprit que sa conquête n'était pas commencée : mais sa conquête aussi le tenta plus encore et l'anima du On courage qu'il lui faudrait.
La sotte question qu'il avait posée à Juliette ne laissa pas, dans l'esprit de Juliette, une ombre : ce fut effacé aussitôt, comme si l'esprit de Juliette, n'admettant jamais aucune ombre, était pareil à ces plages de la Méditerranée où il n'y a que la couleur sous la lumière. Alain l'en admirait et l'en aimait si heureusement qu'il ne se demanda même pas quel usage de l'existence avait appris à une si jeune femme l'oubli, le pardon, l'art de n'être point offensée.
Il lui dit:
— C'est joli, chez vous.
Elle se récria :
— Mais tu étais déjà venu!...
— Je n'avais pas regard»', probablement! répliqnat-i!.
Le salon de Juliette, une pièce carrée où entrait peu de clarté par deux fenêtres basses, et tout en bois
blanches avec des amours btaaes sur mi l'on ! bleu au-dessus des portes, était, pour ainsi direj plein d • passé, il ne gardai pas seulement l'aspect d'aal Pois, mais il gardait ime âme ancienne qui un jour > \ était endormie el qu'on n'avait pas dérangée. L - I» >r traits qui p tndaient aux murs, les miniatures aux deux côtés 'l'un miroir terni sur la cheminée, les meublas qui étaient du Louis XV p on- la campagne, et le tapis pour 1> Bilence, et le visage rayonnant du soleil au bas do balancier die la p sndule qui ne battait plus, tontes choses dataient de la même ép >.j ne lointaine et abolie.
— C'est vieux! dit Juliette.
— N'ainiez-vous pas ccitc vieillerie?
— l\i- .'iicore! répondit-elle, avec tant de vivacité qu'elle aftirmait ainsi son goût d'être jeune et à L'àg de vivre.
Autour de cette exclamation si juvénile, Alain 6 félicitait à part lui et composait un commentaire où il trouvait son avantage.
Elle reprit :
— .!« n'aime pas beaucoup le passé:..
Il osa risquer :
— C'est de l'ingratitude!
— Ou bien de l'indulgence, repli qua-t-elle.
Kt il s»' lut, comme si la discrétion l'y engageait. Juliette ne parut pas lui en savoir bon gré ou mauvais gré : ce n'était pas une manie qu'elle eût, ainsi que presque tout le monde, d'interpréter les paroles qu'on dit et celles qu'on ne dit pas; de sorte qu'on perdait auprès d'elle tout bénéfice d i sous-entendu, où se dépense la plus ordinaire ingéniosité de causeri •. Mais, pendant qu'Alain se iai>ai t avec déiica-
tesse, elle avait continué sa pensée ; et elle dit :
— C'est vrai f Nous avons beau avoir vingt ans, nous demeurons dans de vieilles maisons et dans de vieilles habitudes... Ça fait le bonheur de monsieur Landin. Chaque fois qu'il entre ici, ses petits yeux furettent partout, son petit nez flaire je ne sais quoi : de la poussière probablement; et il me cite une belle phrase dont je ne sais plus l'auteur, selon laquelle nos villes et nos campagnes seraient habitées de plus de morts que de vivants. Cette pensée funèbre le ravit et, moi, me désole. Pas toi?
Sans écouter ce qu'il répondrait, si bien qu'il ne répondit pas, elle se leva, courut aux fenêtres et les ouvrit toutes grandes, comme si elle voulait que l'air frais du matin se précipitât pour chasser une odeur ancienne et malsaine. Alain la suivit et avec elle regarda le paysage illuminé de soleil.
Entre la maison de Juliette et cette jeune femme, il y avait un contraste qu'Alain n'avait pas remarq encore et qui l'enchanta, le conflit du présent perpétuel et du passé, le combat de nos journées et de nos souvenirs. Elle avait tourné le dos à l'ombre qui dormait dans le salon du temps de Louis XV; elle ressemblait à cette matinée radieuse qui fleurissait a\ ardeur dans la campagne et qui ne savait pas qu'elle n'était pas le premier matin du monde.
Il eut envie de voir Juliette dehors; il l'y emmena ou elle y vint d'elle-même. Elle était toute dillérente de ce qu'il avait cru. 11 commençait à la comprendre et l'aimait ainsi plus encore. 11 l'aimait pour la spontanéité de sa jeunesse et pour sa nouveauU'. cornue d'abord il s'était pris à l'aimer pour le souvenir d'un amour enfantin. Or, elle avait trois ans de plus que
lui et son mariage, son veuvage et le reste incertain lui composaient tout un passe", tandis qu'au retour de la guerre, et en dépit «le l'ennui et de la souffrance, il reprenait sa vie «inq ans plus tôt à sa prime jeunesse. Mais elle était cependant plus jeune et plus neuve que lui : et c'est le printemps, qu'il aimait en elle, ou c'est le matin.
Seulement, à l'égard de cette Juliette qui abolissait le souvenir, Alain se sentait dénué de l'avantage et du moyen que lui donnait leur amitié ancienne si touchante et, pour peu qu'elle s'y prêtât, si troublant"'. 11 avait pensé l'engager à son amour en lui rappelant — et elle ne s'en souvenait pas — son précoce baiser au cou et lui dire, à mots voilés : « Juliette, je continue... » Elle brisait toute continuité; elle avait dénoué les liens qu'il croyait qui les unissaient déjà. Il ne l'avait jamais tenue et crut qu'elle lui échappait. 11 eut hâte de rattacher leurs jours et leurs années, dont le fil s'était cassé. Il dit inopinément :
— Je vous aimais, dans le passé... Je ne suis plus un enfant...
— Ah! lit-elle, je n'y étais plus : j'ai peu de mémoire... Tu n'es plus un enfant et je ne serai pas longtemps jeune : c'est grand dommage!
Alain reprit, sans ménager une suite à ses arguments :
— Et vous chantiez, l'autre soir, Sur un vieil air, 'l'une façon que le passé, le doux passé, fleurissait sur vos lèvres...
— Ah! dit-elle, j'ai chanté, sur un vieil air, une chanson nouvelle. Et puis, tu sais, je ne fais pas une philosophie d'une idée que j'ai peut-èliv par hasard ou par mégarde. Si je me déprends du passé, tu
penses bien que ce n'est pas pour m'emmailIot:*r d'une philosophie !
Comme ils approchaient de la barrière où ils allaient se séparer, après avoir causé encore, et d'autre chose, et de n'importe quoi, Juliette lui demanda, un peu à brûle-pourpoint :
— Mais toi, pourquoi tant aimer le passé? Il répondit bravement :
— Parce que je vous y aimais déjà.
Elle lui fit une gentille révérence et ne parut ni étonnée ni fâchée.
11 tourna vite les talons, trop vite pour avoir vu comment elle s'en allait, rieuse ou non. Il sentait son cœur se gonfler dans sa poitrine; ses joues tremblaient; des larmes lui venaient aux yeux. Mais il se disait avec satisfaction :
« Maintenant, c'est lit '
Il croyait pouvoir ajouter :
c Et au bout du compte, ce n'est pas trop mal iit ! i
Juliette vin!, l'après-midi, comme elle avait promis de venir, tout de suite après le déjeuner, quan<l los FontaiLke et leurs amis prenaient leur café <ur la terrasse.
— Enfin, dit Mme Durny, nous allons t -ut savoir!
Elle se ravisa :
— Nous n'allons rien savoir du tout!
Ses deux plaisanteries se perdirent dans le bruit du grand accueil que l'on faisait à Juliette Et Juliette dit bonjour à tout le monde ; Alain n'eut qu'un « rebonjour ».
— Comment, dit Jenny, vous vous êtes déjà vus?
— Mais oui! Vous ne le saviez pas?
Jenny eut la tendre indulgence de laisser tomber ici ce bout de causeri • ou de l'égarer, de sorte qu'Alain fut tiré d'embarras. Il avait frissonné d'abord ; puis, dans la sécurité que lui donnait le avardage général, il se repentit d'avoir été cachottier : mais il ne s'attendait pas que Juliette ne fit aucun mystère leur entrevu»'. L'aveu si franc de Juliette lui
léplut, à cause de sa mère qui l'avait cru, et sur sa parole, enfermé dans la bibliothèque, à lire; et à cause du peu d'importance que Juliette semblait ainsi attacher au début de son grand amour déclaré. Mais il eut sa revanche, ou bien se la donna, quand l'égyptologue dit à Juliette, avec un accent de sincérité naïve :
— Pardonnez-moi; mais vous n'avez jamais été jolie comme aujourd'hui.
Or, c'était si bien la vérité que tout le monde, au lieu d'y consentir seulement, parut content que ce fut dit et balbutia quelques mots delà même sorte; et Juliette reçut cet hommage avec simplicité. Elle fit gentiment signe que ce n'était pas sa faute et qu'elle n'en savait rien. La beauté impose d'abord quelque déférence : il faut un peu de temps avant qu'on ne se reprenne et que les autres sentiments, tels que l'envie ou la moindre méchanceté, recommencent de tatillonner. Mlue Durny essaya d'une pointe :
— Ça vous va joliment bien, d'avoir été à Paris! Mais on ne l'écoutait pas : elle avait lancé sa
piètre malice, comme un acteur découragé une réplique fade. Et Jacques, à califourchon sur une chaise, le menton sur ses deux poings, regardait Juliette en silence. Il se leva; les mains aux hanches, il regardait Juliette encore. Il lui dit :
— Laissez-moi faire un portrait de vous.
— Très volontiers, répondit-elle. Quand vous vouez!
— Mais tout de suite!
— Un de ces jours? demanda-t-ollc
Et elle s'assit. Mais Jacques ne consent il aucun délai.
— Croyez-vous, fit-elle, que je vais enlaidir si promptement?
— N'ayez pas peur. Mais il y a de ces momentoù un être, comme un paysage, est mieux épanoui que jamais. C'est la lumière; et puis c'est je ne sais pas quoi : c'est lui.
— Vous êtes en fleur, belle Juliette! dit Mathieu. Alain songeait à part lui : « C'est le soleil qui
donne à un charmant paysage sa beauté la plus parfait»1 : à un visage, c'est le bonheur... i Et complaisant pour soi ainsi que le sont les amoureux au temps où leur vanité n'est point empêchée, il estima que le bonheur de Juliette et, conséquemment, sa beauté venaient de lui.
Quand Jacques se fut éloigné pour préparer sa toile et ses couleurs, Juliette avoua qu'elle n'avait pas envie de poser. Les remontrances de Jenny la secouèrent de quelque nonchalance où elle s'abandonnait, les bras tombants, l'air soucieux. Et Jacques, de la porte de son atelier, l'appela.
— Oh! non, dit-elle, dehors! Vous n'allez pas m'enfermer dans votre serre chaude!... On étouffe, dans son atelier.
Mais Jacques ne pouvait peindre en plein soleil : elle était folle! Ni à l'ombre des arbres : non! Il la voulait à la lumière tamisée d'un rideau blanc qu'il avait si bien arrangé :
— Venez voir; et ne faites pas la petite Ûlle capricieuse!...
Elle rit et ne parut pas avoir une autre intention que de simple gentillesse en disant :
— Alain, tu feras un croquis de moi, en même temps?
Jcnny applaudit «à cette bonne idée. Alain sentit, au bout de ses doigts, la crainte de sa maladieet redouta l'émulation qui le prendrait, lui l'apprenti, auprès du maître si habile : et son orgueil souffrait déjà; mais son amour était content. Il estima qu'il n'avait pas d'autre moyen de passer l'après-midi à côté de Juliette et que l'occasion lui était délicieuse à ne point refuser, de la regarder comme, sans le prétexte de l'art, il serait impertinent de le faire.
Quand Juliette fut la douce victime du peintre et
du dessinateur, dans l'atelier, les autres continuèrent
d'être indolents sous les branches des marronniers.
Et, comme il arrive après un incident qui a dérangé
une causerie vaine, ils semblaient un peu accablés,
non d'une idée, mais dn néant de leur pensée.
— Je suis enchantée qu'Alain travaille, dit Je;: Cette petite Juliette va me le tirer de son marasme.
— Sois-en bien sûre! répondit Mrae Durny.
— J'avais un ami, reprit Mathieu, qui n'était pas un grand artiste, mais qui adorait la peinture. 11 voyageait, visitait les plus belles galeries de l'Europe et, 1rs tableaux qu'il aimait le mieux, il les copiait. La copie faite, il la détruisait : il n'a poir.t Lais une toile. Mais il disait que, pour bien voir une œuvre d'art, il faut la copier, la regarder avec l'atl tion délicate, soigneuse et tendre que demande le moindre essai d'en faire autant. Et il m'a dit. sur la Joconde, des choses!. . Les peintres ont d-
que nous ne connaissons pas, que nous devinons a peine.
Et Mathieu, les yeu\ à demi-clos, avait un petit air voluptueux.
A l'atelier. Juliette I éissawfce avait prie te
70 l'amour bt le skcr]
ne s'y Bentail poinl heureuse. Elle «lit. avec un air de fatigu i prématurée :
— Je no pourrai pas rester longtemps comme ça!
— Pourquoi? fit Jacques.
— Parce que je vais m'ennuyer ; et, si je m'ennuie, je m'endors.
Alain songea qu'il aurait aimé à la voir dormir; et la pensée d'un tel sommeil lui caressa l'imagination. Mais Jacques protesta :
— Jamais de la vie! Je suis là, pour vous empêcher de vous ennuyer.
— Au moins, reprit-elle, si vous me donniez un livre?
— Ah! mais non. C'est ça qui vous endormirait. Ou bien il faudrait un livre comme on n'en fait pas : un livre tout pareil à vous, avec de la gaieté sereine, avec du rire aux lèvres et aux yeux, du rire qui n'éclate pas et qui est un état de l'âme sur le visage...
— Allons! fit-elle.
Jacques avait tout disposé à son idée, promptement et avec la justesse de décision qui révélait sa maîtrise. Alain s'était placé de côté, sans rien dire, et ne souhaitait que d'être oublié, seul à son plaisir. L'exubérance de Jacques, ses paroles, ses regards, sa joie de peindre et une ardeur qu'il répandait par tout l'espace environnant, ne laissaient pas un coin tranquille dans l'atelier. Mais Alain se lit pourtant une île de silence et de rêverie que battaient comme une houle les enthousiasmes et peut-être le génie du grand peintre. Ou bien il y avait, de Jacques à Juliette, une extraordinaire abondance d'effluves qui semblaient désordonnés; d'Alain à Juliette, un trait mince, fragile et brûlant de méditation passionnée :
il fallait toute l'intensité continue de ce trait, pour qu'il ne fût pas brisé par le violent tumulte des alentours.
Juliette peu à peu était devenue sage, ne bougeait pas et, comme avait dit Mathieu, fleurissait. Dans un moment de relâche, Alain lui demanda :
— Juliette, à quoi pensez-vous?
Elle répondit avec bonne foi :
— Je crois que je ne pense à rien.
— C'est magnifique! s'écria le peintre.
— Mais alors, reprit-elle, j'aurai l'air stupide?
— Ah ! mais non!... Ça, je vous jure que non !
Et, comme il travaillait en pleine allégresse, il fit tout haut le commentaire de sa joie :
— L'aile du nez est la plus fine que j'aie vue. Et, si je la dessine tout au juste, je la dessine trop petite. Elle n'est pas trop petite : elle est parfaite. Les yeux de même et la bouche aussi. La bouche va me défaire mon ensemble. Chacun des traits est un chef-d'œuvre à lui tout seul...
— Taisez-vous! fit Juliette.
Mais il n'allait pas se taire :
— C'est un miracle, que vous ne soyez pas laide, avec tant de beautés qui sont presque impossibles à réunir. A la commissure des lèvres, il y a, au lieu d'une ombre, une lumière... Je ne sais pas comment c'est fait... Ça devrait supprimer toute la physionomie : et toute la physionomie est là. Elle se répand de là sur la joue, en lumière. Vous avez un visage de lumière !
Alain dessinait avec difficulté. Le commentaire de Jacques lui faisait remarquer des beautés qu'il n'avait pas vues, qu'il s'accusait de n'avoir pas vues et qu'il
l'axoub !.t le b» HKT
était incapable de rendre. :l enviait, moins en artiste
qu'en amoureux, cel art subtil et souverain qui exaltait, auprès de lui. un autre homme: ci. s'il n'était pu lactement jaloux, du moins éprouvait-il un émoi lésagréable à se «lire qu'auprès de sa oien-aimée Jacqu >s se substituait à lui d'une manière impérieuse et indiscrète. En même temps, les^beautés que Jacques lui révélait si étrangement le charmaient, le troublaient et lui augmentaient son amour. Il était comme un peu niais et ravi, à connaître par le prochain la merveille qu'il avait commencé d'aimer avec imprudence.
Jacques bientôt n'eut pas de retenue; et, parlant à s. le roi Candaule ne racontait pas mieux son trésor que Jacques n'avertissait Alain d'observer les délices de ce visage. îl appelait Alain, l'obligeait déplacer. de son bonheur timide et à regarder comme il le voulait le passage d'une lumière à une autre lumière entre la joue et le cou par la ligne à peine marquée et si nette pourtant qui va de l'oreill menton. Puis, sur le cou, d'une blancheur animé' nuances de la vie, il eut des mots d'une si douceur qu'Alain frissonna de malaise et détourna les
La Juliette qu'il dessinait d'une manière un peu sèche avait-elle bien la ressemblance de la vraie Juliette? Elle ne ressemblait pas à la Juliette -pi.' Jacques il. montrait, clouait et savait peindre. Celle-ci était la nymphe de l'été couronnée de ses cheveux ime d'une moisson d'or et souriante aussi coi
-rne au soleil qui ne l'accable p-dut de
rayons mais l'en caresse. Plus pensive, plus
retirée, m 4ns belle et plus touchante, la Juliette
d'Alain souffrait de l'art imparfait du dessinateur et avait cependant une grâce jolie. Puis, sur le cou, à la place où avait glissé son baiser d'autrefois, il posa une rose, et qui fut là sans que l'on vît d'où elle venait, ne descendant pas des cheveux, n'appartenant pas à une guirlande, ne montant pas d'une tige tenue à la main; l'on eût dit de la peinture d'un miracle tel qu'on en trouve dans les recueils de légendes : une fleur naît sur la blessure de quelque martyr et cache le stigmate sous une allégorie énigmatique et charmante.
Alain, quand il eut achevé de dessiner la rose, ne dessina plus ; mais il ne bougea point et craignit d'avoir à montrer cette image. Juliette la demanda et dit :
— Tu as beaucoup de talent.
Jacques dit que ce n'était pas mal; mais la rose le déconcerta :
— Et de cacher un cou pareil! Ça, mon petit, c'est une folie.
D'ailleurs, il ne fut pas longtemps à épiloguer làdessus; car il était tout à son œuvre et achevait sa première esquisse avec une fougue admirable. Il ne parlait plus, ne chantait plus les louanges de Juliette et de sa beauté. Il avait une hâte, qui ne rendait pas ses mouvements désordonnés ; il avait un air farouche, la mâchoire serrée, les yeux en joie.
Gomme Alain ne travaillait plus, il lui dit :
— Mon petit Alain, demande donc à ta mère qu'on nous prépare de l'orangeade; ou bien du thé : préférez-vous du thé, Juliette?
Et, quand Alain fut sorti, ses mains rapides déposèrent la palette et les pinceaux. Il avança d'un pi-
Ti l'aboui ri le acm
ou deux ?©rs Juliette et il lui dit, d'une roix qui ranglail dans sou gosier :
— Vous rappelez-vous, Juliette? Juliette, Juliette, vous rappelez-^ oosî
— Mai- non! fit-elle en un .ut.
Il adoucit sa roix et répéta eonfiisémen! :
— Juliette, vous rappelez-vous?
Elle s'était ). Elle semblait avoir peur.
Cependant Jacques, immobile, la regardai une
tr malheureuse. 1! retourna lentement tra-
vail, îi ne travaillait pas encore, il n'étaipplus capable de travailler, quand Alain rentra» Mais Juliette avait repris la pose et ïon aurait à peine remarqué sur son visage un peu moins de sérénité.
Jacques dit, d'une façon rogue :
— Assez pour aujourd'hui; je suis las!
La brusquerie de Jacques ne devait pas étonner Alain ; car il avait de ces détentes ncr i ne
le rendaient pas aimable après une fo e.
Juliette parut contente du congé qu'on lui donnait. Elle se leva. Elle n'alla point regarder b peinture de Jacques; et Jacques ne l'y invitait pas : il rangeait son attirail. Elle dit à Alain :
— Mène-moi faire un tour dans le jardin.
Elle lui prit le br i U* s'y appuya d'une manière
comme un peu abandonnée, tendre et aimant»', qu'elle n'avait pas encore eue avec lui.