‹ L'amour et le secret, romanChapitre 7 sur 11 · SECRET · texte numérisé non relu

SECRET

. Ah ! tu n : . m m pauvre

ami! Mais Pàg mliette ni l'âge d'Alain

qui t'a rendu si furieux. Ne m ns pas!... Tu entends : je ta <li< : ne mens pas! et j'ai le droit, le droit désespérant de te le dir .

— Ah! mais non, pas du tout! Je ne t'acco: de me 1" lire.

11 {k n mettre en colère : et, à la faveur de

1ère, il s'en irait. 11 s'écria :

— Et puis, au bout du compte, mari' il!

Jennv répliqua :

— Si même tu y consens de guerre lasse, tu ne pas dit pourquoi le seul projet de ce mai

t"a fait frémir. Allons, dis quelque chose, dis ce que tu voudras : dis-le, par charité pour toi et pour moi... Tu ne trouves rien? Je te supplie de trouver quelque chose!... Veux-tu que je t'aide?.. . Est-ce que. par hasard, Juliette ne serait pas une honnête femme, digne de mon garçon?

Jacques eut l'air l'un nomme en péril et qui voit lut venir d'où il ne l'attendait pas, d'où il v udrait le r, et qui n'est plus à faire le difficile :

— Eh bien, c'est ça! murmura-t-il.

— Juliette n'est pas une honnête femme?

— Non!

— Pourquoi ne me l'as-tu pas dit d'aboi

— Mais parce qu'on a honte de parler ainsi «l'une femi

— ! ment le sais- tu?

— Je I

ny eut à vaincre an saeg lit répliqw

— Jacq i mentir deux ant

de me mentir une autre fois encore, va-t'en. Faismoi la grâce de t'en aller. Nous causerons un autre jour.

Jacques frappa du pied, croisa les bras, prit une pose et puis sortit.

Jenny attendit le temps qu'il fallait pour que Jacques se fût éloigné. Elle écouta ses pas dans l'escalier, puis le bruit de la porte qu'il devait ouvrir en gagnant son atelier. Alors, elle sortit de sa ch.ambr.-3 et imnta, en courant presque, à la bibliothèque où ell i était à peu près sûre de trouver Mathieu. Il était là, ne lisant pas, un livre sur ses genoux, un de ses doigts servant de signet; et il regardait, par la fenêtre ouverte, la campagne, où il ne voyait absolument rien, parce qu'il songeait au présage si alarmant que le départ des rats lui imposait.

La soudaine arrivée de Jenny le bouleversa. Elle n'eut pas besoin de rien dire pour qu'il sût que le présage commençait à se réaliser. Elle, ordinairement si tranquille, môme dans les moments d'un ('•m >\ qu'elle dissimulait avec élégance, elle qu'il appelait « Votre jolie Sagesse », n'était plus à faire bon visage et à laisser la vie autour d'elle se démener sans l'atteindre : elle s'assit auprès de Mathieu et, tout de suite, elle pleura. Ses larmes, comme si elle

les avait longtemps retenues, coulaient avec abondance. Mathieu s'écria :

— Jenny!... Jenny!...

Et machinalement, il allait ajouter : « Qu'y a-t-il? » Mais il ne le dit point, sachant et ne sachant que trop ce qu'il y avait. II lui prit la main qu'elle lui abandonna et qu'elle lui reprit bientôt parce qu'elle devait .-'occuper de ses larmes et les éponger. Son mouchoir en fut trempé, à ne plus servir qu'à lui mouiller davantage les yeux et les joues. Mathieu lui tendit un mouchoir qu'il avait dans sa petite poche et qu'elle accepta sans rien dire et qui, plus grand que le sien, lui couvrit mieux tout le visage dans la paume de sa main.

— Jenny!... Jenny!... répétait Mathieu, tout simplement pour qu'elle sût-, ne le voyant pas, qu'il était auprès d'elle, attentif à elle.

Mais il ne lui disait pas de ne pas pleurer. Car il pensait que, de pleurer, la soulageait et que, délivrée de ses larmes, elle aurait assez de calme revenu pour lui parler et lui dire en quoi il pouvait la seconder. Seulement, il devait lutter, lui aussi, contre le chagrin qu'il recevait de la voir si affligée : il ne gardait quelque sérénité qu'à se dire qu'elle avait besoin de lui et besoin de le trouver bientôt prêt à la - r\ir. Elle pleurait encore, et pleurait un peu moins pourtant. Lui, malgré son trouble, méditait, avec la puérilité- méticuleuse que l'un a hors .le propos, de recouvrer sou mouchoir ensuite et puis l'enfermer dans une petite boite sur laquelle il inscrirait : « Larmes de Jenny. i El voilà ce qu'il aurait sauvé d'une t< nipèle .ni il n'osait eue- quels

seraient les naufrages.

l . I l'amour .

Eut apaisée autant que c'était poêle dit à Mathieu :

— Mou pauvre ami, je suis perd i

:,mie il se taisait, par un scrupule délicat, Jenny il :

— Vous ne paraissez pas étonné. C'est que je ne vous apprends rien. Vous saviez donc? Pourquoi ne

\ olr pas avertie?

Mathieu fut obligé de lui demander :

— Qu'y a-l-il?

— Oh! lit-elle, vous le savez bien. Jacques est amoureux fou de Juliette, amoureux fuu! S'il ne me l'a pas dit, c'est tout comme î Je m'en doutais. Ou plutôt non. Je croyais deviner que Juliette lui était une occasion de quelque joie et qu'il aimait à être beau devant elle. Mais ce n'est pas cela : c'est du délire! Il ne m'a point aimée ainsi... Et il ne m'aime

il m'a aimée!

Elle pleura encore un peu. Mathieu aurait voulu

rumenter. contre le désespoir de Jenny. Seule-

d. il ne voyait d'arguments que de nature à eoii-

liriurr ce que Jenny pensait. Et il avait une habitude

ou une manie d' honnête t taie qui L'empêchait

d'inventer une dialectique obligeante.

— Voyons, dit-il, apurons-nous de ce que vous ez.

11 était de bonne foi et procédait avec Jenny comme il eût fait avec lui-même...

— Moi ai; a aperçu que Juliette, par .-a

et, autant que j'en puis juger, sans l»1 \<>u- 1 ir. communiquait à son esprit,

- manières, une (lamine ina tumée. C ... Mais je u'en étais

L'AMOUR ET LE SECRET ilo

autrement tourmenté. S'il faut le dire, je n'ai guère vu aucun homme auprès de Juliette et qui ne fut tenté de lui plaire. M. Durny, pourtant si confiné dans son étude...

— Mais non, Mathieu!...

— Et moi-même, s'il faut l'avouer...

— Mais non, Mathieu : ce n'est pas ça du tout!

— Ce n'est pas ça exactement, reprit Mathieu. Mais tenez compte de la différence des natures. Jacques a une exubérance, et comme un feu dans l'imagination que nous n'avons ni M. Durny, pour diverses raisons, ni moi...

Jcnny aurait accueilli volontiers le peu d'espoir que toute hypothèse lui eût offert; et elle écoutait Mathieu avec beaucoup de complaisance. Puis l'effort que tentait ce parfait ami pour lui proposer, à défaut d'une preuve impossible, au moins le béuélice île 1 incertitude, la touchait; en même temps, te loisir d'avoir plus qu'à l'écouter la reposait. Seulement, £.ucun doute ne résistait à ! ice qu'elle avait

acquise. Mathieu s'accusait en vain d'une fui jui ne portait nulle atteinte à son fidèle sentiment : ce n'était pas la même chose; et Jenny s'en fût amusée, un autre jour, non pas dans ce désastre de sa vie. Elle écarta cette consolation dérisoir i <'! truisit le fragile i de sécurité provisoire <i

Mathieu lui avail combiné; elle le détruisit en un tournemain.

— Non, Mathieu, non! .! lis pas à me xer d'illusions : je sais.

— Ali ! «lit Mathieu, s'il y a des l'ail-

— 11 est sorti la nuit pa reprit Jenny, sorti de

oisine de la mienne : je ne m'< pas

17»; l'amour ht le secret

aperçue. Il a suivi Alain, l'a espionné par jalousie.

Alain, qui avait reconduit Juliette, s'est quelque temps attardé auprès d'elle, chez elle : et Jacques était aies épier, comme un rôdeur. Comprenez-vou-, Mathieu? Comprenez-vous mon effroi, mon dégoût, ma misère? J'ai mon Iils et mon mari amoureux de la même femme, courant après la même femme, et qui peuvent se rencontrer... je ne sais pas... se prendre à la gorge! Ils sont chargés de haine l'un contre l'autre. Et ce n'est pas tout mon malheur, de savoir mon mari détaché de moi pour l'amour d'une autre femme : il faut encore que je craigne, entre mon iils et lui, la conséquence d'une ignoble rivalité, un drame comme les journaux en racontent... Ah ! quelle ignominie!...

— Vous menez les choses à l'extrémité, dit Mathieu.

— Ce n'est pas moi qui les y mène, répliqua Jenny: elles sont à ce point. Mon pauvre Mathieu, imaginez que. cette nuit, Alain ait vu Jacques le guetter, le filer, lui prouver qu'il en veut à Juliette. .. Je ne sais pas ce qui serait arrivé, je ne sais pas.

— Alain n'a pas vu Jacque- ?

— Non, par bonheur!

— Mais Jacques a vu...

— Alain? Puisqu'il était à ses trousses!

— !I vous l'a dit?

— Comme je vous le dis !

— Au bout du compte, il n'est rien arrivé...

— Non ! Mais ce n'est pas Jacques, pnurla violence, que je redoute: il est poltron... Ce n'est pa> <;a queje

dire... Il a pourtant, jusque dans la colère, une mollesse un peu lâche... Mais oui ! j'aurais tort de ne

la» le voir comme il est: rt il faut que je m'accoutume à cette lucidité... Alain. lui, est dangereux, avec sa fierté, avec sou ardeur contenue et secrète. 11 ne parle presque pas : tout est dans lui. Et son amour de Juliette, je le sons bien, c'est une folie Servent t >ute sa vie, toute l'intensité de sa vie eng : au risque-toul .

— Mais, reprit Mathieu, Jacques vous a dit...

— Son escapade? Oui! En sournois, et glorieux !... 11 s'est vanté auprès de moi du soin qu'il avait eu de veiller, aux dépens de son sommeil, sur la conduite de son !).

— Et tes sûre...

— Qu'il mentait? Oui!... La conduite d'Alain elle ne I dans s urs, il s'en moqu\.. Et, si vous aviez vu sa fuivur. son ex i de jaloux blessé, quand je lui ai dit que j • c< marier Alain et Juliette... Ah! je verrai toujours ça le .i ai plus le voir sans me rappeler les

. qu'il avait dans ignre abominable

qu'il a ' pensée Julieti rail pas

1 était un seau lai i îiqu \ une

bonté et, pour moi, q ilte !—.

— Ma pauvre Jenny! lit Mathi

— Jt' l'ai prt ssé de me dire pourquoi il refu que Juli pousât mon garçon. Cette question L'a pris au dépourvu...

— Qu'a-t-il répondu?

— Rien... Que Juliette n'était ; as une hon*ète le m

— Alors c'est qu'il ne l'aim • ; as?

— Mathieu, \ u rop naïf!

Mathieu réfléchit un insta mtit :

— C'est vrai. Je raisonnais mal et trop théoriquement. Ma pauvre Jenny !

— Ah ! oui, votre pauvre Jenny ! Songez, Mathieu, à la débâcle de mon existence. Je ne vous dis pas que je souffre: ce n'est rien, de souffrir; on s'y accoutume, on oublie... On ne s'accoutume pas à ce qu'il faut que j'endure et qui n'est pas la douleur d'un moment : on n'oublie pas la ruine de son cœur.

— Vous aimez Jacques comme au premier jour? Mathieu dit cela posément tt s'étonna de dire tout

haut ce qu'il s'était dit en lui-même tant de fois, avec tant de secret, tant de mélancolie aussi. Jamais il n'aurait cru qu'il parlerait ainsi à Jenny, d'une façon qui lui sembla si hardie et presque dénuée de pudeur. A la pensée qu'elle était là, auprès de lui, dépourvue de la réserve et des précautions qui avaient toujours paré leurs sentiments, il connut le drame et eut conscience qu'elle et lui, dans une catastrophe, dépouillaient toute coquetterie, toute élégance et les délicats mensonges du cœur bien élevé, pour ne plus chercher que le sauvetage.

— Ah! répondit Jenny, présentement, je ne l'aime pas : j'ai horreur de lui et de ce que j'ai vu de lui. Mais je l'aimais, vous l'avez dit. Je l'ai aimé de toute mon âme... Dame! une jeune fille, on la marie : la seconde fois, je me suis mariée.

Et Jenny avait dit cela par un élan de sincérité, dont la présence de Mathieu lit qu'elle rougit, tardivement. Mathieu sourit et ne sut pas rendre gai le sourire que sa bonté accorda au trouble de Jenny. Peu s'« n fallut que, pour l'encourager, il ne répondit :

Mai-, oui, c'est tout naturel ! »

Il se retint de le dire, comme aussi Jenny se retint de lui demander pardon. Le silence que tous deux gardèrent fut de meilleure charité, mieux entendue, que les maladroites paroles qu'on dit faute de savoir se laire. Mathieu s'avisa de ne point penser à luimême et d'abolir la rêverie trop personnelle qui l'eût diverti de songer à Jenny uniquement. Il ne le fit pas sans effort : non que l'égoïsme eût en lui beaucoup de résistance ; mais il éprouvait, au souvenir de son amour docile et malheureux, une douceur qu'il devina que Jenny éprouvait pareillement et qui, malgré la tristesse inévitable, calmait lafarouche véhémence de l'autre amour et de son dénouement terrible. Jenny était comme alanguie dans le chagrin. Ce fut Mathieu qui la tira de sa langueur :

— Il faut, dit-il, aviser. Et sans retard.

— Non, répondit-elle, tout est perdu.

— Je ne vais pas vous laisser mourir devant cette dévastation, devant ces décombres de votre destinée.

— C'est vrai, dit-elle, que j'en mourrais!... Du reste, je veux bien mourir. A présent, ma vie est pire que la mort. Mais je ne veux pas de ce drame dont j'ai peur. Je ne veux pas que mon fils et mon mari...

Elle trembla ; et les mots ne sortaient pas de son gosier.

— Oui, répondit Mathieu; — °nous empêcherons ça.

— Ça, fit- elle ça seulement ! Ne vous occupez pas de moi. Parce que moi, voyez-vous, Mathieu? i iini de moi !

— Ah! mais nun! répliqua-t-il, ah! mais non, ce n'est pas Iini de vous. Parce que, voyez-vous? — Et la rougeur lui inentait au visage. — Parce que, voyez-

'kmi pu :eur,

ma klheur : ça, non, je n

11 n'en aurait pas dit d d'en avoir tant dit; mais le ut qn'il

dans le regard ! j le rassur i. \

de q mts-, M reprit, s'étanl

— ' ce que je leis fair • : il faut y penser. Mais vous êtes venue m ■ tr

que je mus aide : c'est bien

Un autr ut plus habille. Campiez sur m i.

nicu mes

et, r as pas lu tout c ront,

ne fcwugez pa

— Je me lie à ve

— Oui. Mais ce n'est pas L'afEai

Avant <[ue je ne vous dise mes projets, ne bii /. rien ; soyez comme si de rien n-'étaùt. Far ex udra déjeuner avec □ Durny : c'est le salut '.

. vous serez comm i d'habitu le. « promis i

un y !

— Et - ail : « M û non plus ! \

Jenny se retira sans qu'il y eût, dans ses paroles ni dans son air, plus d'agitation. Gomme elle disait qu'elle n'avait aucun espoir, elle n'en avait aucun. Mais l'amitié de Mathieu la délivrait de la solitude où elle s'était sentie éperdue. Elle voyait plus nettement son irréparable malheur : elle n'était plus entourée de fantùmes. Elle s'en alla doucement.

Mathieu ne chercha point à la retenir. Il constatait qu'elle pouvait, pour un peu de temps, se passer de lui : et il devait s'occuper de la servir. Il- éprouvait un bienfaisant désir d'activité. Ce qui lui manquait, c'était une idée juste et précise de l'emploi qu'il ferait de son entrain. Là-dessus, la tète lui tournait; et, s'il se lût abandonné à son émoi, il eût tout simplement gémi : « Pauvre Jenny ! » Jenny parti'1, après qu'il eût fermé derrière elle la porte de la bibliothèque, il n'o>a point retourner à son fauteuil et -\ a-- oir, n'ignorant pas que, s'il commençait de méditer sur le tracas dont il avait à se mêler, il n'en finirait pas et, à force d'ingéniosité, aboutirait à la tris! >S6^ faim

182 l'amour kt le secret

— Allons! dit-il, c'est moment de no pa s'égarer parmi. les erreurs qui mènent à la vérité.

Le petit volume qu'il avait placé, à L'arrivée de Jenny, sur la planchette d'un guéridon, le di - en l'air et les plats écartés comme les ailes d'un oiseau qui se pose, il le prit, d'un bout de papier marqua soigneusement la page où il s'était arrêté de sa lecture et, pour le ranger, grimpa l'échelle: c'était un de ces livres libertins que les personnes scrupuleuses veillent à ne pas mettre à portée de la main sur les

aïs d'en bas. Et Mathieu, qui avait de l'ordre, -avait aussi que, de ranger autour de soi les obj

- range les idées dans L'esprit : car nous avons le mécanisme du cerveau sensible à tout exemple, comme l'est un miroir aux alentours.

Quand il descendit de l'échelle, il tenait son idée principale, qui fut d'aller trouver Jacques ; et puis ? de causer avec lui, de le gourmander, de Le ramener à la raison? tout cela était vague et Mathieu n'a» ait point hâte de le définir : tout cela dépendait de Jac-

3 autant, pour le moins, que de lui; et l'on a tort de prétendre ûrer le détail des minutes prochai Hais Jacques était le dieu ou le démon, le démiurge des calamités où Jenny avait à pâlir. 11 fallait s'adresser à lui. Kt comment? Mathieu, qui redoutait d'imposer, selon le penchant qu'il y avait, -onnemunts à la réalité, ses métaphysiques aux phénomènes, se résolut à suivre tout bonnement

; impulsion, Laquelle était assez forte pour le coi duire. Et tandis qu'il descendait à l'atelier

impulsi m devenait plu.- valeureuse : à la pe de Jenny menacée, il détestait Jacques etdéjà prenait

ee mauvais homme plu- aimé [ue suivais

mérites, l'ascendant Je l'indignation, la suprême d'une juste colère.

Jacques demanda d'une voix bourrue :

— Qui est-ce ?

— C'est moi; c'est Mathieu.

— Entre!

Et Jacques vint au-devant de lui, sans palette à la main, car il ne travaillait pas. Il ne joua aucune comédie, n'en eut pas le temps. Mathieu, à brùlepourpoint, lui saisissant le poignet, l'interrogea:

— Eht-ce que tu deviens fou. Jacques?

Jacques secoua son poignet, croisa ses mains derrière son dos, se campa devant Mathieu; mais il ne répondit |

— Te rends-tu compte de ce que tu as fait? reprit Mathieu.

— Ah! ça, mais... lit Jacques impatiens

— Non, non. Pas de mots inutiles ! Tu sens bien que je ne suis pas venu pour mon plaisir, ni pour le tien, mais pour tâcher d'arranger avec toi, tan

que mal, le résultat de tes folies. D'ailleurs, lu chez toi: s'il te plait de me jeter à la porte, dis-

— C'est (jue j'en ai ni dément envi '. ré] m lit Jacques, en fureur.

— Oui, mais Lu ne le fais pas. A.1

Écoute ; je ne sui> pas ton ennemi. Je ne peux j ton ennemi...

— Parce que tu es l'ami de ma femm

— Précisément! Peut-être aussi te - tuviens-tu que j'ai pour toi une amitié qui a l'ait ses preuvi

un bon quart de siècli ...

— Ses preuTe

— Mais oui, s le i'.Ht.

d'admiration : le tout avec la même simplicité; l'admiration comme les autres sentiments. Et l'amitié par-dessus tout, je te le répète. A présent, tu viens de briser ton ménage.

— C'est la première nouvelle.

— Ah ça! tu ne t'en doutais pas?

— Ma foi, non !

— Eh bien! tu le sais. Mais voyons, Jacques, nous n'allons pas jouer au plus malin. Lo plus malin, ce n'est pas moi. Mais je suis venu pour te servir.

— Pour me servir? En cs-tu bien sûr?

— Pour te servir, oui. Et Jenny plus que toi : c'est vrai. Seulement, votre sort à tuus les deux est lié. Je ne servirai pas l'un sans l'autre. Et, en tout cas, ce n'est pas moi que je sers: tu me connais : je ne mens pas. Mais toi, tu es dans un état de frénésie à ne plus savoir où tu en es. Veux-tu de moi pour te servir ou n'en veux-tu pas? Je te parais un peu niais, pour me mêler d'une telle aventure. C'est possible. Mais enfin, tu n'as pas mieux à la disposition, ni moins perfide, ni plus dévoué. Prends-moi, faute d'un plus habile.

Jacques essaya de se débattre. Mais il cédait à la nécessité. Seulement ses paroles furent en retard sur le rapide changement de son émoi ; et il n'eut pas du tout le ton fougueux, mais le ton presque plaintif, pour répliquer :

— Je n'ai besoin de personne.

— Allons! lit Mathieu. Tu as besoin de moi. Ne fais pas le faraud. Viens-nous-en.

Il le prit doucementau poignet derechef et l'amena devant la cheminée, où il y avait de vieux fauteuils à oreillettes. Jacques se laissa conduire, s'enfonça

dans l'un des fauteuils; et Mathieu, en face de lui. Mathieu ne doutait pas de l'avoir dompté; il doutait seulement de le tenir assez bien pour ne pas le laisser échapper. Il éprouvait un peu de lassitude et, n'eût été son grand souci de Jenny, la tentation de renoncer à une besogne qui lui semblait aussi rude que vaine l'aurait persuadé. Il ne permit point à Jacques ni à lui-même d'esquiver le tourment.

— Jenny m'a tout raconté.

— Alors, pourquoi m'interroges-tu?

— J'en sais autant que Jenny. Elle sait ce que tu lui as dit. C'est le reste, que j'ai besoin de savoir.

— J'ai dit ce que j'avais à dire.

Jacques résistait encore, mais faiblement et comme par une révolte dernière de son orgueil et de sa fatuité compromise. Il ne rembarrait plus Mathieu; et toute son attitude était d'un homme qui a cessé d'être le plus fort. Mathieu ne perdit pas son temps et ne risqua point sa chance à des chicanes.

— Enfin, tu es amoureux de Juliette?

Jacques se rebiffa de son mieux :

— Mais je n'ai pas dit ça; je ne l'ai pas dit.

— Eh ! bien, dis-moi le contraire !

Et Jacques était vaincu. Non qu'il lui parût imposa- Bible de disputer à Mathieu les preuves que Jenny et Mathieu possédaient ou croyaient posséder : l'imprudence qu'il avait eue, la nuit et le matin, n'était pas diflicile à rattraper ; et l'on ergote sur des cas plus désespérés. Seulement, la vérité est puissante, même en des âmes qui n'ont point à L'égard d'elle un lin scrupule, si elle coïncide avec une passion qui lui communique sa vivacité.

— Oui, répondit Jacques, j'aime Juliette. Tu as

\ iHilu le savoir : ! la, crue me ve

tu? le l'aime !

— C'est un amour in

— C'est un amour!

Et il se tut, comme s'il avait résolu de subir silence, et fut-ce dans les tribulations et le martyre dont Jenny et Mathieu lui infligeaient le commencement, cette fatalité de l'amour, qui a une gravité quai impose. Mathieu lui trouva, dan patience oloti-

ou résignée, une espèce de grandeur absurde qu'il n'avait pas prévue et qui. un instant, le dérouta.

— liais, demanda-t-il, cherchant ses mot.confus de leur médiocrité, ça t'a pris ces jours-ci? Tu étais, jusqu'à ces jours-ci, tranquille et bon enfant. Juliette était là : tu ne semblais pas troublé de sa présence plus que M. Durny ou moi?

— C'est vrai.

Mathieu insista :

— En somme, ça t'a pris depuis le retour d'Al •

— C'est vrai.

— Oui! Et depuis que ce jeune homme, lui a

et probaW lui d'abord, était amoureux de

Juliette?

— Lui d'abord : non î Mais le reste, oui, c'est vrai. Mathieu reprit :

— C'est un amour de jalousie.

— CVsl vrai.

— lvoute-moi. Si tu voulais être attentif à ce que j'ai de très sûr à te dire, tu compr- I m v

. La voici. Tu <is au bout de ta : je

à brî un jeune amour la fail Qa jeai 'ni mis le feu i rindilles d'arri

11. Ça ne durera pas!... Si tu consens à n'être pas absurde, Jacques, tu laisseras cette flambée d'amour consumer ce qu'elle a touché. Allons 1 si gaillard que tu sois et, je l'avoue, beaucoup plus gaillard que moi, nous avons le même âge à deux ans près : à nos âges, mon bon ami, je peux bien te le dire, le plus fort est fait. Seulement, ne te jette pas dans le brasier comme un jeune étourdi. Patience ! Ça s'éteindra tout seul. Est-ce vrai?

— Noa : tu n'y es plus!

— Ali! répondit Mathieu avec bonhomie; tu n'es -impie : tu refuses la vérité, qui.est plus modeste

que toi.

Jacques se leva et frappa du pied rageusement. Il allait répliquer : il en avait très long, très beau à dire. Mais il y renonça et dit seulement :

— Tu n'y es plus! Ce n'est pas du tout ça.

— Mais si! reprit Mathieu, qui était sur de lui. Et tu as beau te rebeller, Alain épuusera Juliette : alors, tu seras guéri; tu n'es pas loin d'être guéri.

Mathieu croyait si bien avoir raison qu'il escompta une victoire plus facile qu'on ne l'eût espérée et qu'il app irteraft à Jenny avec joie, en lui disant : « Patience, vous aussi; laissez brûler les ! inrières brindilles! »

Mais Jacques, d'une roîi nette, le détrompa:

— Juliette n'épousera point Alain.

— liais si !

— Jamaisl

— Enfin, tu prends à ton beau-fils la femme qu'il lime el dont il est aimé ? Voilà ce que bu l'ai- '

— C'est lui quime l'a prise! 11 ne V .s.

— il ne te l'a pas prie • ; lu t'ea mi- h l'aimer...

i88 l'amour et le secret

— Je 1 ai mai s déjà!

— Depuis quand?

— Depuis longtemps.

Mathieu eut l'air de trouver ce renseignement un pej vague, et il allait le dire, quand Jacques reprit :

— Mais où veux-tu en venir? A quoi bon tout cela? Tu as les intentions les meilleures, j'en suis *ùr] et tu voudrais tout arranger, pour Jenny d'abord, et même pour moi. C'est inutile. Rien à faire! Et, si tu me dis que c'est affreux, je ne dis pas le c intraire; mais je n'y peux rien. Je suis marié; j'aime une autre femme. Et, que je l'aime sans espoir, c'est possible : mais je l'aime. Toi. tu me dis : « Renonce à cet amour! » Je n'y renonce pas. Tu me dis que je ne suis pas aime : c'est possible; mais ça ne m'empêche pas d'aimer. Et tu dois sentir que cet amour-là est dans mon cœur, dans ma pensée, assez ardent pour résister à tes reproches ou à tes remontrances. Tu es comme moi : tu n'y peux rien. Tu me racontes que mon amour est une affaire de jalousie : je n'en sai ri mi. Tu me racontes que je suis vieux et à la porte du tombeau : j'y emporterai mon amour, probablement. Que je suis fou : je ne dis pas non. Mais l'amour d'un fou n'est peut-être pas moins tenace que l'amour d'un sage. Au surplus, on n'avait qu'à me laisser tranquille. Je ne faisais de mal a p >rs unie. Si j'étais amoureux, on ne s'en apercevait seulement pas : je n'avais pas la joie insolente. Rappelle-toi : je vivais posément, comme un autre bonhomme de peintre, comme un autre bonhomme de mari... Pourquoi ne m'a-t-on pas laissé tranquille?... Ali ! mais, vous êtes imprudents : que diable! ne taquine: pas les animaux. J'étais en cage : un bon vieux lieu

de ménagerie; un lion tout de même! Je n'étais pas mgereux ni méchant. Mais vous me taquinez: vous m'ôtez ma proie? Non, vous ne l'aurez pas.

Mathieu ne voyait pas son ami pareil à un lion très exactement. Mais il se souvint du jeune Achille, dans Y Iliade, qui mène un grand tapage et qui se plaint aussi de ce qu'on lui veuille ôter sa proie. Achille est un jeune homme; et Jacques n'était plus à l'ège d'une telle véhémence. Puis la belle Briséis est, à précisément parler, la concubine du jeune Achille, qui regrette maints plaisirs et la volupté nocturne...

— Enfin, demanda Mathieu, Juliette n'est pas ta maîtresse?

Jacques hésita une seconde et, avec un accent de vérité brusque, répondit :

— Non !

— Tu ne mêle dirais pas?

— En tout cas, je te dis que non : tu peux me croire. Mais qu'est-ce que ça peut te faire? Et, si je me contente plus facilement que tu ne l'imagines, ce n'esl pas une raison pour que vous me voliez mon bonheur.

— C'est une raison pour que tu ne sois pa >i acharné à cette proie, comme tu dis, et qui

la tienn !

— Oui, reprit Jacques, j'ei bien. Tu c

tur< mon amour est un amour de .-in me

on dit et qu'on en vieni à boul ? M • n'est pas un

amour de tel . Non : tout mon être \ est . mon

art aussi ; toute la machine vivante et animale qui l'ail que je suis m >i. qi

Mathieu était de ces hommes que la subtilité intelligente et la bonne foi rendent fa

Biiasion. Quand on s'est aperçu que les âmes sont extrêmement variées et que leurs mouvements n'obéiss mt pas à un petit nombre de lois rigoureuses, on admet plus volontiers la sincérité d'un chacun. 1 doctrinaires, savants ou non, car il y a dos doctrinaires de toute espèce et de la moindre, qui est la plus intolérante, nient durement c<"> que n'avait pas prévu leur doctrine Mathieu était dépourvu de cette force infirme et, faute d'un tel soutien, montrait parfois de la faiblesse. Jacques lui parut déraisonnable el véridique : là-dessus, il n'avait pas tort. En telle occurrence, il avait coutume de s'incliner devant la vérité, fût-elle absurde : et c'est ainsi qu'il n'était pas un homme d'action. Mais il avait, ce jour-là, résolu d'agir. Il accepta, comme un fait monstrueux et authentique, l'amour de Jacques pour Juliette. Il ne débattit plus à rencontre du fait et. le fait admis, prétendit s'attaquer aux conséquences.

— Voilà, dit-il, pour hier et pour aujourd'hui. Mais demain? Tu aimes Juliette, d'une façon... pardonne-moi : nous n'en sommes plus à ménager les mots... d'une façon formidable et saugrenue ; enfin, tu l'aimes ! Et elle?... Sait-elle seulement que tu l'aimes?

— Vous n'êtes pas plus malins qu'elle : et vous lavez deviné. Tne femme sait toujours qu'on l'aime : le jour qu'on le lui dit, on ne le lui apprend pas.

— Elle le sait! Mais si elle ne t'aime pas?... L'amour que tu a< pour elle ne te donne pas un droit sur elle... Si elle épouse Alain?...

Jae'in is recommença de par! t f «rt :

— J<> t'ai dit qu'elle ne l'épouserait pas !

— Si elle l'aime?

— Si elle l'aime, elle ne l'épousera pas !

— Qu'en sais-tu?

— Je le sais !

— Si je sais le contraire?

— Tu ne sais pas le contraire! Et, si tu savais le contraire, si c'était vrai... ce ne l'est pas !... mais, si c'était vrai, je te jure que ce ne serait pas encore vrai. Parce que, moi, j'ai le moyen d'empêcher ça.

— Tu n'as aucun moyen d'empêcher ça.

— Tu m'en délies?

Mathieu eut peur de Jacques et n'osa point le défier.

— Tuas raison de ne pas m'en défier, reprit Jacques. Et, si tu veux rendre service à tes amis, à Jenny, à son fils, à Juliette et, subsidiairement, à moi, le meilleur service que tu puisses rendre, le voici : arrange-toi pour qu'on ne me pousse pas à bout. Dis à Jenny, à son fils et à Juliette, dis-leur avec assurance qu'il ne faut pas me pousser à bout. Parce que c'est moi, tu m'entends bien, c'est moi qui aurais le dernier mot. J'ai mon moyen, qui est un moyen sûr, et atroce.

— Tu te vantes?

— Non, je ne me vante pas. Ce que je te dis, n'en doute pas. Avertis-les.

— Mais je ne veux pas être le commissionnaire d'une rodomontade.

— Ah! sapristi, mon pauvre Mathieu, que tu as tort!

— Quel est ton moyen? C'est un crime?

— Une espèce de crimo.

— Tu veux tuer Juliette?... Alain?... Jenny?...

— Je ne suis pas un assassin.

— Tu veux te tuer?

— Ce n'es! pas la peiiv •

•— Alors, tu te moques de moi : je ne te cri»

— Tu as tort!...

Jacques devenait effrayant de résolution farouche.

Et Mathieu sentait le drame rôder autour de lui.

— Écoute, Jacques, dit-il avec én< rgie, de cachotteries autour d'aveux qui n'en sont pas. Tu m'épouvantes : je te le confesse et je ne crois pas que tu veuilles profiter de ma candeur, si tu n'es pas aussi méchant que tu es fou. Mais je ne te quitterai pas avant que tu ne m'aies dit ce que tu as dans la tète. Dis-le moi! Tu as un crime en tète : je ne veux pas que tu commettes un crime.

— Eh! bien, ne m'obligez pas à le commettra!

— Ton moyen sûr et atroce, dis-le moi!

— Jamais do la vie!

— Tu me le diras.

— Je ne te le dirai pas.

— Tu me le diras. Tu vas bien voir que tu me le diras! Je te propose un marche*. Tu ne tiens pas à commettre un crime? Tu m'as dis toi-même que tu ne le commettrais que si on t'y obligeait. Je te jure que, si tu ne m'as point m< nti et que si ton moyen sûr et atroce est véritablement sur et atroce, tu n'auras point à l'employer.

— C'est juré

— Oui. Seulement, je suis juge de ton mo} C'est moi... ce n'est pas toi, c'est moi tout seul... qui décidi rai si je préfère te laisser commettre ton crime ou te le rendre inutile. Et, si tu m'as trompé, si tu t'es joué de ma pusillanimité ou du souci que j'ai de Jenny, d'Alain et de toi-même, j< passerai outre. C'est convenu?

— Oui, c'est convenu. Mais je suis tranquille. Et, si tu es déçu d'abord, c'est que tu n'auras point encore tout compris .'attends un peu, avant de crier victoire. J> n'ai besoin de tuer personne; mais je ne te promets pas qu'ensuite il n'y ait personne de tué : je ne

ais pas. Quant à moi, je n'ai besoin de tuer personne : et je n'ai qu'à dire ceci... Tout bonnement ceci : et c'est une chose qu'on n'a pas le droit de dire ; mais je le dis, et voilà mon crime...

— Parle!

— Juliette a été ma maîtresse...

Il le chuchota plutôt qu'il ne le dit. Mathieu répliqua :

— Je ne te crois pas!

— Allons donc! Quand un galant homme vous dit qu'il n'a pas été l'amant d'une femme, on n'est pas forcé de le croire. Mais quand...

— Tu n'es pas un galant homme !

— Non! Mais quand un goujat vous dit...

— On n'est pas forcé de croire un goujat !

— Tu n'es pas forcé de me croire. Mais tu n'étais pas forcé non plus de venir me trouver, moi goujat, pour me faire des remontrances de galant homme...

— Je ne te savais pas un pareil homme !

— Bah?... Mais, à présent que tu me sais un pareil homme, tu n'es pas forcé d'insister. Je te dég >ùte et, sauf respect, tu m'embêtes : brisons là.

Mathieu aurait brisé là volontiers. La violence des paroles qu'il échangeait avec Jacques le désolait; et, si emporté qu'il fût malgré lui par leur double colère, il entendait à l'arricre-fond de son âme une voixdolente et qui lui reprochait de s'être lancé dans une aventure pour laquelle il n'avait ni aptitude ni habi-

leté. Mais il répliquait à part lui : * J ambar-

qué! L'on ne fait peint escale en ; ner... I

avait pu disparaître soudainement ou, par un autre miracle, anéantir le tumulte fyue suscitait son imprudente initiative, sans doute aurait-il accueilli beaucoup de satisfaction cette aubaine 'le Lâehi seulement il ne voyait aucun stratagème d'évasion. L'offre que lui présentait Jacques de rompre la causerie était séduisante et inacceptable. Jacques le savait bien; car il reprit:

— Ce n'est pas moi qui t?ai appelé. Je ne te demandais rien. C'est toi qui viens et qui réclames des \ tés, dont tu as peur. Tu réclames des vérités; on t'en donne : et te voilà tout effaré. Tu fais une piètre figure, si tu te voyais ! Avec tout ça, tu t'es promis de nous sauver. Plus exactement, tu t'es promis de protéger une famille honnête et distinguée contre les entreprises d'un goujat. Tu veux sauver Jenny : et tu te sauves.

— Mais non, je ne me sauve pas. Et ne crois pas m'intimider!

— Tu t'imagines que tu n'es pas intimidé, parce que tu ('lèves la voix et que tu m'injuries, comme les enfants qui chantent dans les ténèbres? Tu as peur de la vérité. D'ailleurs, je comprends ça.

— Je n'ai peur de rien ! s'écria Mathieu.

Et il sentit que cette déclaration dépassait de l'eaucoup sa pensée.

— Eh! bien, si tu n'as peur d a, tu vas tout savoir...

— - Mais tu m'as tout dit, je su;

— Eh! non. Tu m'interromps; tu paries tout le temps, .le n i t'ai pas dit la moitié de ce qu'il faut'

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