SCÈNE III
Vieille, Grenade vit terre à terre, et Valence,
La nuit, n’a plus un chant <iui trouble son silence ; Séville est sans amour dans ses yeux noirs flétris.
Et les femmes y sont fausses comme à Paris.
D. CARMEN
Et l’étoile, seigneur?
Je l’accusais sans doute.
Le cœur triste et désert, j’interrogeais la route...
Mais j’espérais encore, et je disais: Là-bas!
Là-bas peut-être!... Eh bien! Dieu ne me trompait pas.
DAME BARBARA
Au moins vous avez vu le port de Barcelone,
La Vierge del Pilar, notre illustre Madone...
Le tombeau du grand Cid, à Burgos...
GABRIEL
Non.
D. CARMEN
Seigneur,
J’ai cherché moins que vous, et je crois au bonheur... Soyez heureux ! Voyez, paisible est ma famille.
Et peu nombreuse, hélas!
(Montrant Dame Barbara.)
La mèie avec la tille.
DAME BARBARA
Et le tuteur absent qui bientôt reviendra...
D. CARMEN
Que vous vei'rez, seigneur, et qui vous aimera. Venez...
DAME BARBARA
Nous mêlerons à notre causerie Les noms de votre mère et de viitre patrie.
D. CARMEN
Moi, je vous parlerai de votre sœur, souvent.
Comme une ombre au matin que disperse le veut.
Vos regrets s’en iront, j’y compte... j’en suis sûre.
DAME BAR BARA
Dans le monde, seigneur, tout est malice pure...
<>h! la porte est solide... elle a de bous verrous;
L’AMOlJH liT SON l UAIN.
Mais que do gens à craindre aux femmes eomme nous!... Car nous ne sommes pas veuves ni mariées,
Ét.i ’ai connu pour rien des filles décriées...
Puis, un Français si jeune... et si gentil... pour Dieul Attendez don Ruy Dias, seigneur', ou venez peu...
C’est en son noble nom que je vous sollicite...
(Elle reiiionto à la porte do fond, qu'elle ouvre. )
. G A UH I EL ^ lrùs*éinu^ ù GarmeD.
Ah! senora...
D. CARMEN, vite et bai.
Plus tard... à demain... Parlez vite...
(a paru)
On pour rait le surprendre, (bbi i Gabriel.) Ayez courage et foi •
(Haut.)
Madame Barbara vient de parler pour moi.
Elle a toujours raison.
GABRIEL, bas.
J’ai compris, (uaut.) Puis-je dire Ce que j’ai dans le cœrrr? non ; — mais votre soui'ire.
Votre bonté céleste et vos paroles d’oi'.
Je n’en veux perdre rien... oh! rien! c’est mon trésor. C’est plus que mon pays... — Adieu !
(il salue et sort ; dame Cardoval lu suit.)