XVIII INTRODUCTION
Dans quelle harmonie profonde, dans quelle étonnante régularité, se fait le grand movivement et de la vie et des idées I Le détail arrive con^s, ce semble, et tout fortuit. Éloignez-vous, voyez l'ensemble ; vous êtes plus que surpris, renversé d'admiration, devant l'à-propos singulier avec lequel des pièces toutes diverses et sans rapport apparent, s'ignorant les unes les autres, viennent s'agencer, concorder, pour bâtir le poème éternel- Dans cette période de vingt ans où la dépendance physique de la femme flit si fortement démontrée par la science, sa libre personnalité non moins fortement éclata dans l^ littérature. A cette loi de la nature qui l'asservit à la douleur, en fait une chose souJBBrante, elle répond : « Non, je suis une âme !»
La voilà donc révélée, et dans sa fatalité, et dans sa personnalité. Autant elle nous attendrit, autant d'autre part elle impose de respect et d'admiration. Des deux côtés s'ouvre à nous un bonheur inattendu, celui d'aimer davantage, une infinie perspective dans l'approfondissement de l'amour.
Qui nierait cette jeune puissance par laquelle elle a éclaté? Le grand prosateur du siècle est une femme, madame Sand. Son poète le plus chaleureux est une femme, madame Valmore. Le plus
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grand succès du temps est celui d'un livre de femme, te roman de madame Stowe, traduit dan^ toutes les langues, et lu par toute la terre, devenu pour une race Tévangile de la liberté.
Si les premiers mots de la femme ont semMé des VQÎx de révolte, qui peut se méprendre aux cris de jtlmileur de cette pauvre malade, dans Tagitation du réveil?... Soignez-la et aimez-k... Ah! que la plus fière donnerait aisément les gloires du monde pour un moment d'amour vrail Le livre où veut écrire la femme, le seul livre, c'est le cœur de l'homme, écrire ep lettres, de feu qui ne s'eflacent jamais.
L'éclat et le bruif littéraire nous ont fort exagéré les changetnents qui se sont faits. Toute cette agitation est à la surface. La femme est ce qu'elle était. Telle que la science récente nous lexplique, atteinte de la blessure d'amour qui saigne toujours en elle, attendrie par la souffrance, heureuse de s'appuyer, telle elle fut, tdle elle reste. Partout où elle est solitaire, où le monde ne la gâte pas, c'est un être bon et docile, se pliant de cœur à nos habitudes, qui souvent lui sont^très-contraires, adoucissant les rudes volontés de l'homme, le civilisant et l'ennoblissant.