‹ L'amourChapitre 11 sur 40 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Les femmes et les enfants sont une aristocratie de grâce et de charme. Le servage du métier abaisse rhomme et le rend souvent étroit et grossier. Le servage de la femme n'est que celui de la nature ; il n'est autre que sa faiblesse , sa souffrance, qui la rend attendrissante et poétique.

Le Corrége peignait toujours (et insatiablement) des enfants très-jeunes, au moment où la vie lactée, la vie physique et fatale, étant dépassée , laissait apparaître le premier rayon de leur petite liberté. Elle se révèle alors dans leurs jolis mouvements avec une indicible grâce. L'enfant est gracieux parce qu'il se sent libre et qu'il se sent très-aimé, parce qu'il sait d'instinct qu'il peut faire tout ce qu'il veut et que toujouri^ on l'en aimera davantage. La mère n'est pas moins admirable en ce premier ravissement : « Ah I qu'il est vif! ah ! qu'il est fort I . . . il est capable de me battre I » Ce sont ses cris. Elle est heureuse ; elle l'adore en ses résistances, en ses charmantes révoltes... Est-ce qu'il en aime moins sa mère ? Elle sait bien le contraire. S'il la voit un peu fâchée, il se rejette en ses bras.

Comment l'homme , au premier élan de la personnalité de la femme, n'a-t-il pas été pour elle ce qu'est la mère pour l'enfant?

Longtemps elle semblait muette, ne disait rien.

INTRODUCTION. xxi

Voyez, dans le théâtre indien, la tristesse de Tamant quand il ne peut tirer un mot de cette belle bouche. Et que sait-il s'il est aimé? estce une personne? est-ce une chose? « Au nom de ceux que tu aimes, ne parleras-tu donc jamais?... — Comment saurais- je, ô mon seigneur!... » Ce silence et cette ignorance éternelle du consentement et de la pensée cachée, au fond, c'est un vrai divorce. C'est la cause de cette tristesse, si souvent décrite, de cette fureur dont parle Lucrèce, de ce désespoir dans le plaisir même.

Voici enfin qtfelle a parlé... 0 bonheur, c'est, une personne I Du fond obscur et fatal, sa liberté s'est détachée... Elle peut hair... Tant mieux, car elle peut aussi aimer. Je la voulais telle. Ce premier élan vif et fort me charme, et ne me fait pas peur. Entendons-nous, belle Clorinde. Et Dieu me garde de croiser jamais le fer avec vous. Que j'aime bien mieux être blessé ! . . . Mais, hélas 1 vous l'êtes d'avance. La nature, sévère, a voulu que toujpurs vous le fussiez, pour qu'on vous guérît toujours.

■ Pour le dire franchement, entre hommes (mais n'en disons rien aux femmes), nous avons été ridi-

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