‹ L'amourChapitre 9 sur 40 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Au total, quel résultat de cette enquête solennelle ? que ressort-il de ce grand et cruel naufrage de femmes, de cette alluvion funéraire que nous jettent chaque année Tisolement, Tabandon, Tamour trompé, le désespoir?

Ce qui reste de ce naufrage, c'est une grande vérité qui change infiniment l'idée qu'on se faisait de la femme :

Ce que le moyen âge insultait et dégradait, appelait imj)ureté, c'est précisément sa crise sacrée; c'est ce qui la constitue un objet de religion, souverainement poétique. L'amour l'avait toujours cru, et l'amour avait raison. La sotte science d'alors avait tort.

Mais la femme est sous le poids d'une grande fatOr lité. La nature favorise l'homme. Elle la lui donne faible, aimante, dépendante d'un constant besoin d'être aimée et protégée. Elle aime d'avance celui à qui Dieu semble la mener. Pour se défier, se défendre, s'arrêter sur, cette pente, il lui faut bien plus de force d*âme qu'il ne nous en faut jamais, et dix fois plus de vertu. Quel devoir pour nous ! La Nature se remet de son innocente fille à la magnanimité de l'homme.

INTRODUCTION. xtii

Mais voici qui est plus fort. Des faits, venus d'une autre source (F. Lmas^ t. H, p. 60), commencent à établir que l'union d'amour, où l'homme se porte si légèrement, est pour la femme bien autrement profonde et définitive que l'on n'avait jamais pu croire. Elle se donne toute et sans retour. Le phénomène observé sur les femelles inférieures se retrouve, moins régulier, mais se retrouve sur la femme. La fécondation la transforme de manière durable. La veuve donne fréquemment au second époux des enfants qui ressemblent au premier.

Cela est grand et terrible. — La conclusion est accablante pour le cœur de Thomme. Quoi! la nature a tant fait pour lui, l'a favorisé à ce point I Lui ensuite qui fait les lois, il s'est favorisé lui-même, il s'est tellement armé contre une faible créature que la souffrance lui livre! Avec ce double avantage, quelle devrait être sa douceur pour la femme, combien tendre sa protection !

Le flux et reflux vital, le profond renouvellement qu'elle subit avec tant de douleur, en fait le plus doux, le plus modifiable des êtres, dès qu'on l'aime et qu'on l'enveloppe, qu'on l'isole des mauvaises influences. Toute folie de la femme est une sottise de l'homme.

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