‹ L'amourChapitre 12 sur 40 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

cules de gronder et de nous fâcher. Le duel n'est que simulé.

Elles n ont nullemait adopté les paroles de combat que Ton disait en leur nom. Partout où elles n'ont pas d'amies obligeantes qui leur enseignent à guerroyer, elles sont douces, pacifiques, ne veulent rien qu'être aimées.

Mais elles le \eulent extrêmement, et, pour cela, rien ne leur coûte. Une dame (madame de Gasparin), dans un beau livre mystique, éloquent, tendre autant qu'austère, nous déclare que leur bonheur est d'obéir et qu'elles veulent que l'homme soit fort, qu^ellcs aiment ceux qui commandent et ne haïssent pas la fermeté du commandement.

Cette dame, qui croit suivre l'Apôtre, mais le dépasse infiniment avec Félan d'un cœur jeune, assure qu'une obéissance inerte et de patience ne suffit pas à la femme, qu'elle veut obéir d'amour, activement, obéir même d'avance au désir possible, à 1^ pensée devinée, et sans dire jamais : Assez, sauf un seul point, le salut de l'objet aimé.

Révélation profonde et vraie. Ce qui tourmente la femme, c'est bien moins la tyrannie de l'homme que sa froideur, bien mohis d'obéir que de n'avoir pas d'occasion d'obéir assez. C'est de cela qu'elle se plaint.

Nulle barrière, nulle protection étrangère. Elles

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ne servent, dit très-bien Fauteur, qu*à brouiller les époux, rendre la femme misérable. Rien ne reste entre elle et lui. Elle va à lui forte de sa faiblesse et de son sein désarmé, de ce cœur qui bat pour lui...

Voilà une guerre de femme. Le plus vaillant sera vaincu. Qui aura maintenant le courage de discuter si elle est plus haut ou plus bas que l'homme? Elle est tous les deux à la fois. 11 en est d'elle comme du ciel pour la terre ; il est dessous et dessus, tout autour. Nous naquîmes en elle. Nous vivons d'elle. Nous en sommes enveloppés. Nous la respirons, elle est l'atmosphère, l'élément de notre cœur.

Par trois fois en \ingt-cinq ans, l'idée de ce livre, du profond besoin social auquel il voudrait répondre, s'est présentée à moi dans toute sa gravite.

La première fois, en 1836, devant un flot littéraire fort [] trouble qui nous inondait, j'aurais voulu montrer l'histoire. J'étais en plein moyen âge. Mais les textes essentiels n'étaient pas publiés encore. Je fis quelques pages hasardées sur les femmes du moyen âge, et m'arrêtai heureusement.

En 1844, la confiance de la jeunesse, et j'ose le dire, les sympathies de tous, m'entouraient dans la chaire de morale et d'histoire. Je vis et sus beaucoup de choses. Je connus les mœurs publiques. Je sentis la nécessité d'un livre sérieux sur l'amour.

En 1849, quand nos tragédies sociales venaient de briser les cœurs, il se répandit dans l'air un

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froid terrible ; il semblait que tout le sang se fût retiré de nos veines. En présence de ce phénomène qui semblait l'imminente extinction de toute vie, je fis appel à ce peu de chaleur qui restait encore ; j'invoquai, au secours des lois, une rénovation des mœurs, l'épuration de l'amour et de la famille.

L'occasion de 1844 mérite d'être rappelée.

En recueillant mes souvenirs et revoyant mes nombreuses correspondances d alors, je vois que la confiance singulière que me témoigna le public vint de ce qu'on sentait en moi un véritable solitaire, étranger à toute coterie, hors des querelles du temps, enfermé dans sa pensée.

Ce! isolement n'était pas, du reste, sans inconvénient. D'abord, il m'ôtait l'à-propos. Il m'arrivait, comme aux myopes, de heurter tel mur, telle borne. Je cherchais souvent, j'inventais de vieilles choses, trouvées et connues. En revanche, j'étais resté jeune. Je valais mieux que mes écrits, mieux que mes leçons. J'apportais à cet enseignement de la morale et de l'histoire une âme très-entière encore, une grande fraîcheur d'esprit ; sous des formes parfois subtiles, une vraie simplicité de cœur,

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