‹ L'amourChapitre 4 sur 40 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

pour eux Tétat de nature. Je vois cependant que^ dès qu'il y a quelque stabilité possible, des moyens réguliers de vivre, il se forme entre eux des mariages, du moins temporaires, créés non pas seulement pour l'amour de leur couvée, maïs très-réellement par Tamour. J'en ai fait cent fois la remarque, spécialement en Suissie sur un ménage de pinsons. La femelle ayant péri, le mâle tomba dans le désespoir et laissa périr les petits. Evidemment c'était Tamour, et non Tamôur paternel, qui l'avait retenu au nid. Elle morte, tout était fini.

La nourriture moins abondante dans le progrès de la saison oblige beaucoup d'espèces à rompre leurs mariages temporaires. Les conjoints sont bien forcés de se séparer alors, d*étendre lem* rayon de quête et de chasse, et ils ne peuvent plus revenir le soir au même nid. Ainsi la faim les divorce, non la volonté. Les petits progrès d'industrie qu'amène toujours la fixité de mariage sont interrompus, annulés.

Autrement, ils resteraient. Ce n'est pas seulement le plaisir qui les tient, car la femelle fécondée ne le donne guère. C'est le véritable instinct de la société, de la vie commune, la jouissance de sentir près de soi tout le jour une petite âme à soi, qui compte sur vous, vous appelle, a besoin de vous, ne vous confond nullement (vous pinson, vous ros-

INTRODUCTION. vu

signol) ffvec mil de même espèce, n'écoute qiie votre chant, et y r^ond fréquemment par ces cris plainUfe et doux, à voix basse poiir ainsi dire (poulr être entendre d'un seul)', de son cceur à votre cœur.

De nos jours, on est revenu avec force sur les« questions de l'amour. Des écrivains de génie, tel dans des romans immortels, tel sous forme théorique, éloquente, âpre et austère, les ont puissamment agitées. Pour des raisons qu'on comprendra^ je m'abstiens d'examiner leurs livres ; nos dissentiments paraîtront assez par le mien. Je me permettrai seulement de dire, malgré mon admiration et mon respect sympathique, que ni d'un côté ni de Tau* tre on n*a pénétré assez au fond du sujet.

Ses deux faces, Tune physidogique, l'autre de pratique inorale, sont restées encore obscures.

La discussion continue sans qu'on sache, ou qu'on daigne remarquer, qu elle porte sur plusd'un point où Tautorité suprême, celle des âtits, a prononcé, tranché sans retour.

L'objet de l'amour, la femme, en son mystëire essentiel, longtemps ignoré, méconnu, a été révélé par une suite de découvertes, de 1827 à 1847.

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