VIII INTRODUCTION
Nous connaissons cet être sacré, qui, justement en ce que le moyen âge taxait d* impureté, se trouve en réalité le saint des saints de la nature.
La variation légitime de la fanme a été connue. Et non moins sa fixité, ce qui fait le caractère, fatalement durable, de Funion et du mariage.
Comment parler de Tamour, sans dire un mot de tout cela ?
Une autre chose essentielle, c/est que Tamour n'est^pas, comme ils le disent, ou le foiit entendre, une crise, un drame en un acte. Si ce n'était que cela, un amdenl si passager vaudrait à peine Tattention. Ce serait une de ces maladies éphémères, superficielles, dont on cherche seulement à être quitte au meilleur marché possible.
Mais, fort heureusement, l'amour (et j'entends Tamour fidèle et fixé sur un objet) est une succession, souvent longue, de passions fort différentes qui alimentent la vie et la renouvellent. Si Ton sort des classes blasées qui ont besoin de tragédies, de brusques changements à vue, je vois Famolir continuer le même, parfois toute
INTRODUCTION. ix
une vie, avec différents degrés d'intensité, des variations extérieures qui n'en altèrent pas le fond. Sans doute, la flamme ne brûle qu'à condition de changer, hausser, baisser, remonter, varier de forme et de couleur. Mais la nature y a pourvu. La femme varie d'aspects sans cesse ; une femme en contient mille. Et Tima^nation de l'homme varie aussi le point de vue. Sur le fond, généralement solide et tenace, de l'habitude, la situation dessine des changements qui modifient, rajeunissent l'affection.
Prenez, non pas l'exception, le monde élevé, romanesque, mais la règle, la majorité, les mé- ""nages de travailleurs (c'est la presque totalité), vous y voyez que l'homme, plus âgé que la femme de sept ans, dix ans peut-être, et qui a été d'ailleurs bien plus mêlé à la vie, domine d'abord de beaucoup sa jeune compagne par Texpérience, et l'aime un peu comme sa fille. — Elle l'égale ou le dépasse bien vite : la niatcrnité, la sagesse écono- /inique, augmentant son importance, elle compte autant que lui, et elle est aimée comme sœur. — Mais, quand le métier, la fatigue, ont fait baisser l'homme, la femme, sobre et sérieuse, vrai génie de U maison, est aimée de lui comme mère. Elle e soigne, elle prévoit ; .il se repose sur elle et souvent se permet d'être quelque peu enfant, sen-