‹ L'amourChapitre 6 sur 40 · X ^INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X ^INTRODUCTION

tant qu'il possède en elle une si bonne nourrice et une providence visible.

Voilà à quoi se réduit , chez les petites gens , cette grande et terrible question de la supériorité d'un sexe sur Tadtre, question si irritante, dès qu'il s'agit des gens comme il faut. C'est surtout une question d'âge. Vous la verrez résolue, le lendemain de la noce, au profit de l'homme, quand la femme est petite fille^ — résolue au profit de la femme plus tard. Quand, le samedi soir, Thoinme apporte son salaire; elle fait la part de la sertiaine (la nourriture des enfants), elle laisse à son mari l'argent de ses menus plaisirs. Et elle n'oublie qu'elle-même.

Si l'amour n'est qu'une crise, on peut aussi définir la Loire une inondation.

Mais songez donc que ce fleuve, dans son cours de deux cents lieues, dans son action si multiple, si variée, comme grande route^ comme irrigation des cultures, comme Rafraîchissement de l'air, etc., influe de mille et mille manières. C'est lui faire tort que de le prendre uniquement par ce. côté violent que vous trouvez plus dramatique. Laissons son drame accidentel, qui réellement est secon-

INTRODUCTION. xi

dâire. Prenons-le plutôt dans 1 épopée régulière de sa grande vie de fleuve, dans ses influences salutaires et fécondes, qui ne sont pas moins poétiques.

Dans Tamour, le irfoment du dizaine est intéressant, sans doute. Mais c'est celui de la violence fa-^ taie où l'on ne peut qu'assister, où l'on n'influe que très-peu. C'est comme le torrent qu'on regarde au point le plus resserré, écumant et furieux, lî faut le prendre dans Tensemble et la continuité de son cours. Plus haut, il fut ruisseau paisible ; plus bas, il devient rivière large, mais docile.

L'amour est une puissance nullement indisciplinable. 11 donne, comme toute autre force naturelie, une prise à îa volonté, à l'art, qui, quoi qu'on en diée, le crée très-facilement et facilement le modifie par les milieux, les circonstances extérieures et les habitudes.

Comment l'homme plus âgé, plus avancé, plus, éclairé, initiera la jeune femme?

Comment la femme développée, arrivée à so» apogée de grâce et de puissance, retient, reprend le cœur de l'homme, le relève fatigué, le rajeunit^ lui rend des ailes pour planer sur les misères de la vie et du métier ?

Page 1