‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 12 sur 228 · LK PAPILLON ET LES TOURTERELLES · texte numérisé non relu

LK PAPILLON ET LES TOURTERELLES

Un papillon, sur son retour,

Racontait à deux tourterelles

Combien, dans Page de Tamour,

Il avait caressé de belles.

— « Aussitôt aimé qu^amonreux, »

Disait-il ; « oh ! Taimable chose.

Lorsque, brûlant des mêmes Teux,

Je voltigeais de rose en rose !

Maintenant on me fuit partout.

Et partout aussi je m'ennuie :

Ne verrai-je jamais le bout

D'une si languissante vie? »

Les tourterelles, sans regret.

Répondirent : — « Dans la vieillesse

Nous avons trouvé le secret

De conserver notre tendresse.

A vivre ensemble nuit et jour.

Nous goûtons un plaisir extrèsM :

L'amitié qui nait de Tamour

Vaut encor mieux que l'amour même. »

AMOUR (Béfinition).

«— Il est difâcile de définir l'amour : ce qu'on en peut dire est que, dans l'âme, c'est une passion de régner; dans les esprits, c'est une sympathie, et dans le corps, ce n'est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce que Ton aime après beaucoup de mystères. La Rochefoucauld.

— Quand bien même, comme Psyché, nous allumerions la lampe, nous ne pourrions connaître la cause et la nature de l'amour. C'est un je ne sais quoi, qui vient de je ne sais où, se forme je ne sais comment, et nous enchante par je ne sais quelles choses. Le P. Du Rose.

— C'est un mal contagieux qui rend frénétiques ceux qu'il possède. Uamilton*

— L*amoar a plas de fiel que de miel. Impia sub dulci méUe V9nma latent, Ovide.

— Breuvage empoisooné, serpent couvert de fleurs, Sophiste ÎDJurieux, artisan de malice, Passagère fureur, exemple de tout vice, Plaisir mêlé d'ennuis, de regrets et de pleurs, Amour! que n*es-tu pas?... C'est une frénésie, Que les fous ont fait dieu selon leur fantaisie ; Un mal, une fureur, un fort enchantement. Par ses charmes cruels troublant rentendement... Enfin, coquin d'amour, tu n'es rien que misère. Travail, perte de temps, fureur, trouble, souci...

Philippe Desportes.

•» L'amour est je ne sais quoi, qui vient de je sais où, et qni finit je ne sais comment.

De toutes les passions, Tamour est celle qui dérègle le plus la raison, qui met le plus Pâme en désordre, et qui lui fait commettre les plus grandes fautes. On ne met presque point de différence entre un amant et un insensé : les actions de Pun ODt beaucoup de rapport avec les actions de l'autre ; et si la folie trouble Tesprit, l'amour trouble le jugement et déconcerte ia raison Si nous considérons ceux qui aiment, nous verrons, eo effet, que Pun a de Tamour pour ce qui n'est point aimable, qae l'autre a de la haine pour ce qui est digne d'ôtre aimé ; que l'ao trouve beau ce qui est laid, que l'autre trouve laid ce qui est beau; que celui-ci estime ce qu'il devrait mépriser, et que celoi-là méprise ce qui mérite son estime. On en voit qui suivent ceqoilesfuit; d'autres, au contraire, fuient ce qui les suit; et des aveugles choisiraient mieux que ne font ces insensés ; de sorte que si la raison est le plus grand de tous les biens, il s'ensuit nécessairement que ce qui nous la fait perdre, est le plus grand de tous les maux. Pour connaître le peu de discernement de cette passion, il ne faut que voir les choses dont elle se satisfit, dont elle fait ses plus chers trésors, et dont toute son ambition est remplie. Un regard, un sourire, une parole, un méchant petit billet, un misérable bout de ruban sont le terme de tous ses désirs, l'objet de toutes ses espérances, la récompense de toutes ses peines et le paiement de tons ses services. Cependant, pour obtenir de si grands hieos, il faut soupirer, il faut gémir, il faut endurer longtemps, et endurer même sans K plaindre; il faut avoir un soin continuel, une inquiétude éternelle, perdre le repas et le repos, ne parler point, ne dor- Bir point, ne rire point, être pâle et défiguré, maigre, rêveur

et mélancolique. Il faut négliger ses amis, ses intérêts, sa répU' talion, pour se donner tout entier à une chose si agréable; \ï faut agir comme s'il n'y avait qu'une seule personne en toute la torro; ne regarder qu'elle, n'csiimer qu'elle, ne la quitter non plus que l'ombre abandonne le corps ; devenir son importun, après être devenu son amant, et se faire haïr à force de vouloir };e faire aimer.

Mais tout cela n'est rien, en comparaison de la jalousie qui suit inséparablement l'amour. Non, l'enfer n'a point de supplice assez cruel pour le comparer à celte passion enragée qui transporte l'âme, déconcerte la raison, trouble l'usage des sons, évoque des fantômes qui ne sont point, fait prendre des mensonges |)our des vérités, et des chimères pour dos corps réels. La jalousie se nourrit de poison, et en nourrit Tûmc qu'elle possède; c'est un de ces serpents qui font mourir ceux qui les font nuttre ; ses plus douces rêveries n'ont pour objet que des précipices ou des cordeaux, des poisons ou dos poignards, la mort d'un rival ou la sienne propre. De cette furie déchaînée sont venus mille meurtres, mille assassinats et mille aulres crimes horribles. Aussi les poètes qui nous ont fait la peinture de cette passion qui fait aimer, ont^ils représenté l'amour enfant, pour exprimer son peu de conduite; ils l'ont peint aveuglé par un bandeau, pour nous Ggurer l'égarement de ceux que cette folie emporte; ils lui ont donné des armes, pour représenlcr les maux qu'il fait ; et, comme aux Furies, ils lui ont mis un flambeau à la main, pour nous faire comprendre ce fatal embrasement par qui Tàme est consumée, et qui a détruit quelquefois des maisons, des villes, des provinces et des monarchies tout entières. M^'* de ScnoÉRi.

— i/amour est un enfant qu'il faut toujours conduire de peur qu'il ne se perde.. C'est un malicieux aveugle qui ne cherche qu'à crever les yeux de son guide, afin de s'égarer tous deux ensemble. . Le P. Du Bosc.

— L'amour est le fils de la pauvreté et du dieu de$ richesses. — De la pauvreté, parce qu'il demande toujours; du «lieu des richesses, parce qu'il est libéral. Platon.

— C'est l'architecte de l'univers. Hésiode.

— C'est le perturbateur du monde. Bacon.

— Ce dangereux enfant, si tendre, si cruel,

Porte en sa faible main le destin de la terre,

Donne avec un souris, ou la paix ou la guerre,

El répandant partout ses trompeuses douceurs,

Anime l'univers et vit dans tous les cœurs. Voltaiu.

— La marquise ilc Pompadour ayant demandé à Tabbé de Bernis une définition de l'amour, le poêle lui répondit par ce quatrain qui lui ouvrit les portes des dignités et de la fortune.

Uamour est un enfant, mon maître; Il Test d*lris, du berger el du roi.

Il est fait comme vous, il pense comme m^i, Mais il est plus hardi peut-être.

— L'amour est un caprice dont la durée ne dépend pas de 0008, et qui est sujet au dégoût comme au repentir.

Ninon de l'Enclos.

— Cest un canevas donné par la nature et brodé par Timagioation. Yai.tairr.

— Cest le plus doux et le meilleur des moraliste» uacon.

— Il nous enseigne toutes les vertifs. Puitarqu»». ^ Il a toutes les perrcctions et point de défauts.

Atiiénêf.

— Cest une goutte céleste que les cieux ont versée dans le calice de la vie pour en corriger Tamerlume. Rochester.

— L*Amoureslun enf.»»-* .".ussi vieux que le monde,

Il est le plus petit et le plus grand des dieux :

Il remplit de ses feux le ciel, la terre et Tonde,

Et cependant Eglé le loge dan$ ses yeux. Panabd.

— Il porte sans cesse en sa maiu Un arc, appui de son empire ; Un arc, hélas ! qui toujours tire.

Et qui jamais ne tire en vain.

Ne croyez point cet enchanteur ; 11 vous bercera d'un vain songe ; Tout ce qu'il vous dit n'est qu'erreur, Ce qu'il vous promet, que mensonge.

Toujours sa plus tendre caresse

Sert de voile aii plus noir dessein ;

Ses larmes ne sont qu'une adresse.

Son plus doux baiser qu'un venin. Moscnus.

— Cest une folie qui procure à l'homme les plus grands plaisirs qu'il soit donné aux êtres de son espèce de goûter sur la terre. Stendhal.

— Cest le désir de l'inconnu poussé jusqu'à la rage.

Pktiet.

— L'amour ! c'est l'aile que Dieu a donnée à l'âme pouf Boo(er jusqu'à lui. Michel-Ange.

— C'est de Dieu qu'il sort, c'est à lui qu'il remoLie.

Pierre LEROuXr

— C'est l'aspiration sainte de la partie la plus éthérée de notre âme vers l'iDConnu. George Sand.

— C'est être deux et n'être qu'un ; un homme et une femme qui se fondent en un ange ; c'est le ciel.

Victor Hugo.

— C*est une pure rosée qui descend du ciel dans notre cœur quand il plattà Dieu. Arsène Houssaye.

— C'est un feu dévorant qui dure d'autant moins qu'il s'est allumé plus tAt et qu'il a brûlé plus vite. Adolphe Ricard.

— Mon cœur, peux-tu me dire Ce qu'on appelle amour?

* — Deux âmes, en un délire Deux cœurs en un séjour.

— Et d'où vient ce délire?

— Il naît de doux appas.

— Quand cesse son délire?

— S'il cesse, il oe fut pas.

— Et l'ardeur la plus pure?

— Celle qui s'ignorait.

— Et quelle est la plus sûre?

— Celle qui se tait.

— Et son plus doux partage?

— C'est de pouvoir donner.

— Quel est son doux langage?

- L'amour ne sait qu'aimer,

^^ Peu de gens savent ce que c'est que l'amour, et parmi ceux qui le savent, il en est bien peu qui le disent.

M"* GoizoT.

— L'amour est la chaleur inépuisable qui rajeunit les êtres, les fait fleurir et les revêt d'espéranee; c'est l'attrait inséparable de tout signe de perfection. L'amour bien senti suppose le goût de ce qui est beau, de ce qui est honnête, sincère et généreux. Sénancoiirt.

— L'amour serait mieux connu si Ton disait que c'est une amitié dont le principal objet est la partie par laquelle nous ressemblons à la bête brute. Oxenstiern.

— C'est comme un appétit déréglé qu'on se sent pour un mets plutôt que pour un autre, sans en pouvoir rendre la raison. Ninon de l'Enclos.

— C'est de l'égoïsme à deux. Antowe db la Salli*

— L* amour ressemble beaucoup à un jardin au bout duquel on arriverait en trois pas, si le chemin à faire n'était prolongé par une foule de petites allées tournant capricieusement, fleuries et embaumées. Alphonse Kabr.

— Amour, substantif des deux genres ; échange de deux fantaisies ; privilège pour toutes les folies que Ton peut faire, pour toutes les sottises que Ton peut dire. — On a de Tamour pour les fleurs, pour les oiseaux, pour la danse, pour son amant, quelquefois même pour son mari ; jadis on languissait, on brûlait, on mourait d'amour; aujourd'hui on en parle, on en jase, on le fait, et le plus souvent on Tacheté. E. Jout.

— L'amour, c'est comme la foi aux miracles : c'est un travail de l'imagination pour exciter le cœur et paralyser le raisonnement. George Sand.

— L'amour est plus fort que la guerre. Pierre Dupont. ->II blesse les mortels, il enchatne les dieux. Danchet.

— Tout reconnaît l'amour; et les nymphes des ondes Ont brûlé de ses feux dans leurs grottes profondes ; L'on entend dans les airs soupirer les oiseaux,

Et la vigne amoureuse embrasse les ormeaux. Richer.

— Il est plus puissant que Dieu même puisque de deux âmes il n'en fait qu'une. abolisse.

— C'est le plus orgueilleux des despotes ; ou il est tout, ou il n'est rien. Stendhal.

— De l'amour et de tout ce qui touche à l'amour, on peut tout dire, le pour et le contre, le oui et le non, sans avoir jamais tout à fait tort ou raison. C'est la chose indéûnissable par essence. Stahl.

AMOUR (Sur).

— Il n'y a personne qui soit tellement mauvais que l'amour n'en fasse un dieu par la vertu. Platon.

— L'amour triomphe de tout. Omnia vincit amor,

VmGU.E.

— L*Amour est en effet un puissant potentat : Le guerrier courageux, le grave magistrat,

Le doucereux abbé, le procureur avide.

L'avocat babillard, et l'usurier perfide.

Le vautour son confrère, et tous les animaux.

Jeunes, vieux, doux, cruels, sur terre et dans les eaux.

Tout est, bon gré, mal gré, soumis à son empire.

DESTOUCUEi*

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