LES MIROIRS
Une femme sur le retour
Voulait encor paraître aimable ;
Mais son miroir peu raisonnable Se tuait de lui dire : — Eh ! qui? vous ! de Famour! Le désir d'en donner n'est pas ce qui l'inspire; Croyez-moi, je vous parle avec sincérité;
Quand la jeunesse et la beauté Se sont enfuis, l'amour sur leurs pas se retire, m
Ces avis n'étaient pas du goût
De notre indocile femelle, Qui n'imaginant rien mieux que d'être belle. Pour le paraître encor avait recours à tout.
Un jour que ce miroir fidèle
Continuait à la tirer d'erreur,
Sur le champ elle entre en fureur, L^accuse d'imposture, et saisissant la glace.
En vingt morceaux elle la casse.
Mais, quoi donc ! Au lieu d'un miroir En voilà vingt qui, faisant leur devoir. De tous cêtés lui présentent sa face.
Contre certains défauts à quoi bon se fâcher f C'est vanité, c'est imprudence ; Le trop de soin qu^on prend à les cacher Iab met bien plus en évidence.