‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 166 sur 228 · GOLDONI · texte numérisé non relu

GOLDONI

— Les femmes aiment qu'on leur tende des pièges là où on sait bien qu'elles doivent passer. Le P. du Bosg.

— Toutes machiavélistes, du plus au moins, a dit Diderot. Où il y a un mur d'airain pour nous, il n'y a souvent qu'une toile d'araignée pour elles ! ***

— La finesse a été donnée à la femme pour compenser la

force de 1*homme; mais la nature, pour rintérèt da dernier,! sagement contre -balaocé la Onesse des femmes par lenr passion

Laclos.

— Un jeune paysan s^étant accusé d*avoir rompu la haie de fon voisin pour aller reconnaître un nid de merles, le confesseur lui demanda si les merles étaient pris. — Non, lui répoodit-il, je ne les trouve pas assez grands; je les laisse iusqa*k samedi soir, et, ce jour-là, je les irai dénicher pour les fncasser le lendemain. » Le capucin, plus habile que lui, y alla le samedi matin, et les dénicha lui-même. Le villageois ayant trouvé, le soir, la place vide, ne douta point de la supercherie de son conresseur, mais il ne lui en osa rien dire. Un jubilé rayant obligé de retourner à confesse trois ou quatre mois après, il s'accusa d'aimer une jeune paysanne extrêmement jolie, et d*en être assez aimé pour coucher avec elle quand it le voulait. — Quel âge a-t-elle? dit le capucin. — Dii-sept ou dix-huit ans, lui répondit le villageois. — Belle? «joata Tantre. — La plus jolie de tout le village, vous dis-je. — Hé ! dans quelle rue demeure-t-elle? poursuivit le confesseur. — A d'antres, dénicheur de merles ! lui répliqua le paysan, je ne me laisse pas attraper deux fois. Bocrsault.

— Soyez amant, vous serez inventif :

Tour ni détour, ruse ni stratagème Ne vous faudront : le plus jeune apprentif Est vieux routier, dès le moment qu'il aime.

La Fontaine.

— La ruse est un talent naturel au seke. Cette adresse particulière qui lui est donnée, est un dédommagement très équitable de la force qu'il a de moins. La femme, sans elle, ne serait pas la compagne de l'homme, elle serait son esclave : c'est par cette supériorité de talent qu'elle se maintient son égale, et qu'elle le gouverne en lui obéissant. La femme a tout contre elle, ses défauts, sa timidité, sa faiblesse; elle n'a pour elle que son art et sa beauté. N'est-il pas juste qu'elle cultive l'un et l'autre? J.-J. Rucsseau.

— Toute ruse est permise en amour. Souvent un homme feint d'être jaloux de sa maîtresse, pour l'empêcher elle-même d'être jalouse de lui, et quelquefois aussi il la taxe d'infidélité pour mieux cacher la sienne. G. Wauiu

SAcamcES.

— L'amoar est an sentiment jaloux et tyrannique; il n'est satisfait que quand Tobjet aimé lui sacrifie tous ses goûts et toutes ses passions. Vous ne faites rien pour lui, si tous ne faites tout. Dès qu*on lui préfère le devoir ou Tamitié, il se croit en droit de se plaindre, et cherche à se venger. Ninon de Lenclos.

— Plus les femmes ont hasardé, plus elles sont prêtes à sacrifier encore. Duclos.

— On n*aime plus lorsque les sacrifices coulent ; on aime peu lorsqu^on s*aperçoit qu*on en fait. Léyis.

— Plus nous avons sacrifié pour rendre un autre heureux, plus il nous est cher; et sa mort nous ravit alors plus que notre bonheur : elle nous ravit le sien. M*"* Necker.

— Lies premiers sacrifices que les femmes font en amour, sont des gages dont elles ignorent la valeur. Beauchâme.

— II n*est pas rare de voir une femme, miraculeusement échappée aux dangers de la jeunesse et de la beauté, perdre le fruit de tons ses sacrifices en se donnant, dès qu*on cesse de l*attaquer. C*est une citadelle qui a courageusement repoussé tous les assauts, et que la famine force enfin de se rendre.

Laténa.

8AGS88E.

-* Une femme sage et belle vaut un trésor, quand elle n*au-» rait qu'une simple jupe. Sénèque.

-^ Accorder ensemble Tamour et la sagesse, les dieux mêmes ne le pourraient pas : Amare et sapere vix deo eonceditur.

PoBUDs Stbcs.

— Quiconque se livre à Tamour, renonce aux grandeurs et à la sagesse. Bacon.

— Ne cherchons point un vain détour»

Pour excuser notre faiblesse ; Les premiers soupirs de Tamour, Sont les derniers de la sagesse.

•—De quelque sagesse qu'on se pique, on ne se défend guère contre Tamour, quand on croit avoir trouvé le moyeu de le justifier. L'abbé Prévost.

— La sagesse d'une femme consiste moins à triompher de« Tamour d'un galant homme qu'elle voit téte-à-tête et qu'elle trouve aimable, qu'à ne point s'exposer à ce tète à tête. Quand OQ combat ce que l'on aime, on succombe tôt ou tard.

Marivaux.

— La sagesse qui succédée la beauté qui est éteinte, ne •saurait faire tant d'honneur qne la sagesse qui accompagne la beauté qui peut encore briller longtemps. Une femme qui ■devient sage quand elle cesse d*ètre belle, cesserait vraisemblablement d'être sage, si elle pouvait redevenir ce qu'elle & ^té. Sa sagesse est un mérite de nécessité où il entre souTeot plus d'orgueil que de goût et d'inclination. Celle d'une jeuoe personne est un mérite de choix et de goût qu'elle préfère aai «oins, aux agréments, et s'il est permis de parler de la sorte, au culte que Ton rend à la jeunesse et à la beauté. Dans roue €*est une vertu que l'âge amène; dans l'autre c'est une vertu que l'âge prévient. Saint-Évbemont.

— Une femme doit toujours parler avec réserve de sa sagesse, tant qu'elle n'a point passé l'âge où la sagesse p'estplas tin mérite. Adbien Doecv.

— On demandait un jour à la duchesse de Beaujeu, qu'elle ^tait, parmi les femmes de sa connaissance, la femme qu'elle réputait la plus sage. — C'est la moins folle, répondit-elle. A. R.

— Un poète a dit quelque part :

« C'est un privilège qu'ont eu De tout temps les Lucrèces, D'être, pour prix de leur verta, Un tant soit peu diablesses. »

On rencontre, en effet, beaucoup de ces femmes vertueuses 4\n\ croient ne pouvoir faire acheter trop cher leur sagesse i leurs maris, et qui, pour un peu d'honneur qu'elles ont à grand'peinc sauvé du naufrage, prennent un orgueil insupportable, et se persuadent qu'on est obligé d'excuser et de soutTrir toute leur mauvaise humeur. Une femme un peu coquette, mais •d'un caractère doux et conciliant, est cent fois préférable pool «m mari. Ph. de Varenne.

^~ Pensez- vous qu'à choisir de deux choses prescrites Je n'aimasse pas mieux être ce que vous dites. Que de me voir mari de ces femmes de bien Dont la mauvaise humeur fait un procès sur rien? Ces dragons de vertu, ces honnêtes diablesses. Se retranchant tocgours sur leurs sages prouesses, Qui, pour un petit tort qu'elles ne nous font pas, » Prennent droit de traiter les gens du haut en bas. Et veulent, sur le pied de nous être fidèles, Que nous soyons tenus à tout endurer d'elles ? Encore un coup, compère, apprenez qu'en effet <Le eocuage n'est que ce que l'on le fait.

Qu'on peat le souhaiter pour de certaines causes,

Et qu*il a ses plaisirs comme les autres choses. Molièrb.

— Après avoir entendu le R. P. Coquille mepacer des peines de Tenfer quiconque aurait un cœur et s*aviserait d'aimer, un poète improvisa les vers suivants :

On s'étonnerait moins que la saison nouvelle Revint sans amener les fleurs et les désirs. Que de voir de nos ans la saison la plus belle, Sans Tamour et ses doux plaisirs.

Laissons donc à Tamour nos beaux ans en partage ; La sagesse a son temps, il ne vient que trop tôt : Eh ! pourquoi se presser? ce n'est pas être sage

Que de l'être plus qu*il ne faut. A. R.

«- On est si enclin à mal penser aujourd'hui, que lorsqu'on entend vanter la sagesse d'une femme, on croit à propos d'en user comme à l'égard de ces nouvelles eitraordinaires, dont on dit qu'elles demandent confirmation. ***

— Une femme sage était aux yeux d'Helvétius un monstre qui n'existait nulle part. Grimm.

— Sœur Jeanne, ayant fait un poupon,

Jeûnait, vivait en sainte fille;

Toujours était en oraison.

Quand ses sœurs étaient à la grille.

Un jour donc l'abbesse leur dit :

« Vivez comme sœur Jeanne vit ;

Fuyez le monde et sa séquelle. »

Toutes reprirent à l'instant :

(c Nous serons aussi sages qu'elle.

Quand nous en aurons fait autant. » La Fontaine.

— S'il se trouve quelques femmes qui meurent sages, il faut qu'elles aient combattu toute leur vie. L'abbé Prévost.

— La sagesse, dans une laide femme, peut être une qualité affectée pour s'attirer de la considération quand elle ne peut mériter des soins, et pour surprendre l'estime des hommes, quand elle ne saurait aspirer à leur tendresse : elle n'est point suspecte de ces motifs dans une femine qui a de la beauté. C'est être véritablement sage que de savoir mépriser les avantages qu'on pourrait se proposer à ne Pêtre pas. Rien ne fait tant briller la sagesse que la beauté, et l'on peut dire que c'est le comble de la perfection, que d'être sage lorsqu'on a de quoi faillir. Saint-Évrehoiit.

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