LES VOUS ET LES TU
Philis, qu'est devenue ce temps, Où, dans un fiacre promenée.
Sans laquais, sans ajustements, De tes grâces seules ornée.
Contente d'un mauvais souper
Que tu changeais en ambroisie, Tu te livrais dans ta folie A l'amant heureui et trompé Qui t'avait consacré sa vie?
Le ciel ne te donnait alors, Pour tout rang et pour tous tréson^ Que les agréments de ton âge ; Un cœur tendre, un esprit volage, Un sein d'albâtre et de beaux yeux* Avec tant d'attraits précieux, Hélas ! qui n'eût été friponne !
Tu le fus, objet gracieux.
Et que Tamour me le pardonne !
Tu sais que je t'en aimais mieux.
Ah ! madame ! que votre vie, D'honneurs aujourd'hui si remplie.
Diffère de ces doux instants!
Ce large suisse à cheveux blancs.
Qui ment sans cesse à votre porte, Philis, est l'image du temps :
On dirait qu'il chasse l'escorte Des tendres Amours et des Ris ; Sous vos magnifiques lambris.
Ces enfants craignent de paraître.
Hélas! Je les ai vus jadis Entrer chez toi par la fenêtre, Et se Jouer dans ton taudis.
Non, madame, tous ces tapis
Qu'a tissus la Savonnerie,
Ceux que les Persans ont ourdis.
Et toute voire orfèvrerie,
Et ces plats si chers, que Germain
A gravés de sa main divine,
Et ces cabinets où Martin
A surpassé l'art de la Chine;
Vos vases japonais et blancs.
Toutes ces fragiles merveilles;
Ces deux lustres de diamants
Qui pendent à vos deux oreilles;
Ces riches carcans, ces colliers.
Et cette pompe enchanteresse.
Ne valent pas un des baisers
Que tu donnais dans (a jeunesse. Voltaire.
— UinMmrest un tyran qui o^épargne personne.
Corneille.
— La femme la plus tyrannisée par son mari conserre toujours assez d^empire sur lui pour se faire ordonner ee qu'elle désire. Rogbebsonb.
U8AOX.
— N'admirez-vous pas quelle force a Pusage et quelle est son autorité dans le monde? AYec trois roots qu'un homme dit à réglise : Ego conjungo voSj il fait coucher un garçon avec une 611e, à la vue et du consentement de tout le monde ; cela s'appelle le sacrement, administré par une personne sacrée. Mais que la même action soit commise sans ces trois mots ; qu'une pauvre jeune fille se donne de tout cœur et sans calcul intéressé à Thomme qu'elle aime, la pauvrette est déshonorée,
et son amant s'appelle, ne vous en déplaise, un maq Dans
le premier cas, le père et tous les grands parents boivent, dansent et se réjouissent ; et la mère, à certaine heure du soir, va pudiquement découvrir la courtine du lit nuptial pour que sa fille s'y fourre en sa présence. Dans le second cas, au contraire, toute la famille est au désespoir ; et celle qui s'est permis d'aimer sans autorisation préalable, est honnie et maltraitée; les grands parents lui font raser les cheveux, et sans pitié ni miséricorde, ils la jettent dans un couvent. Il faut avouer qae les lois et les coutumes sont bien plaisantes. Busst-Rabutoi.
— La vanité perd plus de femmes que l*imour.
M*' DU Deffâicd.
— Rien ne flatte tant la vanité des femmes que de trouver foccasion de faire parade de leur vertu contre ceux qui ae leur plaisent pas. Malheur au téméraire qui n'est pas aimé; c'est une victime qu'elles destinent à servir d'exemple , et qu'elles immoleront sans pitié à l'impérieuse nécessité, de faire croire à leur sagesse. Ninon de Lbnclos.
— La vanité fait bien plus de galanteries que la débauche ou le plaisir; on n'aimerait personne si Tonne s*aimait soi-même.
ROCHEBRUNE
— La plupart des femmes préféreraient plutôt d'être moios
aimées en eflfet, pourvu qu'elles le parussent davaintage ; 1« vanité est le premier de tous leurs sentiments.
M*"* D*AlCONYILLB.
— Les gens les plus malheureux sont ceui qui souffrent par la vanité. Ces sortes de douleurs n'ont pas de dédommagement. Une des maîtresses de Louis XV, qui en avait un fils, gémissait de ce que le roi ne l'avait pas fait prince; je lui dis un jour : « Vous avez couvé l'auf d'un paon, et il n'en est sorti qu'un poulet. » Rivabol.
— La vanité se mêle dans tout, même dans le plaisir, même dans le plus vif des plaisirs. A soixante ans, madame de Chaulnes avait pour amant un jeune homme fort bien fait de sa personne, m^LÎs d'un état obscur. Comme une de ses amies s'en étonnait : — Une duchesse, répondit-elle avec orgueil , n'a jamais que trente ans pour un bourgeois. » Elle avait raison.
Meilham .
— Il y a toujours uue chose qu'un Français dispute plus que sa maîtresse, c'est sa vanité. Quand, en amour, on n'a que de la vanité, toute femme est utile, aucune n'est nécessaire. Le succès flatteur est de conquérir et non de conserver.
Stendhal.
— C'est la vanité qui, chez les femmes, rend la Jeunesse coupable et la vieillesse ridicule. M*"' de Flahaut.
— En blâmant la vanité des femmes, les hommes se plaignent du feu qu'ils ont attisé. Lingbée.
— Tandis que l'amour-passion nous emporte au travers de tous nos intérêts, l'amour-goût sait toujours s'y conformer. Il est vrai de dire que si Ton ôte la vanité à ce pauvre amour, il en reste bien peu de chose ; une fois privé de vanité, c'est un convalescent affaibli qui peut à peine se traloer. Stendhal.
— Il est peu de femmes dont la vanité ne soit plus blessée d'un amour ridicule que d'un amour insultant. Laténa.
— Il n'y a personne qui prenne, plus qu'une femme, de plaisir à la vengeance. Vindicta nemo magis gaudet quàm fœmina. Jovénal.
— Quand les femmes ne peuvent se venger, elles font comme les enfants, elles pleurent. Cardan.
— C'est notre coutume de nous consoler des injustices de notre sexe i»ar l'admiration et l'estime de l'autre. Je connais une fort jolie personne qui disait, quand elle entendait médire de sa figure : — « Pour me venger, je ferai demain uu iofi-
dèle. » Cette Tcngeance lai a réussi tant de fois que les femmes ont eoGn avoué qu*elle était aimable, mais dod pas qu'elle fàt sage. Leur médisance n'a fait que changer d'objet.
M"* DE RlEOX.
— SeYenger d'une maîtresse coupable, c*est témoigner qu'on Taime encore. Adolphe Ricabd.
— La femme d'un mari brutal, maussade et jaloui, disait en s'ébattant avec son amant : — Ah ! je le vois bien, on a raison de le dire, la vengeance est le plaisir des dieux.
Beaumanois.
— Il faut être femme pour savoir se venger. M"* de Rieux.
— Les femUiCs, avec leur orgueil féminin, se vengent des sots sur les gens d'esprit, et des âmes prosaïques'à argent et à coups de bâton, sur les cœurs généreux. Il faut convenir que voilà un beau résultat. Stendhal.
— Une femme qui trompe son mari pour se venger des ioGdélités qu'elle lui reproche, se punit beaucoup plus qu'elle ne se venge. Elle ne fait point cesser le mal dont elle se plaiot, et très souvent elle ajoute à Taulorilé du maître qu'elle a déjà, la domination d'un autre maître qui la méprise et la trompe i wn tour. Adolphe Ricard.