‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 35 sur 228 · BONNARD · texte numérisé non relu

BONNARD

Il a tel déplaisir qu'elle craint plus encore. Je ne suis pas de ceux qui font leur volupté Des embarras charmants de la paternité, Pauvres dans l'opulence, et dont la vertu brille A se gêner quinze ans pour doter leur famille; De ceux qu'on voit pâlir, dès qu'un jeune éventé Lorgne en courant leur femme assise à leur côté. Et, geôliers maladroits de quelque Agnès nouvelle, Sans fruit en soins jaloux se creuser la cervelle. Jamais le bon plaisir de madame Bonnard, Pour danser jusqu'au jour, ne me fait coucher tard. Ne gonfle mon budget par des frais de toilette ;

Et Jamais ma dépense, excédant ma recette,

Ne me force à bâtir an espoir mal fondé

Sar le terrain mouvant du tiers consolidé.

Aussi, sans trouble aucun, couché près de ma caisse.

Je m'éveille à la hausse ou m'endors à la baisse.

À deux heures je dine : on en digère mieux.

Je fais quatre repas comme nos bons aïeux,

Et n'attends pas à jeun, quand la faim me talonne,

Que ma fille soit prête, ou que ma femme ordonne.

Dans mon gouvernement, despotisme complet :

Je rentre quand je veux, je sors quand il me platt;

Je dispose de moi, je m'appartiens, je m'aime,

Et sans rivalité je jouis de moi-même.

Célibat! célibat! le lien conjugal

A ton indépendance ofTre-t-il rien d'égal?

Je me tiens trop heureux, et j'estime qu'en somme

Il n'est pas de bourgeois, récemment gentilhomme,

De général vainqueur, de poêle applaudi,

De gros capitaliste à la Bourse arrondi.

Plus libre, plus content, plus heureux sur la terre.

Pas même d'empereur, s*il n'est célibataire.

Casimir Delàvigne.

— L'homme sans femme ni enfant étudierait mille ans dans les livres et dans le monde le mystère de la famille qu'il n'en «aurait pas un mot. Michelet.

~ Dans le célibat d'un homme opulent il y a presque tou - Jours une honte secrète et des vices cachés. Adolphe Ricabd.

CHAOBUr.

— Prendre son parti dans les grands chagrins que cause Ta- <Dour, ce n'est pas être insensible, c'est tenter la guérison.

, M"* DE RiEUXr

— Le mariage est quelquefois un licou qui attache l'homme ^U femme au chagrin. Érasme.

— Cette chaîne qui dure autant que notre vie. Et qui devrait donner'plus de peur que d'envie. Si Ton n'y prend bien garde, attache assez souvent Le contraire au contraire, et le mort au vivant.

Th. Corneille.

-- C'est un bonheur qu'une maladie dans les grands cha-

Urios. Eu nous rapprochant de nous, elle écarte le souvenir

^cs autres. Diderot.

— Le cœur d'uae femme n*est jamais si rempli d*afflietioii qu*il n'y resle quelque coin pour la flatterie et pour Tamour.

Marivaux

— On ne peut pas s'imaginer qu'une femme qu'on a vue jouer à la poupée à l'âge de six ans, puisse mourir d'un chagrin d'amour à vingt-cinq, et pourtant cela s'est vu.

Charles Nodier.

— Les femmes ne vivent que des émotions que donne l'amour. Une vieille dame avouait qu'étant jeune elle avail beaucoup ainié. — Oh ! s'écriait-elle , les bons chagrins qu« j'avais en ce temps-là ! Arsène Houssatb.

— Il n'y a rien de plus dangereux à voir qu'une jolie femme affligée ; la pitié fait très souvent naître l'amour.

M"' DE Sartory.

— L'amour console de tout, même des chagrins qu'il cause.

P. ROCHPÈDRE.

— Si l'amour vous trompe, chantez, a dit le poëte :

La chanson est une arme utile

Qu*on oppose à plus d'un chagrin. Déranger.

— En amour, le confident de nos chagrins en devient assea souvent le consolateur. Adolphe Ricard.

OHAIB».

— Il n'y a pas de plus forte chaîne pour lier une femme que celle de se savoir aimée. M""* de Motteville.

— Une femme adroite ne doit point laisser prendre trop d'ascendant sur elle. Réservez-vous toujours la liberté de rompre vos chaînes, quand vous les trouverez trop pesantes. N'aimez, s'il est possible, que jusqu'aux peines. Hélas! mademoiselle, c'est vous dire encore d'être sage, car les chagrins commencent qunnd on cesse de l'être. M"** de Riedx.

— En amour, se former de fortes chaînes, c'est se préparer de cuisantes douleurs, lorsqu'elles viennent à se rompre.

L*abbé PREvosf .

OHANT.

— L'union du chant et de la sensibilité est tellement dans la nécessite des choses, qu'il n'exista jamais une bonne cantatrice sans un fort entraînement vers l'amour; car l'expression ne peut s'acquérir ni s'imiter, et c'est lui seul qui la donne. Le chant et l'amour exercent l'un sur l'autre une action réciproque; et s'il est probable que quelquefois on chante parce qu'on aime, il <tft dén^oatré que le plus souvent on aime parce qu'on

— gâchante. L^amour est TafTaire d*une danseuse, le rêve d^ane artiste, la yie d*one cantatrice. Lemontet.

— Un monsieur, qui passait avec raison pour être rangé depuis longtemps dans la confrérie des maris trompés, applaudissait avec enthousiasme un duo fort galant que sa jeune femme venait de chanter avec un artiste de POpéra. Un jour- Daliste qui battait des mains comme le digne époux, fut vivement apostrophé par un de ses voisins. — Eh quoi! lui dit ce dernier, vous aussi, monsieur ! Ce morceau vous semble donc * excellent? — «Allons donc! répliqua le journaliste en éclatant de rire; ce qui me semble excellent, mon cher, c^est le mari.» Et là-dessus, tirant à Técart son voisin mécontent, il lui dit à voix basse :

Applaudir sa femme qui chante

Ce doit être un plaisir bien doux!

Mais souvent une voix charmante

A coûté bien cher à Tépoux ;

Car parmi ces maîtres de gamme,

n s'en est trouvé plus d'un qui.

En faisant trop chanter la femme,

A fait déchanter le mari. A. R,

^ L'ami donne s'il a de trop, la femme lors même qu'elle Q*a pas assez.

— Les femmes ont le génie de la charité. Un homme qui donne ne donne que son or, la femme y joint son cœur. Un louis aux mains d'une femme bonne soulage plus de pauvres que cent francs aux mains d'un homme : la charité féminine renouvelle chaque jour le miracle de la multiplication des pains. Ernest Legouvé.

— Un quidam à l'esprit chagrin pérorait depuis dix minutes dans une assemblée : — Aimez-vous, disait-il en se posant en prédicateur :

Aimez-vous comme de bons apôtres, Il n'est rien sans la charité...

— Eh ! Monsieur, interrompit un plaisant qui goûtait pea tes jérémiades :

En quels temps vit-on, comme aux nôtres.

Ce précepte autant respecté?...

Aujourd'hui notre charité

S'étend jusqu'aux femmes des autres. A. R.

— Pea de femmes savent se consoler de la perte de Ictrr» charmes; cesser de plaire, c'est pour elles cesser de vivre.

P. ROCHPÈDRE.

— Le malheur qui dure réconcilie avec tous les hommes, et U perte des charmes d'une belle femme la réconcilie avec toutes les autres. Diderot.

— Nous dépouillons de leurs charmes les objets qui ont cessé de nous plaire, pour en parer ceux que nous désirons.

P. RuCUPÈDRE.

— En cherchant, par mille petites ruses, h se pourvoir de ce qui leur manque le plus, les femmes se donnent sans le vouloir des armes contre la séduction. Leur amour-propre inquiet leur tient lieu de vertu : et telle qui se refuse aux empressements d'un homme aimable, ne trouve quelquefois ce courage que dans la crainte de lui découvrir les petits mensonges de sa

'toilette. Adolphe Ricard.

Page 1