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CHAPITRE X L'amour azoophilique

Par amour azoophilique, j'entends l'amour qui s'adresse à des objets inanimés. Cette expression proposée par le docteur J. Chevalier (4), me semble bien appropriée pour s'appliquer à un certain groupe d'individus chez qui l'instinct sexuel est singulièrement dévié. C'est une forme de l'amour morbide qui, plus encore que les autres, constitue un véritable délire partiel.

L'amour normal conduit à une certaine recherche des objets matériels ayant appartenu à la personne aimée. "C'est ce que Mantegazza appelle les sublimes puérilités de l'amour. « Dans le reliquaire de l'amour, dit-il, il y a place pour les choses les plus gracieuses comme les plus

(1) D-- J. Chevalier. Be l'inversion de l'instinct sexuel au point de vue medico-légal. Doin. Paris 1885.

grossières. J'avais un ami qui pleurait de joie et d'attendrissement durant des heures en contemplant et en baisant un fil de soie qu'elle avait tenu dans ses mains et qui était pour lui son unique relique d'amour. Il y en a qui ont dormi pendant des mois et des années avec un livre, une robe, un châle. » (1) Mais ces objets sont surtout aimés parce qu'ils rappellent une personne ; ils n'ont qu'une valeur d'emprunt.

Ce n'est point de cette idolâtrie amoureuse que je veux parler et qui constitue, en somme, un sentiment des plus vrais et des plus naturels. Quand nous avons perdu ceux qui nous sont chers, nous gardons quelque chose d'eux, une mèche de leurs cheveux, un objet leur ayant appartenu, et ces reliques, en même temps qu'elles nous les rappellent et les sauvent de l'oubli, semblent nous laisser un peu d'eux-mêmes.

Pour ceux que nous allons étudier, la personne n'est rien, l'objet matériel est tout. Ce n'est plus une relique qui rappelle la personne aimée. Celle-ci n'existe pas et n'a jamais existé.

Les amoureux azôophiliques sont obsédés par un objet inerte quelconque, cet objet peut varier à l'infini.

(1) Mantegazza. Physiologie de l'amour, p. 140.

l'amour azoophilique

Voici un premier fait emprunté à M. Binet. (1).

Il s'agit d'un magistrat distingué qui ressent une affection toute particulière pour les femmes qui portent un certain costume. Ce costume, moitié national et moitié fantaisiste, est celui qu'adoptent à Paris les Italiennes qui servent de modèles. La seule vue d'un de ces costumes passant dans la rue lui procure une excitation génitale assez intense. H rapporte l'origine de ce phénomène à une rencontre qu'il fit à seize ans et qui le bouleversa complètement ; il aperçut dans la rue trois jeunes italiennes d'une éclatante beauté ; elles s'arrêtèrent près de lui pour regarder une devanture de magasin. Pendant une minute, il eut un tableau magique sous les yeux ; un rayon de soleil éclairait les brillantes couleurs rouges, bleues et blanches de leurs costumes, et faisait étinceler l'or de leurs colliers et de leurs boucles d'oreilles. Il a gardé de cette scène un souvenir si lumineux et si vivant qu'il tressaille encore en y pensant. Cette circonstance a décidé de ses goûts. Pour lui, il n'y a que les Itahennes qui soient jolies, il n'y a que le costume italien qui soit élégant. Aujourd'hui, devenu un homme grave et sérieux , lorsqu'il voit passer dans la rue une Italienne en costume, il ne peut pas s'empêcher de la suivre ; la vue de sa robe rouge et de son tablier bleu lui cause un plaisir indicible, et, pour peu qu'elle soit jeune et jolie, il est tout tremblant d'émotion. A une certaine époque, il était allé se loger dans le

(1) Loc. cit. p. 38.

voisinage de la rue de Jussieu, où les modèles italiens de Paris ont établi leur quartier général.

Ce goût particulier a pour objet non telle femme, mais le costume, car toute femme qui porte ce costume provoque chez lui la même impression. Il faut seulement que le costume soit revêtu par une femme ; le costume seul, pendu à une patère ou posé sur un mannequin, ne détermine pas chez le malade des phénomènes d'excitation génitale ; il n'éprouve qu'un plaisir très modéré à le regarder. Gomme le fait observer M. Binet, cela est toujours du fétichisme dans l'amour, puisque le costume ne devient un objet d'attraction amoureuse que par ce qu'il est porté par une femme. C'est une forme atténuée de l'amour azoophilique et dont on rencontre journellement des exemples. Nous sommes tous plus ou moins sensibles en effet à la parure ; et telle qui nous aurait laissé absolument froids avec une mise simple, nous excite vivement si elle est bien attifée. Combien de femmes galantes m'ont assuré qu'elles trouvaient sans peine des amoureux prêts à les suivre quand elles allaient dans des bals masqués avec des costumes plus ou moins séduisants, alors que pendant des semaines entières elles n'avaient pu , avec leur costume de ville, allumer un seul homme ! Souvent même les amants rencontrés dans ces circonstances exigent qu'elles se laissent posséder sous le costume qui les a séduits. Un soir, l'une d'elles, habillée en bergère Louis XV, entraîne un homme chez elle. Le prix était convenu d'avance et, comme elle était pressée, il était

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dit qu'elle ne quitterait pas son costume. Arrivée chez elle, après réflexion,, elle propose à l'homme de se déshabiller complètement, moyennant un petit supplément.

— Ah! non alors! fit celui-ci. Si tu te déshabilles, je m'en vais .

II y avait ces années passées, dans l'avenue Trudaine, une maison dont je tairai le numéro, car elle existe peutêtre encore, où les femmes se prostituaient sous des costumes de religieuses de différents ordres. On se livrait là à des parodies du culte religieux suivies de scènes érotiques. Les femmes costumées en premières communiantes, en mariées couronnées de fleurs d'oranger, en nones voilées, se confessaient à de vieux libertins et communiaient à un autel impie.

Je connais un jeune homme qui eut une fois, proh pudor! en province, des rapports avec une religieuse. Il exigea qu'elle se livrât en costume, le voile en tête et son rosaire à la main.

Attrait de la parure ! séduction du costume !

Un pas de plus et nous sommes en pleine pathologie. La femme disparaît et l'objet matériel reste seul comme cause et comme appel de l'instinct amoureux.

Voici un exemple des plus intéressants emprunté au mémoire de Gharcot et Magnan (1). .

X.... est un déséquilibré appartenant à une famille d'excentriques et d'originaux. A l'âge de cinq ans, ayant couché pendant cinq mois dans le même lit qu'un parent âgé d'une trentaine d'années, il éprouva pour la première fois un phénomène singulier : c'était une excitation génitale et l'érection, quand il apercevait son compagnon de lit se coiffer d'un bonnet de nuit. Vers cette même époque, il avait l'occasion de voir se déshabiller une vieille servante, et dès que celle-ci mettait sur sa tête une coiffe de nuit, il se sentait très excité et l'érection se produisait immédiatement. Plus tard l'idée seule d'une tête de vieille femme ridée et laide, mais coiffée d'un bonnet de nuit, provoquait l'orgasme génital. La vue du bonnet de nuit seul n'exerce que peu d'influence, mais le contact d'un bonnet de nuit provoque l'érection et quelquefois l'éjaculation. Par contre, il se souvient qu'à sept ans il était resté absolument réfractaire aux tentatives de masturbation faites sur lui par un de ses camarades d'école. Il n'a jamais recherché les rapports anormaux ; il affirme que la vue d'un homme ou d'une femme nus le laisse absolument froid. Jusqu'à trente-deux ans, époque de son mariage, il n'avait pas eu de relations sexuelles ; il épouse une demoiselle de vingt-quatre ans, jolie, et

(4) Charcot et Magnan. Archives de Neurologie, 1882.

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pour laquelle il éprouvait une vive affection. La première nuit des noces, il reste impuissant à côté de sa jeune femme ; le lendemain la situation était la même lorsque, désespéré, il évoque l'image de la vieille femme ridée, couverte du bonnet de nuit ; le résultat ne se fait pas attendre, il peut immédiatement remplir ses devoirs con-

j jugaux. Depuis cinq ans qu'il est marié, il en est réduit au même expédient : il reste impuissant jusqu'au moment où le souvenir rappelle l'image favorite. Il déplore

, cette singulière situation qui le force, dit-il, à la profanation de sa femme. Cet homme présente une foule d'autres désordres mentaux. La nuit il est sans cesse harcelé par une hallucination : il voit une bête noire qui veut le saisir au cou. Tourmenté par des idées de suicide, il éprouve des craintes vives quand il monte sur l'impériale d'un omnibus : il est pris de vertige et de nausées, il se voit très élevé, il s'imagine n'avoir rien pour le soutenir et il lui semble qu'il va tomber. Il ne peut, sans de grandes appréhensions, regarder parla fenêtre d'un troisième ou d'un quatrième étage. En passant à côté d'une maison élevée, il craint qu'elle ne s'écroule sur lui.

Cet homme, on le voit, est un type parfait de dégénéré et l'amour se traduit chez lui par l'obsession d'un bonnet blanc coiffant une tête vieille et ridée. Le bonnet est pour lui le point capital et la tête n'est qu'un accessoire.

Dans le même mémoire, Gharcot et Magnan citent d'autres exemples.

Un autre détraqué n'a d'affinité sexuelle que pour les clous de souliers de femme et son obsession le pousse aux plus singulières extravagances. Il cherche à voir les clous de bottine de femme, il examine avec soin leur trace dans la neige ou sur la terre humide, il écoute le bruit qu'ils font sur le pavé de la rue ; il trouve un plaisir ardent à répéter des mots qui sont destinés à aviver l'image de ces objets; ainsi il se complaît dans l'expression : « ferrer une femme » .

Ce malade s'adonne à la masturbation qui joue ici, selon l'heureuse expression de M. Binet, le rôle de caisse de résonnance ; car, pendant ces pratiques, il pense à ses clous avec toute l'intensité que l'excitation génitale peut donner à ces pratiques. Un jour, on l'arrêta dans la rue pendant qu'il se livrait à son vice habituel devant la devanture d'un cordonnier.

Vers l'âge de six ou sept ans, X... était déjà poussé par un instinct irrésistible à regarder les pieds des femmes pour voir s'il n'y avait pas de clous à leurs souliers ; lorsqu'il y en avait, la vue de ces clous lui produisait dans tout son être un bonheur indéfinissable. Deux jeunes filles, ses parentes, logeaient dans sa famille ; il se ren-

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dait dans l'endroit où leurs souliers étaient déposés ; il s'en emparait d'une main fiévreuse et frissonnante ; il touchait les clous, il les comptait, il ne pouvait pas en détacher ses regards, et le soir, dans son lit, il reportait sa pensée alternativement sur l'une ou l'autre de ces jeunes filles, et il lui faisait jouer un rôle fantastique qu'il imaginait ; il voyait sa mère la conduire chez le cordonnier, il l'entendait commander de garnir de clous les souliers de sa fille, il voyait le cordonnier poser les clous et remettre les souliers à la jeune fille ; puis il cherchait à se rendre compte des sensations que celle-ci éprouvait en marchant avec ses souliers à clous ; enfin, il infligeait à la jeune fille les tortures les plus cruelles, il lui clouait des fers sous les pieds, comme l'on fait aux chevaux, ou bien il lui coupait les pieds et en même temps se masturbait ; mais ce n'était pas seulement pour se procurer la jouissance matérielle qu'on y trouve, c'était plutôt pour servir d'accompagnement à l'histoire fantastique qui charmait son imagination.

Ces faits se reproduisaient assez fréquemment. X... ne tentait aucun effort pour les empêcher ou les éloigner ; il savourait, sans remords, le plaisir sensuel qu'il en retirait ; il était encore un enfant et il ne comprenait pas la portée des actes auxquels il se livrait.

Plus tard, après avoir terminé ses études, il revint à la campagne chez une de ses parentes. Il voyait souvent deux jeunes filles, ses cousines, qui habitaient dans le voisinage. Lorsqu'il était seul dans le jardin, assis sur un

banc, il se racontait à lui-même une de ces histoires fantastiques, dont les deux jeunes filles étaient naturellement devenues les héroïnes du moment ; en même temps qu'il se racontait une histoire, il se livrait sur lui-même à d'impudiques attouchements ; le lendemain et les jours suivants, il recommençait, en ayant soin de ne pas aller jusqu'à la terminaison du crime d'Onan. D'un autre côté, quand il était avec les jeunes filles, il cherchait à voir les clous de leurs souliers. Une d'elle s'en étant aperçue, et sans que X... lui eût rien dit, ne manquait jamais, surtout quand elle avait des souliers neufs, de passer son pied sur le sien, en appuyant légèrement, de manière à lui faire sentir les clous. Ce contact amenait immédiatement un orgasme occasionné non pas par l'impression de la femme, mais par celle des clous. Plusieurs fois même, il lui est arrivé de prendre les souliers des jeunes filles dans l'endroit où ils étaient déposés, et il lui suffisait de poser l'extrémité de sa verge sur les clous pour que, sans aucune pression de la main, l'éjaculation eût lieu aussitôt.

A l'âge de dix-huit ans, venu à Paris, tout son corps était agité par un frémissement voluptueux , lorsqu'on passant devant les boutiques des cordonniers, il voyait mettre des clous à des chaussures de femmes ou même qu'il voyait des chaussures de femmes garnies de clous.

X..., en dehors de toute excitation, Voit souvent ses idées se présenter à son imagination. Il tâche de les

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chasser ; alors elles le harcèlent comme des furies ; alors il sent comme un voile s'étendre sur son intelligence et y faire la nuit ; ses yeux s'appesantissent, il se raconte à demi-voix une de ses histoires fantastiques, et, en même temps il se livre à la masturbation, soit directement avec la main, soit en serrant sa verge entre ses cuisses, soit en la renversant sur sa chaise et en la comprimant de tout le poids de son corps. En même temps qu'il possède une grande puissance de travail, X... a une imagination très exaltée. La surexcitation cérébrale va même parfois jusqu'à produire des illusions des sens et presque des hallucinations. C'est surtout dans les moments où il lutte contre ses pensées et contre les entraînements qui les accompagnent; il lui semble alors qu'un second être lui est juxtaposé et lui fait entendre, par des paroles qui , lui retentissent dans le cerveau, que la résistance est inutile .

Quand il a succombé et que, désespéré, il prend la résolution énergique de ne plus céder, il croit entendre, toujours dans son cerveau, comme une voix qui lui fixe le jour où il cédera de nouveau. Cette voix, qui lui semble être celle d'un être qui lui est étranger, et non l'écho de sa pensée à lui-même, il l'a entendue aussi pendant les intervalles les plus longs de calme qu'il ait eus , lorsqu'il était amoureux et avait le projet de se marier ; et, plus tard, pendant les trois premiers mois de son mariage, et c'était aussi pour lui indiquer le jour où il succomberait. Lorsque ce jour approche, X... redouble de précau-

tien pour éviter tout ce qui pourrait aider à sa chute ; il y met de l'amour-propre ; c'est comme un duel entre l'être étranger et lui ; mais, le jour arrivé, une sensation de langueur s'empare de toute sa personne, son intelligence s'obscurcit, et la crise ne peut être évitée. Voilà certes un bel exemple d'amour morbide. Et, comme toujours, ce délire amoureux a germé sur un terrain de dégénérescence. Cette floraison anormale est éclose sur un arbre malade dès la souche.

Mais ce culte amoureux et sensuel des objets inanimés peut aller plus loin encore et s'abstraire complètement de la femme.

Voici un dernier fait encore emprunté au mémoire déjà cité de MM. Charcot et Magnan.

G... est un déséquilibré, fils d'alcooliques et d'aliénés, présentant de nombreux stigmates physiques de dégénérescence. A quinze ans, il aperçoit, flottant au soleil, un tablier qui séchait, éblouissant de blancheur; il approche, s'en empare, serre les cordons autour de sa taille et s'éloigne pour aller se masturber au contact du tablier derrière une haie. Depuis ce jour les tabliers l'attirent, il ne peut s'empêcher de les prendre , s'en sert

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pour pratiquer l'onanisme, puis les replace dans le lieu où il les a pris, ou bien il les jette ou les laisse chez lui dans un coin. A plusieurs reprises, cet homme a été arrêté et condamné pour vol de tabliers blancs.

« L'obsession chez ce malade, continuent MM. Charcot et Magnan , atteint un tel degré d'intensité que nonseulement il se soumet volontairement à une faction des plus prolongées, mais ne craint pas de s'exposer à de grands dangers pour aboutir à quoi ? à la conquête d'un tablier blanc. Il subit plusieurs condamnations, mais impuissant à dominer ses désirs, il essaie des moyens héroïques ; voyages en mer, puis refuge dans un couvent. Mais à peine touche-t-il à terre qu'il recommence ; à peine est-il sorti du cloître qu'il s'empresse d'acheter ou de voler des tabliers blancs. C'est là une fatalité poursuivant ce malheureux et pesant de toute sa force sur son existence. ))

Lombroso a aussi observé un malade qui a exactement le même appétit pour les tabliers blancs ; seulement, chez lui, l'obsession, d'abord fixée sur les tabliers blancs, s'est étendue progressivement à tous les objets blancs; un hnge flottant et même un mur blanchi à la chaux suffisent à provoquer la réaction sexuelle. (4)

Erlenberg a observé un homme qui volait du linge de

(1) Tel est encore cet individu qui, s'étant une fois servi d'une peau de renard, ne pouvait plus avoir d'érections qu'en présence de fourrures.

femme dans les magasins pour s'en revêtir la nuit ; il se procurait ainsi des sensations voluptueuses suivies d'éjaculation. Il gardait ensuite tout ce linge dans des malles.

M. Macé parle également de certains individus qui volent des mouchoirs aux dames, par amour. Quand un de ces individus, dit-il, vient de prendre un mouchoir il le passe sur ses lèvres avec un mouvement de passion, il en aspire le parfum, et se retire en titubant comme un homme ivre. On trouva dans la chambre d'un tailleur, arrêté dans ces circonstances, plus de trois cents mouchoirs brodés à diverses initiales.

A côté de ces déséquilibrés de l'amour chez qui l'obsession a pour objet une chose inanimée quelconque, nous trouvons ceux qui recherchent, par une sorte de culte idéal et épuré, l'image représentatrice de l'être quj excite leur sensualité : je veux parler des amants des statues.

Dès les temps les plus anciens, cette aberration existait.

Ptolémon, d'après un récit d'Athénée, assure' qu'un grec,,se prit de passion pour un Cupidon de la galerie de

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tableaux de Delphes. Enfermé avec la statue, il assouvit sur elle sa passion et déposa à ses pieds une couronne pour prix de sa jouissance. L'oracle de Delphes consulté déclara qu'il fallait relâcher l'insensé parce qu'il avait payé son plaisir.

Lucien et saint Clément d'Alexandrie parlent d'un jeune homme qui devint amoureux à Cnide d'une Vénus de Praxitèle. Une nuit, caché dans le temple, il se livra à des embrassements amoureux sur la déesse qui portait le témoignage de l'outrage qu'elle avait reçu.

Philémon et le poète Alexis mentionnent aussi, suivant Athénée, qu'un individu nommé Clisophe s'enferma dans le temple de Samos pour y posséder une statue en marbre de Paros dont il s'était épris. Mais, comme la froideur et la dureté du marbre ne lui permettaient pas d'arriver à son but, il alla acheter un morceau de viande qu'il plaça aux parties génitales de la statue et il put ainsi assouvir sa passion.

Il y a quelques années, au Louvre, un insensé tenta de souiller la Vénus de Milo et se fit arrêter par les gardiens.

Il n'est pas rare non plus de voir au Luxembourg et dans les musées nationaux des individus se masturber devant des statues. (1)

(4) Il y a quelques années, à Saint-Pétersbourg, on arrêta un jeune homme qui faisait, la nuit, de trop fréquentes visites à une statue de nymphe placée sur la terrasse d'une villa.

LES AMOUREUX DES ENFANTS

GHAPITRE XI

Les amoureux des enfants.

Je ne parlerai pas dans ce chapitre de ceux qui, surexcités par le rut, prennent l'enfant à défaut de la femme, des ivrognes qui voient trouble à travers l'ivresse et assouvissent leur passion sur l'enfant qu'ils rencontrent sur leur chemin. Ce sont des êtres aveuglés par l'instinct et par l'alcool, mais ce ne sont pas des obsédés ; ils ne recherchent pas les enfants de préférence, ils les prennent parce qu'ils ne trouvent pas autre chose. Ce sont des criminels, voilà tout.

Mais il existe d'autres catégories d'individus qui recherchent uniquement les enfants. Les charmes de la femme les laissent indifférents. Ce sont ceux-là que je me propose d'étudier rapidement dans ce chapitre.

Il est un fait que tous ceux qui s'occupent de criminologie et de médecine légale, ont constaté, c'est que la plupart des attentats à la pudeur sur des enfants sont commis par des vieillards.

Tardieu a fait remarquer « qu'à mesure que l'âge des criminels s'élève celui de leurs victimes s'abaisse et que c'est presque exclusivement à des enfants que s'adresse la lubricité criminelle des vieillards ». Le professeur Brouardel partage entièrement cette opinion : « C'est alors que la faiblesse et l'impuissance arrivent, dit-il, que ces instincts de débauche honteuse semblent au contraire se développer avec plus de force. » Le professeur Lacassagne a de son côté insisté sur ce fait et a plusieurs fois constaté que l'âge du violateur est en raison inverse de celui de la victime (1).

Pourquoi cette recherche et cet appétit des enfants chez les vieillards libertins ? Est-ce le besoin de rafraîchir leur lubricité aux ingénuités de l'enfance ? Espèrent-ils raviver leur sang sénil au contact d'un sang plein de jeunesse et de vie ? Je croirais plutôt que, devenus impuissants,

(1) Voyez à ce propos le beau travail du D'' Paul Bernard, fait au laboratoire de médecine légale de Lyon : Des attentats à la pudeur sur les petites filles. Paris, 1886.

LES AMOUREUX DES ENFANTS 195 a

ils espèrent ranimer leur virilité devenue insensible au contact de la femme. Il leur faut des mets pimentés qui excitent puissamment. Les estomacs blasés et malades aiment les fruits verts.

A côté de ces séniles, je crois qu'on pourrait ranger ces blasés non encore assouvis et qui, eux aussi, ont besoin d'excitants. Ils ont usé et abusé de la femme ; ils ont parcouru toute la gamme de l'amour naturel et extra naturel ; ils sont allés à Lesbos, puis à Paphos ; ils ont épuisé tous les raffinements de la luxure. Leurs désirs s'apaisent, leur virilité languit ; elle va mourir. Mais ces épuisés n'ont pas dit leur dernier mot. Ils sont comme les ivrognes qui éructent et qui veulent boire encore. Un jour ils ont remarqué des petites filles dans la rue ; ils ont été touchés de leurs grâces juvéniles. De là est né leur amour. Mais ceux-là commettent rarement des viols ou des attentats à la pudeur. Leur volonté n'est point, com.me celle des séniles, à demi paralysée. Ils savent résister momentanément à leur penchant et attendre leur heure. Au lieu d'attirer eux-mêmes la fillette et de la violenter, moyen dangereux, ils s'adressent à la proxénète et ils peuvent tranquillement et sans crainte, sous les

épais rideaux d'une alcôve, consommer leur crime et assouvir leur passion.

Séniles et blasés ne sont en somme que des épuisés à la recherche d'une sensation nouvelle pour réveiller leur ardeur génitale éteinte. Mais il en est d'autres qui naissent pour ainsi dire avec cette passion. Ils prennent bien quelquefois la femme pour satisfaire leur ardeur génitale, mais ils se sentent presque fatalement entraînés vers les petites filles. Quand ils voient passer dans la rue une fillette à la chevelure brune ou blonde, ils ne peuvent s'empêcher de la suivre d'un long regard chargé de tendresse et quelquefois allumé de convoitise.

Vrais détraqués de l'amour, ce sont ordinairement des nerveux, des névrosés, des héréditaires syndromiques.

J'ai connu un jeune homme fort instruit et fort intelligent qui, dès sa prime jeunesse, s'est senti entraîné vers les petites filles. Ce n'est ni un épuisé ni un impuissant, et souvent il est obligé de s'adresser à des femmes pour apaiser des sens jeunes et pleins d'ardeur. Mais toujours il les choisit le plus jeune possible. Quand une prostituée, par l'exiguité de sa taille, la forme enfantine de son visage ou de son corps peut rappeler plus ou moins une fillette,

LES AMOUREUX DES ENFANTS

il la choisit de préférence à toute autre, même à ce qu'on est convenu d'appeler une belle femme. Pour lui, la plus belle femme est la plus jeune, fût-elle la plus laide. Et sans cesse, il est tourmenté par le besoin de posséder des petites filles. A Paris, il recherche les petites bouquetières prostituées, les petites drôlesses qui accompagnent les messieurs dans les voitures pour faire, à l'ombre des rues désertes, Vamore a la francesCj comme on dit à Naples. Il a parcouru toute l'Europe, et son plus grand bonheur, dit-il, a été de posséder, en Italie, en Espagne et en Russie, des filles impubères.

Dans ses lettres, ses écrits intimes, il laisse éclater sa passion. Il raconte qu'il a eu un rêve peuplé de petites filles, et il s'écrie : « 0 les miracles d'amour ! 0 les l'oses de volupté ! Qui donc les a faites si exquises de grâce ? Qui donc a mis dans leurs cheveux l'éclat des soleils et l'obscurité des nuits ? Qui donc a embaumé leur bouche et leur sourire avec le parfum des lys de la plaine ? Qui donc a ravi à la mer pour les mettre sous leurs lèvres fleuries, ces perles nacrées ?

« Et voici que Nature les prépare aux divins actes de l'amour ; voici que leur poitrine se gonfle et que sur leur pubis fleurit un léger duvet.

« 0 merveilles des merveilles ! Voici que vous serez les vases d'élection, les calices d'amour. Voici que vos ventres seront les tabernacles des mystères d'Eros. Qui se désaltérera à ces lèvres juvéniles? Qui boira à ces

coupes d'amour? Qui verra les affres exquises de ces virginités agonisantes ? »

Dans une autre rêverie qu'il a confiée au papier, il invite les petites filles à l'amour :

(( 0 fillettes ! vous êtes des aurores ! Or, quoi de plus suavement doux que les lueurs aurorales du matin?

« 0 fillettes ! vous êtes des roses non encore fleuries. Or, quoi de plus exquis et de plus parfumé que la rose en bouton ?

« Venez à moi, fillettes ! Aux splendeurs éblouissantes du soleil de Midi je préfère les virginales aurores.

« Venez à moi, fillettes ! Aux pourpres des roses épanouies je préfère les pâleurs des fleurs en bouton. »

Ailleurs, dans une dissertation mystique sur la nature des anges, il dit : « Ce sont peut-être de beaux jeunes hommes en qui Virgile retrouverait son bel Alexis , Anacréon son cherenfantBathyllos,et Sapho son petit maquereau Phaon.

(( Ce sont peut-être des femmes, mais si belles que rien que ^'entendre prononcer leur nom les hommes en mourraient d'amour.

« Ce sont peut-être des ApoUons Musagètes, de pâles hermaphrodites, aujourd'hui succubes et demain incubes.

« Ce sont peut-être de suaves et exquises fillettes dont les lèvres sont si roses et si fraîches que leur simple ^ contact suffirait pour réveiller un cadavre.

>« Ou bien encore ce sont peut-être des conceptions inconnues des humains, des formes idéales et parfaites, dont la simple vue nous ferait tomber en extase.

LES AMOUREUX DES ENFANTS

« Si jamais vous m'appelez en votre Paradis, faites, ô mon Dieu, que ce soient des fillettes, de blondes et roses fillettes. »

Et pourtant, comme je l'ai dit, chez ce jeune homme, cet amour des petites filles n'est pas tellement puissant et tellement obsédant qu'il ne puisse avoir de rapports avec des femmes et qu'il ne puisse trouver du plaisir avec elles. Cependant celui-ci est un peu émoussé : c'est sans doute pourquoi il réclame presque toujours d'elles des faveurs extra -naturelles.

Mais on a observé des exemples où cet amour maladif pour des enfants occupait la sphère génitale toute entière et ne permettait pas à ceux qui en étaient obsédés de tourner leurs désirs sexuels vers d'autres objets,

M. Magnan (1) cite l'exemple d'une fille de vingt-neuf ans qui éprouvait un penchant anormal pour un garçon de deux ans.

Fille d'une hystéro-épileptique et d'un mélancolique, elle a présenté successivement plusieurs des syndromes psychopathiques des héréditaires : elle a eu des impul-

(1) Annales médico-psychologiques. 1885.

l'amour mordide

sions au vol, la crainte des épingles, le doute anxieux sur l'accomplissement de certains actes ou l'existence de certaines choses, puis enfin l'anomalie sexuelle suivante.

Depuis huit ans, elle éprouve un besoin irrésistible de cohabitation avec ses jeunes neveux. Un de ces enfants, âgé de treize ans, a été l'objet de ses premiers désirs ; sa vue la mettait dans un état d'agitation extrême; elle éprouvait des sensations voluptueuses qu'elle était impuissante à réprimer, qui s'accompagnaient de soupirs, d'inclinations de tête, de déviation des yeux, de rougeur de la face, quelquefois de spasmes et de sécrétions vaginales ; elle se sentait poussée à le saisir et à l'approcher d'elle. Plus tard, quand il a grandi, et à la naissance du second frère, c'est ce dernier qui est devenu l'objet de ses convoitises maladives, puis enfin le troisième, le quatrième et actuellement, c'est le dernier venu, âgé de trois ans, dont son esprit est préoccupé. Elle se sent poussée à l'attirer près d'elle.

Cette malade est très lucide, elle est désolée et honteuse de ses singuliers désirs ; elle est tranquille, elle travaille et s'occupe toute la journée; elle sort de temps à autre et va dans sa famille pour essayer ses forces ; mais encore la vue de son neveu l'impressionne vivement ; à table, elle se place loin de lui ; mais pendant toute la durée du repas, elle éprouve des spasmes, des malaises à l'estomac, une constriction à la gorge, et la lutte devient des plus pénibles. Elle n'a jamais cédé à cette perversion instinctive ; ses désirs, sans qu'elle puisse se l'expliquer,

LES AMOUREUX DES ENFANTS

n'ont jamais eu pour objet que ses neveux, et elle peut, avec indifférence, voir d'autres petits garçons ; toutefois, elle évite leur contact.

Ces étranges déviations de l'appétit sexuel et même du sentiment amoureux pourraient peut-être servir à expliquer nombre d'attentats à la pudeur sur des enfants.

r.ni

JALOUSIE MORBIDE

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