‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 19 sur 72 · CCCXXIII · texte numérisé non relu

CCCXXIII

L'homme, en s' unissant à la femme, ne fait que reprendre une partie de sa substance. Son âme ainsi que son corps sont incomplets sans là femme; il a la force, elle a la beauté; il combat l'ennemi, il laboure les champs de la patrie, mais il n'entend rien aux détails domestiques. La femme lui manque pour apprêter son repas et son lit. Il a des chagrins, et la compagne de ses nuits est là pour les adoucir; ses jours sont mauvais et troublés, mais il trouve des bras chastes dans sa couche, et il oublie tous ses maux. Sans la femme, il serait

rude, grossier, solitaire. La feaime suspend autour de lui les fleuis de la vie, comme ces lianes dos forêts qui décorent le tronc des chênes de leurs guirlandes parfumées. Enfin, l'époux chrélien et son épouse vivent, renaissent et meurent ensemble. (Chateaubriand.)

L'amour, tel que le développe la nature, n'est pas ce tyran effréné qui renverse tout, ce n'est pas ce fantôme théâtral qui se nourrit de ses propres éclats, se complaît dans une vaine représentation, et s'enivre lui-même des effets qu'il produit sur les spectateurs; c'est encore moins cette froide galanterie qui se joue d'elle-même et de son objet, dénature, par une expression recherchée, les sentiments tendres et délicats, et n'a pas même la prétention de tromper la personne à laquelle elle s'adresse. Sous le régime bienfaisant de l'égalité, sous l'influence toute-puissante de la raison publique, libre, enfin, de toutes les chaînes dont l'avaient chargé les absurdités politiques, civiles ou superstitieuses, étranger à toute exagération et à tout enthousiasme, 1' amour sera le consolateur, mais non l'arbitre de la vie ; il l'embellira, mais il ne la remplira pas. (Cabanis.)

Qu'il est doux d'ouvrir ses bras quand c'est pour y recevoir et pour y serrer un homme de bien I C'est celte idée qui consacre les caresses : Qu'est-ce que les caresses de deux amants, lorsqu'elles ne peuvent être l'expression du cas infini qu'ils font d'eux-mêmes ? (Diderot.)

11 n'est point vrai que I'amour, en des cœurs complets, soit comme un je ne sais quoi qu'un rien a fait naître et qu'un rien aussi fait évanouir; que cette passion, la plus élevée et la plus belle, soit comme un cristal précieux que tôt ou tard un accident détruit, et qui, d'un coup, se brise à terre sans

plus pouvoir se réparer; cela quelquefois a lieu, mais quand la pensée et Tàme y tiennent la place qui convient à ce nom d'AMOURj quand les souvenirs déjà anciens et en mille façons charmants se sont mêlés et pénétrés, quand les cœurs sont restés fidèles, un accident, une froideur momentanée ne sont pas irréparal)les. (Sainte-Beuve.)

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