INTRODUCTION XI
pour peindre les portraits de femmes parfaitement ressemblants. Il n'y a qu'une seule personne dont la ressemblance soit, au gré des gens qui la connaissent, restée inaccessible à son pinceau : cette personne est la femme qu'il aime. Quant à lui, il admire et il aime toutes les ébauches, toutes les esquisses prétendues manquées qu'il a faites de ce portrait; il s'est même plu à en achever secrètement deux ou trois. Quoi de plus naturel? Ce qu'il a peint, ce n'est pas la femme qui est telle que la voient les yeux indifférents ou simplement galants, c'est la femme qu'il aime, dont sa passion à idéalisé l'image dans son âme. Ce qu'il reproduit, c'est ce qu'il voit dans son âme, c'est la physionomie caractéristique dont la perception physique ou spirituelle remue son cœur, fait rêver son cerveau, impressionne ses sens.
Allez donc dire à ce peintre toutes les banalités qui ont cours à propos des maîtresses que les grands artistes faisaient, dit-on, poser, et dont ils nous auraient légué les portraits en types immortels. Il vous répondra,- non sans- quelque Edison, que Raphaël a. pu prêt •à des femmes, p^j" la puissance de l'idéalisation amoureuse, 1^ .'traits de -ces beautés surnaturelles qu'il .a
.'créées dans ses vierg^es^ mais que jamais la. r^^ité.char-.
nelle n'a pu, produite, ces çnodèles admirables qu'à.
d'âme seule et au génie, facultés divines de l'homme,
il est donné de concevoir et d'enfanter. '
a Ce sont de tristes amants, allez, me disait-il un
''■jour, que ceux qui reconnaissent l'être aimé dans une frêle photographie; ils n'aiment qu'avec leurs yeux, ces amants-là. S'ils ont une âme et une imagination, soyez sûr qu'ils s'en servent pour autre chose. »
sn INTRODUCTION
Les portraits ne sont point du domaine de l'amour ; mais ils sont un des éléments essentiels des amours.
Écrivains de l'amour et des amours, à vous la parole maintenant.
Ouvrez ce nouveau banquet de Platon, auquel les plus profanes eux-mêmes ont été conviés, et puisse le lecteur tirer quelques enseignements, et voir jaillir quelque lumière du choc de vos pensées et de vos phrases aussi diverses que les cœurs, les esprits et les imaginations dont le Ciel a doté les fils d'Adam. •
-«s^Peu de gens savent ce que c'est que I'amour; et parmi ceux qui le savent, il en est bien peu qui le disent.
(Madame Guizot.)
"■^--îl est difficile de définir I'amour : ce qu'on en peut dire est que, dans l'âme, c'est une passion de régner ; dans les esprits, c'est une sympattiie, et dans le corps, ce n est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce qu'on aime, après beaucoup de mystères. (La Rochefoucauld.)
L'amour n'est pas ce que vous croyez; ce n'est pas celte violente aspiration de toutes les facultés vers un être (.rcé : c'est l'aspiration sainte de la partie la plus éthérée de notre âme vers l'inconnu. (G. Sand.)
Connaissez-vous im feu qui prend toutes les formes que le souffle lui donne, qui s'irrite, qui s'affaiblit, selon que 'ex-
pression de l'air est plus vive ou plus modére'e? Il se sépare, il se réunit, il s'abaifse, il s'élève : mais le souffle puissant qui le conduit ne l'agite que pour l'animer, et jamais pour l'éteindre. L'amour est ce souffle; nos âmes sont ce feu.
(De Bernis.)
Aimer est tout; I'amour est Dieu. (Léon Gozlau.)
L'amour est la poésie des sens. Il a la destinée de tout ce qui est grand chez l'homme et de tout ce qui procède de sa pensée. Ou il est sublime, ou il n'est pas. Quand il existe, il existe à jamais et va toujours croissant. (De Balzac.)
Ce que nous appelons amour parmi nous est un sentiment dont la haute antiquité a ignoré jusqu'au nom; le christianisme, en épurant le cœur, est parvenu à jeter de la spiritualité jusque dans le penchant qui en paraissait le moins susceptible, il l'a forcé de prendre un caractère plus généreux et plus noble ; il l'a soumis à des lois qui, en le comprimant, lui ont donné plus de ressort ; I'amouh des paladins du moyen âge ne ressemble en rien à celui des héros d'Homère.
(Chateaubriand.)
Oui, I'amour est une clarté du ciel, une étincelle de ce feu immortel que nous partageons avec les anges, et que le Créateur nous donna pour détacher nos désirs de la terre. La piété élève au ciel l'âme du juste; le ciel lui-même descend dans nos âmes avec I'amour. C'est un sentiment qui vient de la Divinité pour détruire toutes nos grossières pensées; c'est un rayon de Celui qui a tout créé, une auréole brillante qui illumine l'âme. (Byron.)
L'ajiour est un ocJan incommensurable où les esprits incomplets voient de la monotonie, où les grandes âmes s'abîment dans de perpéiucllos contemplations. (De Balzac.)
L'amour est donne pour aimer ce qu'il y a de meilleur .
(Bossuet.)
L'amour est le seul principe qui assujettisse notre liberté morale sans la détruire. (Madame Agénor de Gasparin.)
Xlf
L'amour, comme on ronlcnd dans le monde , n'est pas de Tamour; c'est un égoïsme exalte : l'on s'aime dans un autre.
(Alphonse Esquiros.)
11 existe assurément un magnétisme ou bien une électricité d' AMOUR qui se communique par le seul contact du bout des doigts. (Galiani.)
L'amour est un point qui est dans la vie ce qu'est la vie elle-même dans le vaste espace des temps : une flèvre ardente, dont l'attribut est de tout changer, et sa folie de se croire étemelle. (Madame Cottin.)
L'amant juge sa dame un cliet-aœuvrc ici-bas.
(Malhurin Régnier.)
L'AMOUll
Le paradis est toujours là où habite l'AMoun.
(Jean-Paul Riciiter.)
L'amour est comme un arbre : il penche de lui-même, jette profondément ses racines dans tout noire être, et continue souvent de verdoyer sur un cœur en ruines. (Victor Hugo.)
L'amour est une vapeur qui va du cœur à la tête, et rend frénétiques ceux qu'il possède. (Firmian.)
L'amolr est un habile opticien ; il sait rapprocher les dislances et embelUr les perspectives. (^Madame Dussillel.)
L'amour ressemble beaucoup à un jardin au bout duquel on arriverait en trois pas^ si le chemin à faire n'était prolongé par une foule de petites allées tournant capricieusement, fleuries et embaumées. (Alphonse Karr.)
L'amour, c'est l'amitié embellie par le plaisir; c'est la perfection de l'amilié. (Destutt de Tracy.)
L'amour est l'agitation de la vie; l'amitié en est le repos. (Madame Cottin.)
L'amour est comme les maladies épidémiques; plus on les craint, plus on y est exposé. (Champfort.)
De la vivacité, du feu, de la joie, cela ressemble-t-il aii senlimenl? L'amour est triste, il ferme notre cœur à tous les plaisirs qu'il ne donne pas. (Madame Riccoboni.)
Qu'est-ce que le monde pour notre cœur sans I'amour? ce qu'une lanterne magique est sans lumière. A peine y introduisez-vous le flambeau, qu'aussitôt les images les plus variées se peignent sur la muraille,* et lors même que tout cela ne serait que fantômes, encore ces fantômes font-ils n'jtic bonheur quand nous nous tenons là, éveillés, et que, comme des enfants, nous nous extasions sur ces apparitions merveilleuses. (Gœthe.)
L'histoire de I'amour est l'histoire du genre humain.
(Charles Nodier.)
Si Satan pouvait aimer, il cesserait d'être méchant.
(Sainte Thérèse.)
L'amour a-t-il donc tant de charmes pour des âmes bien nées, que, depuis qu'on a bu dans la coupe des pécheurs, on ne puisse prendre qu'à regret le calice des saints? (Héloïse.)
La cause de I'amour est un je ne sais quoi, et les effets en sont incroyables. Ce je ne sais quoi, si peu de chose qu'on ne saurait le connaître, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Si le nez de Cléopâlre eût été plus court, toute la face du globe aurait changé. (Pascal.)
L'amour, c'est de l'argent comptant : un pauvre diable qui a l'amour en main est plus riclie qu'un banquier.
(Arsène Houssayc.)
L'amour, c'est du bonheur pour ce monde et pour réternitc. Aimez, et vos désirs seront remplis; aimez, et vous serez heureux. Aimez, et toutes les puissances de la terre ramperont à vos pieds. L'amour est une flamme qui brûle dans le ciel, et dont les doux reflets rayonnent jusqu'à nous. Deux mondes lui sont ouverts, deux vies lui sont données. C'est par I'amour que nous doublons nos êtres; c'est par I'amouu que nous touchons à Dieu. (Aimé Martin.)
L'amour est la seule chose ici-bas qui ne veuille d'autre acheteur que lui-même. (Schiller.)
XXXIU
La vie est complète quand on a aimé une fois.
(Charles Nodier.)
L'amour ressemble à l'amitié; il en est pour ainsi dire la folie. (Sénèque.)
L'amour, c'est comme la foi aux miracles : c'est un travail de l'imagination pour exciter le cœur et paralyser le raisonnement. (George Sand.)
L'amour est une divinité jalouse qui s'irrite dès qu'on cesse
de la craindre, et l'on aime quelquefois seulement parce qu'on a promis de ne pas aimer. (Alfred de Musset.)
L'amour est l'affaire' d'une danseuse j le rêve d'un artiste; la vie d'une cantatrice. (Lemontey.)
L'amour est comme la médecine, seulement l'art d'aider la nature. (Laclos,)
L'amour ressemble à un joli roman qu'on lit avec avidité, et souvent même avec une impatience telle, qu'on saute plusieurs pages pour arriver plus tôt au dénoûment.
(Sylvain Maréchal.)
L'on demande s'il faut aimer. Cela ne se doit pas demander, on le doit sentir. L'on ne délibère point là-dessus, l'on y est porté ; et l'on a le plaisir de se tromper quand on se consulte. (Pascal.) ,
"Ml n'y a que d'une sorte d'AMOuR, mais il y en a mille différentes copies. (La Rochefoucauld.)
L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui attribue, et où il n'a non plus de part que le doge à ce qui se fait à Venise. (La Rochefoucauld.)
Être avec des gens qu'on aime, cela suffit ; rêver, leur parler, ne leur parler point, penser à eux, penser h des
choses plus indifférentes, mais auprès d'eux, tout est égal.
(La Bruyère.) S'il pouvait arriver qu'une ville ou une armée ne fût composée que d'amants ou d'aimés, il n'y aurait point d' peuple qui portât plus haut l'horreur du vice et l'émulation de la vertu...
... Celui qui aime est quelque chose de plus divin que celui qui est aimé, car il est possédé d'un dieu. (Plalon.)
L'amour est fort comme la mort. (Salomon.)