CCCXLVII
Quand vous aurez donné à une femme le nom sacré d'épouse, vous devez vous consacrer à son bonheur, comme elle
doit se consacrer au vôlre. Mais robligation qui pèse sur vous est d'autant plus grande que votre femme est une créature plus faible, et que vous lui devez, comme étant le plus fort, le bon exemple et toutes sortes de secours. (Silvio Pellico.)
CCCXLVIII
Ceux qui s'aiment d'abord avec la plus violente passion, contribuent bientôt, chacun de leur part, à s'aimer moins, et ensuite à ne s'aimer plus. Qui, d'un homme ou d'une femme, met davantage du sien dans cette rupture? Il n'est pas aisé de le décider. Les femmes accusent les hommes d'être volages, les hommes disent qu'elles sont légères. (La Bruyère.)
Avant I'amour, il s'était passé entre les dieux beaucoup de choses déplorables sous le règne de la Nécessité. Mais, aussitôt que ce dieu naquit, de l'amour du beau jaillirent toutes sortes de biens sur les dieux et sur les hommes. Voilà pourquoi il me semble que I'amoi-r est très-beau et très-bon, et que, de plus, il communique aux autres ces mêmes avantages.
(Platon.)
L'amour anime tout dans la vie, et Pamour conjugal a plus particulièrement le droit de descendre dans les infiniment plus petits. (Balzac.)
Plus on aime une maîtresse, plus on est près de la haïr.
(La Rochefoucauld.)
Relis, mon âme, ce doux commandement d'aimer. C'est commencer à aimer que d'aimer à le relire, et à peser toutes les paroles qu'il contient. Mais, ô Seigneur, est-ce assez que vous éclairiez mon inteUigence? ne suis-je qu'un ignorant qu'il faut instruire? ma volonté n'est -elle pas aussi malade
par un secret et invincible attachement au bien sensible, que mon entendement est malade par une ignorance profonde de vos volontés? Entrez donc au dedans de moi, ô Seigneur, saisissez-vous du secret et profond ressort d'où partent nos résolutions et volontés; remuez, excitez, animez tout, et, du dedans de mon cœur, de cette partie intime de moi-même (si je puis parler de cette sorte) qui ébranle tout le reste, inspirezmoi cette chaste et pressante délectation qui fait I'amour, ou qui l'est. Répandez la charité dans le fond de mon cœur comme un baume et comme une huile céleste, que de là elle aille, elle pénètre, el qu'elle remplisse tout au dedans et au dehors; alors je vous aimerai, et je serai vraiment fort pour vous aimer de toute ma force... Recommençons la lecture du divin précepte, ou plutôt lisons-le intérieurement dans ces tables intérieures, dans ces tables de notre cœur, où vous avez commencé à en écrire toutes les paroles. Vous dites : — ^^imez.—ie veux aimer. — Vous dites : — de tout votre cœur. — C'est de tout mon cœur. — Vous dites : — de toute votre pensée. — Venez, toutes mes pensées, tous mes sentiments, tous mes mouvements, tous mes désirs ; venez, réunissez-vous pour aimer Dieu! — Vous dites : — de toutes vos forces, c'està-dire de toutes ces forces que vous excitez et que vous m'inspirez vous-même. 0 Seigneur! je vous suis, je cours de toute ma force pour m'unir à vous. (Bossuet.)
... A propos d'emplettes et de meubles, le Baron a dit qu'il voyait la corruption de nos mœurs et le goût diminuant de la nature jusque dans cette multitude de meubles à secret de toute espèce. J'ai dit, moi, que je n'y voyais qu'une chose, c'est que l'on s'aimait autant que jadis, et qu'on se l'écrivait un peu davantage... Une demoiselle d'Ette, belle autrefois comme un ange, et à qui il ne reste plus que l'esprit d'un démon, a répondu que pour s'aimer bien, on était trop distrait. J'ai répliqué qu'autrefois on buvait plus qu'on ne fait,
on ne jouait guère moins, on chassait, on montait à cheval, on tirait des armes; on s'exerçait à la paume, ou vivait en famille, on avait des coteries, on fréquentait le cabaret, on n'admettait point les jeunes gens en bonne compagnie; les elles étaient presque séquestrées, à peine apcrcevait-on les mères; les hommes étaient d'un côté, les femmes de l'autre; à présent, on vit pêle-mêle, on admet en cercle un jeune homme de dix-huit ans; on joue d'ennui, on vit séparés; les petits ont des lits jumeaux, les grands des appartements différents; vie est partagée en deux occupations, la galanterie et les affaires. On est dans son cabinet et dans sa petite maison avec ses clients ou chez une maîtresse. Or, imaginez qu'une nation fût tout à coup saisie d'un goût général pour la musique; il est sûr qu'on n'y aurait jamais tant fait de mauvais airs, tant chanté faux, tant mal joué des instruments; mais, en revanche, tous ceux qui auraient eu du talent, soit pour la composition, soit pour l'exécution , ayant été à portée de le montrer, jamais on n'aurait si bien joué des instruments, jamais si bien chanté, jamais fait autant de si bons airs. A l'application, l'esprit de galanterie étant général, s'il y a aujourd'hui plus de fourberie, plus de fausseté, plus de- dissolution que jamais, il y a aussi plus de sincérité, plus de droiture, plus de véritable attachement, plus de sentiments, plus de délicatesse, plus de passion durable qu'aux temps précédents. Ceux qui sont nés pour bien aimer et pour être bien aimés, aiment bien et sont bien aimés. C'est ainsi qu'il en sera de toute autre chose : plus il y aura de gens qui s'en mêleront, plus il y en aura qui la feront mal, et plus aussi qui la feront bien. (Diderot.)
De tous les rendez-vous qu'un homme peut obtenir d'une femme, celui dont l'attente nous semble le plus dramatique, c'est celui qui se donne dans la maison où l'on habite ensemble : chaque bruit y fait événement; chaque minute y dure un siècle. Quand, du dehors, vous arrivez à une heure mai-
quée sous une fenêtre qui s'ouvrira pour vous, ou bien quand vous devez vous rencontrer en quelque lieu écarté, où la prudence vous ordonne d'être à l'heure dite, la plupart des émulions de l'attente disparaissent. Mais quelle anxiété dans une maison dont on écoute tous les mouvements, dont on cherche à deviner tous les bruits! Les portes qui s'ouvrent et se ferment, les pas qui retentissent, les meubles qu'on remue, tout cela est une histoire qu'on suit pas à pas. Voilà le domestique qui range les feux et les éteint ; il ferme les volets, il tire les verrous de la grande porte. Puis, c'est le mari qui se promène dans sa chambre... son pas est plus sourd, il a ôté ses bottes, il se déshabille... il marmotte un air et tisonne son feu. Est-ce qu'il va veiller? Non, ce n'est pas cela... 11 traîne une table près de son lit. Est-ce qu'il va lire? Non. On se penche en dehors de sa propre fenêtre pour examiner la sienne; la fenêtre est obscure. Il est couché et il dort... 11 ne dort pas, il vient de tousser. D'ailleurs, Louise ne dort pas, elle fredonne dans sa chambre, elle ouvre aussi sa fenêtre; elle s'expose demi-nue à la fraîcheur de la nuit. Son cœur et sa tête brûlent, il faut qu'elle se calme. Elle ne craint pas de se rendre malade, l'imprudente... Enfln, elle rentre... elle va et vient encore longtemps; puis la fenêtre s'éteint à son tour... Tout est muet... tout dort, c'est l'heure... il faut descendre...— Mon Dieu, comme ma porte crie... comme le bruit de mes pas retentit! il faut marcher sans chaussure et sans lumière... Allons, nous voici au premier étage... mais il faut ouvrir la porte de l'antichambre, celle de la salle à manger, celle du salon. Que de précautions à prendre !
On s'apprête à mettre la main sur la clef .. . Mais si on me rencontre, que dire?... — J'avais soif, je voulais boire. — Mais il y a chez vous ce qu'il faut. — J'ai oublié quelque chose dans le salon. — Quoi? — Mes gants. —Des gants pour se coucher?
Oh! tout cela n'a pas le sens commun. On hésite, on tremble. Enfin, on pense qu'une petite porte d'un cabinet de toilette, presque toujjOui'S feraaée, donne sur le palier; on préfère
y frapper. Elle, elle entendra •seule... On cherche la porte du bout des doigts. Quand on la rencontre, il se trouve qu'elle est entr'ouvêrle. On entre, on la referme... La p:rte de la chambre est eutr'ouverte aussi. Le rayon pâle d'une lampe do nuit vous la montre. Alors, le cœur perdu, la respiration haletante, on entre dans celte chambre... On y jette un r gard rapide et égaré... (Frédéric Soulié.)
C'est un délicieux bonheur que d'avoir une amie charmante, et de jouir d'autant de sécurité que si c'éîait une laide qui ne fût désirée de personne. Hélas! il en est un plus doux encore, c'est d'être avec elle; et la privation de celui-là flétrit beaucoup les autres. Au reste, quand je dis sécurité, je n'exclus point la jalousie, mais la méfiance, La méflance, selon moi, déshonore les deux amants. Pour cette inquiète passion que j'appelle jalousie, qui n'est que la crainte d'être aimé moins, je soutiens qu'il n'y a qu'un faible amour qui en soit exempt.
(Mirabeau.)
C'est un afTreux malheur de n'être pas aimé quand on aime; mais c'en est un bien plus grand d'être aimé quand on n'aime plus. (Benjamin Constant.)
CCCLVm
C'est la coutume des femmes qui ont de la jalousie, de haïr presque également les amants qui les abandonnent, et celles pour qui elles sont abandonnées. (Mademoiselle de Scudéry.)
Il ne faut pas être trop aimée pour être respectée. L'amour et la vénération ne vont point ensemble*
(Madame de Puisieux.)
Souvent deux amants s'éprennent l'un de l'autre p:ur des
qualités qu'ils n'ont pas, et se quittent pour des défauts qy'ils n'ont pas davantage. (Daniel Stem.)
L'amour, c'est être deux et n'être qu'un; un homme et une femme qui se fondent en un ange , c'est le ciel.
(Victor Hugo.)
C'est I'amodr qui donne :
La paix aux homnies, le calme à la mer, le silence aux vents, un lit et le sommeil à la douleur.
C'est lui qui rapproche les hommes, et les empêche d'être étrangers les uns aux autres ; principe et lien de toute société, de toute réunion amicale, il préside aux fêtes, aux chœurs, aux sacrifices. Il remplit de douceur et bannit la rudesse. Il est prodigue de bienveillance et avare de haine. Propice aux bons, admiré des sages, agréable aux dieux, objet des désirs de ceux qui ne le possèdent pas encore, trésor précieux pour ceux qui le possèdent, père du luxe, des délices, de la tolupté, des doux charmes, des tendres désirs, des passions, il veille sur les bons et néglige les méchants. Dans nos peines, dans nos craintes, dans nos paroles, il est notre conseiller, notre guide, notre soutien et notre sauveur. Enfin, il est la gloire des dieux et des hommes, le maître le plus beau et le meilleur; et tout mortel doit le suivre et répéter en son honneur les hymnes dont il se sert lui-même pour répandre la douceur parmi les dieux et parmi les hommes. (Platon.)
CCCLXIll
Ce qui fait que la plupart des femmes sont peu touchées de l'amitié, c'est qu'elle est fade quand on a senti l'amour.
(La Rochefoucauld.)
GCCLXIV
Dans l'AMOUR-goût, et peut-être dans les premières cinq mi-
nutes de TAMOusi-passion, iirie femme, en prenant un amantj tient plus de coiiiple de la manière dont les autres femmes voient cet homme, que de la manière dont elle le voit ellemême. (Stendhal.)
L'on confie son secret dans ramitié, mais il échappe dans I'amour. (La Bruyère.)
CGCLXM
L'amour est une émotion de l'àme causée par le mouvement des esprits qui rinvite à se joindre de vcjionté aux objets qui paraissent lui être convenables. (Descartes.)
CCCLXVII
La vertu des hommes à bonnes fortunes, c'est de jurer aux femmes qu'ils n'ont jamais aimé, et qu'ils aiment pour la première fois. (Balzac.)
CCCLXVllI
Dieu n'a pas voulu que la plus chère espérance de l'homme vînt aboutir à l'abjuration de toute espérance. Philosophes austères, moralistes sans pitié, vous mentez si vous prétendez que I'amour n'a que des devoirs à remplir et point de joies cures à causer. Et voiis autres, sceptiques matérialistes, qui prétendez que le plaisir est tout, et qu'on ne peut adorer ce qu'on n'admire pas, vous mentez encore plus. Vous mentez tous! aucun de vous n'aima jamais. Je ne peux pas aimei» sans bonheur, et je ne veux pas de plaisir sans amour.
(George Sand.)
Celui qui aime une première fois sans joie et sans espoir est un dieu ; mais qui aime une seconde fois sans espoir est un fou.
Moi, je suis ce fou, j'aime une seconde fds sans être payé'