L'A M OU II
de retour. Le soleil, la lune el les t'toilos en rient. Moi
aussi J'en ris... et je meurs. (Henri Heine.)
Quoique l'idée ge'nérale de -la beauté soit gravée dans le fond de nos âmes avec des caractères inelTaçables, elle ne laisse pas que de recevoir de très-grandes didërences dans rapiilication pai ticulière, mais c'est seulement pour la ma-' nicre d'envisager ce qui plaît. Car Ton ne souhaite pas nùment une beauté, mais l'on y désire mille circonstances qui dépendent de la disposilion où l'on se trouve; et c'est en ce sens que l'on peut dire que chacun a l'original de sa beauté, dont il cherche la copie dans le grand monde. Néanmoins, les femmes déterminent souvent cet original. Comme elles ont un empire sur l'esprit des hommes, elles y dépeignent ou les parties de beauté qu'elles ont ou celles qu'elles estiment, et elles ajoutent par ce moyen ce qui leur plaît à cette beauté radicale.
C'est pourquoi il y a un siècle pour les blondes, un autre •pour les brunes, et le partage qu'il y a entre les femmes sur l'estime des unes et des autres fait aussi le partage entre les hommes dans un même temps sur les uns et les autres.
La mode même et les pays règlent souvent ce que l'on appelle la beaulé. C'est une cliose étrange que la coutume se mêle si fort de nos pas^^ions. Cela n'empêche pas que chacun n'ait son idée de beaulé, sur laquelle il juge les autres, et à 'laquelle il les rapporte. C'est sur ce principe qu'un amant trouve sa maîtresse et qu'il la propose comme exemple.
(Pascal.)
C'est un sentiment qui doit avoir un charme singulier pour une femme encore assez belle pour se donner à son jeune amant avec l'assurance d'être la plus belle à ses yeux, que cette ardente adoration, qui lui rend de bonne foi toute
la puissance de sa jeunesse, toute la fraîcheur de sa beauté. Qu'importe si, dans ce livre fermé que le jeune homme n'a pas encore lu, les premières pages qu'il lit ne sont pas les plus pures, pourvu qu'elles soient les plus enivrantes.
(Frédéric Soulié.)
CCCLXXil
C'est une vengeance douce à celui qui aime beaucoup, de faire, par tout son procédé, d'une personne ingrate une trèsingrate. (Vauvenargues.)
CCCLXXIII
On distingue communément deux sortes d'amour, l'une desquelles est nommée amour de bienveillance, c'est-à-dire qui incite à vouloir du bien à ce qu'on aim.e ; l'autre est nommée amour de concupiscence, c'est-à-dire qui fait désirer la chose qu'on aime. Mais il me semble que cette distinction regarde seulement les effets de l'amour, et non point son essence; car sitôt qu'on s'est joint de volonté à quelque objet, de quelque nature qu'il soit, on a pour lui de la bienveillance, c'est-à-dire on joint aussi à lui de volonté les choses qu'on croit lui être convenables; ce qui est un des principaux effets de l'amour. Et si on juge que ce soit un bien de le posséder ou d'être associé avec lui d'autre façon que de volonté, on le désire : ce qui est aussi l'un des plus ordinaires effets de 'arcour. (Descartes.)