‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 27 sur 72 · CCCLXXXVI · texte numérisé non relu

CCCLXXXVI

Les passions ont un air d'indépendance, et, dans le fait, il n'est point de joug plus asservissant. ( Madame de Staël.)

CCCLXXXVII

..... Au fond, je ne pourrais ni le conseiller, ni te souhaiter des distractions; car on veut être constamment regretté de ce qu'on aime, quand on ne peut plus faire son bonheur : ce sentiment très-délicat, quoi qu'on en puisse dire, est dans la nature une seconde passion. S'il est un être humain que son cœur inspire autrement, qu'il ne se croie pas plus désintéressé que nous : il n'est que moins amoureux. Hélas! le goût du plaisir est bien chassé de notre âme, et il n'y peut rentrer qu'en jaillissant du sein de l'autre partie de nous-mêmes. Au reste, je ne puis croire que cet amour exclusif nous appauvrisse. Ceux qui font leur unique occupation de ces plaisirs vains que tu persifles, n'en trouvent aucun qiii les satisfasse : il suffit de voir revenir tous ces prétendus voluptueux de leurs parties, pour deviner que le plaisir n'est pas pour ceux qui le cherchent hors du sentiment, et que rien ne le remplace. 0 ma Sophie! te rappelles-tu ces jours de rigueur où lu refusais de couronner mon amour, de peur de le perdre? L'amour, me disais-tu, I'amouk, soumis comme toute le reste, à l'empire de la nouveauté, émoussé par l'habitude, s'endort sans volupté et périt de langueur au sein de la jouissance. J'osai t'assurer que cette opinion tant répétée n'était qu'une erreur; que l'habitude augmentait cette délicieuse bienveillance appelée amour ; que tous les faits contraires à ce principe ne prouvaient rien, si ce n'est qu'on prenait les émotions des sens pour de la tendresse; que l'ha-

bitude ne tuait l'imagination que dans les affections purement physiques; que les qualite's de l'âme cl de l'esprit entretenaient toujours un feu nouveau dans de beaux yeux... T'ai-je trompe'e, ô mon amie? Sans ces attraits durables, on est inutilement belle! jeune sans amant, vieille sans ami, en vain on poursuit le plaisir avec fureur ; il échappe, ou se flétrit dans la main avide qui le mutile. Mais toutes ces femmes citées, dont on fait des exemples, sont précisément celles dont l'histoire ne prouve rien. La toilette, les intrigues, les cartes, les spectacles, voilà le cercle de leur vie. Que peuvent produire de telles occupations? Savent-elles aimer ? savent-elles choisir? De qui vois-tu ces beautés galantes éprises? de quelques fats qui ne s'en occupent que pour les tromper, ou de quelques novices qu'elles n'attrapent pas longtemps. Faut-il s'étonner qu'elles vivent dans le ridicule et meurent dans le mépris? Qui nombrerait leurs folies ne trouverait pas qu'elles méritent une autre récompense. Mais celle qui, laissant aux femmes vaines l'envie qu'elles ont d'éblouir, méprise les fats et dédaigne les sots, connaît un autre art que les manèges de la coquetterie, sait toucher le cœur, charmer l'esprit, s'élever avec douceur, briller avec modestie, embellir sa raison par son imagination, modérer son imagination par des principes; cette femme adorable, que je peins si ressemblante, parce qu'elle esi là sous mes yeux, aura un ami sûr, un amant constant, et le temps la vengerai des injustices du sort et de la calomnie. (Mirabeau.)

cccLxxxvin

L'on peut avoir la confiance de quelqu'un sans en avoir le cœur; celui qui a le cœur n'a pas besoin de révélation ou de confiance, tout lui est ouvert. { La Bruyère.)

CCCLXXXIX

Non, non, ne tuons point un si plaisant soucil Rien n'est doux, sans amour, en cette vie humaine; Ceux qui cessent d'aimer cessent de vivre aussi, Ou vivent sans plaisir comme ils vivent sans peine>

Tous les soucis humains sont pure vanité, D'ignorance et d'erreur toute la terre abonde ; Mais constamment aimer une rare beauté, C'est la plus douce erreur des vanités du monde.

(BerUut.)

C'est en amour surtout que le plus invraisemblable est le plus vrai : passions soudaines et irrésistibles qui éclatent dans le cœur à l'aspect d'un être inconnu, comme la lumière, à qui Dieu ordonna d'être, et qui fut; passions lentes et fortes qui pénètrent dans l'âme par une progression imperceptible, comme la chaleur dans le métal, sans qu'il y ait une différence sensible entre la minute qui précède et la minute qui suit, jusqu'à ce que tous deux soient devenus brillants, déglacés qu'ils étaient ; et celles qui vont par sauts et par bonds, s'élançant follement en avant, puis reculant avec timidité ; et celles qui louvoient obscurément, et celles qui s'imposent, toutes vraies dans leurs plus grands écarts, dans leurs contradictions les plus manifestes. (Frédéric Soulié.)

Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher I'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas.

( La Rochefoucau Id . )

Amoob! tyran que je déteste!

Tu détruis la vertu, tu traînes sur tes pas L'erreur, le crime, le trépas !

Trop heureux qui ne connaît pas Ton pouvoir aimable et funeste!

(Voltaire.)

CCCXCIl I

L'agrément est particulièrement institué de la nature pour représenter la jouissance de ce qui agrée comme le plus grand de tous les biens qui appartiennent à l'homme, ce qui fait qu'on désire très-ardemment cette jouissance. Il est vrai

qu'il y a diverses sortes d'agréments, et que les désirs qui en naissent ne sont pas tous également puissants; car, par exemple, la beauté des fleurs nous incite seulement à les regarder, et celle des fruits à les manger. Mais le principal est celui qui vient des perfections qu'on imagine en une personne qu'on pense pouvoir devenir un autre soi-même; car, avec la différence du sexe, que la nature a mis dans les hommes ainsi que dans les animaux sans raison, elle a mis aus^i certaines impressions dans le cerveau, qui font qu'en certain âge et en certain temps on se considère comme défectueux, et comme si l'on n'était que la moitié d'un tout, dont une personne de l'autre sexe doit être l'autre moitié, en sorte que l'acquisition de cette moitié est confusément i*eprésentée par la nature comme le plus grand de tous les biens imaginables. Et encore qu'on voie plusieurs personnes de cet autre sexe, on n'en souhaite pas pour cela plusieurs en même temps, d'autant que la nature ne fait point imaginer qu'on ait besoin de plus d'une moitié. Mais, lorsqu'on remarque quelque chose en une qui agrée davantage que ce qu'on remarque au même temps dans les autres, cela détermine l'âme à sentir pour celle-là seule toute l'inclination que la nature lui donne à rechercher le bien qu'elle lui représente comme le plus grand qu'on puisse* pusïéder; et, cette .inclination ou ce désir, qui jiaît ainsi de l'agrément, est appelé du nom J'amour, plus ordinairement que la passion d'amour. Aussi a-t-il de plus étranges effets, et c'est lui qui sei t de principale matière aux faiseurs de romans et aux poètes. (Descartes.)

Quand on ne serait pas bien aimé, ou voudrait le paraître; quand l'amant ne serait pas fort aimable, on voudrait qu'il le parût. Les amants me semblent encore en ce point plus bonnêtcs et plus délicats que la plupart des époux. (Diderot,)

CCCXCY

Il y a une légèreté corporelle que tous les hommes ont

éprouvée au moment où le premier amour transporte leur principe de vie dans une autre créature. (Balzac.)

Aussi longtemps que la science n'aura pas précisé Taction de la force magnétique sur l'organisation humaine, on n'aura pasle secret de ce que nous appelons les AMOURS indignes; on ne comprendra pas, on ne plaindra pas assez ces passions senties plutôt qu'éprouvées, qui nous ravissent tout empire ?ur notre volonté sans aveugler notre jugement. AlTreux supplice pour une âme bien née, maladie devant laquelle des remèdes moraux sont inefficaces, mais que l'on apprendra peut-être un jour à guérir, comme on guérit la fièvre et les fluxions de poitrine. (Daniel Stern.)

CCCXCVII

La poésie n'a pas d'écho plus sonore et plus prolongé que le coeur de la jeunesse où I'amour va naître. (Lamartine.)

CCCXCVIII

Ou n'achète ni son ami ni sa maîtresse. Il est aisé d'avoir des femmes avec de l'argent; mais c'est le moyen de n'être jamais l'amant d'aucune. Loin que I'amour soit à vendre, l'argent le tue infailliblement. Quiconque paye, fùt-il le plus aimable des hommes, par cela seul qu'il paye, ne peut être longtemps aimé. Bientôt il payera pour un aufre^ ou plutôt Cet autre sera payé de son argent, et, dans ce double lien formé par l'intérêt, par la débauche, sans amour, sans honneur, sans vrai plaisir, la femme av.ide, infidèle et misérable, traitée par l'homme vil qui reçoit comme elle traite le sot qui donne, reste ainsi quitte envers tous deux.

(Jean-Jacques Rousseau.)

L'amour est la conscience de l'imperfection de l'individualité et le besoin de se compléter en cherchant son con-

traire... Et la double ivresse des sens et de l'âme produite par le véritable amour prouve que le bonheur n'est que dans l'unité. (Burdach.)

CD

Il est clair que ai Dieu n'avait pas voulu subalterniser l'homme à la femme, il n'aurait pas été prendre I'amouk pour principe de sa loi. Mais bien des hommes sont galants et trèsbien dans un bal, qui ne se doutent pas que la galanterie est un commandement de Dieu. (Alphonse Toussenel.)

CDl

Enfant! si j'étais roi, je donnerais l'eœpire, Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux, Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre. Et mes flottes, à qui la mer ne peut suifire, Pour un regard de vous!

Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes, Les anges, les démons courbés devant ma loi, Et le profond chaos aux entrailles fécondes. L'éternité, l'espace, et les cieux et les mondes, Pour un baiser de toil

Oh! qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage,

Si jamais vous n'avez épié le passage,

Le soir, d'un pas léger^ d'un pas mélodieux,

D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres.

Et, comme un météore au sein des nuits funèbres.

Vous laisse daus le cœur un sillou radieux ;

Si vous ne connaissez que pour l'entendre dire Au poète amoureux qui chante et qui soupire, Ge suprême bonheur qui fait nos jours dorés. De posséder un cœur sans réserve et sans voiles, De n'avoir pour flambeau, de n'avoir pour étoiles, De n'avoir pour soleils que deux yeux adorés;

Si vous n'avez jamais attendu, morne et sombre, Sous les vitres d'un bal qui rayonne dans l'ombre,

L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront, Pour voir votre beauté comme un éclair qui brille, Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille, Passer dans la lumière avec des fleurs au front;

Si vous n'avez jamais senti la frénésie

De voir la main qu'on veut par d'autre main choisie,

De voir le cœur aimé battre sur d'autres tœurs:

Si vous n'avfz jamais vu d'un œil de colère

La valse impure, au vol lascif et circulaire,

Effeuilleren durant les fem^mes et les fleurs j

Si jamais vous n'avez descendu les collines, Le cœur tout débordant d'émotions divines; Si jamais vous n'avez, le soir, sous les tilleuls, Tandis qu'au ciel luisaient des éloiles sans nombre, Aspiré, couple heureux, la volupté de l'ombre, Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls ;

Si jamais une main n'a fait trembler la vôtre ;

Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre :

« Je t'aime I » n'a rempli votre âme tout un jour ;

Si jamais vous n'avez pris eu pitié les trônes

En songpar.t qu'on cherchait les sceptres, les couronnes,

Et la gloire, et l'empire, et qu'on avait I'auocr!

La nuit, quand la veilleuse agonise dans l'urne; Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne, Avec la tour saxonne et l'église des Gotbs, Laisse, sans les compter, passer les heures noires Qui, douze fois, semant les rêves illusoires, S'envolent des clochers par groupes iuégaux;

Si jamais vous n'avez, à l'heure oîi tout sommeille. Tandis qu'elle dormait, oublieuse et vermeille. Pleuré comme un enfant à force de souffrir. Crié cent fois son nom, du soir jusqu'à l'aurore, Et cru qu'elle viendrait en l'appelant encore. Et maudit votre mère, et désiré mourir;

Si jamais vous n'avez senti que d'une femme Le regard dans votre âme alluojait une autre âme. Que vous étiez charmé, qu'un ciel s'était ouvert, Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se jou.3,

Il vous serait bien" doux d'expirer sur la roue... Vous n'avez point aimé, vuus n'avez point souff'jrt !

Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles, Eiait digne de loi, tant elle avait d'étoiles ! Tant son calme était frais, tant son souffl? était doux : Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées! Tant elle répandaît d'amoureuses rosées Sur les fleurs et sur nous!

Moi, j'étais devant toi, plein de joie et de flamme: Car tu me regardais avec toute ton ànin! J'admirais la beauté dont ton front se ro>ct; Et, sans même qu'un mot révélât ta pensée, La tendre rêverie en ton cœur commenc(fe Dans moB cœur s'achevait!

Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie ; Qui, pour me rendre calme et pour me rendre houieux, Vous fit, la nuit et toi, si belles et si purrs, Si pleines de rayons, de parfums, de murmures, Si douces toutes deux!

Oh! oui, bénissons Dieu dans noire foi profonde! C'est lui qui fit tun âme et qui créa le monde! Lui qui charme mun cœur, lui qui ravit mes yeux! C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère ! C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre, Comme l'étoile aix cieux!

C'est Dieu qui mit I'amour au bout de toute chose, L'amouii en qui tout vit, I'amouh sur qui tout pose! C'est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour. C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine, •V versé la beauté comme une coupe pleine. Et dans mon cœur I'amour!

Laisse-toi donc aimer! Oh! I'amour, c'est la vie. C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie, Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner. Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne. La beauté, c'est le front; I'amour, c'est la couronne : Laisse-toi couronner!

Ce qui remplit une ànip, hélas! tu peux m'en croire, Ce n'est pas un peu d'or, ui même un peu de gloire, Poussière que l'orgueil rapporte des combats, Ni l'ambition folle, occupée aux chimères, Qui ronge irisiement les écorces amères Des choses d'ici-bas ;

Non, il lui faut, vois-tu, riiyjiien de deux pensées, Les soupirs éloufCés, les mains longtemps pressées, Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur, Et tout ce qu'un regard dans un regard peut lire, Et toutes les chansons de cette douce lyre Qu'on appelle le cœur!

Il n'est rien sous le ciel qui n'ait sa loi secrète, Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite. Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour; Le pêcheur a sa barque oii l'espoir l'accompagne, Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne, Les âmes ont I'amouk!

(Victor Hugo.)

CDU

En AMouRj la femme vertueuse dit : non. La passionnt'e : oui. La capricieuse : oui et non, La coquette : ni oui ni non.

(Charles de Bernard.)

cuni

La pudeur a sa fausseté, et le baiser son innocence.

(Mirabeau.)

CDiV L'AMOUR DU TEMPS

En vain l'équité te seconde, En vain tout charme dans ta cour; Quitte la terre, pauvre amour :

Ton règne n'est plus de ce monde.

En vain, pour échauffer nos àracs Tes saints flambeaux sont allumés; Nos cœurs à jamais sont fermés À la pureté de tes flammes.

0 temps heureux ! où de la vie Toi seul tu faisais le bonheur ; He^ireux temps ! où le don d'un cœur En rendait deux dignes d'envie.

L'homme alors, dans une indolenco Inconnue à l'avidité, Mettait aux pieds d'une beauté Les vains désirsde l'opuleiKe.

Rien ne corrompait un cœur tendre :

Malgré le sort et ses mépris, Lysandre aimait toujours Iris, Iris aimait toujours Lysandre.

La tendresse était soutenue Contre le ciel et le destin ; Et, si les jours n'eussent eu fin, Un amour n'en eût jamais eue.

Qu'une infortune avait de charmes, Quand les pleurs de l'infortuné Des beaux yeux de l'objet aimé Savaient faire tomber des larmes.

Les cœurs des beautés les plus sages Avaient bientôt capitulé :

Les soupirs en étaient la clé.

Les serments étaient les otages.

A ta puissance légitime Tout dressait alors des autels.

Et c'était, parmi les mortels, A qui servirait de victime.

Mais les cieux, jaloux de ta gloire.

En ont autrement ordonné ;

Et, de ce temps si fortuné,

Ne nous laissent que la mémoire.

( Les cieux, par un ordre sévère, Te révoquant de ce bas lieu.

Nous asservissent sous un dieu Sorti du vil sein de la terre.

Et, comme avide d'infamie, L'homme à cet ordre joint son choix Et, maître encore de sa voix, Il la donne à la tyrannie.

« Fils de l'enfer, père du crime, Du ciel présent envenimé, L'or, ce métal inanimé.

Voilà le dieu qui nous anime! ■

De ton trône doux et tranquille Ce turbulent usurpateur Devient notre législateur, Notre guide et notre mobile.

Amour, tu n'es plus qu'un fantôme Dont nous couvrons nos passions ; L'or, chez toutes les nations, Est le vrai Cupidon de l'homme.

C'est à cet or qu'on sacriûe Son cœur, sa liberté, sa Coi ; C'est ce monstre qu'au lieu de toi Notre aveuglement déifie.

Tes lois ne sont plus révérées, Et le cœur même le plus doux Est impénétrable à tes coups, Si tes flèches ne sont dorées.

(Alexis Piron.)

CDV

L'amour se fait entendre des êtres les plus simples; il porte avec lui un charme qui trouble les indifférents, et les

yeux de doux jeunes amants ont un langage dont la douceur pénètre ceux qui n'ont jamais aimé.

(Madame Desbordes-Valmore.)

CDVI

... Il y a de^ux sortes de prestiges : l'un est séduisant, l'autre est séductcMir, qu'on nous permette cette subtilité. 11 y a par conséquent deux sortes d'AMOuu : l'un descend du ciel, l'autre vient de l'enfer.

11 doit donc y avoir deux catégories de fenynes à aimer : les femmes anges et les femmes démons; les vierges vnilées, couronnées de lis; les bacchantes couronnées de pampre; celles qui cliantent doucement en s'accompagnant de la lyre, celles qui dansent follement en agitant le Ihyrse et le tambour; celles qu'on aime avec enthousiasme, celles que l'on idolâtre avec ivresse ; les unes sont prestigieuses en bien, les autres sont prestigieuses en mal; mais toutes sont également idéales, également enveloppées de mystère, également placées sur un autel, également supérieures, également toutes-puissantes, les unes par le respect qu'elles imposent, les autres par la terreur qu'elles inspirent. Car, vous le savez, la peur est un des charmes de I'amour, et ces deux natures de femmes font naître de délicieuses frayeurs. On tremble auprès de celles-ci : un mot pourrait effaroucher leur exquise délicatesse, une imprudence peut les faire fuir à jamais; la pensée de leur déplaire cause un charmant cfl'roi. — On tremble auprès de celles-là, on a peur de tout, on a peur de soi, on a peur d'elles; ces femmes aux passions sans frein, à l'orgueil jaloux, au courroux sauvage, ont pour les cœurs qu'elles enti aillent toute la séduction des grands dangers.

Nous ne savons pas s'il existe encore des femmes idéales en mal, mais nous croyons que les femmes idéales en bien n'existent plus. Nous avons maintenant, et cela vaut peut-être mieux pour tout le monde, nous avons les femmes horinctes, les femmes raisonnables, les femmes laborieuses, les bonnes

f mmes. les excellentes petites femmes, avec lesquelles on cau?e sans façon, que l'on rencontre avec grand plaisir, dont on accepte la préférence avec orgueil, mais qui ne parlent point à l'imagination, et qui n'inspirent point d'amour. Vous avez tant dit : « La femme est la compagne de rtiomme, » que les pauvres femmes vous ont pris au mot, elles sont devenues vos compagnes; elles ont voulu partager votre existence, vos occupations, vos chagrins! 0 folle pensée, coupable erreur I La femme n'e<t point faite pour partager les peines de l'borame.' Non, elle est faite pour l'en consoler, c'est-à-dire pour l'en distraire. Malheur à l'imprudente qui demande i\ celui qu'elle aime le seci'et de ses chagrins (nous ne parlons point des chagrins de cœur, les hommes y sont peu sujets: leurs grandes douleurs, à eux, sont des souffrances d'amourpropre et des revers de fortune! Malheur à la femme qui permet à l'homme qu'elle aime de lui confier ces tourmentsià! Elle perd dès ce moment la faculté da l'en distraire, et il la quittera pour aller les oublier auprès de celle qui les ignore. L'amour ne vit que de mystère et de crainte, la confiance et la sécurité le font mourir.

Une compagne!... Est-ce qu'on aime d'AMOUR une compagne? Soyez de bonne foi et convenez-en, la femme n'est point la compagne de l'homme. Elle doit être son idole, toujours, dans toutes le? phases de sa vie, et sous les plus séduisantes images : trésor de candeur dans l'âge de l'enfance, reine de beauté dans l'âge de I'amour, providence dans l'âge de la nuternité. (Delphine de Girardin.)

CDVll

Les coquettes laissent prendre de l'avantage sur elles; les femmes galantes et à tempérament aussi; les folles, les étourdies, et, en un mot, toutes celles qui ne mettent aucun prix honnête à leurs faveurs, et qu'on possède sans les avoir méritées. Mais il n'en n'est pas ainsi des autres.

(Diderot.)

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