‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 29 sur 72 · CDX · texte numérisé non relu

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li y a dans I'amour, alors même qu'il ne fait que de naître et ne se connaît pas encore, un naïf et monstrueux égoïsme devant lequel le penseur ne s'est jamais arrêté sans un sentiment d'épouvante. Voyez cette jeune et belle créature : elle compte seize années à peine; la grâce réside sur son front, et la bonté dans son sourire. Savez-vous que de soins a coûtés cette tête charmante? Elle est l'orgueil du foyer, la joie de la maison : tout s'anime, s'égaye et s'embellit de sa présence. Son père la contemple avec adoration; le cœur de sa mère n'est pour elle qu'un chant de fête ; elle a de vieux amis qui la bénissent comme un second printemps dans leur vie. Cependant, vienne à passer un inconnu, et que I'amour, comme une étincelle, jaillisse du choc de deux regards ; parents, amis n'existent plus; le passé n'est compté pour rien ; et voici que bientôt, pour cette fille adorée, bonheur et joie de la famille, il n'est désormais au monde qu'un seul être, celui dont quelques jours auparavant, elle ignorait le nom et ne soupçonnait pas l'existence. J'ai lu quelque part que I'amour est le premier chapitre du grand livre des ingratitudes.

(Jules Sandeau.)

9fi L'AMOUR

CDXI

Le grand, le crin'l caractère des passions, c'est d'imprimer leur mouvement à toute la vie, et leur bonheur à peu d'instants. (Madame de Staël.)

CDXil

Il est un AMOUR que toutes les jeunes filles ont subi, I'amour de l'inconnu, I'amour à l'état vague, et dont toutes les pensées se concrètent autour d'une ligure qui leur est jetée par le hasard, — comme les loraisons de la gelée se prennent à des lirins de paille suspendus par le vent à la marge d'une fenêtre. (Balzac.)

CDXIII

Mon cœar, ivre à seize ans de volupté céleste,

S'emplit d'un chaste amour dont le parfum lui reste.

J'ai rêvé le bonheur, mai-; le rêve fut court;

L'ange qui me berçait trouva te fardeau lourd,

El, p'ur monter à Dieu dans son vol militaire.

Me laissa retomber tout meurtri sur la terrOp

Où depuis mon regard dans l'horizon loisi-iiiu

Plongeait sans voir venir le bon Samaritain.

Je veux bien acquitter mes dettes amassées,

Et payer en douleurs mes délices passées, '

Dieu ! mais puisque ta loi défend de murmurer.

Fais-nous donc des tourments que l'on puisse endurer!

La Pa'ivrelé n'est pas l'hôte quo je redoute;

Je l'aime, c'est ma sœur; la Faim, sans qu'il en coûte

Une heure à mon sommeil, un vers à mes chansons.

Entre et s'assied chez moi, car nous nous connaissons.

Je n'ai pas convoité sur mon lit d'agonie L'or du voisin, qui smne avez tant d'ironie; Ce qu'il me faut à moi, ce n'est pas seulement Le vin de la vendange et le pain de fi-oment; Ma prière avant tout d'amande à Dieu pour vivre je pain qui nourrit l'âme et le vin qui l'enivre : L'amour!... Et je suis seul, déjà seul, quand j'entends Frémir encor l'airain qui m'a sonné vingt ans!

La fatigue m'endort, et le besoin m'éveille

Sans qu'un souliait ami caresse mon oreille.

Quand j'allais au printemps chercher dans vos jardins

Un sentier vierge encor du pied des ci adiiis,

Sur mon cœur solitaire et qu'un vague amour tue •

J'ai pressé bien souvent un socle de statue,

Et, miracle du ciel! bien souvent j'ai cru voir

La froide Galatce en mes bras s'cmouvoir.

Voir des pleurs de pitié p«ndus à sa paupière.

Voir des souris éclos sur ses lèvres de lierre ;

Et quand ma plainte au marbre inspirait tant d'émoi,

Les cœurs vivants restaient pétrifiés pour moil

Oh! voilà le tourment auquel rieu n'habitue, Qui dévore les nuits et les jours, et qui tue. Ce supplice inouï, quand je vous le nommais, Vous ne compreniez pas : ne comprenez jamais, Madame!... Au grand désert de voire capitale, L'homme seul, voyez-vous, c'est l'antique Tan'al;; C'est le serpent coupé, vivace et bondissant, Dont chaque tronçon veuf poursuit son frère absent; " C'est l'homme enseveli touf vivant dans la tombe, Qui se réveille au b»uit de la terre qui tombe, Et, huilant des appels que le ver entend seul. Se débat convulsif dans les plis du linceul.

(Hf'gésippe Moreau„5

CDXIV

En général, les femmes n'ont point de caractère; ce sont des arbustes charmants, faits pour porter des fleurs; rarement on y rencontre des fruits; et leur qualité dépend toujours de la greffe, qui rarement est bonne; car il ne faut pas croire que notre sexe vaille mieux que le tien.

Il est peu d'âmes assez fortes pour n'avoir aucune notion de froideur en amour, soit qu'on l'appeHe prudence, ou qu'on lui donne un tout autre nom; et peut-être n'est-ce pas un mal, car tant de matières combustibles pourraient causer de furieux embrasements. Nous sommes notre univers, chère Sophie; il n'est pas étonnant que nous ayons une langue particulière. Les autres ne peuvent concevoir nos transports.

Nous avons cet avantage sur eux, que nous nous figurons aisément leurs plaisirs, qui ne sont qu'une partie très-subordonnée des nôtres. Il n'y a point de branche d'arbre qui n'offre dans ce mois-ci (juin) plusieurs couples d'amants de cette espèce. Laissons-leur préférer leurs amours sans amour. Ils sont plus discrets et moins pénibles, à ce qu'ils croient. Ce sont des aveugles qui nient la couleur purpurine des roses, parce qu'ils ne peuvent la voir, et qu'en tâtonnant ils sentent leurs épines. Tu connais une chère dévote, qui prétend qu'un amant vraiment amoureux est un homme haïssable, parce qu'il est très-incommode, très-jaloux; parce qu'il ne peut cacher sa passion, et que la chère réputation croule. Quand tu trouves de telles raisonneuses, appuie leur argument. Conviens sur ma parole qu'un homme en vaut rarement deux; (ju'ainsi un amant n'a nul droit de pi'étendre à des moments qu'il ne peut employer. Tu vois jusqu'où va ce raisonnement, auquel se réduit, en dernier» analyse, la morale moderne de I'amour. Si un homme en vaut rarement deux, jamais il n'en vaut quatre, encore moins trente. Le ciel fait rarement docmiracles, même pour les dévotes ; l'esprit est fort, et la chair est faible ; ies accidents, dérangements, cas fortuits, etc., doivent être prévus; il faut donc des ressources; et plus ellcj sont multipliées, et moins le public s'en aperçoit. Mais comme, A toutes les femmes étaient au même régime, l'autre sexe ne serait assurément pas assez nombreux pour les servir, prie ces dames d'être tolérantes : il y va de leur intérêt. ^Qu'elles laissent les femmes tendres, romanesques ou folles, comme il leur plaît de les nommer, qui n'ont de désirs que pour ua objet, parce que leur cœur n'est touché que pour un objet, qu'elles laissent ces femmes, dis-je, dont l'âme et les sens sont toujours d'accord, être dupes de leur passion et se borner à leur amant. (Mirabeau.)

CDXV Il y a je ne sais quoi de réprouvé à être insensible. Aussi

sainte Thérèse définissait-elle le diable : « Le mallieureux qui ne sait point aimer. » (Voltaire.)

CDXVI

Après les hasards de la première jeunesse, le cœur se ferme à la sympathie. La mort ou l'absence nous éloigne-t-elle des compagnons de l'enfance, l'on est réduit à passer la vie avec. de froids associés, la demi-aune à la main, toujours calculant des idées d'intérêt ou de -vanité. Peu à peu, toute la partie tendre et généreuse de l'âme devient stérile, faute de culture, et, à moins de trente ans, l'homme se trouve pétrifié à toutes les sensations douces et tendres. Au milieu de ce désert aride, I'amour fait jaillir une source de sentiments plus abondante et plus frédche même que celle de la première jeunesse.

(Stendhai.)

CDXYII .

Un homme amoureux, qui plaint l'homme raisonnable, me paraît ressembler h un homme qui lit des contes de fées, et qui raille ceux qui lisent l'histoire. (Chamfort.)

CDXVlll

A mesure qiife l'on a plus d'esprit, les 'passions sont plus grandes, parce que les passions n'étant que des sentiments et des pensées qui appartiennent purement à l'esprit, quoique elles soient occasionnées •par le corps, il est visible qu'elles ne sont plus que l'esprit même, et qu'ainsi elles remplissent toute sa capacité. Je ne parle que des passions de feu ; car, pour les autres, elles se mêlent souvent essemble, et causent une confusion très-incommode; mais ce n'est jamais dans ceux qui ont de l'esprit. (Pascal.)

CDXIX

Le caprice est dans les femmes tout proche de la beauté,

Bi^iK>r;ifè ')

pour être son contrc-poisoii, et afin qu'elle nuise moins aux lioinmcs, qui nen guériraient pas sans ce riimède.

(La Bruyère.)

CDXX

Nos premiers pas dans le vaste labyrinthe de I'amour ont quelque chose de si enivrant, que les amanls ne se les rappellent jamais sans retrouver une partie des délicieuses émotions qu'ils éprouvaient alors. Chacun des deux prétend qu'il a aimé le premier avec le plus de passionj chacun des deux soutient que le temps a fortifié celle passion dans son cœur h lui, tandis qu'il l'a affaibUe datis celui de l'autre; et dans celte lutte charmante, chacun se reconnaît avec plai:^ir surpassé et vaincu. (GoëthQ.)

CDXXI

11 faut de la retraite, du repos, du silence, aux amants. Le tumulte des grandes villes ne fatigue personne comme eux. Us soupirent après la fia du Jour; c'est lorsque le sommeil enchaînera tous ces êtres bruyants qui les distraient et qui les importunent, qu'ils se retrouveront avec leur amie.

(Diderot.) CDXXII

L'amour a son instinct. Il sait trouver le chemin du cœur, comme le plus faible insecte marche à sa fleur avec une irrésistible volonté qui ne l'épouvante de rien. (Balzac.)

CDXXllI

Il en est du véritable amour comme de l'apparition des esprits; tout le monde en parle, mais peu de gens ont vu.

(La R ichefoucauld.)

CDXXIV

11 est aimable quainl il pluure, Il est aiiiiab'e quand il rit;

On le rappelle quand il fuit, On l'adore quand il demeure.

C'est le plus aimable boudeur Qui soit de Paris à Cytbère; C'est le plus aimable imposteur Qui soit né pour tromper la terre ; Il fait vingt serments aujourd'hui, Et demain il les désavoue :

On sait qu'il blesse quand il joue, ■ Et l'on veut joaer avec lui.

(Demoustier.)

CDXXV

Savez-vous rien de plus gracieux et de plus charmant que les débuts de la passion entre deux jeunes cœurs qui frissounent en même temps au premier souÎQe de Tamour, comme deux fleurs à peine écloses qui s'entr'oiivrent à la même briïC et s'épanouissent au même rayon matinal? Premiers tressaillements des âmes virginales ! trouble mystérieux des sens qui s'égarent! fiais enchantements des premières rencontres! premiers bégayements du bonheur! Il n'est pas, dans ratmosphère étouCfée des cités, de retraite si triste et si sombre qui ne puisse s'égayer et s'éclairer à la lueur de ces douces joies; mais ceux-là seuls en connaissent l'ivresse, qui les ont goûtées sous un ciel vaste et pur, qui les ont mêlées à toute la nature et les ont imprégnées de la senteur des bojs. Heureux donc les amants qui ont abrité dans le creux des vaUées le poëme de leurs tendresses! Us auront beau vieillir, il est des parfums qui rappelleront autour de leur front incliné tout un essaim de rêves dispersés, et les concerts de la création leiir arriveront encore, au déclin de la vie pâlissante, comme un écho lointaui des hymnes de leui' jeunesse. (Jules Saudeau.)

CDXXVI

L'amour, hélas! l'étrange et la fausse naturel Vit d'inanition et meurt'de nourriture.

;,A fred de Musset.)

CDXXVII

Rien n'est plus propre à augmenter une inclination naissante dans le cœur de la plupart des femmes, que d'apprendre que ceux qu'elles aiment sont .aimés.

(Mademoiselle de Scudéry.)

CDXXVIII

J'ai entendu une femme s'e'crier en voyant Lekain, dans Tancrède : « Comme il est beau! » Or, personne au monde n'est plus laid que Lekain. J'ai toujours eu bonne opinion depuis de cette femme. Ce n'est pas une âme commune que celle qui trouve que la véritable beauté d'un homme est sa sensibilité; car il faut pour cela connaître Tamour et son prix.

(Mirabeau.) GDXXIX

Il y a dans I'amodr une période où l'on est accoutumé l'uu à l'autre et où néanmoins I'amour conserve de la saveur. On se connaît, mais on ne s'est pas encore compris; on n'a pas repassé dans les mêmes plis de l'âme; on ne s'est pas étudié de manière à savoir, comme plus tard, la pensée, les paroles, le geste, à propos des plus grands et des plus petits événements. On est dans l'enchantement : il n'y a pas eu de collision, de divergences d'opinions, de regards indifférents; les âmes vont à tout propos du même côté. (Balzac.)

CDXXX

Il y a des hommes qui égorgent sans façon leur femme infidèle, à la manière des Orientaux, parce qu'ils la considèrent comme une propriété légale. D'autres se battent avec leur rival, le tuent ou l'éloignent, et vont solliciter les baisers de la femme qu'ils prétendent aimer, et qui se retire d'eux avec horrein' ou se résigne avec désespoir. Ce sont là, en cas d'AMOuR conjugal, les plus communes manières d'agir, et je

dis que I'amour des pourceaux est moins vil et moins grossier que celui de ces hommes-là. (George Sand.)

CDXXXl

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