‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 4 sur 72 · XLV · texte numérisé non relu

XLV

J'aurais mauvaise opinion d'un jeune homme dont la première passion n'aurait pas été I'amour, parce que c'est le premier essor de la sensibilité, qui se porte ensuite à d'autres objets. (Buffon.)

11 n'y a point de passion qui nous excite plus à quelque chose de noble et de généreux qu'un honnête amour. L'amouu a une chaleur qui sert de courage à ceux qui n'en ont point.

(Saint-Evremond.)

Uu'y a-t-il dans I'amour, pour que, nonobstant ses délices secrètes, on soit accablé de chagrin? (Balzac.)

L'inclination est une chose aflective où la raison n'a point de part; car il se trouve quelquefois que la raison veut une chose, et notre inclination une autre ; et, quoique nous connaissions que ce que nous aimons est moins aimable que ce que nous n'aimons pas, nous ne laissons cependant pas de

l'aimer. Mille effets prodigieux de cette inclination aveugle en prouvent évidemment la force. On a vu des hommes de grand esprit aimer des femmes qui n'en avaient point, et des femmes de beaucoup de mérite favoriser des hommes méprisés de tout le monde, tandis qu'elles en méprisaient d'autres qui étaient dignes d'elles. (Mademoiselle de Scudéry.)

C'est aimer peu que de pouvoir dire combien on aime. (Pétrarque.)

Il n'est pas bien décidé si la dernière faveur est une preuve certaine qu'une femme aime celui à qui elle l'accorde.

(Ninon de l'Enclos.)

LU

C'est, dit-on, dans l'âge où les femmes commencent à être moins aimables, qu'elles savent beaucoup mieux aimer.

(Balzac.)

un

On est si souvent lassé de soi-même, qu'on ne peut être séduit par ce qui nous ressemble; il faut de l'harmonie dans les sentiments et de l'opposition dans les caractères, pour que I'amour naisse tout à la fois de la sympathie de la diversité. (Madame de Staël.)

En AMODR, il n'y a que les commençants qui soient charmants. Je ne m'étonne pas qu'on trouve du plaisir à recommencer souvent. (Le prince de Ligne.)

L'amour tient tant de place dans la vie d'une femme tendre, il absorbe tellement son temps et ses facultés, le charme

idéal dont il l'environne est si puissant et se répand tellement sur tout, que, lorsqu'elle arrive à l'âge où il faut y renoncer, elle croit se réveiller d'un long rêve, et apercevoir pour la première fois les peines et les misères de la vie.

(La princesse de Salm.)

La galanterie est un faible du cœur, ou peut être un vice de complexion. (La Bruyère.)

L'amour supplée aux longs souvenirs par une sorte de magie; toutes les autres affections ont besoin du passé : I'amocr crée, comme par enchantement, un passé dont il nous entoure. (Benjamin Constant.)

Lvm

L'amour des Espagnols et des Italiens, plus respectueuse et craintive, plus mineuse et couverte, me plaît. Je ne sais qui, anciennement, digérait, le gosier allongé comme le col d'une grue, pour savourer plus longtemps ce qu'il avalait. Ce souhait est mieux à propos en cette volupté, vite et précipiteusc, surtout à telles natures comme est la mienne, qui suis vicieux en soudaineté, pour arrêter sa fuite et l'étendre en préambules.

Entre eux, tout sert de faveur et de récompense : une œillade, une inclination, une parole, un signe. Qui pourrait dîner de la fumée du rôt, ferait-il pas une belle épargne? C'est une passion qui mêle à bien peu d'essence solide beaucoup plus de vanité et de rêverie fiévreuse : il la faut payer et servir de même. Apprenons aux dames à se faire valoir, à s'estimer, à nous amuser et à nous piper. Nous faisons notre charge extrême la première ; il y a toujours de l'impétuosité française. Faisant filer leurs faveurs et les étalant en détail,

chacun, jusqu'à la vieillesse misérable, y trouve quelque bout de lisière, selon son vaillant et son mérite. Qui n'a de jouissance qu'en la jouissance, qui ne gagne que du haut point, qui n'aime la chasse qu'en la prise, il ne lui appartient plus de se mêler à notre école. Plus il y a de marches et degrés, plus il y a de hauteur .et d'honneur au dernier siège. Nous nous devrions plaire d'y être conduits, comme il se fait aux palais magnifiques, par divers portiques et passages, longues et plaisantes galeries, et plusieurs détours. Cette dispensation reviendrait à notre commodité, nous nous y arrêterions, et nous y aimerions plus longtemps. Sans espérance et sans désir, nous n'allons plus rien qui vaille : notre maîtrise et entière possession leur est infiniment à craindre ; depuis qu'elles sont du tout rendues à la merci de notre foi et constance, elles sont un peu bien hasardées : ce sont vertus rares et difficiles. Soudain qu'elles sont à nous, nous ne sommes plus à elles. Et Thrasonidès, jeune homme grec, fut si amoureux de son AMOUR, qu'il refusa, ayant gagné le cœur d'une maîtresse, d'en jouir, pour n'amortir, rassasier et alanguir par la jouissance cette ardeur inquiète, de laquelle il se glorifiait et se paissait.

La cherté donne goût à la viande. Voyez combien la forme des salutations, qui est particulière à notre nation, abâtardit, par sa facilité, la grâce des baisers, lesquels Socrate dit être si puissants et dangereux à voler nos cœurs.

C'est une déplaisante coutume, et injurieuse aux dames, d'avoir à prêter leurs lèvres à quiconque a trois valets à sa suite, pour malplaisant qu'il soit, et nous-mêmes n'y gagnons guère; car, comme le monde se voit parti (parlagé) pour trois belles, il nous en faut baiser cinquante laides : et à un estomac tendre, comme sont ceux de mon âge, un mauvais baiser en surpaye un bon.

Ils font les poursuivants en Italie, et les transis de celles mêmes qui sont à vendre, et se défendent ainsi : qu'il y a des degrés en la jouissance, et que par services ils veulent obte-

riir pour eux celle qui est la plus entière. l'allés ne vendent que le corps : la volonté ne peut être en vente, elli; i st trop libre et trop sienne. Ainsi ceux-ci disent que c'est la volonté qu'il» entreprennent, et ont raison : c'est la volonté qu'il faut w;rvir et pratiquer. J'ai horreur d'imaginer rnien un corps piivé d'afVection. (Montaigne.)

— ^ S'il y a un amouh pur et exempt de mélange de nos autres passions, c'est celui qui est caché au fond du cœur, et que nous ignorons nous-mêmes, (La Rochefoucauld.)

L'amoi.h est, je crois, un poëme entièrement personnel. Il n'y a rien qui ne soit à la fois vrai et faux dans tout ce qu(! les auteurs nous en écrivent, (lialzac.)

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