CDXXXV
Le désir ou plutôt le besoin de plaire airivé à l'état de monomanie est, de toutes les forces attractives, Id plus puissante; et celte grâce-là n'est point monotone, il s'en faut, puisque sa condition principale est de se renouveler tous les jours, est de s'initier à toutes les actions de la vie, depuis les plus hautes combinaisons des rêves ambitieux jusqu'aux plus simples détails des habitudes domestiques. 11 est bien difficile de ne pas trouver un peu jolie une femme dont toutes les paroles, toutes les démarches, toute l'existence signifient : Je veux vous plaire. D'abord elle vous attire par cette aimable volonté, puis elle vous attache par ce zèle ingénieux et conslant; enfin, elle vous attendrit par cette hé/oïque persévérance, et vous vous intéressez à elle et au succès de votre propre
séduction^ comme on s'intéresse au succès de toute entreprise Iiabilement conçue et courageusement menée...
(Delphine de Giiardin.)
CDXXXVI
Ah ! quel charme est donc celui de I'amour, qui peut ain^ changer les hommes et les choses, et les lieux, et les circonstances, et les idées, et jusqu'aux sensations ! Au milieu des peines les plus cuisantes et d'une situation presque désespérée, il me distrait, il m'enivre encore par des illusions, hélas! trop passagères, et que j'ai la faiblesse de regretter.
(Mirabeau.) COXXXVII
Tout le monde prétend aimer; mais, au fait, qui est-ce qui aime? S'il fallait croire tous ceux qui se disent amoureux, tous les soirs la moitié de Paris serait ivre d'AMouR poui" l'autre moitié de celte ville fortunée. Hélas! que n'est-ce vrai ! (P. J. Stahl.)
CDXXXVIII
L'amour qui croît peu à peu et par degrés, ressemble trop à l'amitié pour être une passion violente. (La Bruyère.)
CDXXXIX
Que Dieu bénisse tout le beau sexe, personne ne l'aime plus que moi. Après toutes les faiblesses que j'ai vues aux femmes, toutes les satires que j'ai lues contre elles, je les aime toujours. Je suis fermement persuadé qu'un homme qui n'a pas une espèce d'affection pour elles toutes, n'en peut aimer une seule comme il le doit. (Sterne.)
CDXL
On trouve plus d'amants constants que d'amants fidèles, parce qu'on est rarement assez touché pour avoir toujours pré-
sent l'objet de son amour, qui préside à nos sensations et les réprime, qui rend nos cœurs et nos sens également inaccessibles à toutes espèces de séduction. On est constant par procédés; on l'est aussi par habitude, par sympathie, par des rapports de goûts, d'intérêt et d'humeur ; mais on n'est fidèle que. par amour, et par un extrême amour. La constance est la vertu des amis; la fidélité est celle des amants, et ils ont l'avantage, car la fidélité est une irrécusable caution de constance; et la constance n'est pas toujours un gage bien sûr de fidélité. Mais aussi la fidélité n'est pas une vertu ingrate : elle nous paye de nos sacrifices. (Mirabeau.)
CDXLI
L'amour ressemble beaucoup à un jardin au bout duquel on arriverait en trois pas, si le chemin à faire n'était prolongé par une foule de petites allées tournant capricieusement, fleuries et embaumées. (Alphonse Karr.)
CDXLll
... L'on voit les amants toujours vanter leur choix. Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et dans l'objet aimé tout leur devienli aimable; Ils comptent les défauts pour des perfections, Et savent y donner de favorables noms.
La pâle est au jasmin en blancheur comparable ; La noire à faire peur, une brune adorable; La maigre a de la taille et de la liberté; La grasse est, dans son port, pleine de majesté; V La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée, Est mise sous le nom de beauté négligée; La géante paraît une déesse aux yeux ; La naine un abrégé des merveilles des cieux ; L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne; La fourbe a. de l'esprit; la sotte est toute bonne; La trop grande parleuse est d'agréable humeur; Et la coquette garde une honnête pudeur. C'est ainsi qu'un amant, dont l'ardeur est extrême, Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.
(Molière. }
CDXLIII
L'art est l'incarnation de Tidéal. Or, il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais pourThorame qu'un idéal, l'idéal féminin, l'ange, la Vierge-Mère. Et Virginité et Maternité sont deux aspects si ravissants, si poétiques de la même ligure, que l'homme est entraîné par les aspirations de son éternel amour à les réaliser bon gré mal gré dans un seul et même type, dans un type divin. La Vénus de Milo est une vierge-mère comme celle du paradis. La muse inspiratrice s'appelle partout du nom de la femme adorée. (Alphonse Toussenel.)