‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 32 sur 72 · CDXLIV · texte numérisé non relu

CDXLIV

Le respect et I'amour doivent être si bien proportionnés, qu'ils se soutiennent sans que le respect étouffe I'amour.

• (Pascal.)

CDXLV.

A vrai dire, rien ne peut excuser un homme de perdre la foi dans I'amour. N'eût-il été heureux qu'un seul moment, c'est assez. Qu'importe que la femme adorée ait oublié l'heure des baisers et des serments s'il n'a rien oublié, lui, s'il a éternisé dans son souvenir cette minute heureuse, s'il tient embaumé dans son cœur le trésor d'un seul moment de bonheur?... Et, s'il n'a jamais eu cette minute éternelle, qu'il pleure, l'infortuné, mais qu'il ne se plaigne pas d'une cruelle; ne doit-il pas plutôt quelque reconnaissance à celle qui lui a donné une souffrance, mais qui lui a donné en même temps la divine joie d'aimer? Les âmes élevées ne sont 'amais trompées. (Louis Ratisbonne.)

CDXLVI

L'amour est la plus sublime affection de l'âme; mais il est aussi le plus impérieux besoin de celle qui l'a connu. Il a

augmenté nos plaisiis par une participation mutuelle, il diminuera nos peines en les divisant. Ahl si jamais... quelle délicieuse vieil nous prépare! Les craintes terribles qui nous agitent maintenant, les inquiétudes aiguës qui nous auront déchirés si longtemps, les jours orageux, les nuits amères qui auront précédé le retour du bonheur, ne tourneront-ils pas à son profit? Quels dédommagements! quelles célestes récompenses! Le souvenir de nos soufTiances, de nos sacrifices réciproques, ne deviendra-t-il pas, au sein de la félicité, Tun de nos plaisirs les plus délicats et les plus vifs?

(Mirabeau.) COXLVIl

Règle générali', I'amour est d'autant plus probable qu'il paraît impossible. Voici deux jeunes gens que leurs familles, étroitement unies entre elles, ont flancés l'un à l'autre au berceau. Ils sont nés porte à porte, ont grandi sous le même toit. C'est le rêve de ifurs mères qu'ils en arrivent insensiblement à une affection plus tendre et finissent par s'épouser; pariez donc cent contre un qu'ils aimeront ailleurs, chacun de son côté, et qu'ils ne s'épouseront pas. Mais qu'au lieu d'être unis leurs parents soient, comme on dit, à couteaux tirés, qu'on interdise à ces deux enfants de se voir et de se rencontrer, qu'il y ait entre eux comme un bras de l'Océan ou comme un pan des Cordillères, une de ces vieilles haines qui se transmettent de génération en génération : il est à peu près certain que ces enfants en viendront à s'aimer avec idolâtrie. Ce sont les Montaigu qui font les Juliette et les Roméo. (Jules Sandeau.)

CDXLVIll

Après le plaisir d'admirer soi-même une femme aimée, vient celui de la voir admirer par tous. (Balzac.)

CDXLIX

La constance est une habitude belle et noble, c'est le ré-

sultat dsine humeur douce, le penchant d'une àms droite, la conséquence d'une tête bien organisée; mais les événements ne la prescrivent pas toujours; ils peuvent la rendre ou nécessaire, ou bonne seulement, ou indifférente, quelque fois mauvaise.

La disposition à la constance dans les affections est naturelle à un homme de bien.

Se conduire d'aprè? cette disposition, c'est très-souvent une convenance; mais ce n'est un devoir positif que lorsqu'un engagement l'a rendu tel. C'est la promesse seule qui en fait une loi. Quand la promesse n'est que tacite, elle est encore obligatoire. Il faut se conduire comme étant lié, ou faire entendre clairement qu'on ne veut pas l'être.

Mais ce à quoi Ton ne saurait être tenu, ce que l'on ne saurait promettre raisonnablement, c'est la durée des sentiments actuels. On peut inférer de ce qu'ils existent de telle ou telle manière, qu'ils existeront longtemps; mais c'est une témérité de l'affirmer, c'est une imprudence de se le promettre à soi-même, c'est une sottise de n'en pas douter; le serment serait une perfidie. Jainais pareille promesse ne fut faite sérieusement que par un fourbe on un écervelé, par une machine à passions.

Dès qu'une liaison s'établit entre des personnes honnêtes, c'est un engagement d'être exclusivement l'un à l'autre tant que ce lien durera, de ne jamais se tromper, et dès lors de faire connaître avec franchise le moment où ces dispositions viendraient à cesser.

Cette promesse mutuelle devrait être faite expressément ; elle est nécessaire au repos, elle donne une sécurité entière à quiconque mérite le nom d'homme. Ce n'est que dans la confiance de l'estime, dans cette noble certitude, que l'on jouit d'une intimité digne des âmes honnêtes.

Si ce lien peut durer autant que nous, il fera notre boniieur ou notre consolatiou. Mais n'oublions point les lois du sort, n'allons pas jurer d'aimer toujours; nul n'est certain

110 L'AMOUU

d'aimer le lendemain. L'on atteste ia sensation présente ou

l'événement passé; le reste, l'homme l'ignore. (Sénancour.)

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