AMOUR
L'amour est actif, sincère, pieux, gai et agréable; il est fort, il est patient, il est fidèle, il est prudent, il est persévérant, il est courageux, et ne se cherche jamais lui-même. Car, dès qu'on se cherche soi-même, on est déchu de I'amour.
L'amour est circonspect, humble et droit ; il n'est ni lâche, ni léger; il ne s'arrête point à des choses vaines; il est tempérant, il est chaste, il est ferme, il est tranquille, et il fait bonne garde à tous ses sens.
Celui qui aime est soumis et obéissant aux supérieurs, "et fait peu de cas de lui-même; il est dévoué et reconnaissant envers Dieu, en qui il met toujours sa confiance et son espoir^ même dans les moments où l'âme malade ne se sent pas de goût pour Dieu, car la vie de I'amour ne se passe point sans souffrances.
Celui qui n'est pas disposé à souffrir toutes choses et à se tenir prêt à la volonté de son bien-aimé, ne mérite pas le nom d'am.ant. '
11 faut que celui qui aime embrasse avec plaisir les choses les plus pénibles et les plus amèreg pour I'amour de son bienaimé, et qu'il ne se détourne point de lui, quelque chose de i contraire qu'il arrive. {Imitation de Jésus- Christ.)
CDLXl
Non, Tamoiju n'est point une passion. Le mot passion n'est que le synonyme du mot besoin. Aussi doit-on être plus touché du plus petit sentiment qu'on inspire, que de la plus violente passion qu'on allume. La an de toute passion est une satisfaction égoïste et personnelle ; la fin du plus léger battement d'un cœur amoureux est une pensée de dévouement. L'amour qui n'embellit pas l'âme n'est pas de 1' amour.
(P. J. Stahl.)
CDLXIi
Puisque Dieu a concédé à la femme le privilège exclusif d'enthousiasmer les hommes et d'attendrir les héros par le charme de la parole, lui mettant des larmes dans la voix, des flammes magnétiques dans le regard, ajoutant à ces t.alisraans de séduction irrésistible la dent blanche, la narine mobile et le don plus magique encore de traduire les invisibles palpitations de son âme par les visibles palpitations de son sein, rendons à la femme ce qui appartient à la femm^
(Alphonse Tousseuel.)
CDLXUI
Il y a des âmes que les premières atteintes de I'amour portent vers la mélancolie, et chez lesquelles, en s'éveillant, la vie et le bonheur ont des larmes pour premiers sourires.
(Jules Sandeau.)
CDLXIV
L'amour fut le flambeau qui en m'embrasant m'éclaira à ta fois la nature, ce monde, moi-même et le ciel. Je compris le néant de ce monde en voyant combien il disparaissait devant une seule étincelle de la véritable vie! Je rougis de moi-même en me regardant dans le passé et en me comparante la pureté ut à la perfection de celle que j'aimais. J'entrai dans le ciel
des âmes en pénétrant des yeux et du cœur dans cette mer de beauté, de sensibilité, de pureté, de mélancolie et d'amour qui s'entr'ouvrait d'heure en heure davantage dans les yeux, dans la voix, dans les entretiens de la créature céleste qui
venait de se manifester à moi!
Oh ! si vous avez un frère, un fils ou un ami
qui n'ait jamais compris la vertu, priez le ciel qu'il le fasse aimer ainsi ! Tant qu'il aimera, il sera capable de tons les dévouements, de tous les héroïsmes pour s'égaler à l'idéal de son AMOUR. Et quand il n'aimera plus, il lui restera à jamais dans l'âme un arrière-goût de volupté céleste qui le dégoûtera des eaux du vice, et un coup d'oeil secrètement levé vers la source où il lui fut permis de boire une fois.
(Lamartine.)
CDLXV
11 y a deux sortes de constance en amouu : l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'aimer, et l'autre vient de ce qu'on se fait un honneur d'être constant. (La Rochefoucauld.)
CDLXVl
On se trompe dans l'éducation qu'on donne aux femmes, et on les trompe. On veut leur inspirer de I'amour la même peur que des esprits; on leur peint tous les hommes comme des monstres d'infidélité et de perlidie. S'en présente-t-il un bien fait qui étale des sentiments délicats, qui prenne un dehors modeste et respectueux, la jeune personne ne manquera pas de croire qu'on l'a jouée; et, dès qu'elle verra qu'on lui aura exagéré les choses, les donneurs d'avis perdront tout crédit auprès d'elle.
On les trompe encore d'une autre façon. On évite avec un soin infini de les avertir qu'elles seront attaquées par les sens, et que ce seront là les attaques les plus dangereuses pour elles. On leur parle toujours dans la supposition qu'elles sont
de purs esprits. Qu'arrive- t-il de là? Comme elles n'ont pas prévu ce genre d'attaques qu'elles auront à soutenir, elles se trouvent sans défense. Ce n'est pas des hommes qu'on devrait leur faire peur, mais d'elles-mêmes. Eh! que pourrait un amant si la belle qu'il attaque n'était pas séduite par ses propres désirs? c'est donc le physique qui chez les femmes est la principale cause de leurs faiblesses. (J. J. Rouî^seau.)
CDLXVII
A moins d'être un ange descendu des cieux, et non l'esprit purifié qui s'y rend, une femme aimante préférerait voir son amant souffrant une agonie, à le voir heureux par une autre; plus elle aime, plus elle sera blessée. (Balzac.)
CDLXVIII
Lorsqu'une femme sensible et dont l'âme est généreuse a pour un homme un véritable attachement, soit d'amour, soit d'amitié, elle sent en elle, dans toutes les relations qu'elle a avec lui, quelque tendre qu'il puisse être, une supériorité de sensations et de dévouement qui le rabaisserait extrêmement à ses propres yeux, s'il lui était possible de s'en faire uiie juste idée. (La princesse de Salm.)
CDLIX A L'AMOUR
Puissant et premier génie Par qui tout fut animé, Toi qui maintiens l'harmonie Du monde par toi formé, AuocR, d'un trait de ta flamme Pénètre aujourd'hui mon àme, Et fais Couler dans mes sens Le feu dont brûla Catulle,
Et qui fiu jeune Tibulle Forma les tendres accents.
Ni les nymphes du Parnasse Ni les faveurs d'Apollon Ne me donneraient l'audace De célébrer ton saint nom.
C'est toi qui, près d'une eau pure, Au fond d'une grotte obscure, Peux seul, enseignant ta loi, Inspirer aux cœurs fidèles.
Dans leurs ardeurs mutuelles.
Des chansons dignes de toi.
Mais je sens que ma prière A trouvé grâce à ies yeux ; Une nouvelle lumièie Rend mon esprit radieux.
Mes vers vont servir de guides A ces âmes trop timides Qui, de peur de tes rij^ueurs, Fuyant tes faveurs divines, N'osent, pour quelques épines, Cueillir les plus belles fleurs.
Publions donc à ta gloire
Que, plus fort que tous les dieux,
Pour la plus grande victoire.
Tu n'armes que deux beaux yeux;
Et que ta douceur est telle
Que, dans la guerre mortelle
Que tu déclares aux creurs,
Aimable jusqu'en (es peines,
Tu fais adorer .tes chaînes
Aux vaincus comme aux vainqu>^ur3
Loin de toi, loin de ton temple, Ces jeuues présomptueux Qui donnent l'indigne exemple D'un amour faux, fastueux ; Qui, dans leurs humeurs hautaines.
Veulent imposer des chaînée Et garder leur liberté.
Et prétendent n'introduire
Daos le seio de ton empire Que mensonge et vanité I
Non, ce n'est que la ?ouffrance.
Que l'ardeur de nos désirs, Qui mettent la différence Et le prix à tes plaisirs.
Toi-même n'as pu connaître Les douceurs que tu fais naître Que quand ton cœur fut touché ; Et, pour goûter tes délices.
Il fallut que tu gémisses Dans les fers de ta Psyché.
Ah! que ta chaîne est légère 1 Que ton joug a de douceur Pour l'âme simple et sincère Qai t'abandonne son cœur!
C'est pour elle que sent faites Ces félicités parfaites Qu'au monde on ne connaît plus.
Mais que, pour leur récompensf^j Tu verses en abondance, Dans le sein de tes élus.
Je sais bien qu'à tes caprice»
On impute tes faveurs; On dit que tes injustices Font répandre mille pleurs; Mais c'est, avec les caresses Et les' trompeuses tendresses D'une volage beauté.
Confondre les biens durables Et les plaisirs ineffables Qu'on doit à la vérité.
Ce n'est point toi qui présides A ce honteux abandon, A ces commerces sordides Qui déshonorent ton nom.
Ce n'est que des belles âmes Que ta main file les trames ; Tu tiens le vice abattu ; Ton chois, toujours légitime,
Ne donna janisis au crime Les prix dus à la vertu.
Quoi que nous conte la Fable, Tes yeux sont toujours ouverts; Tu veilles, dieu favorable.
Au booheur de l'univers.
Nos vœux, par ton assistance.
Parviennent jusqu'à l'essence Qui ruainttent l'ordre des cieux ; Et, brûlant d'ardeurs fidèles.
Nos cœurs portés sur tes ailes Vont s'unir avce les dieux.
(La Fare.)
Quoi ! dans le ciel de votre amour un nuage a passé, et vous croyez aimer!
Où est Tamour il n'y a point de nuages, point de douleurs.
Quoi ! votre sang bouillonne, votre tête s'égare, votre àme est troublée, et vous dites : C'est de 1' amour!
L'amour est fort, I'amour est tout-puissant, et ce qui est tout-puissant est calme...
Vous n'aimez pas.
Vous êtes aveugle, vous n'aimez pas; I'amour, c'est l'intelligence, et l'intelligence, c'est la vie.
Mais, que dis-je? vous êtes jaloux; vous êlfs furieux; le soupçon vous déchire, la défiance est en vous, et vous criez : C'est de I'amour !
Non, ce n'est pas de I'amour. L'amour ne crie pas, I'amour se tait; son silence se comprend et s'entend; c'est un chant intérieur, que rien n'interrompt et qui ne linit pas. L'amour, c'est la cerlitude, c'est la foi; et la jalousie, c'est l'incrédulité et la haine, une haine qui attend, la pire des haines. Vous voyez bien que vous n'aimez pas. 11 faut être aussi petit que l'est un liomme, pour qu'il nous soit pardonné d'avoir associé la haine à I'amour.
Vous VOUS quittez, vous vous dites : au revoir; vous vivez et vous vous séparez. Non, vous n'aimez pas.
L'amour est une possession absolue; vous n'êtes pas possédé, vous ne possédez pas, vous n'êtes pas amoureux. Vous n'êtes tous qu'un troupeau d'amants et de maîtresses, de femmes et de maris trurapés tour à tour, des Orcstes et des Hermiones, des héros de liiéâtre et de roman; vous avez des passions dont on peut faire des livres, dont on ne peut faire que des livres, dont pas une ne peut remonter jusqu'à Dieu. L'amour n'est pas une passion, I'amour vient d'en haut, et toute passion est fruit de la terre. Vous n'êtes que des hommes et que des femmes, et vous osez parler d'AMoua !
(P. J. Statil.) CDLXXi
Deux seuls sentiments sufflraient à l'homme, vécût-il l'âge des rochers: la contemplation et I'amour, [Lamartine.)
CDLXXIl
Les femmes, pour la plupart, ne nous aiment pas ; elles ne choisissent pas un homme parce qu'elles l'aiment, mais parce qu'il leur plaît d'être aimées par lui. Les femmes aiment assez I'amour de tout le monde, mais il y a bien peu de gens dont elles aiment la personne. (Alphonse Karr.)
CDLXXllI
L'amour que fait éprouver une femme déshéritée des avantages après lesquels courent les enfants d'Adam est I'amouk vrai, la passion vraiment mystérieuse, une ardente étreinte des âmes, un sentiment pour lequel le jour du désenchanment n'arrive jamais. (Balzac.)
CDLXXIV
C'est surtout dans la passion de I'amour, les accès de jalousie, les transports de la tendresse maternelle, les instants
de la superstition, la manière dont elles partagent les émotions épidémiques et populaires, que les femmes étonnent, belles comme les séraphins de Klopstock, terribles comme les diables de Milton. J'ai vu I'amour, la jalousie, la superstition, la colère, portés dans les femmes à un point que l'homme n'éprouva jamais. Le contraste des mouvements violents avec la douceur de leurs traits les rend hideuses; elles en sont plus défigurées. Les distractions d'une vie occupée et conlentieuse rompent nos passions. La femme couve les siennes : c'est un point fixe, sur lequel son oisiveté ou la frivolité de ses fonctions tient son regard sans cesse attaché. Ce point s'étend sans mesure ; et, pour devenir folle, il ne manquerait à la femme passionnée que l'entière solitude qu'elle recherche.
(Diderot.)
CDLXXV
U en est de I'amodr comme de la petite vérole; bien peu de gens en sont exempts. Elle est moins dangereuse quand on est jeune que dans un âge plus avancé.
{Journal des Savants. — 4683.)
CDLXXVI
Nous connaissons l'esprit des hommes, et par conséquent leurs passions, par la comparaison que nous faisons de nousmême avec les autres. Je suis de l'avis de celui qui disait que dans I'amour on oubliait sa fortune, ses parents et ses amis : les grandes amitiés vont jusque-là. Ce qui fait que l'on va si loin dans I'amour, c'est que l'on ne songe pas que l'on a besoin d'autre chose que de ce que l'on aime : l'esprit est plein; il n'y a plus de place pour le soin ni pour l'inquiétude. La passion ne peut pas être sans excès; de là vient qu'on ne se soucie plus de ce que dit le monde, que l'on sait d'ailleurs ne devoir pas condamner notre conduite, puisqu'elle vient de la la raison. Il y a une plénitude de passion, il ne peut pas y avoir un commencement de réflexion. (Pascal.)
CDLXXVll
L'amour est le seul bien qu'on ne peut apprécier, et ie seul mal auquel on ne trouve point de remède; ou, s'il y en a quelques-uns, ils sont contraires, (Le cardinal de Bernis.)
CDLXXVIII
L'amour est ie passe-teraps des oisifs. (Diogène.) CDLXXIX
On a cru longtemps, et surtout en France;, que les poëmes, les drames, les romans, ne pouvaient pas se passer d'AMou«; on a fait de I'amour un agent universel, un mobile toutpuissant de toutes les actions des hommes ; mais, à force de l'employer, ce ressort, il a perdu son effet ; et même, si l'on veut se rappeler toutes les émotions que les différentes compositions de ce genre ont excitées, on conviendra qu'à peu d'exceptions près, les plus fortes ont été produites par d'autres sentiments que celui de I'amour; Oreste et Pylade se disputant à qui des deux mourra pour l'autre; Nisus conjurant les ennemis de lancer sur lui tous les traits qui menacent Euryale; Philoctète réclamant les droits de l'humanité, et redemandant les armes qui le nourrissent; Priam prosterné aux pieds d'Achille pour racheter les restes inanimés de son fils... ont tiré plus de larmes de tous les yeux que la plupart des amants dont les poètes nous ont peint les transports et les chagrins. Quand les Grecs et les Latins, nos maîlres à tous dans l'art d'émouvoir, ont entrepris de peindre I'amour, ils l'ont montré dans toutes ses fureurs, dans toute son énergie; c'est Phèdre en butte à la vengeance des dieux, qui cède à un pouvoir que I'amour n'exerce point en France; c'est Didon que Vénus et Jijnon, réunies une fois par leurs intérêts contraires, livrent sans défense à I'amour dont elle meurt. Mais quand ces Grecs et ces Romains nous peignent I'amour avec
une aussi elfiayante vérité, rcinarLiuez que c'est pour en détourner; au lieu que, dans notre littérature moderne, il est aisé de voir que c'est presque toujours pour y inviter. Et qu'arrive-t-il? c'est qu'on se blase sur ce qui devrait émouvoir; c'est que les coeurs s'amollissent au lieu de s'attendrir; c'est qu'il n'en résulte ni plus de douceur dans les mœurs, ni plus d'élévation dans les esprits, ni plus de sagesse dans la conduite; c'est enfin que, dans l'âge où l'on peut apprendre quelque chose, les jeunes gens n'apprennent que la galanterie, qui, assurément, de toutes les sciences est la moins nécessaire.
A Dieu ue plaise néanmoins que je la condamne; ce serait écraser, de propos délibéré, les plus belles fleurs du champ de la vie, et tant de sévérité me conviendrait moins peut-être qu'à personne. Il n'en est pas moins vrai que tout écrivain qui voudra, comme ils y sont tous appelés, contribuer pour sa part, quelle qu'elle puisse être, au perfectionnement de la société, doit essayer d'y répandre quelques semences de vertus qui germeront quand elles pourront; or, cet écrivain n'a aucun besoin pour cela de faire entrer I'amour dans ses leçons; I'amour n'est rien moins que désintéresse, rien moins que social; il ne cesse d'aspirer à une récompense et de solliciter un privilège exclusif. Mais il y a toujours au fond de la pensée de l'homme je ne sais quoi de grand, de généreux, qui attache plus d'estime, et par conséquent plus de prix à la peinture d'un sentiment absolument épuré de tout intérêt, comme la fidélité, la piété, le patriotisme, comme tous ces beaux mouvements enfin qui élèvent l'homme au-dessus de l'homme, et qui sembleraient le dégager de tous les liens qui l'enchaînent à la nature animale. (Boufflers.)
CDLXXX
Ainsi, moi seulement sous I'amodr je ne plie, Mais de tous les tuorleU la nature accomplie
Fléchit sous cet empire ; et n'est homme ici-bas Qui soit exempt d'AuouR aon plus que du trépas.
(Matliuiin Régnier.)
CDLXXXI
L'amour est l'aspiration sainte de la partie la plus éthérée de notre être vers l'inconnu. (George Sand.)
CDLXXXII -
Si l'on aimait son ami pour lui-même, on ne considérerait que son bien-être ; on ne lui reproclierait pas le temps qu'il a été sans nous écrire. Apparemment qu'il s'occupe plus agréablement, dirions-nous; je me trouve beureux de son bonheur. Mais il y a des amis qui vous rendent d'autant plus malheureux qu'ils vous aiment davantage.
Les femmes surtout n'aiment que de cette manière. Elles vous boudent, vous querellent et ne vous voient que pour répandre en votre présence tçute la bile que leur a causée votre absence. (Helvétius.)
CDLXXXIU
Dans le cœur d'une jeune fille, le premier amour a des pudeurs si craintives et si mystérieuses, qu'il permet tout au plus à la main d'une mère de soulever le triple voile dont s'enveloppe eu tremblant sa chaste nudité. (Jules Sandeau.)
CDLXXXIV
Les hommes ne peuvent pas souffrir longtemps sans décharger lâchement le poids de leurs peines sur ceux qu'ils aiment le plus. (Ernest Feydeau.)
CDLXXXV
L'amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre. (La Rochefoucauld.)
I2(î L'AMOUR
CDI.XXXV1
Dans I'amour, tout se fait à la dérobée; les amants aiment, désirent et recherchent la solitude. Us n'imaginent pas d'île assez désorte pour y cacher leur bonheur ^ ils ont horreur de l'indiscrélion des regards, et qui enlèverait le mystère à I'amour lui ôterait plus que je ne saui'ais dire. —C'est par degrés insensibles que des ravissements poétiques de l'âme on descend jusqu'à des joies plus substantielles ; l'amante n'a pas •prévu l'instant de sa défaite, ni l'amant celui de son triomphe. Ces rapides moments sont pnsevclis ensuite dans le mystère qui les fait presque oublier, ou du moins leur, laisse une incertitude qqi leur conserve longtemps tout leur charme.
(Alphonse Karr.)
CDUPvn
Celle qui a mis sa gloire et l'unique espérance de son bonheur dans la fermeté et la constance d'une passion à l'épreuve du temps, de la fortune, des persécutions, et qui croît avec les disgrâces de la personne aimée; celle-là, dis-je, n'est pas capable de se croire humiliée par l'injustice, ou de céder à la tyrannie. Je sais, je sais trop que si la tristesse attendrit, plie énerve aussi, et (Qu'une âme affligée a moins de ressort; mais ce n'est pas dans le sentiment de sa passion dominante qu'elle en peut jamais manquer. (Mirabeau.)
CDLXXXVUl
L'amoub est un appétit qu'on sent quelquefois pour un mets plutôt que pour un autre, sans en pouvoir rendre la raison; un sentiment actif, un feu qui dévore et qui exige toujours de nouveaux aliments; un mets si commun que c'est le premier qu'on sert aux jeunes poulettes en leur offrant leurs lisières et leurs poupées. (Mémoires turcs.)
CDLXXXJX Il y a une^ égale et continue sensation de bonbôur que doit
il ignorerait la grâce, qui n'est que le sourire de I'amouu. La femme suspend autour de lui les fleurs de la vie, comme ces lianes des forêts qui décorent le tronc des chênes de leurs guirlandes parfume'es. (Chateaubriand.)
XDIX
L'Aiiûur. est un grand maître:
Ce qu'on ne fui jamais il nous apprend à l'être; Et souvent de nos cœurs l'absolu changement Devient, par ses leçons, l'ousTage d'un moment. De la nature en nous il force les obstacles. Et ses effets subits ont de l'air des miracles. D'un avare à l'instant il fait un libér?1. Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal. Il rend agile à tout l'àme la plus pesante, Et donne de l'esprit à la plus innocente.
(Destouches,)
Le tempe'rament a benicoup de part à la jalousie, et elle ne suppose pas toujours une grande passion; c'est cependant un paradoxe qu'un vioLnt amodr sans délicatesse.
(La Bruyère.) Dl
L'amour cesse presque toujours au moment où il allait devenir raisonnable et fondé sur quelque chose.
Entre la nouveauté et l'habitude, l'une attrait invincible, l'autre lien puissant, il y a à franchir un abîme dans lequel I'amour tombe et périt presque toujours. (Alphonse Karr.)
DU
On a demandé si les femmes étaient faites pour ramitié. 11 y a des femmes qui sont hommes, et des hommes qui sont femmes; et j'avoue que je ne ferai jamais mon ami d'un homme-femme. Si nous avons plus de raison que les femmes, elles ont bien plus d'instinct que nous. La seule chose qu'on
CDf.XXXVl
Dans I'amour, tout se fait à la dérobée; les amants aiment, désirent et recherchent la solitude. Ils n'imaginent pas d'île assez déserte pour y cacher leur bonheur; ils ont horreur de l'indiscrétion des regards, et qui enlèverait le mystère à I'amour lui ôterait plus que je ne saui'ais dire. — C'est par degrés insensibles que des ravissements poétiques de l'âme on descend jusqu'à des joies plus substantielles ; l'amante n'a pas •prévu l'instant de sa défaite, ni l'amant celui de son triomphe. Ces rapides moments sont ensevelis ensuite dans le mystère qui les fait presque oublier, ou du moins leur laisse une incertitude qui leur conserve longtemps tout leur charme.
(Alphonse Karr.) GDLXXXVII
Celle qui a mis sa gloire et l'unique espérance de son bonheur dans la fermeté et la constance d'une passion à l'épreuve du temps, de la fortune, des persécutions, et qui croît avec les disgrâces de la personne aimée; celle-là, dis-je, n'est pas capable de se croire humiliée par l'injustice, ou de céder à la tyrannie. Je sais, je sais trop que si la tristesse attendrit, plie énerve aussi, et (^'u'une âme affligée a moins de ressort; mais ce n'est pas dans le sentiment de sa passion dominante qu'elle en peut jamais manquer. (Mirabeau.)
ÇDlXXXVlll
L'amod» est un appétit qu'on sent quelquefois pour un mets plutôt que pour un autre, sans en pouvoir rendre la raison; un sentiment actif, un feu qui dévore et qui exige toujours de nouveaux aliments; un mets si commun que c'est le premier qu'on sert aux jeunes poulettes en leur offrant leurs lisières et leurs poupées. (Mémoires turcs.)
CDLXXX^X Il y a une, égale et continue sensation de bonheur que doit
il ignorerait la grâce, qui n'est que le sourire de I'amouu. La femme suspend autour de lui les fleurs de la vie, comme ces lianes des forêts qui décorent le tronc des chênes de leurs guirlandes parfumées. (Chateaubriand.)
XDIX
L'amour est un grand maître:
Ge qu'on ne fui jamais il nous apprend à l'être; Et souvent de nos cœurs l'absolu changement Devient, par ses leçons, l'ouvrage d'un moment. De la nature eu nous il force les obstacles. Et ses effets subits ont de l'air des miracles. D'un avare à l'instant il fait un liber?!. Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal. Il rend agile à tout l'âme la plus pesante, Et donne de l'esprit à la plus innocente.
(Destouches.)
Le tempérament a beaucoup de part à la jalousie, et elle ne suppose pas toujours une grande passion; c'est cependant un paradoxe qu'un violent amour sans délicatesse.
(La Bruyère.) DI
L'amour cesse presque toujours au moment où il allait devenir raisonnable et fondé sur quelque chose.
Entre la nouveauté et l'habitude, l'une attrait invincible, l'autre lien puissant, il y a à franchir un abîme dans lequel I'amour tombe et périt presque toujours. (Alphonse Karr.)
DU
On a demandé si les femmes étaient faites pour l'amitié. 11 y a des femmes qui sont hommes, et des hommes qui sont femmes; et j'avoue que je ne ferai jamais mon ami d'un homme-femme. Si nous avons plus de raison que les femmes, elles ont bien plus d'instinct que nous. La seule chose qu'on
130 L'AMOUr
leur ait a}>prise, c'est à bien porter la icuiuc de uguuir '}u eues ont reçue de leur première aïeule. Tout ce qu'on leur a dit et répété dix-huit à dix-neuf ans de suite, se réduit à ceci : « Ma fille, prenez garde à votre feuille de figuier; votre feuille de figuier va bien, votre feuille de figuier va mal. » Chez une nation galante, la chose la iiioins sentie est la valeur d'une déclaration. L'homme et la femme n'y voient qu'un échange de jouissances. Cependant, que signiQe ce mot si légèrement prononcé, si frivolement interprété: « Je «;oms aime!» Il signifie réellement : « Si vous voulez me sacrifier votre innocence et ^03 moeurs, perdre le respect que vous vous portez à vous-même et que vous obtenez des autres, marcher les yeux baissés dans la société, du moins jusqu'à ce que, par l'habitude du libertinage, vous en ayez acquis l'effronterie^ renoncer à tout état honnête, faire mourir vos parents de douleur, et m'accorder un moment de plaisir, je vous en serai vraiment obligé. » Mères, lisez ces lignes à vos jeunes filles; c'est en abrégé le commentaire de tpus les discours flatteurs qu'on leur adressera, et vous ne pouvez les en prévenir de trop bonne heure. (Diderot.)
Dlll
Le véritable amouh est éternel, inûni, toujours semblable à lui-même. Il est égal et pur sans démonstrations violentes; il se voit en cheyeux blancs, et il est toujours jeune de cœur.
(Balzac.) DIV
Lorsque vous causez d'AMOUR avec une femme, effleurez, n'appuyez pas; elles veulent deviner plutôt qu'entendre, et, comme l'a dit un homme aimable, leur imagination aime à se promener à l'ombre. (Joubert.)
DV j'ai presque toujours vu I'amour, et surtout le besoin de
plaire, donner aux femmes autant de défauts qu'il en ôtait aux hommes. (Suard.)