‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 57 sur 72 · DCIII · texte numérisé non relu

DCIII

Le plaisir de I'amour est d'aimer, et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on donne.

(La Rochefoucauld.)

DCIV

Certes, s'il fut jamais un touchant souvenir, Un souvenir d' amour qui plaise à revenir Comme ces airs divins qu'on veut toujours entendre, Ah! c'est bien cet amoor mélancolique et tendre Qui prit deux jeunes cœurs avec naïveté, Comme aux jours de la pure et belle antiquité; C'est bien cet ahour franc sorti de la nature, Qui vit de conûance et jamais d'imposture, Qui se donne sans peine et ne marchande pas. Comme le faux amour de nos tristes climats, (Au{juste Barbier.)

DCV

C'est une folie sans pareille que de se fier à la probité, à la constance d'un jeune homme de vingt ans. A cet âge, on est moins l'amant d'une femme que des femmes; ou est plus épris des sens que de l'individu, quelque charmant qu'il soit.

(Rétif de la Bretonne.)

DCVl

En' AMOUR, un moment donné par le caprice, s'il n'est pas saisi, ne revient peut-être jamais; mais quand c'est I'amour qui le donne, il semble que moins on le saisit, plus il s'empresse à le donner. (Crébillon fils.)

DCVII

Il faut avoir un cœur pour savoir aimer; les sens ue suffisent pas. Le tempérament conduit par l'esprit peuf mener jusqu'à la volupté, mais jamais jusqu'à I'amour.

(De Bemis.) DCVlll

On entend si bien le langage de Tamodr quand on aime, que nul autre alors n'est nécessaire ; mais quand on n'aime plus, le visage, dont tous les mouvements paraissaient si expressifs, les yeux, où l'on a su lire tant de choses, ne disent plus rien ; il faut les interroger avec un vif intérêt pour les comprendre. L'indifférence voit encore la beauté, mais elle ne' remarque plus l'expression qui en fait tout le charme.

(Madame de Genlis.)

DCjX

Aujourd'hui, le malheur d'une femme est de naître riche. Une héritière n'est plu? une jeune fille, c'est un portefeuille; on l'expose sur un bureau de notaire, et un homme riche et

calculateur se l'adjuge; il ne Tépouse pas. L'amodu ne joue

aucun rôle dans ces enchères conjugales. (Méry.)

DCX

L'amour n'est rien sans sentiment, et le sentiment est encore moins sans amour. (Sterne.)

DCXl

La plupart des femmes qui font le sujet du triomphe des hommes ont le cœur froid, les sens tranquilles et Ja tête déréglée. Ce n'est pas la raison qui détermine leur choix; ce n'est pas I'amour, ce n'est pas même le plalï^ir; c'est la folie qui leur échauffe l'imagination pour un homme qui devient successivement l'objet, le complice et la victime d'un caprice. Un amant leur plaît sans autre raison que de s'être présenté le premier, et il est bientôt quitté pour un second, qui n'a d'autre mérite que d'être venu le dernier. (Duclos.)

DCXII

Les femmes succombent à I'amour avec tant d'esprit, d'émotion, de coquetterie, de délicatesse et de volupté, qu'elles regretteraient de n'avoir pas de temps en temps quelques jolies îaiblesses. (Marivaux.)

DCXUI

Nous autres hommes, nous ne pouvons jamais être certain s de nos affections. Le désir nous aveugle, et nous prenons volontiers le désir pour une passion. (Ernest Feydeau.)

DCXIV

Tout n'est qu'hypocrisie dans l'éducation actuelle, depuis le caractère du bambin qui pleure et feint la souffrance pour forcer sa mère à l'obéissance, jusqu'au caractère de la jeune

fille qui se dit sans amour, sans amant. L'âge de transition amoureuse ou âge nnbile est l'époque d'un redoublement de fausseté que le mariage ne fait qu'accroître. Le monde galant chez nous est un bal masqué universel, où les hommes ne le cèdent pas aux femmes en travestissements ni en astuce, ils ont le talent de diffamer le sexe faible, tout en feignant de Tencenser... 11 est évident que les femmes, comprimées en tout sens, n'ont de ressources que la fausseté. Le tort en retombe sur le sexe persécuteur et sur la civilisation, qui, en AMOUR comme en politique, asservit le fort au faible.

(Charles Fourier.)

DCXV

C'est la plus grande preuve d'AMouR qu'une femme puisse donner à son amant que de ne pas lui dire : « Prenez garde de me chiffonner, » surtout si sa robe est neuve. Une robe neuve est un plus grand motif de sécurité pour un mari, qu'on ne le croit communément. (Théophile Gautier.)

DCXVI

En AMOUR, les grands plaisirs touchent de près aux grandes douleurs. (Mademoiselle de Lespinasse.)

DCXVII

Le seul amour sur lequel on puisse compter, le seul dont on puisse s'enorgueillir, est I'amour d'une femme qui a eu des amants.

L'amour d'une jeune fille , à son insu, est plutôt pour le sexe que pour l'individu.

La jeune fille vous aime peut-être parce que vous êtes un homme agréable, ou plutôt parce que vous êles le premier homme qui lui parle d'AMOUR, ou plutôt encore et plus simplement parce que vous êtes un homme et qu'elle est une femme.

La femme qui a eu des amants et qui peut comparer, qui

u'a pas dans la rétine une image fantastique qui s'attache comme un masque sur le premier homme qu'elle regarde, et le pare d'un charme qu'il n'a pas, cette femme vous aime parce que vous êtes vous, parce qu'elle est elle.

L'amour de la première est l'attrait d'un sexe pour l'autre; si elle ne vous aimait pas, vous, elle aimerait nécessairement un autre. Cet amour est la satisfaction d'un besoin : la jeune fille vous aime, comme elle aimerait l'eau qui la désaltère, fût-elle bourbeuse et désagréable à boire. .

L'amour de la seconde est I'amour de l'individu; si elle ne vous rencontrait pas, il serait possible qu'elle n'aimât jamais personne; elle vous aime comme l'on aime la liqueur que Ton choisit au milieu de cent autres, et que l'on boit, non parce qu'on a soif, mais parce qu'elle est douce et agréable au goût. (Alphonse Kai- )

DCXVIH

En AMOUR, se former de fortes chaînes, c'est se préparer de cuisantes douleurs, lorsqu'elles viennent à se rompre.

(L'abbé Prévost.)

DCXIX

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