‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 69 sur 72 · DCCC · texte numérisé non relu

DCCC

L'amodr ! c'est l'aile que Dieu a donnée à l'âme pour monter j jusqu'à lui. (Michel-Ange.)

DCCCI •

L'amodr va par accès comme la (lèvre. 11 y a des jours où î l'on se croit guéri, et d'autres où l'on se croit mort. i

(Ninon de l'Endos.) !

■ DCCCil

Un homme désire dans son regard, une femme se donne dans le sien. (Alphonse Kan )

DCCCIIl

Les femmes ont d'ordinaire plus de penchant à la tendresse

ÎIO L'AMOUR

que les iiommes, mais le personnage d'une femme n'est que

de se défendre. (Fontenelle.)

DCCCiV

On a toute la candeur de la jeunesse, on a tous les désirs de l'inexpérience, et les besoins d'une vie nouvelle, et l'espérance d'un cœur droit. On a toutes les facultés de Tamour, il faut aimer; on a les moyens du plaisir, il faut être aimé. Ou se figure un homme pour qui tout commence : il est jeune et impatient de vivre; il est plein d'espoir et beau d'inexpérience. C'est une justice de lui consacrer fraîcheur, grâce, légèreté, noblesse, expression heureuse, tout ce qu'on sait bien avoir en soi. L'on entre dans la vie; qu'y faire sans AMOtR? Pourquoi l'harmonie de ces mouvements, cette décence voluptueuse, cette voix habile à tout dire, ce sourire fait pour entraîner, ce regard si propre à changer le cœur de l'homme? Pourquoi cette délicatesse du cœur et cette sensibilité profonde? L'âge, le désir, les convenances, l'âme, les sens, tout le veut, c'est une nécessité, tout exprime et demande I'amour : cette main formée pour les plus douces caresses, cet œil dont les ressources sont inconnues s'il ne dit pas : Je consens à être aimée; ce sein qui sans ajiour est immobile, muet, inutile, et qui se flétrirait un jnur ?ans avoir élé divinisé; ces formes, ces contours qui changeraient sans avoir été connus, a.lmirés, possédés; ces sentiments si tendres, si vastes, si voluptueux et si grands, l'ambition du cœur, l'héroïsme de la passion! Cette loi délicieuse que la loi du monde a dictée, il faut la suivre. Ce rôle enivrant que l'oa sait si bien, que tout rappelle, que le jour inspire et que la nuit commande, quelle femme jeune, sensible, aimante, imaginera de ne le point remplir? Aussi ne l'imagine-t-on pas. Les cœurs justes sont les premiers vaincus. Plus susceptibles d'élévation, comment ne seraient-ils pas séduits- par celle que I'aiMour donne? Us se nourrissent d'erreur, en croyant

se nourrir d'estime; ils aiment un amant parce qu'ils ont aimé la vertu; ils sont trompes par dos misérables; parce que, ne pouvant aimer qu'un homme de bien, ils croient réellement tel celui qui se présente pour réaliser leur chimère. L'énergie de l'âme, le besoin de montrer de la confiance, celui d'en avoir; des sacrifices à lécompenser, une fidélité à couronner, un espoir à entretenir, une progression à suivre ; l'agitation, l'intolérable inquiétude du cœur et des sens; le désir si louable de commencer à payer tant d'AMOUR; le désir non moins juste de resserrer, de consacrer, de perpétuer, d'éterniser des liens si chers; d'autres désirs encore, certaine crainte, certaine curiosité, des hasards qui l'indiquent, le destin qui le veut, tout livre une femme aimante dans les bras du Lovelace. Elle aime, il s'amuse; elle se donne, il s'amuse; elle jouit, il s'amuse; elle rêve la durée, le bonheur, le long charme d'un amour mutuel ; elle est dans les songes célestes; elle voit cet œil que le plaisir subjugue, elle voudrait donner une félicité plus grande; mais le monstre s'amuse, et elle dévore une volupté lenible. Le lendemain, elle est surprise, inquiète, rêveuse; de sombres pressentiments commencent les peines affreuses d'une vie d'amertume. Estime des hommes, tendresse paternelle, douce conscience, fierté d'une âme pure, paix, fortune, honneur, espérance, amour, tout a passé. Les belles heures ont péri; les souvenirs mêmes en seront amers. 11 ne s'agit plus de s'avancer dans les iljusions, dans I'amour et la vie, il faut repousser les songes et user de longs jours fatigués des lenteurs de la mort. Femmes sincères et aimantes, belles de toutes les grâces extérieures et des charmes de l'âme, si faites pour être purement, tendrement, constamment aimées!... n'aimez pas. (Sénancour.)

DCCCV Les idées les plus estimables sont celles qui flattent nos

penchants. Le premier des livres pour Charles XII^ c'est la Fie d'Alexandre; pour une femme sensible, c'est le poëte qui peint I'amour. (Helvélius.)

DCCCVI

Tant qu'on désire on peut se passer d'être heureux, on s'attend à le devenir; si le bonheur ne vient pas, l'espoir se {irolonge, et k charme de l'illusion dure autant que la passion qui le cause... Malheur à qui n'a plus rien à désirer! il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère; et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. (J. J. Rousseau.)

DCGCVII

Une femme n'est jamais ofFensée de I'amouk qu'on a pour elle, mais l'aveu qu'on lui en fait peut lui dôplaire, parce qu'il exige du retour et suppose toujours l'espérance de l'obtenir.

(Duclos.)

DCCCVIII

Dans la guerre d' amour, la fuite est une victoire.

(Pétrarque.)

DCCCIX

En AMOUR, une femme trouve toujours son nom prononcé d'une certaine manière p^ son amant, le plus éloquent et le plus beau de tous les discour?. (Cli. de Bernard.)

DCCCX

La vie est un sommeil, I'amouh en est le rêve, Et vous aurez vécu, si vous avez aimé.

(Alfred de Musset.)

PAR LES GRANDS ECRIVAINS Ui

DCCCXI

C'est par notre amour-propre que Tamolk nous séduit. Eh I comment résister à un sentiment qui embellit ce que nous avons, nous -rend ce que nous avons perdu et nous donne ce que nous n'avons pas. (Chamfort,^

DCCCXII

C'est une des plus séduisantes illusions de I'amolr, que d'imaginer qu'on fait le bonheur de ce qu'on aime.

(Bernardin de Saint-Pierre.)

DCCCXIII

Rien ne détermine si puissamment une femme à bien traiter un amant que la concunence d'une rivale.

(Ninon de rEnclos.)

DCCCXIV

Souvent un homme d'esprit, en faisant la cour à une femme, ne fait que la faire penser à I'amodr et attendrir son âme. Elle reçoit bien tel homme d'esprit qui lui donne ce plaisir. 11 prend des espérances. Mais un beau jour, cette femme rencontre un fat qui lui fait sentir ce que l'homme d'esprit a décrit, et dès ce moment celui-ci n'est plus qu'un sot. ^ (Stendhal.)

DCCCXV

Rien n'humilie les femmes comme les hommes qui se confient aveuglément à leur constance et à leur amour; toute pi?sion dégagée de craintes est pour elles une insulte.

(Frédéric Soulié.) DCCCXVI

L'on ne peut presque faire semblant d'aimer que l'on ne soit bien près d'être amant, ou du moins que l'on n'aime en

quelque endroit; car il faut avoir l'esprit et les pensées de I'amour pour ce semblant, — et le moyen de bien parler sans cela? (Pascal.)

Dcccxvn

Les femmes ont fort peu 'de goût pour les contemplateurs et prisent singulièrement ceux qui mettent leurs idées en action. Après tout elles n'ont pas tort. Obligées par leur éducation et leur position sociale à se taire et à attendre, elles préfèrent naturellement ceux qui viennent à elles et parlent: — ils les tirent d'une situation fausse et ennuyeuse.

(Théophile Gautier.)

DCCCXVm

Pour être aimé des femmes il faut leur laisser croire qu'on ne les connaît pas. Elles ne peuvent se persuader qu'un homme puisse les connaître et leS aimer en même temps.

(Chamfort)

DCCCXIX

Il ne faut pas toujoiu's écouter les plaintes de la pudeur; celle qui naît de I'amour pardonne aisément des transports qu'elle est obligée de s'interdire. (Duclos.)

DCCCXX

N'eussent-ellos ni tendresse, ni désirs, I'amour serait encore pour les femmes la plus flatteuse des illusions; et même alors elles voudraient se persuader qu'elles aiment, pour ne pas se priver d'être aimées. (Sénancour.)

• DCCCXXI

En AMOUR, il ne faut se permettre d'excès qu'avec les gens qu'on veut quitter bientôt. (Laclos.)

DCCCXXU

L'âme amoureuse est comme fe'conde'e par le sentiment qui l'anime. Ses yeux ne voient plus le monde sous le même aspect; son esprit se découvre une vigueur inconnue; son cœur a des sentiments nouveaux, qui débordent en sympatiiie universelle; il porte une fête au dedans de lui et il la répand au dehors. Il ne veut pas seulement aimer, il veut être aimé. C'est une âme que son âme demande; une àrae qui réponde à la sienne, qui la comprenne, qui sympathise avec elle, qui lui rende amour pour amour, confiance pour conhance, dévouement pour dévouement; qui s'attache à elle avec tant de force et qui souflre avec tant de bonlieur son étreinte, que rien ne puisse plus les séparer. Le sentiment de l'indissolubilité, et par conséquent le sentiment de l'immortalité, est dans I'amour. (Jules Simon.)

DCCCXXUI

Une femme arrivée au terme de la jeunesse ne doit plus supposer qu'elle puisse avoir commerce avec les passions, fût-ce même pour les vaincre; on sent que sa force doit être dans le calme et non dans le courage. (Madame Guizot.)

DGCCXXIV

La passion qui peut nous donner les plus grands plaisirs et nous rendre le plus heureux, met entièrement notre bonheur . dans la dépendance des autres; on voit que je veux parler de I'amour. Cette passion est peut-être la seule qui puisse nous faire désirer de vivre et nous engager à remercier l'auteur de la nature, quel qu'il soit, de nous avoir donné l'existence.

(Madame du Chàtelet.)

DCCCXXV

L'a.mour est un commerce si agréable, qu'on a bien fait do

lui donner le plus de durée que l'on a pu. Que serait-ce si l'on était reçu dès que l'on s'offrirait? Que deviendraient tous ces soins qu'on prend pour plaire, toutes ces inquiétudes que l'on sent, quand on se reproche de ne pas avoir assez plu? Tous ces empressements avec lesquels on cherche un moment heureux, tout cet agréable mélange de plaisirs et de peines, qu'on appelle amour, tout cela serait bien insipide, si l'on ne faisait que s'entr'aimer. (Fontenelle.)

DCCCXXVI

L'amodr est accoutumé de faire des muets de ceux qui parlent le mieux. (Mademoiselle de Scudéri.)

DCCCXXVII

Le premier bonheur que puisse donner I'amour, c'est le premier serrement de main de la femme qu'on aime.

(Stendhal.)

DCCCXXVIII

Quand on est loin de ce que l'on aime, l'on prend la résolution de taire ou de dire beaucoup de choses; mais, quand on est près, on est irrésolu. D'où vient cela? C'est que, quand on est loin, la raison n'est pas si ébranlée; mais elle l'est élrangement en la présence de l'objet; or, pour la résolution il faut de la fermeté, qui est ruinée par l'ébranlement. » (Pascal.)

DCCCXXIX

Au commencement de leur commerce, deux amants se croient animés des sentiments les plus délicats. Ils épuisent les finesses, les exagérations, l'enthousiasme de la métapliysiquc la plus recherchée; l'idée de leur excellence les enivre quelque temps. Mais suivons-les dans leur liaison : bientôt la nature va reprendre ses droits; la vanité, satisfaite par l'éta-

ue J

l'AP. LES GRANDS ECRIVAINS 217

Inge (la ces propos alambiqués, va laisser au cœur la liberlé de sentir et de s'exprimer; et, tout en méprisant les plaisirs de I'amour, il arrive un jour où ces gens-là sont fort étonnes de se trouver, après un long circuit, au même point qu'un paysan qui, de bonne foi, aura commencé par où ils auront fini. (Ninon de l'Enclos.)

DCCCXXX

Le goût des nouveautés tue I'amour et le génie. Voyez ceux qui changent de livres et de femmes tous les jours. La passion est préférence; il faut, pour être amoureux, aimer toutes les femmes dans une seule, et pour avoir quelque génie, méditer et ne relire que les modèles qui sont les archives du goût; c'est avoir profité que savoir s'y plaire. (Rivarol.)

DCCCXXXI

11 est fort sûr qu'une ftmme qui écrit avec emportement est emportée; il est moins clair qu'elle soit touchée. 11 semble qu'une passion vive et tendre est morne et silencieuse, et que le plus pressant intérêt d'une femme qui n'est plus libre, et celui qui l'agite davantage, est moins de persuader qu'elle aime que de s'assurer si elle est aimée. (La Bruyère.)

DCCCXXXIl

Le cœur fait le vrai bonheur quand on s'aime, et rien n'y peut suppléer silùt qu'on ne s'aime plus.

(Jean-Jacques Rousseau.)

DCCCXXXIII

11 y a un démon qui entraîne les femmes vers les hommes à bonnes furtiuies. Soit ca[>rice, soit ennui des fadeurs, elles prennent goût à l'insolent qui les réveille. Los noirs sucent avec av:dilé des dragées de ^el; et nous, si l'on nous ouvre un jardin, nous courona aux fiuils verts. (Leinontey.)

218 L'AMOUK

DCCCXXXIV

L'amour a fait plus de bien au théâtre qu'aux liommos. Il a formé des sujets intéressants à la scène tragique, et beaucoup nui à la scène du monde. C'est tantôt une sirène, tantôt une furie...

Cette passion, totijours excessive, insulte à la nature et à la vraie valeur des choses, par l'usage qu'elle fait de l'exagération et de l'hyperbole. On a remarqué que chacun est pour soi-même un premier tlatteur entouré d'adulateurs subalternes; l'amant est quelque chose de plus. Jamais l'homme le plus vain n'a parlé de lui-même comme l'amant de ce qu'il aime. Aussi a-t-on dit avec raison qu'AMOuu et sagesse sont à peine le privilège d'un Dieu. Celle frénésie est aperçue non-seulement par les indifférents, mais même par la personne aimée, à moins que I'amour ne soit réciproque; car I'ajiour se paye toujours, ou par un amour mutuel, ou par un mépris intérieur et secret.

Les hommes ne sauraient donc être trop en garde contre cette passion qui perd tout, à commencer par celui qui l'éprouve. (Bacon.)

DCCCXXXV

Toutes les grandes passions vont, à l'égard de leur objet, jusqu'à une espèce de superstition. (Fontenelle.)

DCCCXXXVI

Les violences qu'on se fait pour s'empêcher d'aimer, sont souvent plus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime.

(La Rochefoucauld.)

DCCCXXXVil

Les hommes ont un but dans I'amour; la durée de ce sentiment c?t le seul bonheur des femmes. (Madame de Staël.)

PAR LES GUANDS ECRIVAINS -il!)

DCCCXXXVIII

Lorsque vous êtes sûr du cœur d'une femme, il est de votre intérêt de jouir longtemps de sa défaite, avant qu'elle soit entière; car, de tous les biens, c'est de ceux de Tamour qu'il faut user avec le plus d'économie, (Ninon de l'Enclos.)

DCCCXXXIX

Les plus courtes folies sont les meilleures, dit le proverbe, mais, en amour, il y a des folies qui nous rendraient bien heureux, si elles duraient toute la vie. (Madame du Chàtelet.)

DCCCXL

Où avez-vous lu que I'amour fût une chose raisonnable? Il n'y a, au contraire, qu'un cri dans l'humanité pour déclarer que c'est une folie. (Henry Miirger.)

DCCCXLl

Une femme qui parle souvent des dangers de I'amour s'aguerrit sur les risques et se familiarise avec la passion; c'est toujours parler de I'amour, et l'on n'en parle guère impunément. (Duclos.)

DCCCXLll

Serait-ce un bonheur de respirer le jour,

Si d'eulre les mortels on bannissait I'amour? Non, non, tous les plaisirs se goûtent à le suivre, Et vivre sans aimer, n'est pas proprement vivre.

(Molière.)

DGCCXLlll

Les hommes ne sont réellement bons qu'en qualité d'amants. C'est la plus jolie chose du monde que leur cœur, quand l'espérance les tient eu haleine; mais possèdent-ils

l'objet de leur idolâtrie, le charme cesse où ses bontés commencent. Dès (ju'ils sont heureux, les ingrats ne méritent plus de l'être. (Marivaux.)

DCCCXLIV

Pour bien comprendre la passion de I'amolr, il faut en parler comme d'une maladie; c'est par ce chemin-là que l'on peut arriver quelquefois à la guérison. (Stendhal.)

DCCCXLV

Les souvenirs sont comme les échos des passions, et les sons qu'ils répètent prennent par l'éloignement quelque chose de vogue et de mélancolique qui les rend plus séduisants que l'accent des passions mêmes. (Chateaubriand.)

DCCCXLVI

Quand on aime fortement, c'est toujours une nouveauté de voir la personne aimée. Après un moment d'absence, on la trouve de manque dans son cœur. Quelle joie de la retrouver! l'on sent aussitôt une cessation d'inquiétudes. 11 faut pourtant que cet AMOUft soit déjà bien avancé; car, quand il est naissant et qu'on n'a fait aucun progrès, on sent bien une cessation d'inquiétudes, mais il en survient d'autres.

Quoique les maux se succèdent ainsi les uns aux autres, on ne laisse pas de souhaiter la présence de sa maîtresse par l'espérance de moins souffrir; cependant, quand on la voit, on croit soull'rir plus qu'auparavant. Les maux passés ne frappent plus; les présents touchent, et c'est sur ce qui touche que l'on juge. Un amant dans cet état n'est-il pas digne de compassion? (Pascal.)

DCCCXLVII

L'aveuglement de I'amour consiste précisément dans cette

malheureuse obslinalion qui lui fait tout expliquer en sa faveur. (L'abbé Prévost.)

DCCCXLVIII

Ou aime encore à parler de ce qu'on a bien aimé, longtemps après qu'on n'aime plus. (Rélil' de la Bretonne.)

DCCCXLIX

Les femmes savent mieux feindre de ne pas aimer qu'elles ne savent aimer vérilaljlement; elles ont plus de plaisir à devoir un cœur à leur adresse qu'à leur sincérilé. Leur vanilésc trouve fUttée de tous les tourments qu'elles font souffrir, et je ne doute pas qu'elles ne soient plus touchées de l'om.barras d'un amant, qui ne sait à quoi s'en tenir, que du plaisir de le rendre parfaitement lieureux. (Saint-Évremonl)

DCCCL

Avec les femmes, il n"^ a que les honteux qui perdent; elles aiment les "vaillants et les forts, et veulent qu'on les pi-enne d'asrsaut. (ïhéMpbilo Gaulier.)

DCCCLl

Lorsqu'une femme élourdie cesse tout à coup de l'être, soyez iùr qu'elle a quelque chose à garder. (Laténa.)

DCCCLll

Les autres sciences restent inertes dans le cerveau, et, pratiquées stérilemeni, accordent à peine une moisson au plus pénible travail. Mais I'amour enseigné par les yeux d'une femme ne reste pas muré dans le cerveau; avec la mobilité de tous les éléments, il se répand, rapide connue la pensée, dans chacune de nos facultés; à toutes nos forces il donne une force double, en surexcitant leur action et leur pouvoir. U prête aux yeux une précieuse seconde vue : l'aigle s'aveu-

glcrait plus vite que l'amant. L'ouïe de l'amant percevra le son le plus faible qui aura échappé à l'oreille soupçonneuse du voleur. Le tact de "amour est plus délicat, plus sensible que ne le sont les cornes si tendues du limaçon à coquille. Près de I'amour, le friand Bacchus a le goût grossier. Pour la valeur, I'amocr n'est-il pas un Hercule, toujours prêt à grimper aux arbres des Hespérides? Subtil, il l'est autant que le sphinx; suave et mélodieux, il l'est aulant que la lyre splendide d'Apollon, ayant pour cordes les cjieveux divins! Et quand I'amour parle, les voix de tous les dieux bercent le ciel d'un harmonieux écho. Jamais poëte n'oserait prendre la plume pour écrire, sans que son encre eût été saturée de larmes d'amour. Oh ! mais alors ses vers raviraient les oreilles les plus farouches, et implanteraient chez les tyrans la plus dcuce humililé. C'est des yeux mêmes des femmes que je tire celte science suprême; sans cesse elles élincellenl du vrai feu promcthéen. Elles sont les livres, les ar!s, les académies qui enseignent, régissent et alimentent le monde entier. Sans elles, il n'est personne qui puis.-e exceller à rien.

(Shakspeare, traduit par François-Victor Hugo.)

DCCCLllI

La fermeté d'une femme qui résiste à son amour est certainement la chose la plus admirable qui puisse exister sur la terre. Toutes les autres marques possibles de courage sont des bagatelles auprès d'une chose si forte contre la nature et si pénible. Peut-être trouvent-elles des forces dans celte habitude des sacrifices que la pudeur fait contracter. Un malheur des femmes, c'est que les preuves de ce courage restent toujours sccrèlcs el soient presque indivulgables. Un malheur plus grand, c'est quil soit toujours employé contre leur bonheur. (Stendhal.)

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