‹ L'amour prodigue [par] René MaizeroyChapitre 12 sur 31 · LE QUATORZIÈME IO · texte numérisé non relu

LE QUATORZIÈME IO

étaient éparpillées sur la cheminée, nimba les cheveux fins, le masque délicieux et diaphane de la jeune femme. Le Quatorzième pâlit. Ses paupières battaient, ses narines se pinçaient, son front se plissait comme en une angoisse suprême. Il maîtrisa enfin son émoi et balbutia :

(( Pardonnez-moi, madame, si j'ose vous questionner... J'ai reçu un tel coup au cœur en vous voyant que j'en suis tout troublé... Vous ressemblez si complètement à une jeune fille qui fut ma camarade d'enfance, mon premier et mon unique amour, qui aurait aujourd'hui votre âge, et dont je n'ai plus aucune nouvelle depuis des années... Elle s'appelait Sabine de Vallereins... Ne serait-elle pas votre parente? »

Mrs Henderson Gloves avait tressailli comme lorsqu'un appel vous réveille en sursaut dans les ténèbres. Simplement, fraternellement, elle tendit ses deux mains vers l'épave douloureuse que le Destin rejetait dans son sillage et murmura :

(( Georges... Georges... pauvre cher petit amil »

IIO LE QUATORZIÈME

Le Quatorzième étreignit les doigts fuselés qui tremblaient, les couvrit de baisers, les mouilla de ses larmes.

(( Je suis heureux, répétait-il par hoquets, je suis heureux . . . j oublie tout, . . tout ce que j ai enduré. . . tout ce que j'ai souffert. . .

— Calmez-vous, ordonna-t-elle, calmez-vous, je vous en supplie... Mettez-vous là bien sagement. . . tout près de moi. »

Il lui obéit, et, le regard dans le regard, ils furent deux enfants qui retrouvent, après de longs voyages, la vieille maison où ils grandirent, 011 ils jouèrent, ingénus, à l'amour, et qui vont de chambre en chambre, qui remuent les tiroirs, qui se cognent aux meubles, qui poussent les volets, et, par instants, se recueillent, parlent plus bas. Des confidences, des souvenirs jaillissaient de tout leur être en vibration. Ils avaient été, elle et lui, les gosses de bohème que des parents agités, réduits aux expédients, dévorés par la soif de paraître, considèrent comme de l'excédent de bagages, traînent de train de luxe en train de luxe, d'hôtel en hôtel, mêlent à leurs aventures, néghgent, abandonnent, le soir, tout seuls dans une

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