‹ L'amour pur offert à tous [microforme]Chapitre 3 sur 4 · A # “FE · texte numérisé non relu

A # “FE

‘* Qu'on ne dise pas qu’il faut pour cela une vertu consommée ou des ardeurs séraphiques.

Ce serait dire une chose aussi fausse que perfide : fausse, parce que tout l’enseignement catholique proteste contre cette assertion ; perfide, parce. que rien n’est plus puissant, hélas ! que de telles paroles pour tarir la source de la piété qui est amour—dans les âmes.

Non, ce dont Dieu a fait le premier commandement ct à quoi il a astreint tous les hommes ne pert pas être d’une pratique à la portée seulement d’un petit nombre de héros ! Qu'il y ait dans l’amour des sommets illuminés par la charité de l’extase et que les plus pures seulement d’entre les âmes Parviennent à gravir : audessus du Thabor il reste de vastes plaines où tous peuvent et doivent vivre. N est-ce pas à tous que saint Paul recommande de tout faire ‘° dans l’amour ?? ? (1 Cor., XVI, 14).

Sa nécessité

Nous sommes obligés de faire pendant la vie des actes d’amour parfait. Cette obligation découle du premier commandement de Dieu :

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. Nous voulons parler ici d’une autre nécessité qui a son fondement dans la pratique de la vie chrétienne.

Il y a parmi nos populations un mal regrettable qu'il faut faire disparaître, Des chrétiens s’estiment bons catholiques parce qu'ils fréquentent les offices du dimanche ou parce qu'ils s’oc-

cupent de quelque œuvre charitable, alors qu'ils ne se font pas scrupules de passer des semaines et des mois dans l’état de péché mortel. Ils oublient que notre vie n’est vraiment chrétienne que si nous la vivons en état de grâce. Il y a deux moyens principaux à prendre pour faire cesser ce mal : la communion fréquente et la pratique de l’amour parfait.

Mais tous ne peuvent pas faire la communion fréquente : il y en a qui ont des occupations pressantes ou qui demeurent loin de l’église. C’est particulièrement à ces derniers que je m'adresse.

Voici une personne qui après avoir fait une bonne confession et une bonne communion est retournée à son travail quotidien. Poursuivie par de violentes tentations, elle fait une nouvelle chute. Eloignée de l’église obligée de vaquer à ses occupations, il ne lui est guère facile de se présenter à confesse. Va-t-elle demeurer en état de péché mortel jusqu’à sa prochaine confession ? Hélas, cela arrive malheureusement dans un grand nombre de cas.

Il y a pour elle un moyen de se relever sans aller se confesser ;: c’est de faire un acte de contrition parfaite. Qu'elle prie Dieu de lui venir en aide, qu'elle demande la grâce de regretter sa faute et que, en toute confiance, elle fasse un acte d'amour parfait en regrettant son péché. Qu'elle répète de tout cœur cette formule de son petit cathéchisme : ‘* Mon Dieu, j'ai nn extrême regret de vous avoir offensé par les

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péchés de toute ma vie, parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable, et que le péché vous déplaît ; pardonnez-moi par les mérites de Jésus-Christ mon Sauveur ; je me propose, moyennant votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence.??

Par cet acte de contrition elle va recouvrer l’état de grâce, reconquérir ses mérites et chaeune des actions qu'elle fera continuera d’être pénétrée de valeur surnaturelle qui augmentera, à chaque instant, ses mérites pour le ciel. Si elle ne fait pas cet acte d’amour parfait, tout ce qu'elle pourrait accomplir de bien n’aura aucune valeur pour le ciel. On le voit, pour cette personne, l’acte d'amour parfait devient nécessaire si elle veut vivre surnaturellement, c’est-à-dire chrétiennement. (C’est peut-être ici le point pratique le plus important de toute la doctrine de l’amour pur. Inutile d’ajouter que l’état de grâce reconquis par l’acte d’amour parfait ne permet pas de faire la sainte Communion, il faut que les péchés pardonnés par cet acte soient déclarés à confesse avant d’aller à la Table sainte.

Pour presser davantage les pécheurs à faire un plus fréquent usage de l’acte de contrition parfaite, nous les exhortons à réfléchir sur les dangers qu’il y a à demeurer volontairement dans l’état de péché mortel.

Le premier danger qui menace le pécheur c’est celui de mourir subitement et de tomber en enfer pour l'éternité.

De plus, sans l’état de grâce, une âme ne peut pas demeurer longtemps sans commettre un nouveau péché grave. Et cela pour les raisons suivantes.

a) Jérusalem a commis un grand péché, dit le prophète. c’est pourquoi elle n’a pu tenir ferme contre ses ennemis ( Lament., 1. 8) Jérusalem est l’image de l’âme qui, ayant péché, fait de nouvelles chutes, parce qu'elle ne s’est pas relevée. Le péché l’entraîne de tout son poids à un autre péché.

b) Détourné de Dieu, dit saint Thomas (la, q. 108, a. 8), le pécheur a plus besoin de secours et Cependant il en recevra moins (Hermann. v. 2. 228),

c) Une autre raison qui. explique les nouvelles chutes, prochaines et inévitables. de l’âme en état de péché, c’est qu’elle est privée du secours des grâces sacramentelles.

L’on sait que chaque sacrement assure à celui qui le reçoit un secours particulier, donné en temps opportun, et en rapport avec la fin du sacrement. C’est ainsi que le Baptême donne des secours spéciaux contre la concupiscence et les attraits du monde ; la Confirmation donne la force de confesser sa foi avec constance :; la Pénitence fait détester le péché, éviter les occasions mauvaises et aide à expier les fautes passées ; le Mariage communique la force de résister aux entrainements de la coneupiscence en pratiquant 12 chasteté conjugale, donne la patience. la résignation dont les époux ont bescin pour se

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pardonner et s’aimer avec respect et dévouement mutuel : l’Eucharistie protège spécialement contre l’égoïsme orgueilleux. Ces secours spéciaux constituent ce que l’on appelle les grâces sacramentelles.

Or la grâce sacramentelle n’est qu’une qualité de la grâce sanctifiante qui donne droit de recevoir les secours en rapport avec la fin des sacrements ; si la grâce sanctifiante disparaît, la grâce sacramentelle cesse par le fait même d'exister. Partant, celui qui vit en état de péché mortel est privé de tous ces secours que lui assuraient les sacrements de Baptême, de Confirmation, de Pénitence, de Mariage, d’Eucharistie. Rien de surprenant done, s’il retombe bientôt dans de nouveaux péchés graves. L'’absence de l’état de grâce par exemple, explique les malheurs qui désolent bien des foyers...

L’Eucharistie, parce qu’elle nourrit l’âme, sssure le secours des grâces sacramentelles qui préservent de péchés graves.

Enfin l’âme qui ne vit pas en état de grâce est privée de la valeur méritoire et satisfactoire de ses œuvres, elle ne conserve qu’une valeur impétratoire bien affaiblie. Mais le plus grand malheur qui la menace, c’est l’endurcissement ou la mort subite, avec l’enfer pour parta ze. ”

Combien ces vérités sont ignorées chez un grand nombre de fidèles ! 11 y a des âmes qui brûlent aujourd’hui dans les flammes éternelles et qui auraient pu avoir le ciel pour partage si

elles avaient fait un plus fréquent usage de l’acte de contrition parfaite où d’amour pur.

Sa certitude en rapport avec l’état de grâce

Bien des personnes se posent la question de savoir si elles sont en état de grâce. Ne pouvant y donner une réponse satisfaisante, elles vivent dans des transes et des inquiétudes continuelles qui souvent paralysent leur marche ascendante dans la voie de la perfestion. L'acte d’amour parfait leur apportera la tranquillité de conscience.

Dans les Saintes Ecritures, en effet, l’acte d'amour parfait nous est toujours représenté comme infailliblement accompagné de l’infusion de la grâce : J’aime ceux qui m’aiment (Prov. Viüi, 17) ; La charité couvre la multitude des péchés (I Pierre, IV, 8). Or comme il nous est #apossible de constater avec certitude que nous avons fait un acte d’amour parfait, il s’en suit que, après l’avoir fait, nous pouvons nous considérer comme étant en paix avec Dieu et avoir la tranquilité de conscience. Combien d’âmes “oumises à des épreuves pourraient trouver là le remède à leurs souffrances.

Il est facile de comprendre que nous pouvons constater, avec certitude, que nous avons fait un acte d’amour parfait, car cet acte n’est en définitive qu’un acte de la volonté absolument comparable, aux yeux du sens intime, aux actes ordinaires et naturels de la volonté, à ces actes de chaque jour par lesquels nous aimons

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notre père, notre mère, nos frères, nos Sœurs, nos amis et nous-mêmes. Notre-Seigneur tout le premier a fait ce rapprochement, ‘et ces actes tombant dans le champ de la conscience, sont susceptibles d’être appréhendés avec une pleine et parfaite certitude ; car, qui oserait dire que nous ne connaissons pas avee certitude si nous aimons notre père, notre mère, nos frères, nos sœurs, nos amis et nous-mêmes ? Qui oserait soutenir que nous ne connaissons pas avec certitude si nous aimons tel ami plus que tel autre, tel de nos frères ou de nos sœurs plus que tel ou tel autre ? Pourquoi done alors nous serait-il impossible de connaître avec certitude si nous aimons Dieu pour lui-même et plus que tous les êtres créés ? ‘‘ Nous ne voyons pas Dieu, ’” direzvous ? Ecoutez saint Jean Chrysostome :

“ Qu'importe que nous ne voyions pas Dieu ?

Est-ce que nous n’aimons pas sans les voir, quand ils sont absents, nos enfants, nos parents et nos amis ? Bien plus, au lieu de mettre obstacle à notre amour, leur absence n’est propre au contraire qu’à l’augmenter. Vous ne voyez pas Dieu ; mais, vous voyez ce qu'il a fait, le ciel, la terre, la mer, et, pour celui qui aïme, il n’en faut pas davantage.”

Même au milieu des tentations, l’on peut avoir conscience de résister au mal par pur amour de Dieu.

Supposez une âme ayant pleine conscience de ses inclinations actuelles au péché mortel, mais en même temps sous l'influence d’une

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appréciation intellectuelle exacte de la malice du péché mortel en tant qu'offense de Dieu, lui sera-t-il impossible d’avoir la certitude de sa haine du péché mortel en tant qu'’offense de Dieu par-dessus tous les maux, de son amour désintéressé de Dieu par-dessus tous les biens, de sa résistance absolue et actuelle à tcute infraction grave aux commandements révélés pour ne pas déplaire à Dieu ?

Ici, nous en appelons à toutes les âmes chrétiennes ; car c’est à elles en définitive, c’est à l’expérience personnelle de chacun de nous, à prononcer en dernier ressort dans ce débat.

Or, s’il est un fait d’expérience courante, c’est que l’homme possède parfois au milieu des tentations les plus violentes la certitade d’y résister victorieusement par amour désintéressé de Dieu, parce qu’il est, par lui-même et indépendamment de ses promesses, infiniment digne de notre obéissance et de notre amour. ‘‘ C'est la gloire de notre cœur régénéré, dit Mgr Gay, que nous puissions souvent, très souvent, aimer Dieu pour ce qu’il est suns considérer actuellement ce qu'il donne.”” (De la vie et des vertus chrétie.ines, 4e édition, Paris, 1876, 2 vol. in 80, t. II, p. 264).

L'on peut dire que la question de la possibilité d'acquérir la certitude de l’état de grâce se ramène à décider s’il nous est possible d’avoir la certitude de tous les éléments essentiellement impliqués par l’acte d’amour parfait de Dieu. Cela est possible.

L'acte d'amour parfait de Dieu implique :

lo. la certitude de la révélation ; 20. l’appréciation intellectuelle exacte du péché mortel en tant qu'offense de Dieu pour ce qu’il est, c’està-dire comme le plus grand des maux ; 30. l’absence en notre cœur de toute inclination consciente au péché mortel ; 40. la volon’ d’émettre actuellement, dans ces dispositions, l’acte d’amour parfait d eDieu.

Dès que ces conditions sont posées, l’acte d’amour parfait de Dieu suit immédiatement et infailliblement ; car l’Etre divin ne rencontre plus d’obstacle entre lui et la volonté humaine et par conséquent exerce sur la volonté un attrait infailliblement efficace.

La question se ramène donc en dernière analyse à savoir si nous pouvons avcir la certitude de la présence de ces quatre conditions psychologiques qui impliquent l’émission immédiate et infaillible de l’acte d’amour parfait de Dieu.

Or, il est évident que nous pouvons avoir la certitude de l’existence de la révélation, la certitude de la perfection infinie de l’Etre divin, la certitude de la malice incomparable du péché mortel en tant qu'’offense de Dieu, mal souverain d’où précèdent tous les autres, la certitude de l’absence en notre cœur de toute inclination consciente au péché mortel, la certitude enfin de notre volonté actuelle d’émettre un acte d’amour

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parfait de Dieu à l’heure même où nous constatons en nous les diverses dispositions irtelleetuelles et morales précédentes.

Nous pouvons donc affirmer qu'il nous est possible, du moins dans ces circonstances spéciales, d’avoir la certitude de nos actes d’amour parfait de Dieu et par conséquent de notre état de grâce. |

Enfin il n’est pas admissible que Dieu nous ait obligés, sous peine de faute grave, à faire des actes de charité parfaite pendant la vie, sans nous donner un moyen de connaître quand nous aurons satisfait au précepte. Or, comme il n'existe Pour nous qu’un seul indice certain de l’acte surnaturel de charité parfaite, à savoir l’acte d’amour parfait dans l’ordre naturel, il faut donc admettre, de toute nécessité, que ce dernier peut être objet de certitude et qu'il est infailliblement accompagné de l’infusion de la grâce, et que, en l’émettant, on satisfait au précepte. On comprend ici qu’il ne s’agit pas de percevoir l’acte surnaturel en lui-même, mais un acte naturel (ou si l’on veut l'aspect naturel d’un acte surnâturel) qui est infailliblement accompagné de l’infusion de la grâce, laquelle en fait un acte surnaturel. Mais il est temps de dire quelle certitude peut être obtenue par l’acte d’amour parfait.

Il serait dans l'erreur celui qui, considérant ‘e que nous venons de dire, croirai que nous pouvons avoir de notre état de grâce une certitude absolue qri exclut tout doute possible. Cette

conclusion dépasserait les prémisses. L'acte de charité parfaite produit infailliblement l’état de grâce ; ceci ne peut être mis en doute. Mais on ne peut pas constater, avec une certitude qui exclut tout doute possible. que cet acte de charité existe. Voilà ce qu'il ne faut pas oublier.

La certitude de l’état de grâce prover int de l’état de charité parfaite est une certituue pratique que l’on peut définir : ‘‘ une conviction de l'esprit telle qu’on n’a aucune crainte que le contraire ne sôit vrai, tout en sachant qu'il reste théoriquement possible ””. {1)

Voilà la certitude que donnera à l’âme la pratique de l’amour pur ou de la charité parfaite. C’est une certitude morale qui lui apportera la paix, chose si nécessaire pour travailler

à son avancement spirituel.

Mais comme les inquiétudes de conscience sont souvent causées par certains textes de

(1) Cette définition n’est que la condensation de la doctrine exprimée dans ce texte : Cum Ecclesia jubet aliqua opera, ad quae status gratiae conditio est necessaria, nullo modo exigit a nobis hujusmodi certitudinem status gratiae quae excludat omnino quemcumque timorem oppositi, sed eam tantum postulat certitudinem, quae regulariter et moraliter excludat timorem actualem, timorem scilicet prudentem et rationalem. Aliud est enim non posse timere, aliud reipsa non timere. Quod quis non possit timere, sequitur ex certitudine absoluta cum qua pugnat timor ; quod quis autem reipsa non timeat, hoc sequitur ex efficacia causarum quae movent intellectum, mentemque adeo explent, ut moraliter actualem possibilis falsitatis considerationem avertant ; propterea regulariter et sine temeritate timor actualis excludit (Galeazzi : De praecipuo e promissis ss. Cordis Jet, p. 154)

l’Ecriture Sainte, il sera bon d'examiner un peu ces textes avant de terminer, et de montrer qu’is se doivent être une cause d’effroi pour peronne. Pour cela, il suffira d’en indiquer le sen: véritable.

à) L OMME NE SAIT S'IL EST DIGNE D’AMOUR OU DE HAINE (Eccle., IX, 1).

Quel abus n’a-t-on pas fait de ce texte ? Le sens est le suivant. Par l’examen des événements extérieurs de la vie présente, il est impossible à l’homme de connaître s’il est, ou non, agréable aux yeux de Dieu. Dieu traite en ce monde les Justes et les sages d’une manière qui ne leur permet pas de discerner avec certitude si c’est

par amitié ou par haine que le Seigneur en use de la sorte avec eux (Communiter). (1)

b) Sr J’ENTREPRENDS, DE ME JUSTIFIER, MA PROPRE BOUCHE ME CONDAMNE ; SI JE DÉMONTRE MON INNOCENCE, DIEU ME CONVAINCRA D’ÊTRE

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