LA SOMNAMBULE
OMME nous sortions de la salle Philippe Herz, où le professeur Donato nous avait semblé un Cagliostro fort presiigieux, Valentin, ce fat bavard^ s*écria, en se frappant le front . « Et moi aussi^ j'ai magnétisé une femme!» On se garda bien de le contredire, de peur de fournir un prétexte à quelque conte. Mais il ajouta, d'un ton grave, Tair morne, en fronçant les sourcils : « Oui, un soir, j*ai magnétisé une femme, et, ce soir-là, je crus que j'allais commettre le plus lâche, le plus abominable des
2o8 l'amour qui pleure et l'amour qui rit
crimes. » Evidemment, il serait impossible d'éviter rhistoire. Nous nous résignâmes. Faites comme nous, lectrice miséricordieuse.
ce Pour la première fois, la comtesse Amédine,
— n'est-il pas joli, ce nom ? ne pourrait-il pas être celui de la fleurette grêle de quelque amandier sauvage?— pour la première fois l'adorable jeune femme à qui j'avais donné mon âme et mon cœur,
— cela seulement, hélas! — m'avait permis de lui rendre visite à Theure tardive où sa porte est fermée à tous les importuns. Parmi le luxe intime du petit salon rose et noir, qui a l'air d'être l'ecrin du bijou de Lola célébré par Baudelaire en un quatrain plus durable que les pyramides d'Egypte, nous prenions le thé devant les bûches flambantes qui allumaient des danses de flammes dans le cuivre des chenets; la vapeur légère des tasses, entre elle et moi, élevait le transparent mystère de ces nuées dont les déesses aiment à se voiler. Mes désirs montaient avec la fumée, mais non pas si haut! s'arrêtant à la double rondeur qu'étreignait la soie amoureuse du corsage, mettant autour du cou bien charnu un brûlant collier d'imaginaires caresses, se pâmant sur les chaudes lèvres, et, réveillé, se perdant avec une dé-