LE CADEAU DE LA PETITE NOËL T
croupis, a ayant dans leurs mains leurs orteils, » regardait tout, touchait à tout, ne remettait rien en place. Elle s arrêta devant la cheminée. C'était une cheminée colossale, d'où pendaient jusqu'au parquet des tentures de satin lourdement chamarré d'or — chasubles ou nappes d'autel, dont Sylvère avait fait des tentures. Elle écarta les étoffes, s'étonna des hautes cariatides de chêne et surtout du vaste foyer où Ton aurait pu mejtre un Jeune arbre avec toute ses branches. Elles s'y fourra, en éclatant de rire, s'y tint toute droite, s'y mit à tourner en valsant, et s'en échappa brusquement, en repoussant les tentures, toute rouge de plaisir, comme un enfant qui sort d'une cachette où on n'a pas su le trouver ! Mais ce qui la charma le plus, ce fut une babouche persane, en velours pourpré, brodée de petites perles, qu'elle aperçut dans un vieux plat de cuivre repoussé. «Ah! la jolie pantoufle! vous ne savez pas ce que vous devriez faire? Puisque c'est Noël, mettez-la dans votre cheminée, ce soir. » Et ce qu'elle conseillait, elle le fit ; elle plaça la babouche derrière les lourds rideaux. « Le petit Noël doit être mon parent, puisque je m'appelle comme lui. Je lui dirai de vous apporter un joli cadeau. » Puis, elle s'inquiéta d^autre chose, d''un portrait de grande dame, inachevé : « Joli, mais pas jolie;» d'un oiseau des îles, empaillé, qui grimpait à une branche de corail, d'un yatagan dans sa gaîne d'argent ciselé, et enfin se trouva si lasse qu'elle se laissa tomber
dans un fauteuil^ essoufflée, en disant : «Ouf I c'est très amusant chez vous; à présent, puisque vous voulez faire mon portrait, je ne bouge plus, travaillez.
— Je ne peux pas, dit Sylvère, les bras pendants.
— Bon ! et pourquoi ça? »
Il s'approcha d'elle, et s'agenouilla lentement. « Parce que je vous aime, » dit-il.
C'était vrai, il l'aimait. Oui, cette petite Noël;, qui avait débuté, Tannée dernière^ au théâtre de la Tour d'Auvergne^ dans une Revue où elle jouait le rôle muet du Phylloxéra, — on lui avait fait croire, tant elle était niaise alors, que a Phylloxéra » était le nom d'une reine des sauvages venue à Paris pour se faire photographier chez Nadar, — et qui^ maintenant, à force de protection^ un attaché d'ambassade ayant pris l'affaire en main, figurait un petit Lapin blanc dans le ballet d'une féerie ; cette folle fille, qui^ en douze mois, avait écrit son nom sur toutes les glaces de tous les cabinets particuliers, et qui, en somme, était à peine jolie, — ah ! pourtant si^ bien jolie, avec sa ronde petite face grasse, où la bouche et les yeux ressemblent à une pivoine et à deux bluets tombés dans du lait rose, — il Paimaitl Et, cela, éperdument, depuis trois mois. D''abord, se jugeant absurde, il avait voulu ne pas