‹ L'amour qui pleure et l'amour qui ritChapitre 4 sur 33 · LE CADEAU DE LA PETITE NOËL I · texte numérisé non relu

LE CADEAU DE LA PETITE NOËL I

songer à elle, vaincre ce stupide désir; n'allant plus au théâtre où il pouvait la voir, se gardant des soupers dont elle pourrait être. Efforts inutiles. Rose NoëlTavait pris et ne le lâchait pas. Ce joli Lapin, à la fourrure de neige, avait une façon de battre le tambour, si drôle, si drôle qu'il lui était impossible de l'oublier : c'était son cœur qu'elles tapaient^ les petites baguettes^ tout le temps. Un imbécile ? oui, un amoureux. Il se résigna à être ridicule, trouvant le ridicule, à tout prendre, moins bête que la souffrance, a Mademoiselle, lui écrivit-il, voulez-vous me permettre de faire votre portrait pour le prochain Salon? » Je crois bien qu'elle voulait! Surtout s'il la représentait en petit Lapin. Songez donc : se montrer à tout le monde, comme sur la scène, sans avoir besoin de se fatiguer pour cela. Et elle ne manqua pas de venir à Pheure indiquée. Même elle avait apporté, par précaution, le costume de Lapin. Pas encombrant du reste; enveloppé d'un mouchoir de dentelle, il tenait dans une poche, sans la gonfler.

Maintenant il lui avouait tout, son amour, ses résistances, tous ses grands chagrins. Mais c'était fini, les tristesses, elle était là, elle serait bonne, elle l'aimerait. « Oh ! n'est-ce pas, vous

m'aimerez ! » Il essayait de lui prendre les chères mains mignonnes qui battaient si bien du tambour. D'ailleurs assez tranquille, comme les gens assurés de réussir. Pourquoi la petite Noël ne voudrait-elle pas de lui ?

Elle se leva, rouge de colère, et dit en frappant du pied :

— Alors, vous vous êtes moqué de moi ? Ce n'est pas pour faire mon portrait que vous m'avez écrit de venir, c'est pour me faire la cour? Ah! bien, si j'avais su, je ne me serais pas dérangée, par exemple.

Etonné, il voulut répondre; elle ne le laissa pas parler, — bavardant avec une espèce de rage :

— Je vous demande un peu ce que ça me fait, que vous m'aimiez? Est-ce que vous croyez que je vais m'attendrir pour si peu ? « Ah ! mon Dieu, le pauvre garçon, il m'aime, il faut être gentille avec lui. » Plus souvent. Eh I mon cher, vous n'êtes pas le seul à être fou de moi, et s'il fallait être gentille avec tous ceux... Non, vraiment, les hommes sont agaçants, enfin. Dès qu'ils vous adorent, vous, ils croient que ça suffit pour qu'on les adore, eux. C'est trop bête. Est-ce que je suis obligée de vous dire : « Comment donc? » parce que vous me dites : « Je vous en prie! » Tenez, parlons peu, parlons bien. Pourquoi êtes-vous amoureux de la petite Noël ? parce que vous la trouvez jolie. C'est pour ça. n'estce pas, pas pour autre chose? Eh bien, est-ce que

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