‹ L'amour qui saigne [par] René MaizeroyChapitre 2 sur 5 · LA MARGARIDO · texte numérisé non relu

LA MARGARIDO

— Tu es heureux, c'est vrai ! continua-t-clle àprement.

Alors, il lui avoua toutes ses tendresses débordantes, toutes les béatitudes que sa robe blanche mettait dans le Mas-Jelus. Elle était tout pour lui. Elle lui avait fait connaître des joies inoubliables. Leur enlacement était si doux qu'ils semblaient avoir oublié tous les deux l'église où elle avait été martyrisée.

Mais Margarîdo souffrait sans le dire. Cette indomptée haletait des colères anciennes. Elle avait assez de son écœurement malsain et sa résolution était prise.

Un matin, Moussu Marins partit sur son bourriquet, au petit jour. Il y avait foire à Saint- Ayentin, et Saint" Aventin était loin. Margarîdo

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le suivit des yeux jusqu'au tournant de la route. Elle monta ensuite sur le banc pour le voir encore, et quand il eut disparu dans la buée poussiéreuse, elle se tourna vors lo Mas-.Ielus et vers les cerisiers. Ses regards glissaient comme des baisers d'adieux sur les feuilles et sur les fenêtres ouvertes au soleil. Fit, pas i\ pas, elle descendit par les vignes lo chemin qui conduisait ii la rivière.

Le village s'éveillait : des envolées de pigeons s'éparpillaient dans le ciel rose. Et l'eau coulait paresseusement, avec dos sanglots sourds <jui attirait^iit.

Margarîdo s'arrêta sur la berge.

Elle avait cueilli un gros bouquet de tubéreuses ; et, respirant l'odeur énervante des fleurs, elle pensa au

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bon sommeil qu'elle allait dormir pour l'éternité au fond de la rivière, claire comme un berceau d'enfant.

— Pauvre Marins! fit-elle une dernière fois

Et elle se laissa glisser dans l'eau les yeux ouverts

On retrouva le corps deux jours après. Les vêtements s'étaient déchirés dans les herbes. Et elle paraissait plus belle avec ses chairs d'une pâleur mate et ses cheveux ruisselants. Les lèvres décolorées se tendaient comme vers un baiser d'amour, et elle serrait étroitement dans sa main crispée son bouquet effeuillé. Moussu Marius avait espéré ainsi qu'un enfant. Il l'avait attendue nuit et jour sur le banc accoté à la porte. Et quand on rapporta

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au Mas-Jelus le cadavre de l'adorée, il devint comme fou. Il lui fit un linceul de toutes les fleurs du Mas-Jelus, et, ayant creusé une fosse au milieu de lavignc,iirentorralui-mème. Les cigales et les grillons crécellaient.

Les fenouils-, les roses jetaient leur encensement musqué dans l'air. Et la fosse reformée, le cousin reprit lo chemin du Mas-Jelus, courbé comme un vieillard par son immense douleur. Depuis, chaque jour, au crépuscule, il va s'asseoir sur le banc.

Les rossignols égrènent leurs trilles aigus dans les branches. Mais Moussu Marins écoute lo tintement lointain qui sonne aux clochettes des chèvres, par-delà les landes endormies.

LîiToiitation deSaiiit-Aiituiiic

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