ACTE PREMIER
MARTHE
Papa est en train de se faire la barbe des dimanches ; maman est avec ma sœur Jeannine à la grand'messe.
MAINGAUD.
Vous n'allez pas à la messe, mademoiselle Marthe?
MARTHE
Si... mais moi, je prends ma messe de bonne heure... à huit heures, pour travailler ensuite... L'après-midi je ne pourrais pas... nous avons du monde tous les dimanches...
MAINGAUD.
Fichtre ! du monde ?... des gens du pays?...
MARTHE
Non I des invités de Paris.
MAINGAUD.
Des invités? Si j'avais su, je serais resté à Thumécourt.
MARTHE
Oh! Vous auriez fait grand'peine à papa!... Il vous aime tant, papa !... c'est en partie à cause de vous qu'il a acheté celte propriété, il y a un mois.
MAINGAUD.
Est-ce que ce pays vous plaît?
MARTHE
Oui, c'est gai! on voit la Tour Eiffel... Nesle est à vingt kilomètres de Paris, et pourtnnt, le soir on aperçoit distinctement la lueur de la ville.
M.AINGAUD, narquois.
Vous aimez beaucoup la campagne, mademoiselle Marthe ?
8 L'A.MiHRETTH
MARTHE
Non, monsieur Miiingaud, je n'aime pas la campagne!... j'aime la l>anlieue î Ah!... Papa a fini sa barbe!... lia sa figure de mauvaise liumeur, il a dû se couper !...
LAVERTON, entrant.
Bonjour, Maingaud. Il y a longtemps que tu n'es venu nous voir !... Et tu es à deux lieues d'ici à peine?
MAINGAUD.
Hé I Je suis très occupé ; depuis deux mois que je suis installé à Thumécourt j'ai déjà une belle clientèle.
LAVERTON.
Un vétérinaire n'est pas pris toute la semaine ; le dimanche, tu ne soignes pas les bètes.
MAINGAUD.
Non ! ce jour-là, je soigne les gens. Je n'ai pas encore visité votre installation... Tu es content?
LAVERTON.
Je suis toute la journée à Paris ; mais ces dames affirment que le pays est très joli ; très belle vue !... On aperçoit la Tour EiiTel. C'est un peu isolé, par exemple.
MAINGAUD.
Tiens! on me disait que tu attendais du monde.
LAVERTON.
M. Emile Fenouil... tu sais, le fils de Fenouil frères, les grands marchands de porcelaines. Un garçon charmant, qui te plaira beaucoup, il ne dit jamais un mot. Vous causerez !