‹ L'amoureux de la préfèteChapitre 5 sur 6 · A LA GRANDE-CHARTREUSE · texte numérisé non relu

A LA GRANDE-CHARTREUSE

un plateau de prairies encaissées dans un cirque de roches boisées. Là s'étale la masse grise des bâtiments du couvent: — hauts toits d'ardoises à l'air trop neuf, grands murs trop blancs, clochetons et clochers trop luisants, nombreux pavillons reliés entre eux par des cloîtres; — en somme, .un peu de l'aspect de l'établissement de Sainte-Anne contemplé du haut du chemin de fer de Sceaux.

L'hospitalité est largement pratiquée par les religieux à l'égard des visiteurs. Cela semble même une anomalie, lorsqu'on se souvient que les iîls de saint Bruno se sont voués au silence et à la solitude. Le frère portier passe son temps à ouvrir et à fermer la lourde porte d'entrée pour donner accès aux touristes. Il est vrai qu'il se dédommage en vendant des alpenstocks aux excursionnistes qui veulent tenter l'ascension du grand Som. La porte franchie, on traverse une cour ornée de maigres parterres de

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fleurs et de deux jets d'eau, -et on pénètre . dans la partie du couvent réservée aux hôtes. Là un frère, installé dans une sorte de cantine où des cochers boivent de petits verres de chartreuse, reçoit votre carte, vous indique une cellule et vous fait connaître les heures des repas.

Les étrangers laïques dînent en commun dans une vaste salle, ornée de gravures anciennes e( de photographies, où règne une vague et fade odeur de victuailles qui rappelle les réfectoires de collège. Le dîner est invariablement maigre ; le menu est frugal, mais abondant et très proprement servi, il est défendu de fumer dans l'intérieur du couvent, mais la défense ne s'étend pas à la cour d'entrée où le soir, après souper, de nombreux groupes allument cigares et cigarettes. Cette cour fleurie, avec ses deux jets d'eau qui ne cessent jamais leur frais gazouillement , est charmante an clair de lune. La nuit qui tombe et la clarté lunaire velou-

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A LA GRANDE-CHAKTREOSE. ^

tent les toits, ôtent aux bâtiments Heur doubleur crue, leur aspect trop neuf, et donneot une sensalion de paix, de rasBérénemenS et d'aménité hospitalière.

Si l'hospitalité offerte aux homtoâs- e* aimable, je n'en dirai pas autant d& ue&B accordée aux dames. NatureUëm£nt' oelles^ ci ne franchissent pas le seuii'dw cowwnt Elles sont reléguées dans u^ bâtàment annexe, qui se nomme Vlnfirmerie, et qwest situé, comme une léproserie, à' l'écart dfet édifices oonv«ntuels. Cette habiiation, qw tient k lafois de l'auberge et du'Couveat',e8e administrée par des religieuses a[ui sontbtea> les pecques les plus rechignées et les mràs accueillantes ayant jamais porté un bSgiiin de sœur converse. Elles reçoivent mmne des parias les visiteuses infortunées que les maris ont dû se résigner à laisser entre leurs

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jnains. Les chambres mises à la disposition des dames y sont toutes à deux ou à trois lits, et on les y loge de gré ou de force, en leur imposant une compagne de chambrée choisie à l'aventure. Ce que cette promiscuité peut avoir de désagréable est facile à comprendre ; ce désagrément est encore aggravé par les procédés à la fois mielleux et acides employés par les sœurs à l'égard des visiteuses, qu'elles semblent considérer comme des victimes absolument abandonnées à leur merci. — Le dîner des dames, maigre comme celui des hommes, mais composé de la desserte du monastère et servi avec la grâce dont j'ai parlé plus haut, achève de rendre ce séjour insupportable aux malheureuses reléguées. Aussi attendent-elles avec anxiété le moment où, après la visite du couvent, les maris viendront les délivrer de cette captivité d'Egypte.

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La visite de la Chartreuse a lieu quatre fois par jour : h huit heures, à dix heures, ii midi et à quatre heures. Les visiteurs, attroupés k la suite d'un frère transformé en cicérone, parcourent successivement les salles du chapitre, les réfectoires, la chapelle, la bibliothèque — qui paraît peu fréquentée — et les cloîtres. Bien que le silence soit recommandé, cette exhibition ne se fait pas sans bruit, et on se demande comment le recueillement des pères peut s'accommoder de cette quadruple tapageuse promenade, qui se renouvelle tous les jours, du printemps à l'automne. — Ce qu'on montre de plus curieux aux visiteurs, c'est le long cloître du treizième siècle qui avoisine le cimetière des religieux et sur lequel ouvrent les cellules ou plutôt les appartements des pères, car chaque cellule se compose d'une antichambre, d'une chambre à coucher, d'un

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étroit cabinet de travail, au rez-de-chaussée; d'un bûcher, d'un atelier et d'un jardinet tmeané^Mgé, danslesoUs-sol. Chaque porte «st .ornée d'une inscription latine, tirée des pfiaumee.deiDavid, de l'Évangile ou de l'Imitatifio, et qui parait être choisie par le père hù-oiÊme. Quelques-unes de ces devises sont ii'iHi ciiûix très ingénieux. J'ai noté celle-ci ao^aasa^ : c Sobni, simplices et guieti. »

ûuftnd la visite est terminée, le frère qui l'adimgée'etqui nous amène sous le porche pckicipal, ouvre immédiatement la porte d'ooe jpièoe, moitié bureau, moitié comptoir^ où eoQt étalés sous des vitrines, rangés dans -des armoires, des chapelets, des médaillée et des bouteilles de chartreuse, que le mène .frère débite au plus juste prix.

Chajgae visiteur, après avoir f^it sa provision et réglé £a dépense, prend congé du religieux. Les maris vont arracher Jeurs femmes au.aiyiplice de Vln^rmerie; puis on voit cheminer vers les voitures des files de touristes,

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